LA FRANCE ET LA PROVENCE
qu'un lien entre le souverain et les sujets ^ » Ainsi s'éteignirent les sentiments de patriotisme; « de là vint cette fermentation générale , et sur la répartition des impositions, et sur les corvées, et sur Tarbitraîre absolu, et sur la difficulté d'obtenir justice^.}) Les abus inséparables de tout gouvernement quel qu'il soit, et que des administrations libres eussent corrigés, se fortifièrent; tandis. que les Pays d'États présentaient un aspect florissant, subvenaient aisément aux charges communes, les Pays d'Élections déchurent et ne payèrent, plus d'une fois, l'impôt qu'avec d'extrêmes embarras. Des agents infidèles irritèrent encore le peuple par leurs malversations. Aussi , tàous le coup d'une iniquité flagrante , il n'était pas rare de lui entendre proférer ce cri: « Ah ! si le roi le savait ! » Le roi ne le savait pas et ne pouvait le savoir , parce qu'il était trop loin et parce qu'il n y avait plus, en dehors desParlements, aucun intermédiaire entre les populations et son trône. Les États provinciaux eussent efficacement rempli cette mission ; mais , je le répète , beaucoup avaient été détruits, soit par refl*et de la conquête 3, soit parle mauvais vouloir des ministres^. Seules, certaines
* /6td., pagelO.
^ Ihid.y page 2. Necker exposait ensuite comment , au milieu de tant de travaux d'administration , les forces physiques et morales d'un minijstre des finances ne pouvaient suffire. «11 arrive nécessairement, ajoutait-il, que c'est du fond des bureaux que la France est gouvernée, et selon qu'ils seront plus ou moins éclairés , plus ou moins purs , plus ou moins vigilants , tous ces embarras du ministre et les plaintes des provinces s'accroissent ou diminuent. » Pages 6 et 7.
3 Ainsi, les États d'Alsace et de Franche-Comté.
• * Voyez, dans le travail déjà cité de M. A. Taillandier , les noms des autres
provinces qui perdirent leurs Étals , telle? que le Rouergue , le Quercy , ^tc...
provinces avaient été assez heureuses pour conserver leurs vieilles libertés.
Parmi ces privilégiées, nous voyons figurer, au premier rang, la Provence. < « Ce pays, dit Portalis, est à la fois agricole et commerçant. Il offre des ports, sûrs au milieu d'une mer orageuse ; mais la stérilité du territoire y est telle que, presque partout, on ne rencontrerait que des déserts, si Tindustrie ne suppléait au sol qui se refuse. Dans une position semblable , il fallait établir un régime bien doux dans la mesure , l'assiette et la levée des impôts, pour ne pas décourager des hommes qui paient à la nature plus que, dans d'autres contrées, le citoyen le plus surchargé ne paie au fisc. 3» Ce pays avait donc un intérêt spécial à ne pas accepter le joug qu'on prétendait lui imposer, et à revendiquer énergiquement dans le péril ses droits d'indépendance que consacraient des pactes solennels.On n'ignore pas dans quelles circonstances il avaitété réuni à la Couronne. Par son testament du 10 décembre 1481 , Charles III d'Anjou , comte du Maine, prince dont aucun Provençal ne devait jadis prononcer le nom sans attendrissement 3 , avait institué pour ses héritiers Louis XI et ses successeurs, sous la condition qu'ils res-
* « La Provence géographique est bornée k l'orient par les Alpes , au midi par la Méditerranée, k l'occident par le Rhône et au nord par une ligne plus ou moins arbitraire tirée de l'ancienne cité d'Embrun à l'ancienne cité des Tricaslins (Saint-Paul). » (Résumé de l'histoire de l'État et Comté sotiverain de Provence, par E. €. Rouchon , aujourd'hui conseiller k la Cour impériale d'Aix. In-18, Paris, Lecoiute, 1828. Exposition).
* De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVIIP siècle f par Portalis. Édition de 4 834, tome 2, page 321 . Cet ouvrage, devenu malheureusement très-rare , et qui suffirait k immortaliser son auteur , fut composé par Portalis dans son exil en Allemagne , de 1797 k 1800.
s Droit constitutif du pays de Provence, page 22. Aix, 1788.