‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 8 sur 118 · ie par M'ie Périer (Br. p · texte numérisé non relu

ie par M'ie Périer (Br. p

2. Sainte Tliércse fait allusion à sa première dissipation avant son entrée a» couvent, Comme Pascal elle eut deux conversions (séparées par une période de relâchement. Voir son Autobiographie (Œuvres complètes. Traduction des Carmélites de Paris. Tome l'''' p 93. et sv.).

Ces aveux de la sainte nous expliquent parfaitement la marche progressive du relâchement dans l'âme de Pascal. La première conversion avait eu lieu à Rouen en i646 ; l'année suivante, atteint de paralysie, il était venu à Paris avec sa sceur Jacqueline consulter les médecins. Sa maladie n'avait pas interrompu ses travaux scientifiques, et elle n'avait pas non plus diminué sa ferveur. L'union d'âme entre lui et Jacqueline était complète. Il encourageait sa sœur daas sa vocation religieuse ; il se chargea même de demander pour elle à son père la permission d'entrer en religion à Port-Royal. M. Pascal, partagé entre ses principes religieux et son affection paternelle, refusa avec beaucoup d'humeur l'entrée de Jacqueline au couvent, il lui permit cependant de ne plus paraître en société, de s'habiller comme elle l'entendait, en un mot, de vivre religieusement. Citons ici un passage de la biographie de Jacqueline par M'"* Périer qui montrera quelles étaient alors les dispositions de Biaise *.

« A la fin de l'année 1647, ma sœur, étant allée accompagner mon frère (à Paris), qui avait besoin d'y être pour ses indispositions, ils allaient souvent entendre M. Singlin : et voyant qu'il parlait de la vie chrétienne d'une manière qui remplissait tout à fait l'idée qu'elle en avait conçue depuis que Dieu l'avait touchée, et considérant que c'était lui qui conduisait la maison de Port-Royal, elle crut dès lors, comme elle me l'a dit en propres termes, qu'on pouvait être là dedans religieuse raisonnablement. Elle communiqua cette pensée à mon frère qui, bien loin de l'en détourner, l'y confirma, car il était dans les mêmes sentiments. Cette approbation la fortifia de telle sorte que depuis ce temps-là elle n'a jamais hésité un instant dans le dessein de se consacrer à Dieu. Mon frère, qui l'aimait avec une tendresse toute particulière, était ravi de la voir dans celte sainte résolution, de sorte qu'il ne pensait à autre chose qu'à la servir pour faire réussir ce dessein ; et comme ils n'avaient ni l'un ni l'autre aucune habitude à P.-R., il s'avisa de M. Guillebert qui était une connaissance commune. Il le fut voir, il y mena ma sœur, et M. Guillebert l'ayant entretenue en fut si satisfait qu'il la mena lui-même à la mère Angélique, qui la reçut aussi avec beaucoup de satisfaction et d'agrément. Depuis cela, ma sœur y allait le plus souvent qu'elle pouvait, étant fort éloignée. Les mères lui

1. Cousin, Jacqueliai Pascal, p. 63. Xous insistons sur ce point pour mettre en relief le changement de ses opinions, ce n;ne nous lo verjoas da;is la suite.

dirent qu'il fallait s'adresser à M. Singlin et se mettre sous sa conduite, afin qu'il pût juger si l'état de religieuse lui convenait. Elle ne manqua pas de faire ce qu'on lui ordonnait. Dès la première fois que M. Singlin la vit, il dit à mon frère qu'il n'avait jamais vu en personne de si grandes marques de vocation. Ce témoignage consola beaucoup mon frère, et l'obligea de redoubler ses soins pour le succès d'un dessein qu'on avait tout sujet de croire qui venait de Dieu,

