C. — Les paroles de consécration du pain et du vin
Le sacrement de l'eucharistie, comme le baptême, est consacré par des paroles de Christ. De même que la création de toutes choses se fit uniquement par la parole de Dieu, ainsi aussi la création du corps et du sang n'est possible qu'au moyen des paroles de Christ.
Il faut croire que les choses sont ainsi, puisqu'il l'a ordonné : « Prenez-en et mangez-en tous, car ceci est mon corps. Faites ceci en mémoire de moi. »
C'est Christ qui dans ce mystère rend grâces, bénit, rompt le pain et le distribue aux croyants. « Recevez-en et buvez-en tous, tant ministres que croyants. »
Le vin est changé en sang, quand il dit : « Ceci est la coupe de mon sang, du testament nouveau et éternel. » C'est là le « mystère de la foi ». Par l'image de ce sang, le peuple de l'ancienne alliance a été sanctifié, mais ce sang est vérité. Nous recevons donc pour la rémission de nos péchés quotidiens la même chair et le même sang que Christ a donnés pour nous sur la croix. (Chap. XV.)
§ o. — Effets du sacrement.
A. — Effets généraux.
Les termes : pain et vin, indiquent ces eftets. Quoique chair véritable, le corps du Christ peut cependant être nommé pain, parce que, de même que le pain de la terre donne la vie pour un temps, de même le pain du ciel donne la vie éternelle et céleste. Il en est ainsi de son sang : il peut être nommé vin, parce qu'il réjouit le cœur de l'homme et enivre l'âme d'un amour spirituel. (Cliap. XVI.)
La mesure de ces effets est en rapport seulement avec la foi à la vertu du sacrement et à la divinité du corps de Christ, et non avec la quantité de ce qu'on re(,'oit (').
Car c'est la foi qui achète le champ (le corps du Christ), avec le trésor caché (sa divinité). Il est nécessaire que
(') Non est omnino quantitas visibilis aestimaiida in hoc mystorio. XVII, 1.
celui qui mange le corps du Christ, reçoive la plénitude de la divinité ( ^). (Chap. XVII.)
Christ a institué ce mj'stère la veille de sa passion, 1° afin que la vérité succède immédiatement à ce qui en était l'ombre ; 2° afin de montrer Judas comme exemple d'une communion indigne ; 3° pour que le sacrement puisse être la commémoration de sa passion ; 4° étant encore mortel, il nous a donné la nourriture d'immortalité, pour que de mortels nous devenions immortels; 5° s'il avait donné le sacrement après la résurrection, les hérétiques auraient dit que Christ étant déjà incorruptible et dans le ciel, sa chair ne pouvait être mangée sur la terre par les fidèles (•^); — tandis qu'il est le grain de blé tombé en terre qui, par le fruit qu'il donne, fournit aux croyants une abondante nourriture d'immortalité. (Chap. XVIII.)
B. — Effets de V eucharistie sur te corijs et sur Vâme.
On mêle au sang un fragment du corps du Christ, parce que l'homme composé de chair et de sang, est sauvé tout entier. Non seulement l'âme, mais la chair est sauvée pour l'immortalité ; elle est transformée pour que la substance du Christ soit trouvée en elle.
Le sang du Christ que l'on boit, renouvelle l'âme qui est dans un sang de péché. L'âme du Christ, qui était non dans un sang de péché, mais dans le sang de la chair, a vivifié la chair humaine.
(') Non recte caro Christi sine divinitate sumitur, nec divinitas sine carne pni'statur XVII, 1.
(*) Quod incorruptibili jani Christo, et in coelo posito non posset in terra ejus caro a fidelibus vorari.
Nous sommes nourris de cet aliment et de ce breuvage du corps et du sang du Seigneur, jusqu'à ce que nous soyons trouvés un avec lui.
Si quelqu'un meurt baptisé, sans avoir reçu ce sacrement, il ne lui arrive rien de fâcheux, parce qu'il ne s'est pas écarté de la voie qui est Christ ; mais pour ceux qui le peuvent, l'usage du sacrement est nécessaire, afin d'entretenir en eux la vie spirituelle, car si la nourriture terrestre est nécessaire pour entretenir la vie corporelle, combien plus la nourriture spirituelle l'est-elle pour l'âme ; aussi ce mystère est- il appelé quelquefois viatique, parce que celui qui le prend en chemin, parvient à la vie. (Chap. XIX.)