Beceu le 25 novembre 1567. (Blanciiard
2. M. Pasquier estant venu au palais dès l'annc'e 15-49, il ne peut pas entendre icyPhilbertDariol, qui uefiit rcceuqiie le 26 avril 1553, selon Blanchard.
meilleurs moyens de sa cause qu'il lui falloit adiousler ; et de faict luy dicta sur le champ un feuillet ou deux de plus, aGn de luy en donner pour son argent. Le conte est vraiment ridicule et, par adventure, indigne de Testât d'advocat ; mais si sert-il à monslrer la naïfvelé du temps, esloignée neantmoins des demandes excessives et rançonnemens qu*on dit que font à présent quelques advocats, qui ont donné cause à Tarrest dont on s*est plaint sur le commencement de nos devis.
L'autre conte est que Bariot s*estant depuis faict conseiller, estoit si amoureux de procez qu'il prenoit plaisir à faire attacher ses sacs par ordre en Tune de ses chambres, lesquels il alloit souvent visiter et compter avec autant de contentement que fait un laboureur ses troupeaux de moutons ; ce que feu M. le chancelier de THospital prist plaisir de représenter par ces vers :
Nam memini quemdam plénum gravitatiSy et annis, Burqundâ de gente senem, cui mille Ugatis IncMsœ saccis pendebant ordine lites :
Has omnes animi causa semel omnibus horis lUe rècensebat, minimumque putabat ad assem Quid tandem lucri numéro speraret ab illo; Ut pastor, cui mille boves in montibus errant, Quemferat ex vitulis/mctum, quem lacté reportet Pressa vel liquida, quem denique matribus ipsis, Subducit tadtus : nummo nec fallitur uno.
Tay voulu apprendre ces vers par cœur, car ils le méritent bien : et veux que vous sçachiez que c'est de luy qu'ils doivent estre entendus.
Et quant au président Vialart , fils du président de Rouen , duquel ie vous ay parlé , ie ne Tay iamais veu ny oûy dire qu'il ait fait la charge d'advocat , d'autant
que sîlost qu'il en eust preste le serment, il fui ponrvea de Toffice de lieutenant conservateur des privilèges royaux au Chastelet et peu après de lieutenant civil, puis se fit Conseiller, maistre des requesles, président au grand conseil, et finalement premier président de Rouen. M. leàn le Bourguignon ftil pourveu de Testât d'adtocat du roy au Chastelet. Pour le regard de Dftmoors et Pericard , ie les ay veos à la terité advocats en cette Cour, et ils y furent employez, mesmement Pericard k cause du procureur Martin son beau-pere, lequd estant procureur de feu M. le connestable, le fit pourvoir de Tofiice d*advocat du roy et depuis de procureur gênerai k Rouen. Comme Damours y fut depuis advoôàt du roy , a'estant retiré du Palais par un dédain de ce qu'ayant esté condamné en deux amendes de fol appel en ufté audiance , et s'e^ant excusé de plaider une troisiesmè cause qui fut appelée incontinent après , et son excuse n'ayant esté trouvée raisonnable, il n'y voulut plus retourner. £t quand tout est dit , ceA derniers nommez ont plus paru en leurs offices qu'en la charge d'advocat, à raison de quoy ie n^en avois rien dit, ny.ce matin, parlant des advocats du temps de François I*', hy cette apresdisnée , continuant à parler de ceux qni ont plus approché de mon temps , à quoy il est besoin que ie revienne.
Ceux donc que i'ay veu venif an Palais dèpni» moy sont maistres Barnabe Brisson, Guillaume Aubert, Re« naud Loiseau, Pierre Airaud, Loms Chandon , ^erry Cochon, Raoul Parent, lean de Siruingues, les^j^resi'' dens du Faur , Paye, et lacunes Mkngot, advoGGrts in
roy, lean Bodiii, Pierre Escorchevel, Claude du Buisson, les Âmêlots , Pierre Pittioa , René Bautru , sieur des Mairas, lacob du Val, et queisques autres que vous me ramenteverez ; car ils ont quasi tous esté de vostre tempà comme du mien. — iMais ie vous prie, dis-ie, atant que de passer plus outre , nous expliquer ce que vous «ntendez quand vous dites si souvent : Un tel estoit bon oa n'estoit gneres bon advocatS commient on le peut dercnir, et à quoy il se doit principalement eMudier; car c'est ce que i'attendois long-temps y a de vous , el en quoy ces ieunes hommes pourront plus profiter; comme aussi i'ay entendu de mon fils que vous leur en avez promis quelque chose ce matin.
