En 1585. (Miraumont. Blanchard
comme son père *■ et son frère ^, et depuis resigna Testât à M. le président de Thou, son nepveu^ qui est le guatrieme président de ce nom, tous lesquels avoient esté adYOcats, fors le dernier. Quant à M. Denys du Mesnil , encores qu'il n'eust pas l'éloquence ny la grâce de son aisné , si disoit-on qu'il avoit bien autant de lettres que luy ; aussi luy succeda-t'il aux meOleures affaires du palais , principalement à celles des maisons de Navarre et de Yendosme, dont il estoit ad- Tocat , qui fut cause que l'on n'admit point la résignation que son frère avoit faite en sa faveur de Testât d'advocat du roy, et fallut en changer la procuration au profit de M. de Thou ; ce maistre Denys fut père de M. du Mesnil, conseiller \ qui reste seul et unique de ce nom. Vous m'avez fait plaisir, dit mon fils puisné, de parler ainsi de messieurs de Pibrac et de Thou ; ce me sera un aiguillon d'essayer à bien faire à leur exemple, estant tous deux mes parrains, M. de Pibrac m'ayant donné le nom que ie porte. — Mais puisque le propos de M. Tadvocat du Mesnil , dit mon aisné , vous a fait entrer aux discours de MM. Bourdin, de Pibraé et de
1. Portant le mesme nom, qui le fat en 1544. (Miranmont et Blanchard, lequel escrit sa vie.)
2. Messire Christophe de Thou, premier président en 1562. (Miraumont et Blanchard, qui ont fait son éloge.)
3. Messire lacque Auguste de Thou, qui fut président en 1595. (Miraumont et Blanchard, qai ont fait l'abrégé de sa Vie.) C'est l'autheur de l'Histoire de France, ouvrage qui le rend digne de l'immortalité, sans parler de ses antres œuvres ny de quantité d'actioni qiii ont rendu sa vie glorieuse.
4. Il s'appeloit Denys comme son père, fut receu conteilter le 4maylo96. ^
DU PARLEMENT DE PARIS. f)t
Thon, ses collègues, et de M. Denys du Mesnil, son frère, qpi estoit aussi mon parrain, ie tous prie, par mesme moyen, de nous dire ce que vous sçavez de feu M. Léonard Goulas , nostre ayeul maternel , qui avoit espousé damoiselle Philippes du Mesnil, leur sœur.
le veux, dis-ie, soulager M. Pasquier de cette peine; aussi bien a-t*ir besoin de reprendre haleine, et i'en.sçay peut estre plus que luy, car encores que ic ne Taye gueres veu ny connu, si est-ce qu*ayant espousé sa fille après son decez, ie m*en suis voulu enquérir, et ay appris de M. de Thou , duquel on vient de parler , qu'il estoit si docte en droict que , quand feu M. le premier président, son frère, estant advocat du commun, estoit en doute de quelque point , il n'y avoit personne entre ses compagnons duquel il desirast plus avoir Tadvis que de M. Leonatd Goulas, auquel il avoit ordinairement recours ; qui n'est pas un petit tesmoignage, puis qu'il procède d'un si grand premier président Et encores qu'il ne fust pas tant employé au Palais que ses beaux frères, parce qu'il esloit (Tune plus grande Uherté, ne pouvant endurer, non-seulement les inepties et importunitez des parties , ou des procureurs qtie nous sommes souvent contraints de digérer, mais non pas mesme les reprehensions que font quelquesfois messieurs les presidens , lesquels nous devons respecter et reblandir, si estoit-il employé aux meilleures affaires des grands, et principalement du feu admirai d'Ënnebault, qui gouvernoit lors le roy| François. Et de faict, il luy donna sa maison de la rue Sainct- Antoine, en laquelle vostre mère a eu ^ !^vU C^v.
V2 DJALOGLE DES ADVOCATS
aussi lui qui a fait- le premier iuger au Palais que qaafld on allègue pardeyant un oiïicial qu'une disme est inféodée , il en doit délaisser la connoissance au iuge lay, sur cette simple allégation , sans entrer plus ayant eà connoissance de cause; autrement qu'il yauroitaba& L'arrest en est remarqué par ceux qui ont esté soigneux d'ea faire des recueils, au lieu qu'auparavant on iugeoit qu'il falloit faire sommaireûient apparoir de l'înfeodtlion pardevant l'oflScial avant qu'il en fit le renvoya comme il se voit par l'ancien coustumier de France. £n 6omme , c'étoit un sçavant et docte perisonnage, et non âeulednent en droict , mais aussi en théologie et autnes bonnes lettres, ainsi que i'ay pu reconnoistre par le resté qui s'est sauvé de sa bibliothèque , et surtout tre« bbinitie de bien et fort dévot en vers Dieu ; ce qui doit servir d'etemple et de consolation à sa postérité, la* qddle dare à présent avec honneur : revenons^ ie vous prie, à vos autres advocats.
Les plus renommez de mon premier temps , poursuivit M. Fasquier, outre les sus-nommez, estdent maistk*es Anne de Terriéres, seigneur de Cbàppes) François de la Porte, Poictevin ; lean de Saint-MeSloir^ Manceau; Pierre Robert, Parisien ; Pierhî Renard, Jacques Aûbery, Laureds Bechet, Jacques Ganaye^ Claude Wangot, Antoine du Lac, lean Chippart, Fr&nçois de Marillac et quelques autres. Pour le regard de Terrieres, seigneur de Chappes, on le tenoit pour bien sçavant en droict, et disoit-on qu'il avoit fort plaidé en scm temps, mais il s'adônnà sur la fin de sies jours à plaidèii en son nom as^z pdo heuréosefneht, ce qui lereeltli
DU t'ARLEMENT DE PARIS. 93
da Palais. Et ce qui le recula encores davantage, ce fut k religion prétendue reformée dont il fist profession , tàquelle fut cause de sa mort ; car, ayant esté mis prisonnier au petit Chastelet aVec d'autres à la malheureuse îourrtée de la Saincl-Éarlhelelny, il y fut miserableméht estranglé.
