QUARANTE-DEUX ANS
Sur uiit avis télégraphique émanant du parquet de Marseille, j'ai été invité, lé 17 janvier, à opérer les recherches nécessaires afin de mettre à la disposition de la justice M. Néandry, prévenu de séquestration.
A une autre époque, dans Tété de 1875, j'avais eu occasion de voir souvent ce personnage, qui s'était adressé à la préfecture de police pour faire poursuivre sa femme, laquelle venait de disparaître quelques semaines après son mariage. Je le connaissais personnellement; c'est par cette raison qu'on me confia la mission de le rétrouver. Mais j'ignorais ce qu'il était devenu, les rapports que j'ai eus alors
avec lui ayant pris fin au bout de trois mois d*eflforts infructueux.
Il possède, avenue de Messine, une maison montée sur un grand pied, mais Ihabite rarement. De préférence il descend au Grand-Hâtelj où on ne Tavait pas vu depuis assez longtemps, m'assura-t-on. Même réponse me fut faite à son domicile, avec une hésitation qui me donna des doutes sur la sincérité de cette déclaration.
Au nombre des relations de M. Néandry, se trouve une personne fort connue à Paris, madame la comtesse du Tyrol, qui appartient au monde de la haute galanterie, dont les attaches anciennes avec une maison régnante étrangère sont, à tort ou à raison, avérées dans le public, et chez laquelle se réunissent, plusieurs fois par semaine, beaucoup de membres du corps diplomatique. Certain que si celui que je cherchais avait passé à Paris depuis peu ou s'y trouvait toujours incognito, il se serait présenté là, je me renseignai discrètement. On Favait aperçu la veille, le 16, et ce même jour madame la comtesse du Tyrol était partie avec lui pour Marseille.
Je m'y rendis à leur suite, en prenant la précaution de me faire accompagner par l'agent Tarif, qui
m'avait été adjoint en 1875 et connaissait aussi M. Néandry.
Madame la comtesse du Tyrol était depuis le 17 au soir à Y Hôtel de Noailles; quant à M. Néandry, il n'avait pas paru. Un enfant eût tiré la conclusion. Le coupable s'était mis en route sans se douter que son crime fût découvert, et, surpris au débotté par quelque révélation inattendue, se cachait.
Avant qu'il fût sorti de la gare, la presse avait dû le mettre au courant, car l'affaire du château du Bec produisait un effet énorme. Non-seulement les journaux locaux étaient remplis de détails plus ou moins fantaisistes sur les faits constatés, mais on vendait dans les rues , au prix le plus modique , des comptes rendus qui surexcitaient Fopinion.
J'en achetai un, et par lui j'appris, comme le premier venu, les circonstances dramatiques au milieu desquelles le crime s'était lui-même dénoncé. Les informations qui me parvinrent ainsi n'avaient d'autre valeur que celle de simples renseignements, suspects à beaucoup d'égards, et je ne les pris pas au sérieux. Ils étaient pourtant en grande partie exacts, ce qui me fut démontré par la confirmation officielle que je reçus le même jour.
M. Néandry est de Marseille ; il y compte trop d'amis pour que, dans s^ situation de fortune surtout, on pût conserver F espérance de trouver sa cachette avant un temps fort long, sans doute, à moins que le hasard ou une imprudence de sa part ne la révêlât. Toutefois, si sa compagne de voyage ne s'éloignait pas, il voudrait vraisemblablemeot communiquer avec elle tôt ou tard . En conséquence, une surveillance inostensible , mais très-stricte, fut organisée immédiatement à Y Hôtel de Noailles.
Un des gens de service me prévint dans la journée du 20 janvier que le matin, vers onze heures, un commissionnaire avait demandé à être introduit auprès de madame la comtesse du Tyrol, qui l'avait reçu dans son appartement. On ignorait naturellement quelle communication il lui avait faite. On savait, par exemple, qu'elle avait commandé une voiture, pour aller dîner le soir à sept heures au restaurant Roubion.
