‹ Paschase RadbertChapitre 8 sur 21 · IX · texte numérisé non relu

IX

(^) Non solum fide, sed etiam unitate corporis et sanguinis, ut nihil aliud ((uam corpus ejus et sanguis inveniamur. IX,o.

déjà uiembres (le Christ, nous nous nourrissons de sa chair, afin que l'on ne trouve plus rien en nous que son corps et son sang.

La 4^ raison enfin, c'est la mémoire de la passion de Christ. Il faut que les hommes apprennent que Dieu les a aimés, et que son Fils a voulu mourir pour eux.

Quelques-uns pensent que ce sacrement est célébré chaque jour, à cause des Juifs devenus chrétiens et habitués à immoler des offrandes au Seigneur. Ils se trompent. Christ est le grand prêtre pour tous, comme cela ressort du type de Melchisédek : en lui nous sommes tous un roj'aume de paix (Salem), une nation sainte, une sacrificature royale.

Dans les ^ymboles de l'ancienne alliance (manne, liquides coulant du rocher), on pouvait goûter par avance le sacrement.

Radbert cite des anecdotes pour confirmer ce qu'il dit : Un enfant juif communie après avoir vu en vision une femme portant un petit enfant, et présentant la communion au prêtre pour qu'il la distribue. L'enfant raconte sa vision, son père enflammé de colère le jette dans une fournaise brûlante. Les habitants de la ville attirés par les cris de désespoir de la mère, examinent le four et trouvent l'enfant sain et sauf, qui dormait comme sur un lit de plumes. Ils saisi.Nsent le père et le jettent à son tour dans la fournaise. Il fut si bien brûlé qu'on ne retrouva pas même les restes de ses os. L'enfant crut, et beaucoup de Juifs avec lui «Si de telles choses arrivent à. un enfant qui n'avait pas la foi, et n'avait pas rec^u le baptême, que sera-ce pour les croyants! >■

Un homme est fait prisonnier à la guerre; sa femme le croit mort et ott're k Dieu chaque semaine des hosties

saintes, afin que les liens de l'âme de son époux soient détachés. Or il arrivait que réellement les liens du prisonnier se détachaient chaque fuis que des hosties avaient été offerte*;.

Un prêtre faisait une cure de bains pour sa santé. Un inconnu s'empressait à le servir, enlevait ses souliers, prenait ses habits, lui présentait le linge quand il sortait du bain. Pour lui témoigner sa reconnaissance, le prêtre apporte deux couronnes du pain des offrandes. Mais l'autre répond: «Pourquoi me donnes-tu cela? Ce pain est saint, je ne puis le manger. Moi que tu vois, j'ai été maître en ce lieu, mais à cause de mes fautes, j'ai été placé ici après ma mort. Si tu veux faire quelque chose pour moi, oifre ce pain au Dieu tout-puissant en ma faveur et intercède pour mes péchés. Si tu vieus te baigner et que tu ne metrouves plus, tu sauras quetuasété exaucé.» A ces mots il disparut, car il était esprit, quoiqu'il parût être un homme. Le prêtre pleura sur lui toute la semaine et offrit chaque jour des hosties. Quand il revint au bain, il ne le retrouva plus. iChap. IX.)

B. - — De la célébration de ce mystère avec le pain et le vin.

Le sacrement ost célébré avec ces deux espèces, parce que, quoique vraie chair, Christ est cependant le pain de vie (^), le grain de froment tombé en terre. Le pain, qui est fait d'un grand nombre de grains, désigne bien notre union avec Christ (imitas in Christo) ; de même le vin, qui d'un grand nombre de raisins, devient une boisson.

C) Atquo ideo nec mirum, si c;iro Cliri.sti panis dicitur, curn et caro sub specie panis visibili niliil aliud (luam raro porrijj;itur. X, 1.

David a dit que le pain fortifie le cœur de rhoinme et que le vin l'égaie('); on a raison de célébrer le sacrement avec ces deux espèces, parce que Christ est le pain descendu du ciel(^) et le vin qui réjouit le cœur des croyants. C'est de ce vin que Joseph s'enivra mystice avec ses frères, à midi, heure de la passion de Christ (^).

D'après le Cantique des Cantiques (V, 1), nous mangeons le pain avec le miel qui coule du rocher (lequel est Christ), en croyant qu'il y a en Christ deux natures: nature divine et nature humaine. Nous buvons le vin doux avec le lait, en comprenant, grâce à l'enseignement sacré, que le vin est son sang.

Tout cela prouve que les espèces du pain et du vin étaient destinées à présenter ce sacrement. Le pain qui est descendu du ciel est reçu dans ce mystère comme la chair qui a été crucifiée.

Pourquoi les espèces ne sont-elles pas transformées d\ine façon visible ? Si elles l'étaient de façon à avoir le goût et la couleur de la chair et du sang, nous n'y guignerions rien, et puis le mystère lui-même serait détruit (^). Ce

(*) David cecinerat in mi/sterio qitod panis... Cela signifie que dans un sens plus élevr, la mtMiie chose s'applique au pain et au vin de la Cène. Riiekoit, oj). cit., p. :{.')().

(-) Idem panis Christus qui de coelo descendit in hoc mysterio accipilur, sicut et caro quae in cnice pependit. quum intejicr deinceps Christus peiseveret, licet ah omnihus (luolidic edatur. X, 1, p. 'i21 E.

( *) Mystice --- in mysterio. Voyez la note â. Ce sens est manifeste au cliap. XI, |). ti't, note 1.

(*) Sapioiitia Dei Patris iiialuit hoc niystorium in specieni panis ac vini pormaiiere, quani in colorcm ac saporeni carnis et sanguinis denuitari,(iuia nec hoc estjain quod videtur, nec tieret illud amplius ut esset caro et sanguis. (|uam ut i>orci|titur. X, 1.

serait aussi trop révoltant de communier ainsi. Mais celui-là communie d'une façon charnelle, qui ne croit pas que le sacrement est la chair et le sang de Christ, parce qu'il n'3' a pas de changement d'apparence et de couleur extérieurement (*). Aussi nous devons prier Christ luimême pour qu'il spiritualise nos sens et les prépare à le recevoir.

Le choix de ces espèces est aussi justifié par la relation entre ce sacrement et nous, car d'après le sj'mbole de Melchi.sédek, le sacrement est la nourriture qui soutient et fortifie les justes. D'après le Cantique des Cantiques et le Psaume XXIII ce repas restaure ceux qui vont de ce qui est terrestre à ce qui est plus élevé (-). (Chap. X.)

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