‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 97 sur 118 · Cf. Jovy. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. Jovy. Op. cit., p

avaient de très bonnes aussi pour estimer qu'il n'y avait aucun danger. Si l'on veut apprécier exactement les responsabilités, il faut partir de ce fait qu'il y eut erreur sur la gravité du mal. Tous les médecins sans exception, et il y eut consultation, déclarèrent que l'état de Pascal ne devait inspirer aucune inquiétude. Dans ces conditions, on fit pour Pascal ce que des amis, des parents, font encore aujourd'hui pour le malade. On ne demande le prêtre que lorsque les docteurs ont déclaré que leur présence était désormais inutile. Il suffit de lire sans prévention le récit de la mort par M'"® Périer pour se rendre compte que les médecins ont été la cause principale de ce refus. Ils assuraient que Pascal n'étuit pas en danger de mort, et les jansénistes en concluaient qu'il ne pouvait donc recevoir l'Eucharistie en viatique. Or, le P. Beurrier, curé de Saint-Étienne, et, qui plus est, Pascal lui aussi concluaient de même.

« Il souhaitait beaucoup de communier ; mais les médecins s'y opposaient, disant qu'il ne le pouvait faire h jeun, à moins que de le faire la nuit, ce qu'il (Pascal) ne trouvait pas à propos de faire sans nécessité, et que pour communier en viatique il fallait être en danger de mort ; ce qui ne se trouvant pas en lui, ils ne pouvaient pas lui donner ce conseil. » (Br.p.37).

Il est très regrettable qu'on n'ait pas cru Pascal lorsqu'il disait : « On ne sent pas mon mal, et on y sera trompé; ma douleur de tête a quelque chose de fort extraordinaire... » Mais on croyait, ce que l'on croit toujours en ces circonstances, que le malade « a de l'inquiétude » ; on lui assure qu'il n'est pas si mal, qu'il est loin d'être en danger, qu'il sera bientôt guéri. D'ailleurs il faut aussi considérer que Pascal était extrêmement nerveux; comme M. Jovy l'a si heureusement écrit : « Par suite d'une certaine nervosité maladive, la moindre contradiction le mettait hors de lui *. » Si donc dans sa dernière maladie l'opposition la plus légitime lui causait une peine extrême, il en faut accuser la complexion physique de Pascal, non ses amis.

1. M'ne Périer écrit : « L'cx'.rème vivacité de son esprit le ri'nJr.it q'.iolquefois si impatient qu'on avait peine à le satisfaire... ». (Br. p. 35).

384 LA PKIÎTE.NDUE RÉTUAGTATIO.N DE PASCAL

« Comme il vit qu'il ne pouvait pas avoir un pauvre en sa maison avec lui, il me pria donc de lui faire cette grâce de le faire porter aux Incurables, parce qu'il avait grand désir de mourir en la compagnie des pauvres. Je lui dis que les médecins ne trouvaient pas à propos de le transporter en l'état où il était : ce qui le fâcha beaucoup... »

En ce cas « les médecins » avaient raison, mais ils se trompaient trop gravement lorsqu'ils afQrmaient le jour même où Pascal mourut « qu'il n'y avait /iu/ danger, et que ce n'était que la migraine mêlée avec la vapeur des eaux » . S'ils n'avaient pas pris une crise mortelle pour un mal de tête plus ou moins grave, s'ils avaient déclaré que Pascal allait mourir, les jansénistes qui le visitaient auraient tous d'un commun accord exigé qu'on lui administrât le viatique et TExtrême-Onction.

Nous admirons profondément la mort de Pascal. Nous croyons que cette mort prématurée fut une grâce, un moyen dont Dieu se servit pour empêcher que cette âme, si droite, si sincère, si convaincue, si charitable, mais si aveuglément passionnée quelquefois, n'allât dans la voie de l'erreur et delà désobéissance jusqu'à la révolte complète, jusqu'au schisme. S'il avait vécu, il parait hors de doute, en raisonnant selon les vues de la prudence humaine, qu'il s'y serait enfoncé, mais Dieu le rappela à lui avant que n'advint cet effroyable malheur. Et c'est pourquoi nous croyons que Pascal est décédé, comme il l'écrivait dans son testament, en l'Église chrétienne, catholique, apostolique et romaine. 11 priait en mourant : « que Dieu ne m'abandonne jamais» ; Dieu ne l'abandonna pas. Le jansénisme a surtout atteint la doctrine théologique et la vie extérieure de Pascal, il n'a pas compromis sa vie intérieure et mystique K Ce que nous admirons dans la mort de l'auteur du Mystère de Jésus, c'est l'amour