Gonmient, dit M. Pasquier, vous en dirois*ie les vraies marques ou préceptes, veu que Ciceron n'a jamais osé entreprendre de dire résolument en quoy consistoit h perfection de son orateur? De vérité i'ay aatresfois escrit quelque chose sur ce sujet, mesmement en une lettre^ envoyée à mon fils que voilà S laquelle
1. npCGOpta ou marques d'un bon advocat. — A quoy il est boa d'i^joater lavis que donne M. Grotius au liv. i" de ses Epigranimes en CCS vers que j'ai placés en tête de mes Principia juris :
DE OFFICIO ADVOCATr.
Qui stmcta sumis arma ciuilis togœ^ Cui se reorum capita, fortunœ, decus, Tutenda credunt, nomini prœsta fidem Imis aacerdox; ipse die causam tibi, LiUmque duras arbiter prœjudica ; Voto clientum jura metiri tùne, Nec quod colorent patitur idjustum puta.
Peccet necesse est scepè gui nunquam negat,
. % C'est la sixième du liv. IX de ses Lettres. 3. Théodore Pasquier* "
est imprimée avec les autres , et à laquelle on pourroit avoir recours. — le l'ai leuë, dis-ie, mais il y a si longtemps que vous l'avez escrite que ie crois que vous y pourrez adiouster quelque chose, et nous vous en prions tous ensemble 1res instamment. —le le feray donc, respondit-il , puis que vous m'en priez en si bonne compagnie, non pas pour vous en donner les préceptes, mais seulement pour monstrer à quoy on se doit principalement estudier; car ie ne suis point si difficile que ie désire en nostre advocat toutes les perfections que Ciceron, Quintilian et les autres requièrent en leur orateur, ou Galien en son médecin; comme un naturel si heureux, un esprit si clair voyant, une grande institution ou exercitation es bonnes lettres et sciences , un choix des meilleurs maistres et précepteurs, une estude si continuelle qu'il y emploie le iour et la nuict , une recherche si exacte du bien et du mal pour sçavoir aisément discerner le vray du faux; car ie n'estime pas que cette grande et haute éloquence populaire que Ton recherche tant, soit la principale partie de nostre advocat. C'en est bien une et des plus requises, mesmement es grandes plaidoiries ; mais ce n'est pas la plus nécessaire pour un barreau. Ce que ie désire donc en mon advocat est qu'il apprenne à bien conduire un procez intenté ou à intenter, à dresser succinctement une demande , et à libeller un exploit , à minuter des requestes, des lettres royaux, des requestes civiles et d'autfes lettres, tant de la petite que de la grande chancellerie , qu'il puisse faire un bon advertissement , des contredits et autres escritures ; et lors qu'il faudra plai"*
der , qu'il examine et mesnage toutes les particnlaritez et circonstances de sa cause ; qu'il en prenne bien le poinct et s'y arreste , et le représente en termes bien choisis et intelligibles, et neantmoins plus serrez et renforcez que redondans ny superflus , en les fortifiant de raisons pertinentes, d'auihoritez formelles et précises, de textes de droict , d'ordonnances , d'articles de coustumes ou de décision de docteurs , sans l'obscurcir ou noyer d'allégations superflues , quelsquesfois l'embellir d'un trait d'humanité, voire de grec ou de latin comme en pfissant , et qu'il soit si à propos et si siqniflcatif qu'il ne se puisse si hien exprimer en fraivçois; car ie ne suis point de ceux qui voudroient du tout bannir le grec et le latin du barreau, comme fcroient volontiers quelques-uns de nos délicats ou ignorans, puis que nous avons à parler devant des iuges et des advocats, la plus part doctes en l'une et l'autre langue, pour V eu que ce soit sobrement et sans en faire monstre ny parade. — Au surplus, il est besoin qu'il sçache dresser des contracts de mariage et d'acquisitions, des transactions , et , si besoin est , des testamens , ce ce qui ne se peut faire sans avoir à bon escient estudié en droict civil et canon , sans sçavoir les coustumes de ce royaume, les ordonnances de nos roys, ensemble les arrosts généraux et décisifs des questions difficiles et douteuses , et sans une longue pratique , expérience et usage des affaires ; à ce qu'il puisse enfin non seulement bien conseiller ses parties, mais aussi fournir aux jeunes advocats des armes offensives et deffensives pour le soustenement de leurs causes.