Cet établissement, très-connu, n'est guère fréquenté le soir à cette époque de Tannée. Son ëloignement de la ville me parut significatif. Il ne fallait pas beaucoup de pénétration, je crois, pour deviner que le commissionnaire venait de la part de
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M. Néandry, et que celui-ci serait un des convives du dîner.
Des ordres furent donnés pour que la voiture qui conduirait madame la comtesse du Tyrol ne fût pas perdue de vue, depuis le moment où elle quitterait rhôtel jusqu'à Farrivée à destination, et je me mis en mesure d^ntervenir au moment opportun.
Mais, attendu que M. Ne'andry était sur ses gardes et qu'il ne s'aventurerait certainement pas sans s'être ménagé des intelligences dans le personnel du restaurant, la prudence la plus élémentaire me commandait de ne me montrer qu'après l'heure du rendezvous, de façon <ïu'à son entrée rien ne fût de nature à motiver ses soupçons.
A sept heures vingt minutes, j'ai fait avertir le chef de l'établissement, qui lui-même, à ma première sommation et sans aucun retard, m'a conduit jusqu'au salon réservé dont je requérais l'ouverture. Madame la comtesse du Tyrol, que je reconnus parfaitement, y était seule, assise sur un canapé, ayant encore son chapeau et lisant un journal par conte-^ nance, m'a-t-il paru, car elle était troublée. Au milieu de la pièce, qu'éclairait un lustre, était une table préparée pour deux couverts.
Mes qualités déclinées, j'ai demandé si le convive dont la place demeurait vide ne devait pas être M. Néandry. Madame la comtesse me répondit, avec la plus grande convenance, qu elle attendait un ami dont elle ne croyait pas avoir à désigner le nom. J'insistai, mais je n'obtins rien. Les soupçons que j'avais conçus recevant de cette réserve une justification complète, je n'hésitai pas à prévenir mon interlocutrice que j'avais le pénible devoir de m'assurer de sa personne, non pour l'arrêter, ce qui eût dépassé la limite de mes droits, mais pour la signaler sur l'heure à M. le juge d'instruction. Je lui proposai de l'accompagner devant ce magistrat, si elle voulait bien m' autoriser à monter avec elle dans la voiture qui l'avait amenée, et ne lui laissai pas ignorer qu'en cas de refus, sa liberté n'était nullement menacée, maïs qu'à partir de ce moment, elle serait , jusqu'à nouvel ordre, l'objet d'une surveillance rigoureuse. Madame le comtesse du Tyrol accepta mon offre et me dit qu'elle était prête à me suivre.
Cet empressement cachait, je le supposai, l'arrière-pensée de m' éloigner promptement et de favoriser ainsi la retraite de M. Néandry. Etait-il encore caché dans le restaurant? ou bien avait-il eu le temps
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de disparaître déjà? Mon intention était, avant de me retirer, d'effectuer une perquisition. Mais lorsque je voulus y procéder, je ne trouvai plus à son poste Fagent que j'avais, en montant, aposté au rez-dechaussée. Il avait quitté la maison, me fut-il assuré, pour suivre une calèche qui descendait vers le Prado .
Ce devait être celle qui emmenait M. Néandry. Sans plus me préoccuper de lui, je rentrai à Marseille par Endoume.
Le lendemain, Fagent me fit son rapport. Environ dix minutes après mon entrée dans le restaurant, pendant que, de la grille extérieure, où il se tenait, il surveillait les abords, il avait vu à quelques pas en arrière un homme de haute stature traverser la route en courant, se dirigeant vers une voiture, attelée de deux chevaux, arrêtée le long du parapet qui borde la mer. Presque aussitôt il avait entendu le bruit de la portière ouverte et refermée précipitamment, et le roulement des roues.
Présumant que M. Néandry, prévenu de mon arrivée, s'enfuyait, il s'était élancé pour rejoindre la voiture , qu'il atteignit à un kilomètre du point de départ. A son injonction, le cocher s'était arrêté; mais, vérification faite, il ne transportait personne.
On avait joué une comédie, pour entraîner Fagent sur une fausse piste peut-être, dans tous les cas pour dégager le restaurant. On avait réussi. Car, une fois celui qui gardait la porte parti et moi sur la route de Marseille, M. Néandry , si c'était lui qui avait dirigé les opérations, devenait maître du terrain.