I. Cette distinction nous a permis de soutenir que la seconde conversion de Pascal fut moins janséniste que la première. Sa vie intérieure après la nuit de novembre i65/( fut plus affective, plus tendrement mystique. Si l'on soutenait qu'à ce point de vue de la vie intérieure et spirituelle, Pascal avait évolué vers l'orthodoxie — ce qui est l'opinion de M. Brémond — nous n'aurions aucune objection à faire. Nous avons soutenu partout que la vie active de Pascal était janséniste, mais que sa vie intérieure et contemplative était orthodoxe.

passionné du divin Sauveur ; ce que nous admirons en l'auteur des Pensées, c'est la résignation réfléchie aux desseins de la Providence ; ce que nous admirons en Pascal, c'est son amour pour le prochain, cette charité excessive pour les pauvres. Et sans doute en admirant ces vertus : l'amour passionné de Jésus, la résignation à la volonté divine, la charité pour le prochain et la simplicité parfaite, nous nous rencontrons avec la plupart des hommes qui, depuis le xvii* siècle, ont lu la Me de Pascal. Mais au lieu de nous inquiéter, cette communauté de sentiments nous rassure, car nos impressions et nos admirations étant celles du passé, elle.s seront probablement celles de l'avenir.

Nous nous demandons si, entraîné par son estime passionnée pour les documents secrets, M. Jovy ne recherche pas un peu trop les impressions inédites. Quand il écrit « le récit de la mort de Pascal est émouvant pour une toute autre raison que par ce que les lecteurs indifférents et superficiels y ont va jusqu'ici », il pourrait sembler que dès aujourd'hui les lecteurs attentifs devront, en lisant le récit, de la mort de Pascal, être émus pour des motifs tout nouveaux. Mais nous sommes persuadé que ce n'est pas lu la pensée de M. Jovy; les impressions de la plupart des lecteurs devant la mort de Pascal, il les éprouve ; mais il est surtout ému et il demande qu'on soit surtout ému par le drame janséniste, par les angoisses d'une âme qui s'efforce de se libérer et que des sectaires fanatiques persécutent et veulent reconquérir. Nous ne croyons pas à une telle persécution, nous ne croyons pas que les jansénistes aient « tué » Pascal, et nous continuerons à admirer surtout en celte mort ce qu'on y a toujours admiré.

Lies Ulénioires du P. Beurrier.

Nous avons déjà rencontré le P. Beurrier, curé de Saint- Etienne-du-Mont, nous l'avons vu administrer les derniers sacrements à Pascal. Or, lorsqu'ils apprirent que ce saint

prêtre avait absous Pascal — ce qui équivalait à délivrer à un janséniste un brevet d'orthodoxie — les ennemis de Port- Royal s'indignèrent, ils réussirent même à faire agir l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, qui fit comparaître devant lui le P. Beurrier *. Le Recueil d'Utrecht nous conte ainsi la scène :

N'est-il pas vrai, dit l'archevêque, que « M. Pascal est mort sur votre paroisse, et qu'il est mort sans sacrements? » M. Beurrier répondit qu'il était vrai qu'il était mort sur sa paroisse, mais qu'il n'était pas vrai qu'il fût mort sans sacrements, et qu'il les lui avait administrés lui-même. « Comment, reprit l'Archevêque, les lui avezvous administrés, ne saviez-vous pas que c'était un janséniste ? » M. Beurrier fut tout effrayé, et il crut qu'on allait lui susciter sur cela une grande affaire, et que peut-être on ferait déterrer le corps de M. Pascal, comme il l'a dit lui-même depuis à M. Périer le fils. Il se souvint aloi's d'une conversation qu'il avait eue avec M. Pascal, où celui-ci avait dit qu'il n'était pas tout à fait d'accord avec M. Arnauld au sujet de la signature du Formulaire; et comme ce bon homme* n'était pas fort instruit du fond de ces matières, et qu'il croj'ait que M. Arnauld, était le plus ferme de tous ces Messieurs de Port-Rojal, cette idée le porta à dire ce qu'il pensait là-dessus : savoir que M. Pascal blâmait M. Arnauld et ces Messieurs, et qu'il crojait qu'ils allaient trop avant dans les matières de la grâce et n'avaient pas assez de soumission pour N. S. P. le Pape, en quoi on ne pouvait mieux prendre le contresens de la pensée de M. Pascal.

M. l'Archevêque dressa aussitôt une Déclaration de cet aveu qui lui parut important, et obligea M. Beurrier à le signer. Comme il résistait un peu, M. l'Archevêque lui dit que cela était ou que cela n'était pas : que si cela n'était pas, il ne devait pas le dire ; et que si au contraire, cela était, il ne devait pas faire difficulté de signer cette Déclaration : que d'ailleurs il lui promettait qu'elle resterait dans son cabinet et qu'on ne la verrait jamais. M. Beurrier signa et n'y pensa plus. »

Cette déclaration contenait ce passage cité par M. Jovy :

Aujourd'hui 7 janvier 1635, nous Hardouin de Péréfixe avons

désiré savoir de M. Paul Beurrier, Rehgieux de Sainte-Geneviève, curé

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