‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 98 sur 118 · Cf. Jovï. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. Jovï. Op. cit., p

2. L'expression a bon homme d n'avait pas au xvii« siècle une signifîcalion aussi riiJicuIe que celle que nous lui attribuons aujourd'hui. M'"" Périer écrit au Bujet lie Pascal : « Il avait chez lui un bon homme avec sa femme et son ménage.... €e bon homme avait un fils... ». (Br. 3.")).

APPEIXOICB 387

de Saint-Etienne, si ce qu'on nous en avait rapporté (de Pascal) était véritable et s'il était vrai qu'il fût mort attaché au parti des jansénistes... il a remarqué que ses sentiments étaient toujours fort orthodoxes, et soumis parfaitement a l'Église età NotreSaintPère le Pape. De plus il lui a dit dans une conversation familière qu'on l'avait embarrassé dans le parti de ces Messieurs, mais que depuis deux ans il s'en était retiré, parce qu'il avait remarqué qu'ils allaient trop avant dans les matières de la Grâce et qu'ils paraissaient avoir moins de soumission qu'ils ne devaient pour N. S. Père le Pape, que néanmoins il gémissait aussi de ce qu'on relâchât si tort la morale chrétienne, et que depuis deux ans il s'était tout à fait attaché aux affaires de son salut, et à un dessein qu'il avait contre les athées et les pohtiques de ce temps en matière de religion... » (p. 406).

Ces déclarations paraissent dès l'abord assez vagues. Jamais Pascal ne supporta d'être appelé hérélique, de passer pour insoumis à l'autorité pontificale ; les Provinciales, les lettres à Mademoiselle de Roannez nous le prouvent absolument. Mais ces croyances à sa propre et complète orthodoxie, ces protestations d'obéissance au Vicaire de Jésus- Christ ne l'empêchaient point de se révolter contre la condamnation des Provinciales et de Jansénius. Si Pascal avant de mourir avaitseulementdéclaré qu'il se soumettait aux Bulles, s'il avait simplement accepté le Form.ulaire, la question de sa rétractation ne serait pas douteuse. Le P. Beurrier s'en tint à des généralités peut-être parce qu'il comprit qu'il n'obtiendrait pas davantage, et quïl craignit, en précisant ses questions, de se heurter à un refus obstiné.

Mais nous ne possédons par celte déclaration seulement, Le P. Beurrier a écrit des Mémoires qu'on peut lire intégralement dans le livre deM.Jovy et que nous devons analyser.

Nous avons déjà vu dans la déclaration précédente que « depuis deux ans (Pascal) s'était retiré du parti de ces Messieurs... que depuis deux ans il s'était attaché tout à fait aux affaires de son salut ». Dans \es Mémoires du P. Beurrier cette date de deux ans est constamment répétée ; il semblerait que ce soit un des détails dont le curé de Saint-Etienne fût le plus sûr :

« Il me répartit qu'il y avait deux ans qu'il avait fait une retraite spirituelle, et une confession générale fort exacte, en suite de laquelle

il avait entièrement changé de vie, et pris résolution de fuir toutes les compagnies pour ne plus songer qu'à son salut et à combattre fortement les impies et les athées. »

« M'ajoutant qu'on avait voulu l'engager dans ces disputes, mais que depuis deux ans il s'en était retiré prudemment, vu la grande difficulté de ces questions si difficiles de la grâce et de la prédestination.»

« Enfin il me dit que, depuis deux ans, il avait commencé à mettre par écrit ses pensées.... »

« Il fit une seconde retraite bien plus parfaite que la première deux ans devant sa mort. »

Enfin M Beurrier redit constamment que depuis deux ans Pascal a fait une retraite, qu'il s'est retiré des disputes de la grâce, qu'il a commencé d'écrire une apologie. Or, à la prendre exactement, cette date ne tient pas devant un examen même sommaire.

Le P. Beurrier afïirme donc que deux ans avant sa mort Pascal s'était retiré de « ces disputes » sur la grâce et la prédestination. Or, dix mois seulement avant de mourir Pascal disputait furieusement contre Arnauld et Nicole ; il écrivait contre eux, il les accusait d'abandonner la grâce elTicace, il concluait que ceux qui signent en n'excluant pas formellement la doctrine de Jansénius « prennent une voie moyenne, qui est abominable devant Dieu, méprisable devant les hommes, et entièrement inutile à ceux qu'on veut perdre personnellement ».

Gomment admettre dès lors que Pascal depuis deux ans « avait jugé qu'il se devait retirer de ces disputes et contestations qu'il croyait préjudiciables et dangereuses, car il aurait pu errer en disant trop ou trop peu, et ainsi il se tenait au sentiment de l'Église touchant ces grandes questions, et qu'il voulait avoir une parfaite soumission au Vicaire de Jésus- Christ qui est le Souverain-Pontife ». Au mois de novembre 1661, Pascal poussait de toute sa puissance Port-Royal dans la résistance aux ordres formels des Papes. Il défendait impérieusement de signer ce Formulaire : « Je me soumets sincèrement à la constitution du pape Innocent X du P"" mai i653, selon son véritable sens, qui a été déterminé par la constitution de notre Saint-Père le pape Alexandre VII du 16 octobre i(356. Je reconnais que je suis obligé en con-

science d'obéir à ces constitutions : et je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions de Cornélius Jansénius, contenues dans son livre intitulé Augustinus, que ces deux papes et les évoques ont condamnées : laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée contre le vrai sens de ce docteur*». Ainsi donc dix mois avant sa fin Pascal jetait l'anathème aux jansénistes qui proposaient de signer ce Formulaire, et l'on nous assure que deux ans avant sa mort Pascal s'était converti et qu'il avait « une parfaite soumission au Vicaire de Jésus-Christ ». Ou bien l'on se trompe, ou cette soumission parfaite doit être interprétée en un sens fort large.

Mais ce qu'il y a de plus étrange encore, c'est cette retraite que Pascal aurait faite à cette époque :

« Il fit une seconde retraite bien plus parfaite que la première deux ans devant sa mort, Dieu le voulant par là disposer à la précieuse mort des saints, car il passa plusieurs semaines dans les grands exercices spirituels 2, dans la pénitence, la mortification, le silence et l'examen ou revue très exacte de toute sa vie, et ensuite il fit une confession générale, et il fit de grandes aumônes, et vendit son carrosse, ses chevaux, ses tapisseries, ses heaux meubles, son argenterie, et même sa bibliothèque, à la réserve de la Bible, de saint Augustin, et de fort peu d'autres livres, et en donna tout l'argent aux pauvres, il renvoya tous ses domestiques, et se mit en pension chez sa sœur, mademoiselle Périer pour n'avoir plus de soin d'un ménage, je le sais d'elle-même. Il fonda le règlement de sa vie sur les principes évangéliques qui sont premièrement, de renoncer à soi-même, à tout plaisir, à toute superfluité... »

Ne semble-t-il pas que cette retraite, où il passa plusieurs semaines dans les exercices spirituels, après laquelle il vendit son carrosse, ses chevaux, ses tapisseries... après laquelle il fonda sa vie sur les principes évangéliques de renoncer à toute superfluité... ressemble singulièrement à la retraite que Pascal fit à Port-Royal lors de sa seconde conversion ? Il

Page 1