‹ Pascaline (un dossier judiciaire)Chapitre 8 sur 22 · COTES-DU-NORD · texte numérisé non relu

COTES-DU-NORD

QDÀRANTE-NEDF ANS.

Mes parents n'ont jamais eu le temps de me faire donner des leçons, et pendant toute ma vie j'ai encore moins eu celui d'en prendre de moi-même. Je ne sais lire que dans Fimprimé; quant à récriture, je signe à peu près mon nom. En revanche, je possède une bonne mémoire. Je me souviens, comme si c'était hier, de la [dame qui a débarqué dans mon hôtel à Guingamp, en 1875. La date exacte est sur le livre du régisseur. C'est le 19 août qu'elle est arrivée. Je ne me tromperais pas de quarante-huit heures, quand bien même ce n'aurait pas été noté, parce que c'est le 15 du même mois, jour de l'Assomption, que

j^avais voué au bleu mon enfant, qui avait alors cinq ans, et qui, pour avoir attrapé une mauvaise fièvre, était devenu malingre. La dame est venue quatre ou cinq jours après. On Ta inscrite sous le nom de madame veuve Gayeul, qu'elle a indiqué. Lorsqu'on Ta priée de dire d'où elle venait, elle a répondu : tt D'Amérique. » Elle n'avait pas l'air d'être disposée à causer, et je ne lui ai pas demandé d'explications. Cela m'était bien égal que ce fût d'Amérique, de Chine ou d'ailleurs, quoique ce ne soit pas commun de voir à Guingamp des personnes qui viennent de si loin.

Je reconnais la malle noire qui est là, à cause de sa garniture de clous dorés. Dessous, il doit y avoir un G peint en rouge. Sur le côté droit du couvercle, il y avait une étiquette <lu chemin de fer portant le nom de la gare de Guingamp. Au côté gauche, on distingue encore la trace d'une grande pancarte jaune. C'était de l'anglais, avec une image qui représentait un bateau en pleine mer. Cette image amusait beaucoup mon enfant. Je me rappelle qu'il grimpa sur la malle, aussitôt qu'on l'eut déchargée dans le vestibule de l'hôtel. On eut une grande peine à l'en retirer, tant il se débattait en pleurant,

parce qu'il voulait absolument avoir le bateau. Pauvre che'ri ! j'ai e'té oblige'e de lui donner une calotte. La dame eut depuis la bonté de le gâter, et de remmener presque tous les jours dans sa chambre, pour lui faire voir Tirnage ; il ne se lassait jamais de la regarder.

Je reconnais aussi le bracelet. Madame Gayeul le portait jour et nuit autour de son bras gauche, et elle l'embrassait souvent. Je ne l'ai pas vu le premier jour, cet objet-là, mais elle me l'a montré depuis, quand elle a eu confiance eu moi. Car je puis dire que j'ai été son amie, et que je le méritais bien. Je le reconnais à cause de ce qu'il y a d'écrit : Fortune, Infortune, Fort. une. Biendesfois, madame Gayeul m'a dit que c'était sa devise à elle. Jamais elle ne parlait de cela sans pleurer. Moi, il me semblait que ce pouvait être la mienne aussi, et celle de tous ceux qui, n'étant pas venus au monde avec des rentes , sont obligés de travailler pour gagner leur vie ; tous ceux-là ne sont-ils pas sur la terre pour chercher fortune, moi la première , et Dieu sait si je me suis donné du mal. Sans compter que jusqu'à présent, je n'ai trouvé qu'infortune, comme dit le bracelet : car j'ai perdu Anatole, qui était mon mari,

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et il m*a laissé sur les bras^ au lieu d'économies » beaucoup de dettes» avec un hôtelà tenir^ ce qui est un véritable enfer.

