‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 89 sur 118 · C'est M. Giraud qui souligne · texte numérisé non relu

C'est M. Giraud qui souligne

M. Jovy fait aussi remarquer que Pascal se rapprochait de l'orthodoxie dans la question de l'obéissance à l'autorité pontificale, et il en appelle à Sainte-Beuve. L'auteur de Port- Royal, il est vrai, hésite à déterminer exactement l'opinion de Pascal sur la soumission due au Souverain Pontife. Pascal faisait, en effet, en cette matière une distinction assez subtile, aisée cependant à comprendre, et fort familière aux historiens de l'Église et aux théologiens. Il ne considérait le Pape comme infaillible, qu'en tant qu'il est uni à l'Église et au concile général des Évêques, et en ce sens il se soumçitt^t à lui de tout cœur ; mais il n'attribuait au Pape séparé du concile qu'une autorité privée, que l'autorité humaine que donnent la science et les vertus particulières, et en ce sens Pascal ne se croyait pas tenu d'obéir au Pape qu'il croyait surpris et dans l'erreur. C'est pourquoi il écrivait dans le texte précité :

« ...Après que Rome a parlé, et qu'on pense qu'il a condamné la vérité et qu'ils l'ont écrit ; et que les livres qui ont dit le contraire sont censurés, il faut crier d'autant plus haut qu'on est censuré plus injustement, et qu'on veut étouffer la parole plus violemment, jusqu'à ce qu'il vienne un Pape qui écoute les deux parties. »

D'après ce fragment, oii il ne rejette pas l'autorité pontificale en général, on peut se rendre compte facilement en quel sens Pascal se soumettait au Pape et en quel sens il lui résistait. Lors donc qu'on cite des paroles tirées soit des Provinciales, soit des Pensées, soit des Lettres de Pascal, protestant de son attachement au Souverain Pontife, il faut bien prendre garde au sens vrai de ses déclarations.

Ainsi M. Jovy, pour montrer comment la question de l'autorité assaillait l'esprit de Pascal, cite le célèbre passage de la lettre à xM^"^ de Roannez * :

« Je loue de tout mon cœur le petit zèle que j'ai reconnu dans votre lettre pour l'union avec le Pape. Le corps n'est non plus vivant sans le chef que le chef "sans le corps. Quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'est plus du corps et n'appartient plus à Jésus-Christ. Je ne sais s'il y a des personnes dans l'Église plus attachées à cette unité du corps que ceux que vous appelez nôtres. Nous savons que toutes les

1, Op. cit., p. 9.

vertus, le martyre, les austérités et toutes les bonnes œuvres sont inutiles hors de l'Eglise et de la communion du chef de l'EgUse qui est le Pape. Je ne me séparerai jamais de sa communion, au moins je prie Dieu de m'en faire la grâce ; sans quoi je serais perdu pour jamais.

Je vous fais une espèce de profession de foi, et je ne sais pourquoi ; mais je ne l'effacerai pas ni ne recommencerai pas.... »

Dans cette « espèce de profession de foi », une première remarque doit être faite : c'est que Pascal parle non seulement en son propre nom, mais, pour ainsi dire au nom de tout Port-Royal dont il affirme la soumission à l'autorité Pontificale. « Je ne sais s'il y a des personnes dans l'Église plus attachées à cette unité du corps que ceux que vous appelez nôtres... » Pascal fait cause commune avec les solitaires, et il ne faut donc pas voir chez l'auteur de ce document des tendances séparatistes. Et en second lieu, il ressort évidemment des termes de cette profession de foi que Pascal n'est soumis au Pape que lorsque celui-ci est joint aux membres de l'Église, aux Évêques, au Concile. 11 n'admettrait pas que le Pape imposât sa pensée en Aertu d'une infaillibilité personnelle. Le fragment suivant le prouve .

« Eglise, pape. Unité, multitude. En considérant l'Eglise comme unité, le Pape, qui en est le chef, est comme tout. En la considérant comme multitude, le Pape n'en est qu'une pai'tie. Les Pères l'ont cousidérée, tantôt en une manière, tantôt en l'autre. Et ainsi ont parlé diversement du Pape (Saint Cyprien : Sacerdos Dei). Mais en établissant une de ces deux vérités, ils n'ont pas exclu l'autre. La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion : l'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie. Il n'y a presque plus que la France où il soit permis de dire que le Concile est au-dessus du Pape. » (Br. 871).

Nous renonçons à exposer plus lucidement la distinction expliquée par Pascal et à l'aide de laquelle il pouvait, d'un côté, prolester de sa parfaite soumission au Souverain Pontife, de l'autre, refuser plus opiniâtrement que tous de souscrire au Mandement et aux Bulles.

On en a fait la remarque dernièrement *. Pascal,

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