Quant à la Porte et à de Sainct-Mesloir * , qui plaidèrent en là cause de Cabrieres et Merindol , ils se faîsolent plus valoir, celuy-là pir sa confidence et hardiesse et par dés allégations qu*i1 faisoit de quelques arrcsts qu'il avoît reiDarqués, et celuy-cy par de certaines petites gloses singulières ou brocards dé droict, qu'ils n'a voient de vray fonds en droict ou d'éloquence, au mdltis Bëloii ihon iugetnent. M. Laurens Biechet estoit plus gavant qu'eux , mesmement aux bonnes lettres , ainsi qu'il l^aroissbit par son discou^s, lequel estoit plus paré que celuy des autres ; neantmoins il n'estoit pas tant employé que les deux susnommée , ny tant appelle aux consultâtlbris. Quant à M. Pierre Renard, il n'estoit gueres recherché que pour les matières beneficiales, Don plus qu'un petit homme chantre et chanoine de Itf Saincte-Chapelle nommé Rousseau ; comme aussi maïstrès lean Chippart, Pierre Mallet, et depuis Martin Mènârd, et leart Rama ^, afin de vous despescher nds'bc-
1. I^asqnîer, en sa première Lcilre du liv. xix, à M. de Snincie- Marihe, p. 673, parle d'ua Saihct-Melouard qu'il appelle dèx />ot/lant des consultations, qui vraisemblablement est le Saiiict-Mesloir de Dolhc nutlieur.
2. 11 esi croyibte que ce Chippart est celuy qui est nommé Cliippuit avcp Hamat, dans la preaiièrc I>eitic <\v Pas([uicr dii liv. .\.\i, p. 1571, VcRqnel» il appelle persannatjcs du paix.
neGcialistes tout d*uQ fil. Il me souvient mesme qu*UQ nommé Guetard se vouloit mcsler de cette matière» mais ce fut en son nom et à ses despens ; car il perdit un bénéfice qu'il plaidoit contre M. Seguier , qui fut cause de luy faire tellement quitter le Palais qu'on ne Ty a point veu depuis. Maintenant cette science est quasi esteinte au Palais, et n'y a gueres qu'au grand conseil qu'on s'y estudie ; et n'cust esté que H. Pierre Rebuffe en a escrit plusieurs Traitez qui sont encores plus estimez à Rome qu'en France, la science en seroit quasi perdue ; qui est cause qu'il ne doit estre oublié entre nos advocats; car il en prenoit la qualité ausa bien que de docteur en droict canon , comme il estent l'un et l'autre ; mais il ne faisoit quasi rien*de celle d'advocat , encores qu'il se presentast au Palais. Tous ces derniers n'ont laissé aucun portant leur nom , que le sçache, si ce n'est Chippart.
le ne vous ay point parlé d'un autre du même nom de Renard, qui vivoit en ce temps-là ; car il estoit plus adTOcat du Ghastelet que de la cour. M. Pierre Robert se faisoit plus valoir que les susnommez, non qu'il fust par adventure plus sçavant que ses compagnons, car le croy qu'il n'en sçavoit pas tant ; mais il estoit homme d'une belle présence, voix et action, disoit assez heureusement, et se faisoit plus estimer par son sens naturel que par son estude et son travail. Il s'advança principalement par deux actions : l'une, et la première, fut la plaidoirie qu'il fit pour le président d'Oppede, en cette cause de Cabriercs et Merindol, dont l'histoire est si bien descrite par M. de Tbou , que ie n'ay que faire
de VOUS en parler davantage. Feu M. Clément du Puy aYoit esté premièrement chargé de cette cause; mais, estant devenu malade de la maladie dont il décéda , le président d'Oppede eut recours à Robert, lequel il insti*uisoit de iour en iour de ce qu*il avoit à dire. L'autre cause de Tavancement de Robert vint de ce que, s*cstant fait de la religion prétendue reformée , il fut employé par feu M. le prince de Gondé, ayeul de M. le Prince , au falct de la déclaration de son innocence ; depuis lequel temps il fut tousiours recherché par ceux de cette religion, ce qui luy cousta la vie; car il fut tué le iour de la Sainct-Barthelemy. La mesme cause de Gabrieres et Merindol fut aussi Tadvancement de M. lacques Aubery, Angevin, en ce qu'ayant esté créé advocat gênerai *■ en cette cause, il en fut fait lieutenant civil ^ ; car dés auparavant il avoit acquis le bruit d'un grand et louable advocat, subtil et bien agréable.
Cestott au temps, dit Mr Pithou , que la vertu estoit en prix et recompensée. Feu mon frère * et vous, parlant à moy, qui avez si fidèlement et si dignement exercé les chaînes d'advocat et procureur du roy en la chambre de iustice en Guyenne , vous débauchans du Palais deux ans et demy entiers , n'en avez eu aucune recompense.
Pasi^ns outre, dis-ie, et oublions cela; par adven->
I. M. de Thou escrit que lacques Aubery parla pour ceux de Merindol, et M. Denis Riant pour M. le procureur- gênerai. M. de lUospital dit la nicsme chose dudit Aubery, en la septième da liv. XI de ses Ëpistres à M. le chancelier Olivier.
3t Pasqnier, en sa première Lettre à M. de la Bite, liv. vil, p.425.
turc a-t*on beaucoup fail pour nous, de nous laisser vivre en paix privement et doucement en nos maisons : nous nous fussions pcut-estrc aùisniez pendaiçLt les troubles de la Ligue, si nous eussians esté rcr compensez de quelque office qui nous eust çbHg.ez de sortir d'icy. Ëncores le rpy nous a-t'il fait beaucoup d'honneur de s'estre souvenu de cette commission, lors qu'il nous commanda de faire la mesme charge 91^ restablissement de son parleipent à Paris. Âcl^ev^ donc, s'il vous piaist, les advocats de vpstre p^e^^ere classe.
Il y avoit enpores , continua M. Pasquier , Danq^iechin et Millet, qui plaidoient aussi eu la mesure çâose de Qibrieres ; mais les principaux de ce temps là çstoient maistres lacques Ganaye, Parisien; Claude Mangot, Londudunois, et Frstpçois de iUar^lac, Aijtvergnac , duquel on faisoit plus d'estime que des deyx autres, en ce qu'il estoit fort en la réplique; mais il fut ravy au milieu de son aage ; de sorte que sa maisoi^ a esté réduite à neaqt^ au moins au prix de ceUe de C^nayç et de Mangot, l'un ayant délaissé le siepr de Fresne son ûls, conseiller au grand conseil, et depuis au conseil d'eslat et privé , et ambassadeur vers la seigneurie de Venise; l'autre, M. lacques Mangot, advocat, depuis piocureur gênerai en la chambre des comptes, et enfin advocat du roy au parlement *, lequel fut le plus accomply personnage en tout ce que l'on pouvoit désirer , qui fust en son aage : il n'avoit que