J'avais à Fépoque juste trois ans de moins qu'aujourd'hui; mais quand on est obligée de trouver son pain au bout de ses bras, cela donne de l'expérience. Pour cela, il n'y a rien de tel que d'être maîtresse d'hôtel. Et puis mon pauvre mari n'était mort que depuis quatre ans tout au plus. Je n'étais pas encore consolée; c'est pourquoi je m'aperçus du premier coup que madame Gayeul était comme moi, qu'elle avait un grand chagrin. Je ne sais pas si un homme s'y tromperait , mais quand une femme de vingt ans a du chagrin, il ne me semble pas malaisé de deviner que c'est parce qu'elle a des peines de cœur. Cela m'intéressa tout de suite à madame Gayeul, et je la soignai comme une mère aurait soigné son enfant.

Elle était bien fatiguée , quand elle descendit de l'omnibus qui me l'amenait, et couverte de poussière. Elle refusa de manger, disant qu'elle n'avait pas faim, et ne voulut pas même du dîner de la table d'hôte. Gela m' étonna; ï Hôtel de France est connu pour sa table, et par affection pour mon défunt mari» qui était un cuisinier en réputation et qui avait même

travaillé à Paris , j'ai voulu conserver la spécialité à laquelle il attachait une grande importance. Je sais ce que cela m'a coûté, mais aussi je crois que j'ai réussi, soit dit sans orgueil. Il n'y a pas un dîner d'apparat dans les maisons de Guingamp qui ne se fasse chez inoi. Elle resta plus de quatre heures sans quitter sa chambre ; alors j'y montai, pour m'assurer qu'elle n'avait besoin de rien. Je lui avais donné le numéro 1 , et je n'y mets pas tout le monde, je le réserve pour les personnages de distinction.

Jamais je n'oublierai dans quel état je la trouvai. Son chapeau sur la tête , son voile baissé , sa robe encore poudreuse , elle était assise ou plutôt tombée sur un fauteuil. Certainement elle n'avait pas bougé depuis qu'elle était entrée dans cette chambre , dont les persiennes même étaient fermées. Elle pleurait comme une Madeleine , et le petit mouchoir qu'elle tenait à la main était aussi trempé que s'il fût sorti de la rivière. J'avais frappé plusieurs fois sans qu'on m'eût répondu, et j'avais ouvert doucement la porte, pour ne pas réveiller ma voyageuse si elle dormait. Elle se leva aussitôt qu'elle me vit devant elle, et me dit avec une espèce de colère qu'elle n'avait pas sonné et qu'elle ne demandait rien.

Heureusement, les grands airs ne m'intimident pas. Je lui répliquai qu'elle semblait être malade, que cela m'affligeait qu^une personne comme elle souffrît, que je ne voulais pas qu'elle restât sans secours , et que j'étais là pour lui rendre tous les services dont elle pourrait avoir besoin. Sa roideur disparut tout de suite; elle me remercia presque en souriant. Je lui conseillai de se coucher , ce qu'elle fit , et je lui apportai une infusion de feuilles d'oranger avec une goutte d'arquebuse, c'est souverain contre les nerfs. Elle la but y puis elle s'endormit si bien qu'elle ne se réveilla que le lendemain sur les neuf heures.

C'est très-capricieux, les jeunesfemmes. Je croyais celle-là épuisée par la fatigue, je m'attendais à ce qu'elle fît une maladie. Pas du tout, elle fut habillée en dix minutes et elle me de9ianda avant de déjeuner, tant elle était pressée, l'adresse d'un papetier, pour acheter du papier et des crayons , parce qu'elle voulait dessiner. Il n'y en a qu'un à Guingamp, elle ne pouvait pas se tromper. En rentrant, une demi-heure après , elle remonta dans sa chambre , et , de toute la journée , je n'entendis pas parler d*elle. Il faut dire aussi que j'étais très-occupée ce jour-là, attendu que j'avais un dîner de vingt-cinq couverts, pour une noce*

