‹ Paschase RadbertChapitre 16 sur 21 · XII · texte numérisé non relu

XII

Notre chair et notre sang sont transformés dans la chair et le sang de Christ (XX, 2). Notre nature corporelle se modifie donc, prend sur elle la nature et la propriété de l'être corporel de Christ et devient sa propre chair et son sang (IX).

De même que Dieu et Christ sont un, non seulement par l'accord de la volonté, mais par la substance, par la nature ; — de même Christ demeure en nous, non seulement par l'harmonie de la volonté, mais aussi par nature. — Conception magnifique sans doute, mais dangereuse parce qu'elle tend à mettre notre union avec Christ sur la même ligne que l'union de Christ avec Dieu. Conception fausse aussi, parce qu'elle est contraire à l'essence de l'œuvre du Christ. L'œuvre du Maître est une œuvre de régénération morale, de conversion du cœur, et non une œuvre de régénération substantielle et matérielle. La régénération et l'union avec Christ ne se font pas de l'extérieur à l'intérieur, du matériel au spirituel, mais au contraire du spirituel au matériel, de l'extérieur à l'intérieur.— Un dernier eifet de la Cène est de nourrir pour la vie éternelle. Ce qui est dans notre être est né de Dieu et non de la chair et du sang, participe à cette alimentation (XX, 2). Dans plusieurs passages où il semble que les

(')m, 4: XXI, 3;IX, 5.

bénédictions de la Cène soient purement spirituelles, l'auteur dit seulement que par elle nous devenons immortaîes in anima. — Notre chair est également nourrie par la chair de Christ, notre sang par son sang, pour l'immortalité et l'incorruptibilité (XIX, 1. XI, 2^.

Les effets de la Cène sont donc aussi pour l'esprit, mais ils sont surtout pour le corps.

La pensée fondamentale de Paschase est, à ce que nous croyons, celle de la présence corporelle de Christ dans les éléments de la Cène. On reçoit la chair et le sang de Christ, le corps qui est né de la Vierge Marie. Les éléments delà Cène sont transformés dans cette chair et ce sang (^). Christ lui-même est immolé et mangé, son sacrifice est renouvelé chaque jour afin de procurer aux hommes le pardon de leurs péchés, l'union substantielle avec leur Sauveur et une nourriture pour la vie éternelle.

Ce n'est que par une contradiction avec son point de vue vrai que Paschase peut parler de symbole, de figure, de manducation spirituelle. Il n'a probablement pas échappé à l'influence des idées d'Augustin, quoiqu'il compte ce Père parmi les représentants de son opinion.

Quoique grand partisan de la doctrine régnante, et convaincu de sa vérité, Paschase a rattaché à sa concep-

(1) Le mot potfntialiter que Paschase emploie (IV, 1), a servi a Ebrard pour prétendre que notre auteur n'a nullement enseigné la eommutaiion des éléments en corps et sang de Christ, mais que « le pain et le vin deviennent en puissance corps et sang de Christ, dans la mesure où ils reçoivent le pouvoir d'unir Christ aux comnuuiiants ..

Kahnis blâme Ebrard de cette interprétation tjui ne se justitie pas en examinant l'ensemble de la pensée de Paschase, mais il donne également au mot un sens erroné. lc\ potentialiter = efficaciter.

Hiickert. op. cit., |i. ^^'.i.

tion certaines déclarations spiritiialistes qui lui semblaient avoir une part de vérité, de là ses nombreuses inconséquences et dualités.

Pascliase Eadbert n'est pas un dialecticien, mais un moine lettré, pénétré de la grandeur et du sérieux de la destinée des croyants. La parole de l'Institution le convainc que le vrai corps et le vrai sang de Christ sont donnés dans la Cène et que par là les croyants sont unis à Christ. Ils mangent sa chair et boivent son sang, leur corps et leur âme sont renouvelés, par conséquent leur être tout entier. La foi qui ne s'arrête pas aux éléments visibles est nécessaire, ainsi qu'une préparation à l'acte auguste de la Cène. Les indignes reçoivent le corps et le sang du Seigneur, mais pour leur condamnation.

Nous ne pensons pas qu'il y ait réellement chez notre auteur deux courants d'idées opposés : un courant réaliste et un courant spiritualiste ; d'un bout à l'autre de son livre, il est mû par la préoccupation de montrer que les croyants sont unis au Sauveur par le moyen du corps et du sang vrais de Christ contenus dans la Cène.

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