1. En 1585. (Mirauuiont et Pasquier, liv. iv de ses lUchcrcbes, ckap. 27, p. 409, qui fait sou éloge eu cet cudroii.)
DU PARLKMKiST DE PARIS. 97
trente six ans lorsqu'il deceda, et n*eust eu son pareil, soit en probité et intégrité , soil en science et connoissance de toutes bonnes lettres , s*il eust vescu aagc d*honime. Il fut si grand ausmosnier, qu'il ne s'estoit pas contenté de donner tous les ans sa vie durant la disme de son revenu aux pauvres , mais il commanda qu'on en fit de mesme du bien de sa fille, quïl laissa £|a seule héritière. Pour preuve de sa sujDBsance il nç faut que voir une remonstrance qu'il fit à l'ouverture d'un parlement, qui court es mains de plusieurs, et les registres des plaidoiries, esquelles il a parlé pour M. le procureur général L'on trouvera qu'en un corps qui sembloit assez fresle, il y avoit des muscles et des nerfs bien forts , et un tres-bon sang. le ne vous parleray point de ses autres frères, d'autant qu'ils sont vivans. Mais pour retourner aux pères , ie me trouve empesché à vous dire lequel ie dois préférer à l'autre , tous deux ayans de grandes perfections et suffisances en ' leurs estats ; car si Canaye estoit docte en droit ^ , comme certainement il l'estoit , aussi estoit Mangot ' ; si Mangot estoit sçavant aux bonnes letties et sciences , aussi estoit Canaye; si Canaye estoit employé aux affaires des grandes maisons de la France , aussi estoit Mangot. le remarquois une différence entr'eux ; c'est que Mangot parloit plus subtilement, pli^s facilement et plus doucement , et estoit plus riche et plus prompt en inven-
1. Pasquicr, en sa première Lettre à M. vSainte-Marthe, liv. xxi, |>. 673, rappelle /éic-biutnntdes consultations.
2. T.e iiiesme, c i ses Recherches, liv. iv, clîa[>. 37« page 409. AI. Claude Maiigot, dit- il, Cun des premiers advooafn de nostre temps,
lions , ayant uii esprit transcendant , au lieu que l^autre estoit plus lent et plus pesant; mais il sembloit avoir plus de force , marchant quasi comme à pas de bœuf, et consequemment imprimant plus avant ce qu*il disoit au cœur des escoutans ; ce qu'ils ont fait paroistre en une infinité d'actions, mais principalement en la cause de la préférence des roses qui se presentoient lors par les pairs de France, Ganaye plaidant poor M. le duc de Nivemois, et l'autre pour M. le connestable de Montmorency , en laquelle chacun d'eux desploya sur un sujet, qui sembloit petit , le meilleur de son sçavoir et éloquence ; car on n'oublia rien , de part ny d'antre, de ce qui estoit de l'origine , dignité et ex* cellence des pairies, de l'antiquité et noblesse des comtes de Nevers , et des barons de Montmorency , ni de leurs maisons et alliances, de leur vaillance et prouesse , tant contre les ennemis de la foy es voyages d'outre-mer , que pour la deffense de la couronne contre ses ennemis^ ny de leur fidélité et service envers nos rois.
Mais il y avoit une particularité en Mangot qui n'estoit pas en Ganaye ni en aucun autre advocat que i'aye connu; c'est qu'il avoit un esprit si universel et si prompt pour toute sorte d'affaires , qu'estant chef dn conseil de la maison de Longueville , il ne s'entremettoit pas seulement des procez du palais , mais aussi de ceux d'Allemagne et de Suisse, et encores des baux à ferme qu'il convenoit faire, ensemble de l'audition des comptes, et généralement de toutes les affaires du conseil des finances et d'estat, signamment en ce qui concernoit la
souYerainelé du comté de Neufchastel, en quoi il se rendoit admirable , estant en effect le vray chanceliier et surintendant de cette maison.
Ayant dépesché ceux que ie trouvai au Palais lors que i*y vins , ie passerai maintenant à ceux de nostre volée. — I*estime , dis-ie , que vous en obmettez quelques-uns qui méritoient bien d'estre mis au rang des precedens. Car encores que ie sois venu au Palais longuement après vous, si me semble-t*il que Matthieu de Fontenay, lean Filleul, Pierre de Rochefort, lean Durand , Antoine Dulac , lean le Gresle , Thomas Sibilety Louis Galoppe, Louis Bernage, la Faïe, de Larche, Amelot, Tielment et plusieurs autres dont il ne me souvient pas pour le présent, estoient vos anciens.
Vous dites vray , et suis bien aise que vous m'en ayez fait souvenir, au moins de Fontenay , Filleul et Rochefort. Car, quant à de Larche et Amelot, qui estoient d'Orléans, Galoppe, de Paris, et lean le Gresle, de Dammartin^ ie les avois industrieusement passez, les uns pour ce qu'on n*en faisoit pas beaucoup d'estat , estant un peu paresseux et négligens , ou s'adonnans à quelque autre vacation , comme de Larche, lequel s'employoit plus au bureau des enfans de la Trinité qu'à son estât d'advocat. Tattendois à parler d* Amelot en parlant cy-après de ses enfans. Pour le regard de M. Antoine du Lac, Auvergnac, il estoit un peu trop ventart, iuy semhiant qu'il n'y avoit personne au Palais qui entendist la matière des suhstitu-lions comme iuy, dont ses compagnons se rioient; neantmoins, il y estoit employé plus qu'en d'autres
100 DIALOGUE bKS ADVOCATS
affairés. 11 y avoit encores un autre du Lac , qui estoît aisné de M. Pierre du Lac *, qui vit à présent avec plus d'honneur et de réputation que ne faisoit son aisné. Et pour lé regard de M. Thomas Sibilet , il s*amusoit plus à la poésie françdiSe qu*à la plaidoirie ; c*est lui qui m*en a niis lé premier la plume en la main , dont ie lui suis obligé. M. Louîs Bernage plaidoit plus souvent et assez doucement, mais il avoit le bruit de se charger indifféremment de toutes les causes, bonnes ou mauvaises , ce qui lui faisoit tort ; il ne fut gueres appelé aux consultations. Quant à iM. lean Filleul , i*estois preâëht à la plaidoirie qU*il fit contre la légitimation d'un bastard , laquelle lé rendit si recommandable, que s'il éiist continué , où si deslors et depuis il se fust présenté aiix consultations, comme faisoient ses compagnons, il y eust indubitablement eu bonne part; mais il se ténoît t)erpétuelleknent éd son banc, ainsi que faisoient nos anciens. Cbmtoé faisoit aiissi iM. Matthieu de Fontenây, lequel plaida eh la présence du roy Charles pbur le commun trésor de Tordre de Saint- lean de terusalein , contre le chevalier de Seure , duquel le testament fbt cassé, ores qu'il eust eu dispense du pape de pouvoir tester contre lés statuts de leur ordi-e. On tenoit qu'il estoit grand côustumier et bon féudiste , et fut , sur la fin de son aage , souvent- appelé aux consultations. Comme aussi estoit M. Pierre de Rôchefort ', maïs
1, Voyez rc qui est dit cle liiy par M. A. Mornac, en la nolcstliv.