124 DIALOGUK DES ADYOCATS
Que s'il m*estoit loisible de passer plus avant, et que nostre advocat fust un iour honoré de Testât d*advocat du roy*, comme c'ea esloit iadis le chemin, le desirerois en luy qu'il $ceust d'abondant les droicts du doipaioe, des appennages, et assignats de messeigneurset mesdames les enfans de France , des regales, des admortissemens et -autres droicts de la couronne, les généalogies et alliances de nos roys et des principales maisons de la France^ el nos histoires, signamment celle de la deraiere race de nos roys, mieux beaucoup, que dea Grecs ny des Romains, et sur tout qu'il eust esté longuement employé au barreau, qu'il eust manié les aijEaires du commun , et qu'il fust boa praticien ; e( quand il seroit question de faire des remontrances publiques, qu'il ne s'estudiast pas tant à apprendre par cœur de longues harangues relevées et faites à perte de veu^ , ou farcies de tant de grec et de latin , qui sont, souvent aussi pieu à propos en une chaire de prescheur » ott en quelque déclamation de collège , qu'en un barreau, et en Faudiance d'une chambre dorée , mais qu'il pris^ peine de rewtonslrer et de reprendre les fautes que left advocats et procureurs pourroient avoir faites au parlement passé; et quand il seroit question de plaider h. l'oirdinaire , qu'il reprist sommairement ce qui auroit esté diversement dit par les advocats des parties, pour en o^jt^ et dissipper les nuages , et l'esclaircir tellement que, la vérité et équité apparoissant , la Cour en peust estre soulagée pour y donner promptement son arrest,,
] . Qualitez et parties d'un bon advocat du roy.
DU PARLEMEiNT DE PARIS. 125
ainsi que iaisoil fort bien feu Monsieur radvocat du Mesnil , Yostre oncle.
En somme , ie désire en mon advocat le contraire de ce que Ciceron requiert en son orateur , qui est l'éloquence en premier lieu , et puis quelque science de droict; car ie dis tout au rebours, que Tadvocât doit surtout estre sçavant en droict et en pratique, et médiocrement éloquent, plus dialecticien que rhéteur, et j^us homme d'affaires et de iugement que de grand ou long discours. Fen parle par adventure trop librement , mais puis que vous m*y avez poussé , i'en ay dit entre nous ce que l'en pense.
Et comme il vouloit reprendre le cours de ses advocalâ, ie luy dis : Puis que vous en estes venu si avant , ie vous prie vouloir aussi dire à ces ieunes gens une chose de laquelle ils m'ont souvent requis, qui est, s'ils se doivent accoustumer à escrire leurs plaidoiers *.
le vous diray , dit M. Pasqnier , non pas ce que vous devez lous faire , car chacun a sou talent , et divers naturel , mais ce que i'ay fait pendant que i'ay esté employé au Palais, vous en retiendrez et ferez voslre profit , ainsi que vous adviserez. Quand ie vins premièrement au barreau , i'escrivois entièrement ce que ie peusois devoir dire , et Fapprenois par cœur , et m'en trouvois bien , et Tay pratiqué depuis aux plus grandes causes cfoDC i'ay esté chargé , et trouve que c'est ce qui m'a fait mon style de parier et d' escrire. Es moindres causes ie me contentois de faire un éon et fideie ex-
1. Quel est le meilleur d'escrire ou d'apprendre par cœur ses pUidoien?
traict tant de mon sac que de ceiuy de ma partie adverse , et d'y remarquer le principal poinct, en y adjoustant quelque ornement dont ie m'advlsois, pour iettcr rœil dessus, quand ma cause s*appelloit; car de parler sur le champ sur ses pièces , comme i'en ay vcu aucuns de mes compagnons, ie Vadm.ire ])/ifs(ost que ie ne l'approuve^ d'autant que quelque bon esprit que Ton ait , en plaidant ainsi tumultuairement et sans y avoir pensé, Ton ne peut trouver A promptement ce que Ton desireroit, et eschappent souvent des choses que Ton voudroit retenir.