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Le soir, elle soDna, et me fit prier de monter. Me montrant deux jolis dessins qu'elle venait de terminer, elle me dit qu'elle avait Fintention de les vendre, si je pensais qu'elle trouvât à s'en défaire à Guingamp. Je l'examinai alors, je ne l'avais pas encore si bien vue, n'ayant pas ose' la regarder. Ceux qui me connaissent savent pourtant que je ne suis pas timide. Ce ne serait pas un défaut de mise dans un hôtel ^ surtout quand on a le malheur d'être veuve. Malgré moi , je sentais qu'il y avait en elle quelque chose qui m'avait obligée à commencer par baisser les yeux. Oh! je n'étais pas la seule, M. Broussard, le voyageur de la maison Ressou . de Rennes , pour la mercerie en gros, Fa bien éprouvé, lui aussi. U était de passage à Guingamp le jour de l'arrivée de madame Gayeul. Comme il était jeune, joli garçon, et qu'il ne doutait de rien , — ils sont souvent comme cela, ces messieurs du commerce, — il essaya de lui parler. Depuis, il m'a dit je ne sais combien de fois : tt Madame Sorbier, je ne veux pas me vanter, mais c'est la première fois que cela m' arrive avec une femme; j'ai cru que son regard allait me faire rentrer sous terre ! d II n'a pas recommencé, et moi, je n'ai pas été fâchée de cette aventure; il avait besoin d'une

leçon I M. Broussard. Bien souvent, moi-même, je l'ai trouvé trop entreprenant.

Madame Gayeul était jolie, mais elle n'avait pas de ces figures effrontées qui attirent les regards. Au contraire, sa modestie était si grande qu'elle avait toujours l'air de se cacher derrière un voile, même quand elle n'en portait pas. Jamais je n'ai vu d'aussi beaux yeux que les siens ; ils brillaient comme des étoiles, et ils étaient bleus comme des aimez^moi. Sous sa tristesse, on aurait dit d'une marquise. Eh bien , elle n'était pas fiëre , on causait avec elle sans se gêner, quand elle voulait. L'expression ordinaire de son visage était la douceur, calme et froide. Elle avait un mélange de timidité et de résolution qui produisait un effet bizarre. Je n'avais remarqué cela chez personne, si ce n'est à un lapin, que son maître avait dressé à tirer un coup de fusil. Ce fut précisément à cause décela que je m'aventurai à la regarder, quand elle me demanda si elle vendrait facilement ses deux dessins à Guingamp. C'était si extraordinaire, qu'elle me fît cette question ! Car, je l'avais crue très-riche ; une femme si élégante, si fine, plus distinguée que la dame du sous-préfet, et qui voyageait avec une grande malle très-lourde !

Ce fut alors qu'elle me dit qu'elle était seule au monde, absolument seule, n'ayant ni parents ni amis, et qu'elle n'avait aucune fortune. Elle avait formé le projet de s'établira Guingamp, et elle se proposait de travailler pour gagner sa vie. Elle possédait un petit pécule pour assurer ses premiers besoins , mais elle entendait l'économiser, et elle ajouta de sa voix douce qu'elle serait probablement obligée de quitter mon hôtel dans fort peu de jours, parce que ses ressources ne lui permettaient pas de dépenser beaucoup pour son logement et sa nourriture. Sa nourriture ! elle mangeait comme un oiseau.

J'ai déjà dit combien , rien qu'à la voir , je m^étais attachée à elle, à cause de son chagrin. Je lui répondis que nous avions tout le temps de penser à cela. Certes , je ne suis pas riche , mais je pouvais la loger et la nourrir tant qu'elle voudrait, en attendant son bon plaisir pour le payement. Elle me refusa avec douceur , et en même temps avec une fermeté que je ne parvins jamais à faire fléchir. Quant à ses dessins, je lui conseillai de les exposer dans le magasin du libraire qui lui avait vendu le papier. 11 est sur la place , à deux pas de la rue Saint- Yves , qui est une des plus belles de la ville, et juste en face la fon-

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taine. Tout Guingamp passe devant sa boutique, sans compter les étrangers, qui, surtout depuis le chemin de fer, vont admirer non-seulement la fontaine, mais la statue qui est dessus. C'est un chefd'œuvre , tout le monde le dit ; il n'a pas son pareil dans toute la Bretagne, parce que Feau coule de ^partout, même de Textrémité des doigts. Ce n'est pas non plus pour me vanter que je dis cela, mais mon conseil n'était pas mauvais; elle vendit ses dessins, un bon prix, deux jours après.