» Toutes ces choses se passaient dans les premiers mois de l'année 1648, mon frère et ma sœur étaient à Paris et mon père à Rouen. Au mois de mai de cette année, mon père étant venu à Paris, M. Singlin trouva à propos qu'on lui déclarât le dessein de ma sœur, parce qu'elle était entièrement résolue. Mon frère se chargea de cette commission, parce qu'il n'y avait que lui qui le pût faire. Mon père fut fort surpris de cette proposition, et il fut étrangement partagé ; car d'un côté, comme il était entré dans les maximes de la pureté du christianisme, il était bien aise de voir ses enfants dans les mêmes sentiments ; mais de l'autre coté, l'affection si tendre qu'il avait pour ma sœur l'attachait si fort à elle qu'il ne pouA'ait se résoudre de s'en séparer. Cette diversité de pensées l'obligea de répoudre d'abord à mon frère qu'il y penserait. Mais enfin, après avoir balancé quelque temps, il lui dit nettement qu'il ne pouvait y donner son consentement. Il se plaignit même de mon frère de ce qu'il avait fomenté ce dessein sans savoir s'il lui serait agréable, et cette considération l'aigrit de telle sorte contre mon frère et contre ma sœur qu'il n'eut plus de confiance en eux ; de sorte qu'il commanda à une fille qui était ancienne domestique, et qui les avait élevés tous deux, de prendre garde à leurs actions. Cet ordre de mon père jeta ma sœur dans une grande contrainte, si bien que depuis ce temps-là, elle ne put aller à P.-R. qu'en cachette, ni voir M. Singlin que par adresse et par invention. Cette peine ne diminua rien de sa ferveur, et comme elle avait renoncé au monde dans son cœur, elle ne pouvait plus prendre plaisir aux divertissements comme elle faisait auparavant ; de sorte que, quoiqu'elle cachât avec grand soin le dessein qu'elle avait de se donner à Dieu, on ne laissa pas de s'en apercevoir ; et elle, voj'ant qu'elle ne pouvait plus le cacher, elle ne fit plus de difficulté de se retirer peu à peu des compagnies, et elle rompit absolument toutes ses habitudes. Elle eut pour cela une occasion favorable, car mon père changea de maison en ce temps-là; elle ne fit aucune connaissance dans ce nouveau quartier, et elle se défit de celles des autres en ne les visitant point. Ainsi elle se trouva dans une liberté entière de vivre dans la solitude, et elle trouva cette vie si agréable qu'elle s'accoutuma insensiblement à se retirer même de la conversation domestique, de sorte qu'elle demeurait toute la journée seule dans son cabinet.... Elle ne laissait pas d'aller quelquefois à P.-R., d'y écrire souvent, et d'en recevoir des lettres, car elle avait une adresse admirable pour cela, et ainsi elle se soutenait.... »

LA. VIE MONDAINE DE PxVSCAL 35

Jusque dans la seconde moitié de l'année id48 nous constatons donc entre Biaise et Jacqueline une parfaite communion d'idées. La relation précédente nous montre cependant que le frère se laisse distancer par sa sœur dans le chemin de la perfection. 11 y a deux ans, c'était Biaise qui avait pris les devants et qui entraînait Jacqueline dans la vie dévote et religieuse ; aujourd'hui les rôles sont renversés, c'est indubitablement Jacqueline qui marche de l'avant. Biaise l'approuve, mais il ne prétend même plus lutter avec elle de ferveur ni suivre son exemple. Il s'arrête, il n'avance plus. Bientôt il reculera. Alors Jacqueline et Biaise marcheront en sens inverse et un jour viendra où il seront trop distants, trop différents l'un de l'autre pour pouvoir s'entendre.

Nulle part, en effet >!'»« Périer ou sa fille ne nous disent qu'à cette époque Biaise comme Jacqueline se soit retiré peu à peu des compagnies, qu'il n'ait point fait de nouvelles connaissances dans le nouveau quartier qu'il habita et qu'il ait rompu avec les anciennes, il ne vit pas dans la solitude, il ne se retire pas de la conversation domestique.

L'état d'âme de Pascal vers la fin de i648 nous est donc connu. Ses avances ont été repoussées par M. Rebours, toute son activité est consacrée aux recherches scientifiques. Il reçoit des médecins l'ordre « de quitter toute sorte d'application d'esprit, et de chercher autant qu'il pourrait les occasions de se divertir* ». Ce n'est pas sans scrupules qu'il se résout à suivre ce conseil, mais enfin il s'y résout.

Soit pour remettre complètement Biaise de sa maladie en le ramenant dans son pays natal, soit pour éloigner Jacqueline de Port-Royal, M. Pascal emmène sa famille à Clermont- Ferrand. a Mon père prit résolution en ce temps-là de venir en Auvergne, et d'y mener mon frère et ma sœur. Elle appréhenda beaucoup ce voyage à cause de la multitude des parents et des compagnies où l'on est exposé dans les petites villes. Elle m'écrivit sa peine, et me manda que, pour éviter cet embarras où elle se voyait exposée, elle croyait qu'il était à propos, pour prévenir le monde, que je dise tout haut et

Page 1