Voilà de bonnes leçons, dis-ie, pour nos enfans, et aime bien autant cette digression que le récit que vous nous avez si soigneusement fait d'un si grand nombre d'advocats ; car vous en avez nommé plusieurs , dont il me semble que vous vous fussiez bien passé , et croy qu*il y en a aujourd'huy de vivans qui voudroient estre morts pour estre mis en ce compte ; toutesfois vous reprendrez vostre fil quand il vous plaira.
le vous diray pourquoy ie l'ay fait , respondit M. Pasquier : le sçay que i'en ay nommé plusieurs qui estoient non seulement médiocres, mais aussi assez mauvais advocats; mais outre que ie me suis estudié à n'oublier personne de ceux qui ont esté employez de mon temps, i'ay pensé d'en donner par là plus de lustre aux meilleurs , en ce que dans un si grand nombre , i'en ay remarqué si peu de louables pour les plaidoiers, consultations et escritures de conséquence ; ioint qu'il ne va pas ainsi de Testât d'advocat comme des poètes, desquels ^D àh gu'ils sont tous bons ou tous mauvais, sans qu'il
y en ayt de moyens ou médiocres, au lieu qu'entre les advocats il y en a des premiers et des seconds rangs, et, comme Ton dit communément , de la première , seconde et troisîesme douzaine ; et encores les uns qui plaident , les autres qui escrivent , et d'autres qui consultent , et mesme aucuns qui conduisent simplement des affaires , qui ne laissent pourtant d'estre bien employez, l'en ay connu un que ie ne veux point nommer, qui ne plaidoit ny ne consultoit , ny n'escrivoit que fort peu et assez mal , lequel n^a pas laissé de faire une bonne maison en qualité d'advocal , ayant une telle adresse , qu'estant chargé des affaires de plusieurs maisons , il sçavoit choisir un bon advocat plaidant , quand il en esloit besoin ; un autre pour escrire et consulter ; et conduisoit si bien son faict , qu'il estoit plus recherché que beaucoup d'autres meilleurs advocals que luy.
le suis donc maintenant aux advocals qui ont esté receus depuis moy , entre lesquels ie ne parleray point de Messieurs du Faur et Mangot, advocats du roy, m'cstant advancé d'en parler cy-devanl; mais ie coramenceray par W. lacques Faye, qui fut aussi advocat du roy, homme de grand sens et sçavoir, et puissant en son parler ; mais ie ne le puis , sous correciion , appeller grand homme de palais , d'autant qu'il se mocquoit des formalitez de iustice ; en quoy il me semble qu'il s'abusoit : car encores qu'on ne doive point s'arrester aux formalitez , quand la iustice de la cause apparoist d'ailleurs, toutesfois il ne les faut non plus mespriser que les cérémonies en faict de religion , car ce sont comme (es cerceatix du fnuid qui retiennent (e.
former une conclusion pour uicoov. >. , arrest ou autre iugement , et parler en u tumez » sans se licentier de les changer ou ce qui nous vient en fantaisie ; mais M. F d'autres belles parties , que ce deffaut se vrir ou supporter en luy, car il estoit grand liomme d'estat , ainsi qu'il fit paroi de Pologne , en Teicercicc de son oflSce lors que le parlement estoit à Tours, et ; quelles il (ut employé sur la fin de ses io du roy pendant le plus fort die nos deri où il mourut de regret de ce que les n'eurent point lors le succez que luy el François desiroicnt. Quant à son eloqi remets au iugement de ceux qui ont vo dir remonstrances qui ont esté imprim ' "t-ûK anrés son decez
aacuneinent reculer , au moins retirer de nostre barreau, pour se mettre à la cour des aydes, où il fut advocat du roy. M. Renaud Loiseau fut employé aux affaires de la duchesse de Valenlinois et de M. le duc û'Aamale sou gendre , mais ce fut au temps que la duchesse esloit hors de crédit , à cause de quoy il ne fut pas si adfaocé qu'il eust esté, ioint qu*tl entreprit un procez pour une succession qu'il estimoit estre escheuë à son fils , par le decez d'un sien plus proche parent maternel , contre des parens paternels plus esloignez , leqpiel il perdit par ta règle commune, Patema paternis, que l'on iugea devoir avoir lieu en lacoustume de Chartres , quoy qu'elle n'en porlast rien , comnae par tout leroyauDpie, de laquelle règle il s'estoit uKKqué par ses eseritures et factums, eu ces nM>ts qui ont depuis couru au Palais, Patema paterniss, lanterna iaisitemds ; 2iussi ne Tcsnit-il pas long-temps après, délaissant sou fils fort jeune , qui fait maintenant si bien parler de luy par ses escrits , que l'on peut dire d'eux sans que le père s'en oilençast , s'il estoit vivant ,
Tytides melior pâtre.