2. M. A. Mornac, en son observation sur la loy 14, an Dif^esiej de iiirc iurnndOf parle d'mi l'.oclicforl qni nonrroit bien eslre cclnycy, mais il l'appcilc Fi-ani-ois. 11 est escrit tic Iny une diosc rcnlar- ■
il s'arrestoit plus à son office de bailly de Saint Germaindes-Prés qu*à son estât d'advocat, lequel, comme vous sçavez , désire son homme tout entier, l'avois oublié M. leao du Boisle, lequel n*avoit rien de recommandable que la force et hauteur de sa voix , semblable en cela à ce Trachallus, duquel parle Quiutilian , et néantmoins il estoit bien esloigné des perfections qu'on remarquoit en cet orateur. On Toyoit de la chapelle de la salle du Palais, quand il plaidoit aux requestes , ce qu'il faisoit assez souvent sur la fin de ses iours, en quoy il se rendoit ridicule ; car en ses ieunes ans il avoit esté plus estimé, ayant fait un commentaire sur la Somme rurale de Boutillier. Quand ie vins au Palais, on faisoit un conte de luy et de feu M. le président de Harlay S père deM. le premier président, lequel ne se pouvoit garder de dire quelque mot de gausserie en quelque lieu iqu'il se trouvast. C'est que du Boisle, plaidant un ioor devant luy, et prenant son ton fort haut dés le commencement de son plaidoyer, contre ce qu'on a de coustume , il ne se peut tenir de loy dire ces mots :
qaable, quî est que la cour vouloii abolir le droict que les advocats pretendoient avoir de ne pouvoir esire contrainis de déposer uy descouvrir en iustice la vérité du secret de leur» parties: AmnUtus est apprimèf dit- il, tenaci proposito insuetum iliud Franciscus de Bochefortj antè annos plus minus auinqunginta, ut acccpi ab autiqw'orWuSf postca Lud. Buissonius, Peints du LaCy Annœiis Hoùertus, et alii plures^ causantes, invetei-atum morcm CAirice, quo semper patronis ifidultum fueral, ne occulta clientum suorum, seu bonay scn mata, prodorent : sed quidtfdid ohniti potuerint, dccrevit semper onin amplissimus ut re^pondemnt de eo cuiiis esset ffuisque sibi consctus, etc.
1. En 1555 ou 1556, il s'appeloit Christophe. (BlancUacd <^v. M\raumont.)
CouvreZ'Vous, duBoisie, et parlez haut^ dout toute la compagnie se prit à rire.
le ne vous parleray point de M. Raoul Spifame , qui estoit des anciens de mon temps; car encores qu'on dise qu'il avoit esté du commencement assez fameux , comme estant d'une des bonnes maisons delà ville, si est-ce qu'il déclina tant sur la fin de ses iours , qu'il n'estoit remarquable que d'une chose. C'est que voulant reprendre ou tenir V ancienne marque d'honneur des advocats et conseillers généraux du parlement , il se préseutoit à prester le serment aux ouvertures qui s'en faisoient à la Saint-Martin, avec une robbe d'escarlate, ce que le n'ai veu faire qu'à luy, encores que , comme ie vous ay dit cy-devant, aux anciennes rerpresentalions qui se voient aux églises, les advocats se trouvent en pareils et semblables habits que les conseillers.
le viens donc maintenant aux advocats de ma yolée « qui estoient M* Jean le Maistre, lean de ViUecoq, lean David , François de Montelon , Pierre Versoris, Louis Aleaume, Jacques Broussel , Manchevelle, la Vergue, ïaverny, Breban et quelsques autres, qui ne pouvans ou ne voulans continuer le travail du Palais, se mirent aux estais , les uns du parlement , les autres de la chambre des comptes ou des autres cours souveraines, d'autres aux sièges presidiaux qui furent lors érigez. Desquels partant ie me dispenseray de parler fors de huict ou dix, dont le premier sera M. Guillaume Baj'J/y ', président des comptes , père de M. le président
/. Beceu çn 1549. (Miraumont,^
qui vil à présent; l'autre, M. Pierre de la Place, premier président en la cour des aydes, dont i'ay touché quelque chose ci-devant; M. Pierre de Sailly, lieuleoaot gênerai au bailliage de Senlis; Gelée, lieutenant criminel ; M. Georges Faguet, lieutenant de Chaumont ; de la Rue , président au presîdial d'Abbeville ; lacques de Montiçrs , sieur de Bois-Roger , lieutenant à Pontoise, et M. Gontier, qui, s'éstant fait pourvoir d'un estât de conseiller au presidial de Senlis , fut depuis lieutenant au bailliage du Palais, qui tous eussent eu quelque part au barreau , s'ils ne s'en fussent pas retirez : et sur tous M. lean de la Rue , lequel par adventure devoit estre mis entre les advocats du premier rang, car il estoit mon ancien de quelsques années. G'estoit bien un des beaux esprits qui f ust au barreau , bien disant, docte competemment, detres-boniugement, et qui avoit du suc et du sang en son discours, avec une grande lumière naturelle et sans fard ; mais il estoit si suiet au ieu et à ses autres plaisirs, que la goutte et les autres indispositions qu'ils luy causèrent luy firent quitter le travail , et finalement retourner en son pais de Picardie , se faisant pourvoir de Testât de président au presidial d'Âbbeville, où il mourut.