Je hochai la tête, et je ne pus m' empêcher de sourire, en l'entendant déclarer sérieusement qu'elle voulait vivre de son travail. Ce n'est pas aussi facile à faire qu'à dire. 11 n'est pas donné à tout le monde de résister à la fatigue. Quand on n'a pas commencé jeune, on ne s'y habitue pas, à moins d'être solide. Elle était délicate , frêle et mignonne ; jamais elle ne réussirait, voilà ce que je me dis, lorsque je la quittai ; mais je me gardai bien de la décourager.

Si elle était petite, sa volonté était grande. Pas plus tard que le lendemain , elle me demanda des renseignements pour chercher un logement dans la ville, et acheter d'occasion un petit mobilier. Ce n'était pas bien difficile, il ne lui fallait qu'une

chambre et une cuisine. Je lui trouvai très-facilement ce qu*elle désirait, tout près de chez moi. Et elle sMnstalla seule , sans domestique , avec la résolution de s'occuper elle-même de son ménage. Je savais que c'était une tâche au-dessus de ses forces, et cela me faisait peine qu'elle fût ainsi abandonnée. Je lui envoyais de temps à autre une des femmes de rhôtel, quand je ne pouvais pas l'aider moimême«

J'allais la voir le soir, aussitôt que j'avais un moment y pour la distraire un peu. C'est si triste de n'avoir personne à qui parler, surtout pour une jeune femme comme elle l'était ! Elle ne se plaignait jamais , seulement sa tristesse ne se dissipait pas , et il était rare, chaque fois que je la voyais, que je ne lui trouvasse pas les yeux rouges. Je la grondais; elle me répondait : « C'est plus fort que moi, je pleurerai toujours. Si vous saviez ! » Elle ne m'en a jamais dit davantage, et je n'ai pas osé lui faire de questions. Ce n'était pas la différence de nos conditions qui m'arrêtait, elle m'a fait à plusieurs reprises de petites confidences qui prouvent qu'elle avait de l'affection pour moi. J'aurais pu, par intérêt pour elle, lui demander des détails sur son passé; elle ne

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m^intimidait plus , tant je la connaissais bonne et simple; j'avais peur de F affliger inutilement. Elle m*a dit souvent que le bon Dieu lui-même ne pouvait rien changer à son sort, à moins de faire un miracle et de ressusciter les morts. Toutes les fois qu'elle touchait à ce sujet, les larmes lui montaient aux yeux, Â quoi bon la faire parler? Au surplus, il n'aurait pas été facile de savoir d'elle ce qu'elle ne voulait pas dire. Peut-être plus tard, en causant de bonne amitié, serais-je parvenue à obtenir quelque chose. Malheureusement, les circonstances ne l'ont pas permis, elle n'est pas pour cela restée assez longtemps à Guingamp.

Elle n'a pas demeuré plus de six jours dans mon hôtel. Après l'aveu qu'elle m'avait fait de sa pauvreté, je me serais considérée comme la dernière des femmes si j'avais consenti à ce qu'elle payât sa dépense, qui était très-minime. Je refusai son argent quand elle voulut régler. J'ai vu que cela la blessait ; alors, je lui dit qu'en payement, elle ferait le portrait de mon enfant, ce qu'elle accepta. Je l'ai conservé, ce portrait; il est encore très-ressemblant, quoique le petit ait bien grandi depuis.