Sur cda i'adjoustay que la mesme chose se pouvoit dire de deux que ie ne pouvois oublier , maistres lean Amariton et Nicolas Bergeron , l'un pour avoir esté mon régent , l'autre mon coexecuteur du testament de feu M. Ramus , tous deux doctes aux bonnes lettres et en droii;t, mais non si bous advocats, au moins pour le regard de la plaidoirie ,. eu laquelle les Ainat\\.o\v?r^^<-^ Toissentplasque ne £sdsok leur père.
Quant au fils de Bergeron , il n*a point tant suivy la vocation de son pere , mais une autre qui luy vaudra mieux par advanture.
Sur quoy i'adioustay encores que i*avois remarqué au barreau que la plus part de ceux qui avoient régenté au collège, venans au palais, quelsques sçavans qu'ils fussent , n'y avoient pas ordinairement si bonne part que ceux qui y venoient plustost, bien qu'ils ne fussent pas si doctes qu'eux; tesmoin M. Jean Pougeoise qui y vint long-temps après ces deux, lequel s'estant rendu admirable en ses leçons et déclamations , ne respondoit nullement à ces premières monstres, quand il vint à plaider , mais s'y rendoit aucunement ridicule ; ce qui advient à mon advis pour deux raisons : l'une qu'ils veulent trop faire les sçavans , au lieu qu'il faut cacher son jeu : l'autre , que quand un jeune homme se met de bonne heure à plaider , chacun le favorise tellement, que s'il fait quelque faute, on l'excuse facilement , et luy donne-t'on courage de mieux faire une autre fois , au lieu que l'on rebute ces maistres es arts , s'ils font la moindre faute du monde; qui est cause qu'ils se retirent et se débauchent quasi d'eux mesmes, voyans que ceux qui ont esté leurs disciples sont bien souvent plus favorablement escoutés qu'eux; ie vous prie , ne vous tenés pas pour cela interrompu.
Non , dit M. Pasquier ; ie suis bien aise que vous m'ayez prévenu en ce discours : car i'avois délibéré d'en dire quelque chose. M. Pierre Ayrault , poursuivit M. Pasquier , fut aussi pourveu de Testât de lieutenant criminel à Angers dont il estoit, et s'y retira sur la fin
DU PARLEMENT DE PARIS. f3l
des grands lours de Poicliers de l'an 1567, encorcs qu'il plaidast assez bien et doctement, mieux beaucoup que ne faisoit M. leanBodin, Angevin, quelque grande et exquise doctrine qui fust en luy : car il ne luy succéda iamais en plaidoirie qu'il ait faite. L'on ne peut pas faire iugement des plaidoiries de feu M. Pierre Pithou vostrc frère, d'autant qu'il ne plaida iamais qu'une seule cavse; et neantmoins il semble qu'il n'eust pas mal fait s'il s'y fust assuiettl ; mais sa pudeur et ses estudes le retenoient et possedoienl du tout. Il escrivoit assez souvent pour ses amis, et tousiours si exactement et si doctement y quHi en faisoit peu, et il y fut plus employé depuis qu'il fut revenu de la chambre de Guyenne , qu'il n'avoit esté auparavant. Il commença dèslors d'entrer anx consultations, et s'il ne fust siiost decedé, il y eust eu bonne part; car outre qu'il estoit très docte en droict , il avoit un si grand iugement en toutes choses, qu'il ne s'y trompoit guères, et entendoit fort bien le palais.