Geluy-cy m'a fait présentement ressouvenir de trois antres Picards qui plaidoient assez souvent aux rooles d'Amiens et de Senlis, maistres Germain Martine, Gamard et Asseline. Mais ils n'approchoientpasdu bien dire de la Rue , et sentoient plus ie ramage de ieur païs, combien qu^Âsseline eust par advenXuc^ ^w^ ^<^ Jettres, JI y avoit (encore M. N. le ¥etQU, xûaas» "^
s'adonna plus à escrire des généalogies et armoiries qti'à Son estât d*adTOcat. Bocheron avoit aussi esté advocat et solliciteur de feu M. le connestable, qui le Qtprocarenf gênerai aux généraux des aydes, où il prit pour substitut de Gorbie , lêqîiel y plaidoit souvent
Quant à M. lean le Maistre , il fut advocat du roy pendant la Ligue, et depuis président en la iconr, et y fut confiritié *■ par le roy à cause de Tarrest de la loy saliqoe , auquel il àvoit présidé , arrest qui fut en pàHr^ cause de foire Ouvrir les portes de Paris au roy. C'estOfé de Vérité iin fort et puissant advocat , résolu en (joints de droict , de coustumes et de pratique , fort prudent advisé en ses causes , selon qu*il a fait paroistre tant ad barreau qu'en Texercice de ces estats. Depuis ayant résigne céluy de président à M. de Siliery , il voulut vivre ' et mourir privé en sa maison , en laquelle il consultolt i^ns aller au Palais , et estoit souvent employé aux ar* bitrages. Ce qui n'estoit pas tout à fait de mesme en M. Piètre Versoris; car encores que Ton allast à luy, e'è^toit iH*incipaleitiënt pour r'habiller les fautes qui âe font quelquesfms en Tinstruction des procez , cdmiùè de vérité il estoit plain de belles et subtiles inventions, et si fort entendu aux affaires du Palais, qu'encores qu'il Teust par manière de dire quitté, toutesfois le Palais ne le quitta iamais, sa maison estant un autre Palais; iusques-là qu'il luy falloit demander non seulement les iours , matinées ou apresdisnées , mais aussi
/. En 1594 (Miraamont et BlancYiard c^v (ai\. «on <\o^<&.\ M. E. Pasquier en sa Lettre ^ M. Théodore ï*a»c^uver, %ou fe\&, V\n. vs\, p- 244 Pt 245, thc'Ae p\m Amplwuenltc «ijDLe A\\ Hcn; \ ivwVvftxxt .
les hearés, lesqneUes il distribuoît tellement aux uns et aux autres , qu'il y ayoit perpetuclliement de^ attendans en sa grande salle , pendant qu*il consnitoit en la petite. Et comme il estoit ainsi recherché sur les dernières années pour les consultations , aussi avoit-il esté employé en ses ieunes ans plus que nul autre de son temps aux plaidoiries , comme celuy qui parloit avec une éloquence vive, prompte et naturelle S et avec une grande facilité et persuasion ; ce qui le faisoit charger des plus grandeis et plus belles causes de son temps, comme de délie des iesuites *, que nous plaldasmes ensemble , luy pour eux * , et moy pour l'Université de Pans, dont ie ne vous diray rien , d'autant que chacun en peut faire iugement, nos deux plaidoiers estant imprimez, sinon qu'ayant leu le sien depuis quelsques aimées en çà , le ne l'ay jias târtt estimé à beaucoup prés que i'âvois fait ïor^ que notis plaidasmes; ce qtiî vient die id grâce et dé la force et poids qui est doilné au discours par la
1. M. da Vair le compare aiusi avec M. Mangot au commencement de son Traité de l^éloqueacc fniuroise. Nous avons oiiy^ dit-il, au mesme temps MM. Mangot et Fersoris; mais t un estoit pfnstost un subtil iurisconsulte qui s'expliquait aisément avec une parole pn-ssi'e et aiffuëf que non pas un grand orateur. L'autre ne numquoil paa (f une narote pleine et aisées dun (jrandet beau iugement; mais ayant donne tout son esprit aux procez, il n estait pas à ieancnup prts parvenu jusques oîi sa nature cultivée par fart et sollicituàe l'eust peu aisément porter.
2. PaM]uier, en sa première Lettre du \ïv, xxi, ù M. de Sainte* Marthe , descrit amplement comment il fut charge de cette cause, et tout ce qui s'y passa.
3. M. Pierre renoris, dil-il, sur la fin de cette Lettre, p.' 075, grand advôcnt, plaidait rmiTiv wny pnur les icsuites, aidé des mr~ mniivs que luv ârfnnnistroit Cnignard, icsuttc^ né natif du \}aYS d' Au.^ vertjiw, /V//I (les plus braves sofliciteurs c|UO iamms le T*n\u\s oÀVcw.,
et pour tri l'ay-ie ven assurer par feu RI. le cardinal de AjovvivVw:-,
voix et par Faction , piesmement par la sienne qui es* toit belle et agréable, au prix d'une simple lecture morte, muette et inanimée. Yray est qu'il avoit un vice, qui est qu'il prononçoit ordinairement un A pour un E , et un £ pour .un  ; et si connoissoit-on en ce qu'il alleguoit des auteurs d'humanité , qu'il n'y estoit gueres versé : neantmoins à tout prendre c'estoit un grand advocat, et qui se passionnoit pour ses parties, particulièrement pour la maison de Guise , dont il estoit le principal conseil : et de faict il mourut en moins de quatre ou cinq heures, de regret et de deuil qu'il eut après avoir entendu la mort de M. de Guise qui fut tué à Blois. .
Le plus attrempé et modéré advocat de mon temps fut M. François de Montelon , fils de feu M. le garde des sceaux de Montelon S et qui fut aussi depuis garde des sceaux , et tous deux auparavant advocats , lequel plaidoit si doucement, et, s'il faut ainsi dire, avec tant de défiance , qu'encores que sa cause fust très-bonne , comme il ne s'en chargeoit iamais gueres d'autres, toutesfois il la rendoit douteuse paf sa lentitude. Tout au contraire , M. lean Yillecoq plaidoit avec une telle asseurance qu'encores que bien souvent sa cause ne valust rien , toutesfois il sembloit qu'on luy faisoit grand tort de la luy faire perdre. £t ce qui l'advança principalement fut une plaidoirie qu'il fit pour un appelant du lieutenant
1. Ce fut pendant que l'on fit le procez au chancelier Poyet, et
estoit lors aussi président, ainsi quMl a esië remarqué par Mirau-
inont; qui est peul-estre le seul exemple que l'oo puisse cotter
d'homme qui soit demeure prcsidcnl e\. ^v^vik^ des sceaux tout
ensemble.
civil Âubry, qui avoit corrigé une sienne sentence ; en laquelle il osa parler si librement , le n'ose dire aigrement, qu' Aubry, s*en tenant offencé, présenta sa requeste au parlement pour en avoir réparation, et y vint luy-mesme plaider sa cause; à quoy de Villecoq respondit sur-le-cbamp si pertinemment que les parties furent mises hors de cour et de procez, et depuis ce temps il fut assez recherché. Mais, quant à Montelon, auquel ie retourne , il avoit acquis une telle réputation de probité qu*on le croyoit sur ce qu'il disoit, non comme advocat, mais comme s'il eust esté rapporteur d'un procez, sans luy faire lire aucune pièce. Aussi estoit-il un tres-homme de bien, vivant honorablement, sans avarice ny ambition , vénérable et craignant Dieu : ce qui le fit appeler par le roy Henry III pour lui donner la garde des sceaux de France S lorsqu'ils furent ostez à M. le chancelier de Chiverny, lequel fut depuis rappelé, M. de Montelon les ayant volontairement rendus, d'autant que le roy n'estoit lors catholique 2, dont on parla diversement, les uns à son advantage, les autres à son desavantage.
