Cf. Mvy;vvrd, Op. c, T. I, p. bl,S
conciliation, vinrent aussi rendre visite à Pascal, ce qui prouve qu'ils n'étaient pas ennemis irréductibles. Et nous dirons après l'abbé Maynard : « Quoique nous soyons loin de penser avec le Recueil que la tempête ne laissa pas après elle quelque nuage; que les amis continuèrent à se voir comme auparavant : que dans les discussions chacun soutenait son sentiment, mais sans aigreur, nous ne croyons pas non plus que le dissentiment soit allé jusqu'à la rupture.» *
Dans ces circonstances, puisque le dissentiment n'avait jamais été jusqu'à larupture, et que Pascal s'était même confessé à M. de Sainte-Marthe, on peut bien estimer que Nicole ne commettait pas un « mensonge si formel » (Jovy, p. 207) lorsqu'il écrivait à propos de Pascal : « Quoique cette diversité de sentiments n'ait jamais interrompu le commerce d'amitié qu'il avait avec ces Messieurs, leur union parut néanmoins d'une manière toute particulière durant sa dernière maladie. » Nous ne croirons donc pas Nicole indigne de confiance s'il ajoute : « M. Arnauld, qui était alors à Paris, lui rendit visite ; et M. Pascal le reçut avec toute sorte de témoignages de tendresse et d'affection. Il se confessa même plusieurs fois à M. de Sainte-Marthe durant le cours de sion mal, et la veille même de sa mort, n'ayant pas cru en ce temps où l'on a moins d'égard que jamais à toutes les considérations humaines, pouvoir choisir une personne qui lui pût être plus utile pour le bien de sa conscience. » Ce récit concorde avec celui de M""® Périer, et si le recueil d'Utrecht introduit quelques modifications, c'est un fait fort ordinaire; il n'est point d'histoire qui, comme la boule de neige, ne s'ac croisse en roulant. 11 serait étonnant qu'entre tous ces récits d'un même fait, nous ne remarquions pas de divergences.
Nous ne répondrons pas en détail à tous les arguments
1. Puisque nous empruntons à l'abbé Maynard des passages qui nous sont favorables, citon* encore un passage de cet auteur absolument contraire à la thèse de M. Jovy, il écrit : a Ayant touché le terrain janséniste, Pascal arriva, après quelques biais et quelques détours accidentels, aux confins de l'orthodoxie catholique, mit un pied au delà, et la mort seule l'empêcha d'y poser l'autre ». L'abbé Maynard montre bien par ce passage qu'il est exactement du môme avis que Sainte-Beuve et M. Michaut.
de M. Jovy, nous aurions trop à faire. Nous ne pouvons cependant terminer ce paragraphe, sans essayer de réfuter deux objections principales.
Du fait que Pascal appelle à son chevet le curé de Saint- Étienne-du-Mont, on n'en peut pas conclure qu'il était opposé au jansénisme. M. Jovy lui-même en a donné la raison : « On avait l'habitude, dans de pareilles circonstances, de recourir au curé de la paroisse sur laquelle on résidait. » M. Jovy cile même un article de l'Assemblée du clergé de 1667 où, sans faire de cette coutume une obligation formelle, on ajoute : « Il ne faut pas néanmoins douter qu'en cette occasion la préférence de son pasteur ne soit très utilement pratiquée. » Si l'on se souvient que Pascal au début de sa seconde conversion hésitait à choisir un directeur à Port- Royal parce u qu'il craignait de se tromper par trop d'affection, non pas dans les qualités de la personne, mais sur la vocation dont il ne voyait pas de marques certaines, n étant pas son pasteur naturel » , on ne sera pas étonné que dans ses derniers jours il se soit adressé au P. Beurrier, curé de Saint-Etienne du-Mont, a son pasteur naturel » ^ D'ailleurs dans ses Mémoires, M. Beurrier semble croire que Pascal ne l'avait appelé que parce qu'il était curé de sa paroisse : « Il m'avait fait prier de le venir voir pour remettre son âme et sa conscience entre mes mains, puisque j'étais son pasteur^) (p. 488).
Enfin M. Jovy insiste avec complaisance sur le refus des derniers sacrements opposé à Pascal par les jansénistes. Nous n'avons pas h examiner ici les opinions de Port-Royal sur l'usage rare de l'Eucharistie, mais nous devons constaterquesi l'on refusait le viatique à Pascal, la faute en était non précisément aux jansénistes mais surtout aux médecins. Pascal tout le premier eût été d'avis qu'on n'administrât pointles derniers sacrements à un malade nullement en danger de mort. Et inversement aucun de ses amis ne les lui eût refusés s'ils l'avaient cru si proche de sa fin. Pascal avait ses raisons intimes de se croire mortellement atteint, mais ses amis en