N'en dites pas davantage , dis-ie ; i'espère faire voir h ces ieunes hommes , et à vous aussi , si vous en voulez prendre la peine , ce que i'ay escrit de sa vie, aussi bien que de celle de M. l'advocat du Mesnil.
le viendray donc , continua M. Pasquier à M. leaa Chandon, Masconnois, lequel avoit une voix et parole fort douce et agréable , prenoit bien le poinct de sa cause , et la faisoit fort bien entendre. Il avoit premièrement esté conseiller au presidial de Lyon , dont estant venu à Paris, il se mit à plaider, et bientost après fut appelé aux affaires de M. le duc de Nevcrs, pour lequel
il plaidoit souvent , et en conséquence pour ses officiers , domestiques et sujets , et conduisoit lears principales affaires du palais, dont M. de Nevers récent on tel contentement, qu*ii le fit pourvoir d*un estât de maistre des requestes, comme son prédécesseur avmt fait recompenser d*un estât de conseiUer de ia cour M. lean de Lamoignon son advocat , duquel i'a?Qb oublié cy-de?ant de parler , et qui fut depuis maistre dei requestes. Et c'est ce qui fait, qu'en la corruptioB du siècle où nous sommes, ils sont aucunement excusafaki d*avoir continué à s'entremettre des affaires de la mmoa de Nevers , à laquelle ils sont tant obligez. I^ sieur de Lamoignon estoit père de M. de Lamoignon, à preseat conseiller. M. Ghandon fut depuis premier président de la cour des aydes, lorsque de Neuilly fut renvoyé en sa maison , et en a exercé Testât iusques à ce que , l'ayant quitté à M. de Sève, son gendre, qui avoit aussi esté advocat aussi bien comme son père-, il s'est retiré en une sienne maison de^ champs pour y vivre et mourir en repos; qui a esté une belle resolution et closture de sa vie. Restent les.... Sirvinges, Escorchevel, Ghauveau, Poncet, le Breton, Bautru, du Buisson et du Val. Entre lesquels les.... cstoient plus recherchesi par les procureurs , estant fort ardens à la pratique , conune aussi avoit esté leur père , que ie vous ay nommé qrdevant, et sur tout le second des deux frères, qui estoit bien le plus hai*dy , ie n'ose dire davantage , que Taie connu an Palais. C'est celuy qui mourut assez jeune aux grands iours de Troyes; car son aisné ayant e^nsé une riche héritière, et se voyant plein de biens, se fit
assez tost maistre des requestes, comme fit aussi M. lean du Yair, dont i'ai parlé en son rang ; lesquels ne poHYoient oublier le mestier d'advocat , car ce sont eux qui ont commencé les premiers à attirer la pratique au tiege. (tes requestes de Thostd. Quand à M. Thierry Cochon, ûeur de Ck)ndé, il estoit assez bon adyocat, et toutesfois du commun ; ausâ ne faisdt il pas estât do gaia du Pidais, ayant d'ailleurs du bien competemment» et notamment la seigneurie de Ckmdé près de RheiniB, dont il estoit natif; et pour ce il estoit aucunement employé aux affaires de feu M. le cardinal de Lorraine, arcbeyesque de Rheims, qui le fit aussi bailli de Sainct- Denis en France , dont il estoit abbé. Pour le regard de Poncet , il n'estoit pas si bon advocat qu'il s'estimoit ; aosn s'occupoit-il plus à son estât de lieutenant au baillage du palais qu'en celuy d'advocat Et quant à AL Raoul Parent , ie le pouvois passer , d'autant qu'en- OMre qu'il eust fiaiit professicm de Testât d'advocat , si est ce qu'il le quitta du tout , s'estant mis si avant dans la dévotion, qu'il estudioit plus en théologie qu'il ne s'employoit aux affaires du Palais. Sirvinges ne parois- 8C»t gueres qu'au roole de Lyon, où il plaidoit souvent contre H. Louis Buisson , estans tous deux du pays de Beaujolois , ou Forest , qui sont du droict escrit : ie dis Buisson nofitre compagnon qui vit encore en grande repataition , ce qui fait que ie ne diray rien de luy. Biais il me iait souveok de M. Claude du Buisson, natif de Afolinsen Bourbonnois, qui estoit un sçavant et bon* neste homme , et bon advocat ; mais il a peu vescu. Comme aussi M. Pierre Ëscorchevel, fils de iVL Escor-
chevel , conseiller au parlement. Que si ces deux cstoient auiourd'huy vivans, ils seroient des principaux consultans entre leurs compagnons; car ils estoient doctes en droict, en pratique et usage du palais, et en toute sorte de bonnes lettrés. Chauveau , fils de M. Iulian Chauveau , procureur , n'eust pas esté mauvais advocat , encores que tout petit qu*il estoil, il eust une voix de prescheur , comme il le devlAt bien tost après , ayant esté pourveu de la cure de Sainct-Gervais ; et eust fait parler de luy , si la mort ne Teust prévenu, le roy lui ayant donné Tevesché de Senlis.