M. lean David estoit tout d'un autre naturel , car , estant peu soigneux de son honneur, il se charçeoit indifféremment de toutes causes, et le plus souvent de
1. Ce fut en 1588, en laquelle qualité il Jît Couverture par ha^ rangue publique awt derniers estais de Blois, comme remarque Miraumont, qui Tappelle virum probœ et integerrimœ famœ,
2. Voyez, en la p. 57 des Opuscules de Loisel, l'observation de Tantheur du Zèle de religion ^ et de VOtRce àc «\v\e%\.^wx ow ^wxç.^» lier, où il parle de celte renouciatioa ïaVic ]ùar "à.. Oa^v»^v5wqîw w»»-
108 DIALOGUi: DES ADVOCATS
mauvaises; ce qui le faîsoit bien souvent condamuer eu Faoïende; à raison de quoy nous Tappellions Taëvocat du roy , d^autant qu'eu cela il faisoit plus gaigucr au roy que ne faisoient ses advocats. £t me souvient que, se plaignant un iour à la fenestre à laquelle les advocats plaidans se retirent en attendant que leurs causes s'appellent, il disoit que Ton ne poyivoit faire estât des causes, d'autant qu'on perdoit souvent celles qu'on p^- »)it gaigner, et au contraire Ton gaignoit celles quç Ton pensoit perdre ; sur quoy de la Vergue, advocat qui estoit de son pais (car ils estoient tous deux Gascons) loy respondit qu'il falloit qu'il y eust de la faute du iugement de la cour ou du sien. Et comme il estoit coustunûer de parler latin en ses plaidoiers, et du latin assez mauvais, le mesmc la Vergue, qui estoit facétieux, disoit ordinairement de luy c^iie quelque meslange qu'oo pust faire du latin de David avecceluy de Ciceron, il discernoit touioiirs l'un d'avec l'autre. Ce David estoit d'ailleurs fort factieux et turbulent; car ce fut luy qui apporta de Rome les premiers mémoires de la Ligue, dont on a tant parlé, et qui ont produit et produiront tant de maux à la France.
A ce David ressembloit aucunement M. Berthe, au moips eu ce qu'il estoit souvent condamné en Tameade, à raison de quoy on l'appeloit, par raillerie U petit Amenulier, car il estoit de petite stature ; comme aussi (^toit un austre qui se fit prestrc de peur de payer ses debtcs, lequel io fis un iour condamner en l'amende sur son plaidoyer, l'ayant emploie pour toute response^ plaidant ponr i'inf imé , et me sçmVAe c\\Sl^\\ i^^ w^vim'cîvV.
Granger ; qui sont des exemples que ie vous récite afin que vous vous en gardiez et que vous ne vous chargiez point de mauvaises causes , mais que vous soyez soigneux de vostre honneur et réputation»
De la Yergne fut celuy qui commença à faire imprimer des factums au proce2 qu'il eut contre M. le premier président le Maistre, son beau-pere, lequel il gaigiia quasi d'une voix , iusqii'à faire dire par le ra{>porleor à M. le premier président qu'il acquiesçast à son appd, aùtrémèftt qu'il seroit condamné en l'amende; ce qni monstre combien on estoit lors severe en iustice pour ce tegahl , et combien les plus advisez plaideurs se trompent souvent en leur faict. Il ne fit pas grand chose depuis au Palais au. prix de ce qu'il avoit fait auparavant, à caâse qu'il devint malade , et mourut ieutte estant travaillé de là pierre. M. lacques Broussel, natif de Pontoise, y profita beaucoup plus; aussi plaidoit-il plus souvent, et si fluidement et aisément que cela ne Iny coustoit rien , et escrivoit de mesme, et, comme l'on disdt, sans aucune rature S tant il avoit l'esprit facile, la parole et la plume coulante et à commandement. Ce qui le faisoit fort employer ^ aux choses communes tant
1. Cela a esté vérifié par le registre des minutes de ses cscritures du Palais^ communiqué par M. Broussel, advocat en la cour, son peitt-fits, et fils aisné de M. Broussel, conseiller en la grand'cbamiMre. Car en effect il y a peu de ratures dans ce registre, mais la lettre en est menue et difâcile à lire.
2. Pasqnier, en sa dernière Lettre, liv. xxii, p. 801, racontant comme il n'estoit plus quasi connu au Palais, y retournant après une maladie de deux ans qu'il eut l'année 1559: le /ii5, dit-il, l'espace de deux mois entiers sans qu aucun procureur me d.eTtv«wA.u^\. mon nom : et cependant ie voyois un Bris son, Brous^eV. e\. cYae\<V*fc*
aufres de ma volées qui avoient empiété grande vogue.
tlO DIALOGUE DES ADVOCATS
ail parlement que slnguIicremeAt en la cour des aydes« Aussi a-t*il fait une si bonne maison par sa diligence et espargne, que deux de ses enfants se sont fait conseillers, Faisné premièrement au grand conseil et maintenant aux requestes du Palais, et le second au parlement ^
M. Louîs Aleauine eust esté grand advocat s'il se fust assuietty au barreau ^ comme il fist paroistre en une cause que ie plaiday contre luy pour un appellant d'un néant qu'on avoit respondu sur une requeste , qui fut une plaidoirie assez nouvelle et célèbre ; mais il estoit homme de livres et de iiherté^ se contentant de son bien et de la place dç substitut au parquet de MM. les gens du roy , comme faisoient malstres Ange Coignet, Laurens Descroisettes , Pbilbert de Longueioue , lean le Breton, lean de Luynes, Bucbage, Grasseteau, Mosac, Automne, Matarel, le Yest et Maurile de Lorge. Matarel plaidoit bien quelquesfois, et le Yest encores plus souvent, mais non pas tant qu'ils eussent fait, s'ils ne se fussent point tant amusés au parquet. — Cela est vray, dis-ie, et me souviens que la première leçon que me donna feu M. l'advocat du Mesnil, quand il me mit au parquet, fut de ne m'y point arrester, disant ce mot que i'ay tousiours retenu : que le parquet trom^poit son
1. c'est M. Broussel, qui s'est bien souvenu de la tres-sage et chrétienne leçon de M. Pybrac, de ne rendre iustice au gœ des œur-tisans, lesquels emploient la plupart du temps le sacré nom et lautliorité du roy contre luy-uiesme, en la faisant agir contre son peuple, pour rciiireicnenient de leur lustre et de leur grandeur pariiculiei'c ; et qui par sa probité et vertu inflexible aux attaques de la faveur et de l'intercsl, s'est rendu si illustre iusques aux pays csiranf^crs, qii^il n'est pas besoin d'eu <lire iey davantaf,e, puis que J'hisfoià-e conservera assez sa mémoire, el Va tcu<\.v^ n^u%\^\% *a. Va. postvi'iic.
maistre. Aussi ne m'y sois-ie gueres amnsé , dont ie ne me suis point mal trouvé. A quoy i*adjoustay : Vous ne dites pas aussi que le sieur Aleaume fust bien tost pourveu de Testât de lieutenant gênerai d*Orleans, lequel il exerça avec beaucoup d'honneur et de plaisir, s*adonnant aux bonnes lettres , et singulièrement à la poésie latine, dont il estoit tres-bon ouvrier, ainsi qu'il appert par un livre que son fils ' a fait imprimer depuis son dccez, et singulièrement par un énigme d'une chandelle 2, qui se pourroit esgaler aux meilleurs poèmes latins qui ayent esté faits de ce siècle.