Le cocher déclara être au service d'un entrepreneur domicilié cours du Chapitre, qui, interrogé le soir même, reconnut avoir loué la calèche pour la soirée, moyennant la somme de trente francs , mais il ne savait pas quel était son client. Un conunissionnaire, apportant vingt francs à titre d'arrhes, l'avait retenue dans la journée, en stipulant qu'elle stationnerait sur la voie publique, devant le remisage, à partir de six heures. Le locataire se réservait d'indiquer lui-même l'endroit où il désirait être conduit.
Un monsieur, grand, bien vêtu, enveloppé d'un ulster, la figure à demi cachée par un foulard blanc et portant un chapeau de haute forme, s'était présenté à six heures dix minutes, et avait donné l'adresse de Roubion, avec l'ordre d'aller bon train. Le loueur l'avait aperçu, mais, pas plus que le conducteur, ne put préciser son signalement.
Si ces détails étaient exacts, et ils avaient pour eux la vraisemblance, pourquoi le cocher avait-il quitté à sept heures et demie le voisinage du restaurant, où il devait évidemment attendre le personnage mystérieux, puisque celui-ci avait loué la voiture pour la soirée ? Pouvait-il raisonnablement ignorer qu'à ce moment ladite voiture était vide? D'autre part, comment expliquer ce bruit de la portière ouverte et refermée à grand fracas , alors que personne n'était monté?
En homme avisé, le cocher contesta ce dernier détail. En était-on bien sûr? lui, n'avait rien remarqué de semblable. Il attendait en ei¥et, selon les ordres du monsieur, au point qui lui avait été assigné, lorsque, à sept heures et demie, un garçon du restaurant, dont il ignorait le nom naturellement, et qu'il ne pourrait même pas reconnaître, l'obscurité l'ayant empêché de le bien distinguer, était venu lui dire qu'on n'avait plus besoin de la voiture. Comme ce garçon lui remit en même temps quinze francs, savoir, dix pour complètement de payement, et cinq à titre de pourboire, il n'avait fait aucune réflexion et s'en était allé bien content.
Inutile de rechercher le garçon qui avait fait la
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commission ; sa réponse était connue à Favance : il ne savait rien de ce client de passage. L'agent avait donné tête baissée dans un piège habilement tendu, mais ne méritait aucun blâme. Il avait agi pour le mieux en s'inspirant des circonstances. C* était un coup manqué.
J'en référai à M. le juge 'd'instruction, et je ne cachai pas qu'il n'y avait plus à compter sur un résultat immédiat.
Dans ces conditions, ordre me fut donné de surseoir à toute recherche. En même temps, une note fut envoyée aux journaux, portant à la connaissance du public que les faits dont le château du Bec avait été le théâtre, singulièrement dénaturés par l'exagération, ne présentaient pas le caractère de gravité qu'on leur avait d'abord attribué. La justice y relevait seulement une séquestration sans portée, attendu qu'elle s'appliquait à une pauvre jeune femme folle soignée là par sa famille. En conséquence, la malade avait été placée dans un établissement spécial, pour recevoir les soins nécessaires, et en attendant Fordonnance de non-lieu, conséquence naturelle de l'instruction commencée, la femme Crédence, mère et non, comme on l'avait supposé au début.
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complice du principal accusé, était déjà relâchée.
Elle fut en effet mise en liberté, mais non sans quelques restrictions. Je reçus l'invitation de la soumettre, dès sa sortie de prison, à une surveillance incessante, bien qu'occulte. La femme Crédence, ou plutôt madame Néandry la mère, retourna immédiatement au château du Bec , qui était depuis assez longtemps déjà le lieu de son domicile, et reprit son genre de vie ordinaire. Elle sortait fort peu, ne recevait ni n'écrivait de lettres, ne se livrait enfin à aucune démarche propre à attirer l'attention. C'est l'assurance que donnèrent les agents chargés, sous ma direction, de ne pas la perdre de vue.