l'ay aussi veu venir en ce temps maistre lean de la Barre, Guillaume le Normand, René Bautru, Denis Sachot , Charpentier et plusieurs autres. Mais Bautru voloit d'une plus grande aisle qu'eux tous ; ie ne diray point qu'il fust plus docte qu'aucun d'eux ; mais il avoit la langue mieux pendue, et, s'il faut le dire, plus angevine. Quand il vint premièrement au Palais, il usa d'une belle ruze , en ce qu'ayant plaidé à Angers une cause des esprits revenans en une maison louée, il la vint plaider à Paris avec un tel artifice, l'ayant apprise par cœur, qu'il se rendit incontinent admirable, si qu'on disoit de luy ce qu'on escrit de l'image ou signe de Phidias , ^'mul aspectum et proiatum est. le luy ay veu faire d'autres belles, longues et éloquentes actions, et il s'advançoit sans doubte aux plus hauts degrés de sa profes^ sion, si la mort ne l'eust prévenu au milieu de son esté* Gonmie aussi faisoit M. lacob du Val, qui vint tost après au Palais, où il fut assez longuement sans se monstrer; mais enfin il y eust si bonne part qu'il tenoit quasi tout
le barreau , et se mit tant au travail qu'il ne dura pas longuement; qui fut une grande perte, tant pour le Palais que pour sa maison.
le ne vous ai pas mis au nombre de nos advocats plusieurs de ma connoissance qui, s'estans faits conseillers, y ont acquis du renom et de Fhonneur, comme MM. lacquelot, Anroux et autres, qui sont auiourd'hui des premiers conseillers du parlement. Car encores que M. lean lacquelot eust acquis quelque nom pour avoir plaidé en la cause de Cabrieres et de Merindol, de laquelle le vous ay cy-devant parlé , si n'estoit-il que du commun , non plus qu*Anroux et les autres , de sorte que Ton a quasi tousiours connu estre véritable que Ton dit communément que d*un médiocre advocat on en fait un ion conseiiier.
Sur ce que ie luy dis : Vous ne devriez pas pourtant avoir passé sous silence M. Charles de Marillac ; car il avoit acquis autant d'honneur en peu de temps qu'il fut au barreau, que d'autres qui y ont esté toute leur vie.