Buchage, continua M. Pasquier , estoit aussi sçavant en droict, et entendoit fort bien la langue grecque. Brebart n'estoit point mauvais advocat, et fit une belle action contre moy lors que les Polonois vinrent au parlement, et tenoit-on aussi qu'il estoit sçavant en grec et en latin; au demeurant, il estoit assez commun. Gomme aussi estoient maistres Philippes le Lièvre, lean Doujat , Pierre Bossu , Roguenan , Maurile de Lorge , Fiacre Guedon, Desfontis, Raphaël Gaillaudun, Claude Fresle, Claude Mondin, lean de Villiers, Claude Foucault, lean Cointerel, Forest, Hunault, Pierre André, qui avoit charge des affaires de M. de Montpensier; lean Durand , qui estoit gendre du procureur le Coigneux et estoit natif d'Orléans; Claude Maté, Gervais Giroust, et pareillement M. Christophle Chauvelin, Yen* dosmois , oncle de ceux qui sont à présent advocats fameux ; de la Barre , le luge et autres , qui revivent la
J. jEgidius Jienlmus, comme porte le tUte àcVl«^\%Vc^\\\sô»aL>x^. 2. Intitulée Obscura ctan'tns.
112 DULOGUE DES AOYOGATS
plus part en leurs eufaus , les uns dans leurs vacations, 1^ autres dans d'autres charges , et aucuns par leur^. plu^ies et escrits.
Il y a\oit aussi M. René Baudart, leaa d'Auvergne, sieur pa^^)on, Augustin le Prévost, seigneur de Breyant, les deux Mesmins et quelsques autres, qui ne faisoient p^s grande professiou de leurs estats ; et encore^ M. lean Bacquet, duquel on n'a pas tant parlé de son vivant qu'après son decez ^ ; car il plaidoit fort peu sou^ ven^, se reiuiUmit neautinoins assidu aux audiences, où il se tenoit derrière les barreau)^ et remarquoit soigneusenoeut ce que l'on (^soit et les arrests qui s'y donnoieot, iusques ^ demander aux advocats les noms des parties et les principaux poincts de leurs causes, dont il a si biei^ fait sou proût que vous en voyez les fruits par ses livres» qui sont bien^ recueillis , mesmement ceux du domaine de la France, des droicts d'aubeine, de bastardise e( autres, qui estolt son vray sujet, car il estoit advocat du roy en la chapabre du trésor. Et faut que vous sçachiez la respoQse qu'il fit un jour à nostre compagnon Al. I^ené ÇboppiA « lequel se plaignoit que Bacquet luy avoit pris une boiu^e partie de ses livres de Domanio, qui sont en un langage latin assez ru.de et ferré : lu, vavLS jyrorfhôts, dit-il, qu'il n'en est rien. De vérité^ ie tes ay voulu lire, mais il faut qy^ %e vov^ cqnffisse que ie n'entends pas v astre lajti/a; le<. voulant blasmer de ce qu'il sembloit affecter d'escrirQ rudement et obscurément.
/. La ofesme chose a été remarquée c^-AcNavi\. d^M.. CUacles du Moulin.
DU PAhLKMENT DE PARIS, 1 13
Nous avions aussi 31. lean du Yair, natif d*AurilIac , qui tenoit beaucoup de son Auvergnac, et ne put iamais bien parler françois^ encores qu'ayant esté fait procureur gênerai (Je la reyne et du roy en la cour des aydes, et depuis maislre des requestes, et en ces charges conversé avec toute sorte de personnes, et mesmement avec les courtisans , il eust eu moyen de changer son ramage ; et toutesfois il a esté perc de JVL du Yair» premier président de Provence , qui parle et escrit si nettement en françois que nous n'avons point de livres composez en oostre langue qui soient estimez à l'esgal des siens. le vous nommerois bien encore le Noir, Tusan, de Yillars etquelsques autres. Mais Tuq, qui fut le Noir , se relira bien tost du Palais , ayanf esté pourveu d^ la cure de Sainct-Iean. Medard Tusan ne s'y emploia iamais guercs, et estoit plus cognu par la renommée de feu maistre lacqucs Tusan, son oncle, lecteur du roy en la langue grecque, qu'il n'csloit de son chef. Et pour le regard de Yillars, il plaidoit nettement, mais bien peu souvent ; et si mourut-il jeune , délaissant un fils qui ayoit si bien estudié es bonnes lettres grecques et latines, et en droict, que feu M. le président Brisson le retira chez luy pour s'en servir en ses estudes ; mais il ne fit du tout rien au Palais, et si estoit-il plus solli-^ citeur et recommandeur de procez qu'il n'estoit advocat.
Yoilà donc tous ceux dont il me souvient qui vinrent environ de mon temps au Palais.
Vous en avez, dis-ie, oublié quelques-uws ^^^!v\ yeus et qui estoieat h mon advis de \o^\x^ \&\ss^%, ^ valoient bien aucuns de ceux que nous «sex tvwssûk»^
C'est à sçavoir maistres Pierre Rigolet, Louis Desporles, lacques Denuet, Tcroude et Taverny.