La mesure prise avait été inspirée par la déposition de cette femme , empreinte d'une grande franchise. Son but était de tâcher [d'amener M. Néandry à quitter de lui-même le lieu de sa retraite, pour aller voir sa mère.
On comptait qu'il aurait hâte de se renseigner sur le sort de la jeune dame atteinte de folie ; aussi la note adressée aux journaux, et qui avait tous les caractères d'un communiqué, n'indiquait pas sur quel établissement la malade avait été dirigée. Or,
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c'était certainement ce que M, Neandiry devait avoir à cœur de savoir à bref délai.
D'un autre côté, quels moyens avait-il à s^ disposition pour obtenir des informations sûres? Il ne lui était permis de s'adresser qu'à deux personnes : madame la comtesse du Tyrol, ou sa mère. L'aventure du restaurant Roubion lui ayant révélé le danger de recourir à la première, il y avait peu de probabilités qull recommençât ; restait la seconde , qui était en apparence entièrement libre.
Je dis en apparence, parce que M. Néandry est
trop intelligent pour n'avoir pas eu le soupçon que
la note dissimulait peut-être quelque embûche. Si
cela était, il n'y avait aucun remède; c'était Y aléa inhérent à toute entreprise. Mais la note pouvait
ne déclarer que la vérité, et sa préoccupation devait
être plus forte que ses craintes, s'il en éprouvait. Enfin il y avait impossibilité pour lui de se servir de la correspondance, sa mère ne sachant ni lire ni écrire.
D'après l'exposé fait par la femme Crédence, il avait l'habitude de venir au château du Bec la nuit, à des intervalles variables et inopinément , ce qui prouve que, se cachant, il avait une manière parti-
culière de s'annoncer, probablement par un coup de sonnette convenu. La distance qui sépare la Ciotat de Marseille, Fisolement de la propriété, favorisaient un coup hardi. Par toutes ces considérations, on se croyait fondé à penser qu'il se déciderait à se présenter.
La note parut simultanément dans tous les journaux le 23 janvier. Plusieurs jours s'écoulèrent sans amener de modification à Fétat des choses. Pendant la nuit du 27 au 28, à une heure du matin, les agents de service aux abords du château virent s'approcher de la grille , laquelle était fermée comme autrefois , un homme de taille élevée, enveloppé d'un manteau, qui sonna d'une manière spéciale. La femme Crédence ne tarda pas à lui ouvrir, et tous les deux entrèrent. Le premier soin des agents fut de garder à vue la grille, et l'on me prévint aussitôt.
Il ne se passa certainement pas plus d'un quart d'heure entre le moment où l'arrivée de M. Néandry me fut signalée et celui où, accompagné de deux hommes, je fis mon entrée dans la cuisine du château. Nous n'y rencontrâmes que sa mère, qui, à notre vue, manifesta un grand saisissement. Nous l'interrogeâmes sans succès, pour savoir ce qu'était devenu
son fils. Elle répondit que nous nous trompions et ne voulut rien dire de plus. Après nous être assurés de sa personne , nous commençâmes une perquisition qui ne pouvait manquer de nous livrer le coupable.
Lorsque nous eûmes fouillé infructueusement les différentes parties de Fédifice, nous fûmes forcés de penser, malgré Fabsurdité de cette conclusion, que M. Néandry avait cherché un refuge dans la tour.
Nous y montâmes avec les précautions voulues. M. Néandry, traqué, y était en effet entré, sans réfléchir qu'il se livrait fatalement, puisque cette tour, qui est très-haute et construite sur le roc, est entièrement isolée. Il avait dû s'y fourvoyer dans Faveugle précipitation d'une fuite imprévue, et que notre soudaine approche rendait de plus en plus pressante. Nous allâmes à sa suite jusqu'au sommet, qui consiste en une plate-forme dallée. Les murs de cette plate-forme sont eux-mêmes si hauts, qu'ils constituent une espèce de prison, et qu'il n'est guère possible de les escalader. Cependant M. Néandry le tenta. Je ne le croirais pas, si je n'avais été témoin de ce fait extraordinaire. J'ai vu cet homme grimper, avec une agilité surprenante , le long de la paroi de pierre, s' aidant des aspérités, bien légères pourtant.
