‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 82 sur 118 · Vie par M^e Périer, fp · texte numérisé non relu

Vie par M^e Périer, fp

2. M. Brlnchsvicg. (Gde édition, tome i. Introduction, p. lvi), écrit : o M™e Périer nous laisse entendre que les preuves des miracles devaientformer le premier chapitre de l'ouvrage ; c'est peut-être que Pascal voulait se jeter brusquement dans les événements » Nous croyons que Mn>e Périer voulait simplement signifler que le travail de la pensée de Pascal avait commencé par les réflexions sur le miracle.

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La théorie du miracle selon Pascal.

En nous montrant comment c'est en songeant au miracle que l'auteur des Provinciales devient l'auteur des Pensées, le récit de la guérison miraculeuse de Marguerite Périer ne nous fait pas seulement saisir toute l'importance du miracle, il nous aide aussi à comprendre la théorie pascalienne du miracle.

Les jansénistes et les jésuites luttaient en adversaires irréductibles. Or c'était le jansénisme qui semblait devoir être vaincu, Rome s'étant prononcé contre lui. Pour beaucoup de chrétiens et d'ecclésiastiques, les doctrines soutenues par Arnauld et l'auteur anonyme des Provinciales devenaient au moins suspectes ; le probabilisme et le molinisme triomphaient. Mais voici que des miracles se produisent à Port- Royal, Dieu se prononce donc ouvertement, et le miracle est un signe surnaturel destiné à nous montrer dans le doute où est la vérité.

« Ces filles, étonnées de ce qu'on dit, qu'elles sont dans voie de perdition ; que leurs confesseurs les mènent à Genève ; qu'ils leur inspirent que Jésus-Christ n'est point en l'Eucharistie, ni en la droite du Père ; elles savent que tout cela est faux, elles s'offrent donc ù Dieu en cet état : Vide si via iniquitatis in me est. Qu'arrive-t-il là-dessus ? Ce lieu, qu'on dit être le temple du diable. Dieu en fait son temple. On dit qu'il faut ôter les enfants : Dieu les y guérit. On dit que c'est l'arsenal de l'enfer : Dieu en fait le sanctuaire de ses grâces. Enfin on les menace de toutes les fureurs et de toutes les vengeances du ciel : et Dieu les comble de ses faveurs. Il faudrait avoir perdu le sens pour en conclure qu'elles sont donc en la voie de perdition.... » (84 1).

Tel est le fait initial autour duquel la pensée de Pascal s'excercera. L'auteur des Pensées, pour démontrer la force

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probante de ce fait miraculeux, est contraint de chercher dans l'histoire de l'Église et dans les Évangiles des termes de comparaison. Ainsi peu à peu il passe d'un fait particulier à un fait universel. Ce n'est plus seulement le jansénisme qui est vérifié par le miracle, c'est l'arianisme qui est condamné par ce signe divin, c'est le christianisme surtout qui parce même moyen est discerné du judaïsme, etc.. ainsi en généralisant le cas miraculeux opéré à Port-Royal, Pascal étudie une des principales preuves apologétiques de la religion catholique.

« Les miracles discernent aux choses douteuses : entre les peuples juif et païen, juif et chrétien; catholique, hérétique ; calomniés et calomniateurs ; entre les deux croix. »

Cependant Pascal ne pouvait guère réfléchir longtemps sur le miracle sans en chercher la définition. C'était en effet sa méthode dans la discussion de partir de définitions précises, ainsi qu'il l'expose lui-même dans l'opuscule sur V Art de persuader. Voici donc comment il définit le miracle :

« C'est un effet qui excède la force naturelle des moyens

qu'on y emploie Ainsi ceux qui guérissent par l'invocation

du diable ne font pas un miracle ; car cela n'excède pas la force naturelle du diable. » (8o4).

Cette définition ne laissera pas de surprendre d'abord ; elle est cependant excellente. Pascal, qui définissait avec une rigueur d'esprit toute géométrique, a pris le miracle au sens le plus absolu du mot. Dans l'acception ordinaire pour qu'il y ait miracle, il faut un phénomène sensible qui dépasse les forces de la nature ; mais dans le sens absolu du mot il faut un phénomène sensible qui surpasse les forces de toute créature. Il est assez remarquable que Pascal se soit rencontré dans la définition du miracle avec saint Thomas. Pascal discutant cette question avec M. de Barcos écrivait : « J'appelle effet miraculeux, la guérison d'une maladie, faite par l'attouchement d'une sainte relique ; guérison d'un démoniaque, faite par l'invocation du nom de Jésus, etc.. ; parce que ces effets surpassent la force naturelle des paroles par lesquelles on invoque Dieu et la force naturelle d'une relique, qui ne peuvent guérir les malades et chasser les démons. Mais je

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n'appelle pas miracle de chasser les démons par l'art du diable ; car, quand on emploie la puissance du diable pour chasser le diable, l'effet ne surpasse pas l'effet naturel des moyens qu'on y emploie : et ainsi il m'a paru que la vraie définition des miracles est celle que je viens de dire — Ce que le diable peut n'est pas miracle quoique l'homme ne puisse pas le faire lui-même'... » — Ainsi dans cette acception très stricte le miracle ne peut avoir que Dieu pour auteur, et il semble que Pascal considère les moyens employés, par exemple, une sainte relique, comme l'instrument physique du miracle. C'est presque exactement la définition donnée par saint Thomas, u Le miracle, au senspropre, se dit d'un fait qui surpasse l'ordre de la nature. Mais il ne suffit pas à la notion du miracle, que quelque fait dépasse l'ordre d'une partie de la nature. Et ainsi pour qu'il y ait vraiment miracle, il faut un phénomène qui surpasse l'ordre de toute la nature créée. Dieu seul peut donc en être l'auteur ; car ce que fait l'ange, ou toute autre créature par sa propre vertu, arrive selon l'ordre de la nature créée et alors ce n'est pas un miracle ^. »

Le soin scrupuleux avec lequel Pascal s'efforce de créer une définition qui ne convienne qu'au miracle véritable, nous fait entendre clairement qu'il admettait l'existence de faux miracles. On était fort superstitieux au xvii^ siècle, les incrédules les plus célèbres et non les moins audacieux s'essayaient à faire brûler des reliques, doutant fort si elles brûleraient. Sans être superstitieux, Pascal croyait à de nombreux faux miracles, mais cela même lui était une preuve qu'il y en avait de vrais ; ainsi les multiples contrefaçons attestent l'existence et l'excellence de l'invention que l'on contrefait.

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