Cf. MxYSARD. Pascal. Tome I, 2* Par^je^p
2. Cf. Strowski. Op. c, T. III, p. 366. Ces écrits étaient plutôt composés sous forme de théorèmes que de lettres.
sorte d'armistice, il ne continua pas d'écrire, mais il mil précieusement de côtelés écrits qu'il avait composés se proposant de les faire paraître si jamais les religieuses de Port- Royal et leurs directeurs se laissaient aller à quelque faiblesse coupable. Quand il se vit sur le point de mourir, il les confia à Domat en priant « de les brûler, si les religieuses de Port-Royal se tenaient fermes, et de les livrer à l'impression si elles pliaient. »
11 est probable aussi que c'est durant cette dernière maladie qu'il répondit, à une sorte d'interrogatoire, ces paroles si souvent citées ' :
1° On me demande si je ne me repens pas d'avoir fait les Provinciales. — Je réponds que, bien loin de m'en repentir, si j'avais à les faire présentement, je les ferais encore plus fortes.
2° On me demande pourquoi j'ai nommé les noms des auteurs où j'ai pris toutes les propositions abominables que j'y ai citées. — Je réponds que si j'étais dans une ville où il y eût douze fontaines, et que je susse certainement qu'il y en a une qui est empoisonnée, je serais obligé d'avertir tout le monde...
3° On me demande pourquoi j'ai employé un style agréable, railleur et divertissant. — Je réponds que, si j'avais écrit d'un style dogmatique, il n'y aurait eu que les savants qui l'auraient lu, et ceux-là n'en avaient pas besoin, en sachant autant que moi là-dessus,..
4° On me demande si j'ai lu moi-même tous les livres que je cite. — Je réponds que non : certainement, il aurait fallu que j'eusse passé ma vie à lire de très mauvais livres... (Michaux, Pensées, 1001).
Tels sont les véritables sentiments dans lesquels est mort Pascal. Loin qu'il soit en désunion avec les jansénistes, il est au contraire intimement lié avec ceux d'entre eux qui sont le plus intransigeants. Ceux-ci viennent le voir, sont en parfait accord avec lui et n'usent d'aucune sorte de persécution pour l'empêcher de se convertir au catholicisme, ou pour le contraindre à mourir dans une pleine adhésion au jansénisme.
D'ailleurs il n'est pas douteux non plus que Pascal ne se trouvât en parfaite communion d'idées avec toute la famille Périer . C'est chez sa sœur M™- Périer qu'il vient mourir et on sait
1. Marguerite Périer déclare avoir entendu ces paroles à l'âge de seize ans et demi ce qui nous ferait croire qu'elles ont été proaoncc'es peu de temps avant la mort de Pascal.
38o LA PRÉTENDUE RlÎTRACTATION DE PASCAL
qu'Etienne Périer, son neveu, lui était particulièrement cher. Pascal s'était chargé p3rsonnellement d'achever son éducation. Lors de la discussion sur la signature qui avait eu lieu quand Pascal s'évanouit, Arnauld, Nicole, Sainte- Marthe et les autres se retirèrent, et il ne resta plus que ^jme périsr, Etienne Périer, Roannez et Domat. Ces deux derniers étaient les amis intimes K La famille Périer était composée de M'"- Périer et de ses enfants : Jacqueline l'aînée, Etienne dont nous venons de parler, Louis, qui se fit prêtre, et Marguerite, qui était doublementchèrej Pascal en tant que filleule et que miraculée. Or tous ces Périer, qui subissaient l'influence de leur oncle, étaient et furent dans la suite des jansénistes farouches. Etienne, l'aîné de ses neveux, ne consentit jamais à aucun accommodement. La réception unanime des Bulles de Rome par tous les évèques de France était pour lui un scandale horrible ; tout formulaire une chose exécrable. Il dirigea dans ce sens son frère Louis, qui devint chanoine de Clermont. Il lui défendit de rien signer, pas même le formulaire des quatre évêques. Marguerite Périer, qui survécut à toute sa famille — ellene mourut qu'en 1733 àl'age de87 ans — ne voulut jamais recevoir la Bulle f//a^e/u/us, qu'elle regardait comme un tissu d'erreurs et une condamnation des principaux articles de foi. Elle a terminé une de ses relations par ces paroles touchantes qui émouvaient Sainte- Beuve : u Voilà quelle a été la vie de toutes les personnes de ma famille. Je suis restée seule. Ils sont tous morts dans un amour inébranlable de la vérité. Je dois dire comme Simon Machabée, le dernier de tous ses frères : tous mes parents et tous mes frères sont morts dans le service de Dieu et dans l'amour de la vérité. Je suis restée seule. A Dieu ne plaise, que je pense jamais à y manquer ! C'est la grâce que je lui demande de tout mon cœur. »
Ces parents, ces amis intimes, dépositaires des Pensées et des Ecrits de Pascal, avec qui ils étaient en parfaite communion d'idées, ne l'ont point tué, quoi qu'en dise M. Jovy.
Mais à côté de ces amis intimes, à coté de ces jansénistes intransigeants, d'autres jansénistes, chefs du parti de la