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qu'offre sa surface, et parvenir en quelques instants sur le revêtement extérieur, qui se termine en un rebord assez large, espacé de créneaux. L'obscurité s'opposait à ce que nous pussions suivre tous ses mouvements ; mais, en élevant nos lanternes , nous distinguâmes le long de la muraille des traces de sang, qui provenaient sans aucun doute de ses mains.
Le dénoûment ne devait pas se faire attendre longtemps. M. Néandry était arrivé au point extrême où matériellement la fuite devenait impossible. Au delà était le vide. Il n'avait que deux alternatives : se résigner à descendre, ou rester immobile jusqu'à ce que, munis d'échelles, nous allions l'appréhender.
Je le sommai de se rendre. A ce moment, assis sur le parapet supérieur, il se reposait. Je le vis très-distinctement à la lueur de nos fanaux, et je le reconnus. 11 ne répondit pas un mot à ma sommation , mais il se leva aussitôt, et, enjambant rapidement le rebord, disparut de l'autre côté. Avait-il la pensée de se laisser glisser le long du mur extérieur de la tour? Après la preuve qu'il venait de nous donner de son talent de premier ordre en gymnastique, j'avoue que je le crus un instant. C'était insensé à la réflexion. Tandis que je tenais conseil avec mes
hommes, un grand cri retentit, et nous entendîmes le brait d'une chute.
Quelque célérité que nous eussions déployée, il fallut beaucoup de temps (près de six heures) pour contourner le château et nous rendre à Tendroit où cette chute avait eu lieu , car nous dûmes faire armer un canot et emprunter la mer, afin d* aborder le rocher sur lequel la tour est bâtie, à Fextrémité méridionale du cap de FAigle. Le jour naissait quand nous y arrivâmes enfin. Le soleil levant nous fit apercevoir, accroché à une saillie aiguë du rocher, le corps sanglant et inanimé de celui que nous poursuivions. Accident ou suicide, c'est ce qu'il était impossible de déterminer; le criminel avait échappé à la justice des hommes.
Les constatations ultérieures ont établi que le cadavre recueilli par nous était bien celui de M. Néandry . Ma mission était terminée; j'en livre les résultats à l'appréciation de qui de droit.
Annexe a la déposition du docteur LEGRUëL.
Ainsi que je Pavais pensé et laisse' entrevoir, Fe'tat de Pascaline Gayeul s'est rapidement améliore'. L'affection dont elle était atteinte avait une cause morale surtout; je dois dire que le traitement auquel doit être rapporté en majeure partie le succès a été moral aussi.
En dépit des soins qui lui étaient prodigués, et malgré le dévouement affectueux des membres de sa famille qui l'entourent, l'intelligence se ravivait seulement par lueurs indécises. Elle n'a repris sa vivacité et son fonctionnement complet que lorsqu'il a été possible d'apprendre à la malade, avec les ménagements indispensables, l'existence d'une personne qui lui était chère et qu'elle avait lieu de croire morte depuis plusieurs années.
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La guërison est aujourd'hui complète. Cette jeune femme peut répondre aux questions que F on croira devoir lui adresser, car elle dispose de toutes ses facultés, et le jeu en est libre et régulier.
Mais, au point de vue médical, le seul que j'ai à envisager, il y aurait convenance à éviter le retour vif et prolongé de sa pensée sur ses récentes souffrances. L'impression en est encore trop fraîche et trop douloureuse, pour que Tépreuve du témoignage ne risque pas d'altérer le repos d'esprit qui vient de lui être rendu.
Si donc sa déposition n'est pas absolument indispensable, j'estime qu'il y a lieu de l'ajourner i une époque indéterminée. Elle demande avec instance à s'embarquer pour l'Amérique le plus tôt possible. Indépendamment des considérations personnelles qui peuvent lui faire désirer ce voyage et dont je n'ai pas à m' occuper, un long trajet sur mer produirait une influence éminemment favorable à consolider chez elle la santé physique et morale.