LA FRANCE ET LA PROVENCE
ebiques, les abus de Tautorité et de la liberté, les haines sourdes et comprimées des peuples contre le pouvoir, les funestes doctrines des sophistes et de leurs sectaires^, a On sait, dit Portalis, tout ce qu'il a fallu d'énergie, de force et de courage, pour conserver des institutions qui ont été constamment parmi nous la base du bonheur public 2. »
La Provence , à la fin du XYIII^ siècle, possédait donc encore sa Constitution particulière, constitution dentelle s'enorgueillissait à bon droit et que lui enviaient même quelques Pays d'Ëtats moins avancés dans la liberté politique. C'est avec elle, c'est sous son égide, qu'elle devait aborder la redoutable époque de 1 789.
Lorsque cette époque se présenta, lorsqu'on commença à en ressentir les mystérieux tressaillements , alors , oui alors , on put s'apercevoir du danger que court l'autorité sans l'équilibre naturel des pouvoirs intermédiaires. Alors, en eifet, quel ne fut pas le soulèvement général ! Quelle effervescence ! quelle protestation contre les résultats extrêmes des idées et de la politique de Richelieu! Partout, le souvenir des anciens États enthousiasme les cœurs. Les franchises municipales sortent de l'oubli ; c*est au passé qu'on demande des armes pour combattre l'arbitraire. Longtemps le Tiers a souffert , bien qu'en rongeant le frein, un système inflexible de gouvernement
* « Je remarquerai que , même de nos jours , plus les gouvernements ont été libres par leur Constitution , moins les philosophes jont réussi k y former une classe particulière et dominante. » De V usage et de Vabus de V esprit philosophique, etc., paf Portalis, tome 2, page 356.
' Mémoire manuscrit de Portalis, sur le projet de rétablir les Etats de Provence,
qui l'enrichissait en même temps qu'il le pliait à son joug, et qui se faisait pardonner , jusqu'à un certain point , son absolutisme, par l'état d'infériorité politique auquel il réduisait les deux premiers Ordres. Aujourd'hui , le Tiers a grandi, il est fort, il a la conscience de sa valeur ; à son tour, il pèse sur le pouvoir. Un semblable désir de réformes se manifeste parmi les membres éclairés du Clergé et de la Noblesse. Comment ne pas applaudir à cet élan ? N'est-il pas nécessaire d*établir l'économie dans les finances, l'ordre dans l'administration, l'égalité dans la répartition des impôts ? Il ne s'agit pas de bouleverser les lois fondamentales de la monarchie , il s'agit de les dégager de leurs entraves. Il s'agit de rendre aux provinces la gestion de leurs intérêts et de donner une vie politique aux Pays d'Élections ; il s'agit d'unir en un faisceau les trois Ordres que l'isolement et des méfiances mutuelles ont divisés ; il s'agit enfin d'asseoir et de régler les mœurs représentatives, au sein d'une nation qui , tout en préférant l'égalité à la liberté , n'en aspire pas moins à trouver la juste mesure de leur accord.
Ce mouvement ainsi compris était, certes, très-légitime; il devait appeler à lui toutes les âmes généreuses. Préparé par plusieurs siècles de progrès matériel , d'études, de controverses , il avait à la fois sa raison d'être dans les traditions du passé et dans les exigences de l'avenir. Aux yeux des intelligences réfléchies , il n'y avait plus d'illusions possibles. Quelle que fut sa marche , les destinées de la France, celles de notre nationalité en dépendaient. Heureux, il consoliderait les institutions provençales ; malheureux , il servirait de prélude à une