C. — Du mélange du vin et de Veau
La raison de ce mélange, c'est que du sang et de l'eau coulèrent du côté de Jésus, et les apôtres ont voulu que rien ne manquât à la commémoration de la passion.
D'après plusieurs, le mélange est un symbole de notre justification: il contient en même temps l'eau du baptême et le sang, prix de notre rédemption. L'eau qui sortit du flanc de Christ, est ensuite une image de l'Eglise. Le mélange est aussi une image de notre union avec Christ : le vin sans eau, c'est Christ sans nous, l'eau seule, c'est nous sans Christ.
(0 nie carnaHter saplt, qui ideo non crédit carnem Christi esse et sanguinem, quia speciem et colorem exterius non mutavit. X, 1, p. i22 C.
(^) Psaume XXIII, v. o. — Caniique des Gant. V, 1 . <■ Mangez, mes amis, et enivrez-vous^ mes très cJiers. » « On ne prend jamais une telle nourriture cl une telle boisson sans être enivré du Saint-Esprit», dit Radbert.
L'eau est changée en vin par le moyen de la vigne, et nous sommes représentés par l'eau afin que chacun comprenne qu'il est reçu dans ce sang de Christ et transformé en (luehiue chose de uiieux. Verni et le vin niclés dans le m>/siire,sont changés en sang après la consécration (M- Cela signifie que l'homme doit passer tout entier de la chair et de lame à l'esprit, jusqu'à ce qu'il soit tout entier spirituel en Dieu. i^Chap. XI.)
J5 \.— De l.i distribution du sacrement.
A. — De celui qui distribue ce sacrement.
« Là où le m3\*^tère est célébré avec la foi catholique,, on ne reçoit rien de plus d'un bon prêtre et rien de moins d"uu mauvais, que la chair de Christ et son sang. » Ce n'est pas le prêtre, mais Christ lui-même qui, par la vertu du Saint-Esprit, produit cette chair et ce sang, car il est le grand prêtre éternel qui otfre son propre sang.
De même que, par la parole : c Croissez et multipliez, » sont encore créés aujourd'hui tous les êtres vivants, non jtas à nouveau, mais de la même semence, ainsi aussi la chair de Christ devient chair par cette même parole. Dieu serait-il impuissant à créer de quelque chose ce que sans semence il avait créé danslesein de la Vierge? Et cependant le corps de Christ demeure intact. Parce que Dieu l'a voulu une fois, et qu'il a ordonné que désormais le corps et le sang soient présents dans cette commémoration, il en arrive selon qu'il l'a ordonné.
(I) Licot prius niysliee vinuiii et aqu;i comniisceanlur, posi cousecrationeiu lanien nonnisi san!.!;uis bibitur. Klsi tria ponuntur. noniiisi caro et sanyuis postea recto croilitiii-. \l, '2.
Le prêtre n'offre rien de lui-même, mais en vertu de son office ; il ne dit pas qu'il puisse être celui qui crée le corps et le sang, parce que s'il le pouvait (ce qui est absurde), il deviendrait créateur du créateur (^), mais il adresse ses supplications au Père par le Fils.
Avant que le corps de Christ soit produit par la consécration, il n'y a qu'une simple offrande. L'indignité personnelle du prêtre n'a aucune influence sur sa charge, car le pouvoir de consacrer, conféré grâce à l'ordination et à la succession apostolique, est lié à l'office sacré du prêtre. Ce pouvoir est inutile pour le prêtre indigne lui-même, mais demeure utile pour la communauté.
Que les croyants ne regardent donc pas à la personnalité du prêtre, mais à ce que celui-ci donne, à ce que reçoit celui qui communie avec foi ; car le sacrement conserve son efficacité et sa sainteté, même dans des mains indignes.
11 faut reconnaître les dons de Dieu même chez ses serviteurs indignes. Du reste, la grâce même du sacrement vient immédiatement de Dieu(^j. (Chap. XIL)
B. — De la forme extérieure du sacrement.
A l'ordinaire, cette forme n'est pas changée; c'est le pouvoir de la foi et de l'intelligence qui, malgré l'apparence extérieure, saisit la vérité interne.
(') Sacerdos non ex se dicit, quod ipse creator corporis et sanguinis esse possit, quia si hoc posset, quod absurdum est, creator creatoris fieret. XII, 2.
(*) Quia etsi sacramentum gratia' dat Deus etiam per malos, ipsam vero gratiam nonnisi per seipsum, in qua est remissio peccalorum, quam tribuit interdum eliam et per sanctos sucs. XII, 4.
Piiis(iue nous avons reçu la similitude de la mort de Christ dans le baptême, il n'y a rien de plus raisonnable, que de recevoir aussi la similitude de sa chair et boire la similitude de son sang précieux, de telle sorte que la vérité ne fasse pas défaut dans le sacrement, mais qu'il n'y ait rien de ridicule pour les incrédules. Ceux-ci ne supporteraient pas de manger la chair de Christ et de boire son sang.
Enfin cette forme n'est pas changée pour ne pas supprimer la foi ou le mystère. (Chap. XIII.)
Cependant il y a des exceptions. Les apparitions du sacrement sous la forme d'un agneau, ou avec la couleur de la chair et du sang ont surtout pour but de fortifier les faibles dans la foi. Ce que la Vérité a promis, doit être cru sans qu'on le voie, mais la tendresse divine a voulu satisfaire quelques-uns complètement.
Saint Grégoire présenta un jour à une dame un morceau du corps du Seigneur en disant: « Que le corps de notre Seigneur te soit utile pour la rémission de tes péchés. » Elle se mit à rire, parce qu'elle avait reconnu dans ce morceau une portion des offrandes qu'elle présentait chaque dimanche. Grégoire demanda aux fidèles de prier avec lui le Seigneur, afin qu'il fortifiât la foi de la dame, en lui montrant d'une façon visible ce qu'elle ne pouvait croire. La dame revint à l'autel, et trouva le morceau couvert de sang, ressemblant à la partie charnue de l'oreille. « Apprends que ce pain que nous offrons est vraiment le corps de Christ, et que son sang est vraiment un breuvage, » dit Grégoire. Il pria et la chair et le sang reprirent leur forme première.
Un saint prêtre Plecgils, eu Angleterre, avait un
profond désir de voir Jésus dans l'eucharistie, sous la forme d'un enfant. Un jour, tandis qu'il priait pour obtenir cette grâce , un ange lui dit : « Lève - toi promptement si tu veux voir Christ, il est là présent, regarde-le avec tes yeux, touche-le avec tes mains. » Et le prêtre tout tremblant reçut l'enfant Jésus dans ses bras, donna des baisers à Dieu, pressa de ses lèvres les lèvres du Christ. Puis il reposa l'enfant sur l'autel, et demanda à Dieu de lui rendre sa forme première, ce qui arriva ; alors seulement il distribua le corps et le sang du Seigneur.
Celui qui malgré ces miracles, ne croirait pas, serait bien intérieur aux Juifs qui recevaient la manne.
La leçon que donnent ces exemples, c'est qu'il ne faut pas regarder à l'apparence extérieure, parce que Dieu a accordé à ce sacrement d'être la chair et le sang de Christ. Il faut regarder à la vertu du sacrement, et le célébrer spirituellement, parce que son but est de nous attirer du visible à l'invisible et de nous faire chercher avec plus de zèle dans la foi, ce qui est encore caché pour nous. (Chap. XIV.)