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elle est restée loDgptemps sans manger. Â Tentendre, ce serait trois jours, ou trois mois, ou trois ans. '
Son regard est ferme , quoique très-doux ; il n'a point d* égarement, et semblerait naturel, n'était sa fixité. A mon avis, il y a quelque chose de particulier et de digne d'attention dans Fattitude qu'elle conserve. Elle est contrainte, absorbée, repliée sur ellemême, nullement communicative. Cependant, dès qu'on l'interroge, elle répond avec empressement; mais jamais, ceci est significatif, elle ne parle spontanément. Cette particularité ne serait-elle pas Te résultat d'une habitude qui aurait été causée par l'isolement?
Il est fort possible que l'altération des facultés de cette malheureuse femme %oit toute récente et ne remonte pas plus haut que le moment où elle aura conçu des craintes sérieuses de mourir de faim. La terrible émotion qu'elle a dû ressentir à cet instant est très-certainement suffisante pour avoir déterminé, et i plus forte raison pour expliquer le désordre mental qui persiste encore aujourd'hui, surtout en raisonnant dans l'hypothèse où la détention de madame Gayeul daterait de plusieurs mois au moins; car alors les souffrances morales anté-
Heures, de même que le deïaut d'exercice, auraient déjà causé dans tout Torganisme une débilitation maladive, propre à la prédisposer aux affections mentales.
Quoi qu'il en soit, la folie de madame Gayeul n'est pas, quanta présent, d'une nature très-grave. J'ai des raisons pour espérer que cette jeune femme, soumise pendant quelque temps à un régime convenable, verrait son état s'améliorer d'une manière rapide. Je pense qu'elle est susceptible d'arriver à la guérison. C'est une question de temps, de soins assidus surtout. Que, les investigations de la justice mettant sur la trace de sa famille, on parvienne à la découvrir, madame Gayeul sera sauvée, attendu que, suivant toute apparence, l'isolement absolu et le manque d'affection contribuent pour une large part au désordre de son esprit.
Pour me résumer, je conclus que, sauf découverte de faits nouveaux qui seraient propres à modifier mon opinion, il y a lieu d'admettre que la maladie de madame Gayeul a été occasionnée par une émotion très-violente, laquelle s'est ajoutée à une longue succession de souffrances supportées avec assez d'énergie pour n'avoir pas déterminé la folie anté-
rieuremeiit; mais que ces souffrances, morales plutôt que physiques , ont dû entraîner une prédisposition notable au trouble des fonctions cérébrales.
En suivant cet ordre d'idées , il me semble trèspossible qu'une secousse heureuse, telle que la produirait l'apparition inattendue de ses parents, si on les retrouve, ou de toute autre personne qui lui aurait été chère, anéantisse les déplorables effets de la première.
Dans Tétat où elle est en ce moment, qu'il soit ou non la conséquence d'une séquestration plus ou moins prolongée, elle ne peut fournir aucun renseignement auquel on doive se fier, parce qu elle ne possède pas la libre disposition de son intelligence.
Comtesse du TYROL . (Andrea-Louise-Catherine CALANE, dite),