Madame Gayeul dessinait très-bien ; elle comptait

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surtout là-dessus pour vivre. C'est moins fatigant que de broder ou de coudre. Afin de la lancer un peu dans Guingamp, je la conduisis moi-même à la supérieure des Dames de Montbareil. J*ai une sœur qui y est religieuse depuis plus de vingt ans ; elle pourrait peut-être Taider. Ces dames ont un établissement magnifique , et elles tiennent un pensionnat qui est très-renommé, où il y a toujours un grand nombre de demoiselles. On me promit de s'intéresser à elle, et Ton commença par lui confier quelques petits travaux pour la chapelle. Au bout d'un mois, elle avait déjà cinq élèves dans la ville ; c'est beaucoup pour Guingamp.

Je ne suis pas devenue riche, et j'ai pris bien de la peine; je crois que l'état de maîtresse de dessin ne vaut pas mieux que celui de maîtresse d'hôtel pour rouler carrosse. Madame Gayeul était très-occupée, cependant elle vivait petitement. Elle portait la pauvreté avec une énergie remarquable , pour une petite femme élevée dans la soie. Je l'ai vue mettre des pièces à sa robe, raccommoder elle-même son linge, fsiire sa cuisine et sa chambre, tout cela sans se plaindre ni murmurer. Le travail ne l'effrayait pas. Loin de trouver qu'elle en avait trop et que cela la fatiguait,

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elle prétendait qu'elle était heureuse d'avoir une occupation qui Tempéchât de penser.

Je ne sais pas si j*ai dit qu'elle était très-pieuse. Dès qu'elle pouvait disposer d'un instant, elle courait à l'église. Je n'aime guère celles qui sont toujours à prier tous les saints du paradis; mais madame Gayeul ne ressemblait pas à ces dévotes , qui sont nombreuses à Guingamp comme partout^ et quela religion n'empêche pas d'être aigres comme des citrons, acariâtres, de mauvaise foi et encore autre chose bien souvent. Elle ne parlait jamais de sa dévotion. Seulement , sans chercher à se faire valoir , on voyait qu'elle aimait le bon Dieu pour lui-même. Ces dévotes-là, je les estime. Il n'y en a pas dix dans un cent*

Elle a vécu comme j'ai dit, en donnant des leçons de dessin , jusqu'au mois de novembre 1875. Elle a même eu beaucoup de bonheur, car, en moins de trois mois , elle était parvenue à se créer plus de ressources que je n'aurais cru. Un jour, à l'entrée de l'hiver, elle me dit qu'elle venait me faire ses adieux, parce qu'elle était obligée se s'en aller à l'autre bout de la France, dans le Midi. Elle ajouta que ce n'était peut-être qu'un voyage, et qu'elle ne savait pas si

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elle reviendrait; cela ne dépendait pas d'elle. Elle me demanda de lui rendre le service de garder chez moi, pendant le temps de son absence» les effets qu'elle ne pouvait pas emporter. J'y consentis trèsvolontiers. Elle me laissa la grande malle qui est là et son mobilier, avec mission de conserver le tout jusqu'à ce qu'elle le réclamât, par lettre ou ellemême*

Je ne l'ai pas revue depuis le milieu du mois de novembre 1875, où jeFai accompagnée à la gare du chemin de fer. Elle ne m'a pas dit où elle se rendait, et je ne le sais pas. Environ six semaines ou deux mois après , elle m*écrivit deux lignes , me priant de vendre les meubles qu'elle avait et d'en distribuer le prix aux pauvres. Pour la malle» elle me commandait de l'envoyer en gare, à Cassis. Je ne pouvais pas oublier ce nom, qui est celui d'une liqueur que j'aime beaucoup»

Je crois que je puis ajouter que la manière dont je me suis conduite avec madame Gayeul méritait mieux que ce que j*ai eu. Sa lettre était sèche comme un acte d*huissier» et ne contenait pas un mot d*affèc^ tion» pas même un souvenir. J'en ai été suffoquée. Les voyageurs sont tous les mêmes » le meilleur ne

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vaut rien. Mettez-vous en quatre pour les bien servir, ils ne se gêneront pas pour crier au voleur. Ce n'est pas moi qui le dis pour la première fois, dans ce monde on n'oblige que des ingrats.

L*ABBÉ BOURELLE

(Constant-Mathieu), chanoine de Quimper.

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