C-) VIII
Comme pour ceux qui raang-eaient la manne, l'homme qui mange cette nourriture d'une façon spirituelle, reçoit la vie; celui qui la mange d'une façon charnelle, reçoit la mort, le châtiment du péché.
« Aussi, ô homme, apprends à sentir autre chose que ce qui est goûté par la bouche de la chair, à voir autre chose que ce qui est montré aux yeux de la chair.» «Comprends que ces choses étant spirituelles, elles sont portées dan.s les hauteur-s, en présence de la majesté divine, ni d'uue façon pour ainsi dire locale, ni d'une façon charnelle.» (') Demande-toi S'il y a quelque chose de corporel, qui soir plus sublime que la substance du pain et du viu changée efficacement à l'intérieur en chair et en sang de Christ.» « L'autel où Christ se tient, n'est autre que son corps par lequel et dans lequel il offre à Dieu le Père les vœux des fidèles et la foi des crovants.»
Les anges entourent cet autel. C'est Clirist lai-même qui donne le sacrement, quoique ce soit le prêtre visible que l'on voie le distribuer à chacun. Mais, tandis que le prêtre le donne à tous indifféremment, par ignorance. Christ distingue intérieurement par son pouvoir divin, à qui le sacrement est accordé comme remède, et à qui i! est accordé comme condamnation (-).
Dieu a horreur de la communion indigne. Déjà dans l'ancienne alliance, la profanation des offrandes était punie
Ol^ispealiuJ ^u.stare quain qaod ore caniis .sentitar, aliml videro quam f|UoJ ofulis istis carnois iiionslratn!-. Discc (piia Deiis spiritus inlocaUtor ubi(iiic est. Intcllige quia spiritalia haec sicul noc localiter sic utique née carnaliter antc conspeclmn (liviri;e inaje.'Jlatis in sublime feruntur. VIII. ^.
(-) Virtuto majestalis sua' interius cui ad romediun) cniqiie ad judlcium trihuatur divinitus disceinit. VIII, ;].
(le mort('); mais si quelqu'un communie indignement, et que l'impureté du péché soit dans son âme, il reçoit la condamnation et Dieu l'a en aversion. Cette loi de l'ancienne alliance avait été donnée en perspective de ce sacrement. Celui qui prend le sacrement indignement, commet un péché d'orgueil, et un sacrilège contre Dieu. « Si un homme pèche contre Dieu, qui intercédera pour lui(^)? disait Héli à ses fils. L'exemple de ces fils d'Héli et la vision d'Ezéchiel(^), montrent la gravité de et péché. La communion indigne amène des infirmités et des maladies chez le peuple de Christ, sans elle ces maux seraient moins fréquents. Cela vient de la compassion de Dieu,^ car une punition manifeste effrayerait les hommes et ne les convertirait pas. Mais malheur à celui qui abuse de la longanimité de Dieu! Ceux qui se convertissent ne sont redevables qu'à Dieu de leur salut ; Christ, le Dieu-homme,^ intercède pour eux, lui seul peut le faire, car ils ont péché contre Dieu. (Chap. VIII.)
§ 3. — L'eucharistie comme sacrifice.
A. — Pourquoi ce sacrifice {*^) est renouvelé chaque jour
(') Lévilique XXII, 3.
(2) II Samuel II. 25.
(') Ezécliiel IX. Cette vision montre les péchés de Jérusalem et les abominations qui se commettaient dans le temple. L'autel intérieur d'Ezéchiel est le symi)ole de l'autel où les prières et les vcvnx de chacun sont offerts par le ^Tand prtHre, Christ. L'autel d'airain, (jui est dans le vestibule, est l'autel du présent siècle. Auprès de lui se tient Christ (l'homme vèiu de lin), qui sépare les saints des pécheurs. — Le signe dont sont marqués ceux qui gémissent sur les abominations, c'est pour Radbert le signe Tau (signe de la croix).
{*) Oblatio.
quoique Christ ait souffert une fois sur la croix et qu'il ait sauvé le monde en subissant une fois la mort.
C'est 1" Afin que nous obtenions la rémission des péchés que nous commettons chaque jour (M.
2° Afin que l'arbre de vie soit au milieu de nous, et offre au pécheur l'espérance, et l'occasion de rentrer en communion de vie avec Christ, par la repentance.
La 3^ raison, c'est d'arriver à l'union intime des membres avec leur tête, Christ.
Le Père et le Fils sont zmparlaccord et la conformité des sentiments, — donc par la volonté, — mais Christ étant né substantiellement de Dieu, il est par sa nature ce qu'est son Père, et par là les deux sont un par l'unité de la nature.
Et de même, on peut bien dire que Christ demeure en nous, comme nous demeurons en lui, non seulement par l'harmonie de la volonté, mais aussi par nature, car si le Verbe a été fait chair, nous recevons véritablement le Verbe fait chair dans la nourriture dominicale (^). Par cette union substantielle s'explique alors la médiation de Christ qui nous conduit à l'unité avec la divinité. Christ demeure en Dieu, et il demeure aussi en nous.
Par le baptême nous naissons de nouveau en Christ; et par le sacrement, Christ demeure en nous non seulement par la foi, mais par l'unité de la chair et du sang('^). Etant
(') Quotidie tollit peccata mundi, lavatque nos a peccatls nostris quotidie in sanguine suc, quum ejusdem beatœ passionis ad altare menioria replicatur. IX, 2.