Il est vray , respondil M. Pasquier ; c'esloit un des plus forts et abondans en bon sens et en sçavoir qui y fust lors; mais vous sçavez le temps où nous sommes, et le peu de compte que l'on fait des advocats au prix des conseillers, comme Ton s'en est plaint au commencement et non sans cause. En effect, ses parens ne luy donnèrent pas le loisir de faire monstre de sa sufiSsance, ny de la force de son esprit en Testât d'advocat , ny la mort de ce qu'il prometloit en son ofiSce de conseiller; car il fut ravy en la fleur de son âge; i'en dirois davantage s'il n'eust point esté ma nourriture. — Et sulc ca
J3fl DIALOGUE DES ADV0CAT8
il se teut, comme s*il eust eu achevé son propos, n*eiist esté qne ie luy dis : Vous en avez oublié un de vostre dernière volée , qui raeriioit bien d'y estre remarqué. — Et qoi? dit-il. — Feu M. Antoine Hotman, luy disie, fils de feu M. Hotman, conseiller. — Tous avei raison, respondit-i), mais vous l'avez mieux connu que moy , d'autant que i'ay quitté le Palais , au mmus le barreau, depuis que i'ay esté pourveu de mon estât d'advocal du roy en la chambre des comptes ; et pour ce ie vous prierois volontiers de dire pour moy ce que vous en sçavez. — Très- volontiers, dis-ie ; c'estoit un tres-sufifisant homme, et qui cbassoit, comme Ton dit , de race, estant fils d'un bon conseiller et frère d'un grand iuri»consulte assez connu par ses escrits , tenant de la prud'hommie de l'un et du sçavoir de tous les deux, n'ignorant rien du droict civil ou canon , ni des bonnes lettres requises en sa charge , comme il a fait paroistre tant par ses escrits, qui sont doctes etiudicieux, que par les remonstrances et piaidoiers qu'il fit eu parlenoent lorsqu'il fut éleu advocat du roy durant la Ligue ^
1. Il ne fui point pourtant si fort ligueur, qu^'I ne rendist dans cette charge un fort bon service au roy Henry ÏV, mesme au plus fort de la faction d'Espagne, lorsqu'il fut question de la loy salyque; comme aussi son frère François Hotman avoit fait auparavant» ayant escrit en faveur du mesnie roy Henry IV, contre le cardinal de Bourbon^ son oncle, pour la succession de la couronne. M. de Saincte-Marthe en cet éloge de François parle ainsi de cette action d'Antoine : Sed et nlterum eius familiœ decus Antonium, Francisci fratrenif qvàs silentio preterire ferai! Hic enim ille est (fui, furente Lutetiâ, cîim ad ipsum advncaii rerjij mitniis ab hcnoUcis csset evectns, ineâfiincikme sic se gessit ut, cbisis factiosorum inanibiis consiliis, in snpramo senntu leyilimam régis poiestatem^ et Sallcœ leg's nuctn^ ritatem, nec sine vitœ pcrictiloy luerrtur ac dcfcndcret; non minnri emiè nwrito' quant si regias pattes ab initio sccuttis esset Pour raiftou
Aussi commençoit-il d*entrcr aux consultations et d^y tenir dignement sa place, ayant les textes de droict et les décisions communes du Palais en main, et sur tout le iagement bien certaia II estoit en effet meilleur ad- Yocat cp^il ne sembloit à le voir, ressemblant aux Silènes d'Aldbiade ; car il avoit assez peu de façon , et , si le Pose dire , peu de grâce et la mine désagréable , mais très-bonne lors qu'il parloit. Il mourut pulmoniquc, et avant que de mourir, il prit la peine d'aller voir et prendre congé de ses compagnons comme pressantant sa^ mort ; pour le moins me fist-il Thonneur de venir chez moy, et décéda bien tost après.
Sur ce il sembla que M. Pasquier voulut se taire tout à fait , et mettre fin à nostre ioumée ; mais nous luy dismes : Vous oubliés le principal de vostre compte et le premier de vostre dernier roole , n'ayant rien dit de feu M. Brisson. — 'Hélas! dit-il, ie ne Tavois point et ne le sçaurois iamais oublier , ie traisnois mon propos , et le reculois tant que ie pouvois, d'autant que ie n'en sçaurois parler que le œur ne me crevé, et m'en fusse volontiers dispensé ; mais puisqu'il a esté nommé le premier (comme il le meritoit bien), il faut finir par luy. Bourreaux coniurés , avez- vous esté si cruels et si barbares que de mettre la main sur la personne sacrée
de quoy le roy lui voulaut faire quelque reconnoissance, il luy envoya deux mille livres, ne pouvaut ie conserver dans cette charge, pour ce qu'il y- avoit deux autres advocais du roy titulaires. C'est pourquoy, cokuine dit Pasquier au liv. xvi de ses Letti*es, escrivant à Théodore Pasquier, son fils, il s'en retourna après les troubles en s<m ancien rang tCadvocat simple, qu'il exerçait auparavant. Sa femme, nommée loanne Absolu, a esté réputée saincte, de laquelle le sieur Âavray a faitla vie;
d*un président de la cour *, la lumière de la science et de la literature de la France, la perle et rornement de TEurope , un homme de si grande et admirable mémoire, accompagnée d'un iugement si certain en toutes choses , fors en celle qui Ta conduit à la destinée de son malheur ^ ? Au surplus , qui estoit d'un travail si