Vous avez raison , dil-il , pour le regard de Rigolet ; car à la vérité il estoit de mon temps. Mais quant à Denuet, Teroude et Desportes, ils vinrent depuis moy, et les reservois à mon dernier ordre ; neantraoins, puis que vous m'en faites souvenir, ie parleray d'eux en cet endroit. Teroude avoit un langage figuré et nombreux, et estoit un rude jouleur , ainsi qu'il monstra plaidant la cause du sieur de la Curée contre M. Brisson. Il plaidoit souvent pour la feue reync de Navarre, mère du roy, laquelle indubitablement l'eust advancé, s'ils eussent vescu iusqu'à présent. Il fut en danger de sa personne à la Sainct-Barthelemy, parce qu'il faisoit profession de la religion prétendue reformée, dont se retirant il revint à l'Eglise. Ce que ne fit point Taverny , car il y fut tué ; et tient-on que nul ne se deffendist si vaillamment que luy, en ce qu'ayant fermé et barricadé sa maison, luy et son clerc en tuèrent plusieurs à coups d'arquebuses avant leur mort ^ ; en quoy il se monstra digne de l'eslat qu'il tenoit ; car il estoit aussi lieutenant gênerai de la connestablie et maréchaussée de France ; et si il ne laissoit de plaider, mais peu souvent.
1. Pasfftiicrescii vanta nosire autheurjiv. v desesLetlres.p. 309t parle ainsi de celle action de Taverny : Un homme de wbbe longue seulement f nomme Taverny, lieutenant de la mareschnussée à la table de marbre du Palais, accompagné d'an sien serviteur, a acculé la populace devant sa maison l'espace de huit ou neuf heures; ayant celte ferme résolution en sny, après que les balles lui furent faillies, d* user de poix . lusques à ce cpî estant destitué de tout aide, il fut tué combattant vaillamment, après avoir fait sentir aux uns et aux autIPCS comùienson ùras estoit pesant, etc.
M. Pierre Rigolet pliùdoit plus fréquemment et mieux, et avec un assez bel ordre et une douceur agréable, pureté de langage, lumière et clairté d'esprit, et sans fard. M. lacques Denuet estoit un chasseur ordinaire, et neantmoins favorisé de feu M. le président de Thou, qui estoit cause qu*il plaidoit souvent , quoy qu'il fust chanoine de Teglise de Paris. M. Louis Desportes, Champenois, esloit employé par le procureur Brucher, duquel il avoit espousé la niepce , comme aussi Gourion estoit employé par le procureur Feydeau , duquel il avoit espousé la (ille. Mais ie vous diray une particularité de Desportes, qui doit bien faire espérer les advocats qui n'auroient pas tant esludié que d'autres^: c'est qu'ayant esté quelque temps clerc chez un procureur, il s'y fit si bon praticien qu'ayant un peu auparavant estudié au collège, un sien frère, qui estoit aussi advocat, mais que ie n'ay gueres connu parce qu'il mourut ieune, lu y conseilla d'aller aux universitez de droict ; ce qu'il fit ; puis, retournant au Palais en quahté d'advocat, il y fit si bien ses affaires qu'il a laissé une bonne maison , s'estant aussi fait secrétaire du roy. Mais son premier et plus grand advancement vint de la pratique de Brucher , dont ie vous ay parlé. Comme en gênerai i'ay remarqué (et souvenez-vous de cecy) que plusieurs sont devenus fameux advocats par la connoissance et alliance des procureurs, qui ont on cela plus de pouvoir que n'auroient les faveurs des conseillers, gens du roy ny presilens, au moins quand d'ailleurs ils en sont aucunement capables : car tes grands advocats s* ad, vanccnt assc;; d'cv^mém^.
I*eii puis avoir oublié quelques-uos pour ne m'en pas ressouvenir à présent , et obmis industriellement d'autres qui sont dénommez au procez verbal de la nouvelle rédaction delà Goustume de Paris, car plusieurs s'y sont présentez en qualité d'advocats de la cour, qui n'en firent iamais aucun ou gueres d'exercice. Et si ie ne vous ay point voulu nommer un plus ancien advocat que ces derniers , lequel , estant d'assez belle taille et apparence , s'alla loger près de la maison d'une bonne femme qui avoit une fille à marier ; et il alloit au Palais avec un clerc qui portoit après luy un gros sac commun *■ comme s'il eust esté fort chargé de pratique» afin de se faire regarder. Il fit donc si bonne mine ^njrant quelques mois qu'oa luy parla de se marier avec cette fille ; à quoy il entendit fort volontiers, car il ne tendoit à autre fin. Les nopces faites, il continuaà faire porter ce sac après soy, mais il ne rapportoit rien du Palais que les sacs qu'il y faisoit porter , dont on commença à se fascher. Pour pourvoir à cela, il s'advisa de prendre d'un de ses amis vingt-cinq ou trente livres de rente, le sort principal de laquelle il fit tellement filer qu'il en r'apportoit à sa femqie tantost un escu, tantost un demy, et continua à faire ainsi tant que son crédit dura. Mais enfin , ne trouvant plus de fats qui luy en voulussent prester, sa pratique faillit tout à coup; de sorte qu'estant découvert par sa femme, desia chargée d'enfans et de debtes, elle fut contrainte de faire cesser la tromperie de son mary et de le nourrir du mieux
1. Âdyocat qui se maria faisant semblant d'avoir de la pratiqac.
qu'elle pust à ses despens ; car elle avoit du bien cojbpeteinment, etestoUd'i^ez bon lieu; ce qui sera dit en passant par risée, et four mon^trer qu'en toutes V€LcatioK^ et estats il y a des happeiourdes.
Il me semble, dit M. Pithou, que vous avez oublié beaucoup d'advocats qui pourroient estre compris eu ce roQUe» puisque vous y avez mis oon seulement ceux qui 0A( iait coatinucUe profession de cet estât, mais 2^ussî d'autres qui, s'en estant retirez, se sont advancei( aux offices. — Qui ? dit M. Pasquier. — Messieurs Dampurs, répliqua M. Pithou, advocat du roy, et Pericard, procureur gênerai au parlement de Rouen ; messieurs les Qairiots, presidens au grand conseil, et un autre Bario(, conseiller au parlement, lean Foullé, Antoine de yignoUesS Pierre de PardessusS lean le Bourguignon, et ^tres au;ssi conséiUers ; car i'ay trouvé aux papiers ùfi feu mon frère , qu'ils avoient esté tous advocats. — Yous avez raison , dit M. Pasquier, au moins pour le r^ard des conseillers FouUé, de Yignolles et Pardessus, car le lesay ouys plaider, mais ie lesavois passés, d'autant qpi,'i]$ ont plus paru eu leurs offices de conseillers qu'eu cel^y d'advocat ; p^^rticulierement Foullé qui y fut a^sez peu heureux, en ce que s'estant oublié en une cause qu'il conduisoi; poui: l'evesque de Sainct-Flour, prieur dç Goucnay, il luy fut deffendu pai: la Cour de s'eu plus eutrem^ttrç; et encores me souvient-il de quelque autre chose que ie ne veux point dire : ce qui
1. Blanchard dit qu'il fut receu le 8 février 1565, lequel esloit pcat-estrc fils de M. lean de Vif^nolles, receu en 1536.