‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 39 sur 92 · Il fut fait président en · texte numérisé non relu

Il fut fait président en

2. 11 semble que nostre autheur veuille icy entendre ce que M. le président de Thou a dit dans le liv. en de son Histoire, p. 194 et 195, sous l'année 1591, où il dcscrit comme M. le président Brisson, pensant s'entretenir pendant la Ligue avec les deux partis, en condescendant et s'accommodant à quelques entreprises des factieux, et cependant tenir le premier rang avec authorité dnns le parlement en l'absence de ses confrères, dont plusieurs avoient esté emprisonnez dans la Bastille par Bussi le Clerc et autres de sa fanion, et d'autres s'csloient retirez en divers lieux, s'esioit trompé dans son dessein, qui avoit réussi tout au contraire de son intention, lui ayant causé la mort violente dont il est icy parlé. Car voicy ce que M. de Thou icsmoi{;ne en cet endroit de M. Brisson, lui donnant d'ailleu'-s les éloges qu'il meriioit : liamnbas Bn'ssonhis^ ditil, yd//V.7A5mio J-'/V ingenio^ sive literarwn studin^ sive uegolia forensia trnctftret, ex advocnto ndmndum famoso primum fisci patronus post f^idtim Fabrujïiy dein post Pomponhan belleureum^ ciiriœ prœses creatus^ nim solrim inter literatos scriptis plerisqiie editis, sed in repnblicâ an prœcipue in fore magnum iwmen merucrat. f^erùm am' ùitio in eo crat immodica, adeb ut iwpotenti primas in senatu tenendi desiderioy cum cœteri prœsides coUeyœ nut fiujâ sihi consuluis&ent^ aut Eastiliu inclusi essent^ abrogatâ à rcqe defuncto curiœ ob rebel" lionem ut bis auctoritale y facile sibi persuadere passas sit^ ut in eâ nihilominiis manerety 7'atus se câdem facilita le, quam vx explicandis caiisis forensibus expericbatiir, plebis efferaiœ animas moderalurum , et urbemj ut aicbaty rerji légitima servatatum^ neve in cxtemorum manus deveniret, prudentià sua et inqcnii dcxlcritate impediturum. Posteà' tamen home, in litium tricis quàm in repiiblicâ administrandâ magis versatus sera sensit^ se involutos in errores delapstim^ quitus

' extricare se numquàm citrà capitis pcriculnm posset; auditusque est sœpiiis cum amicis non sine gemitn et duclis ex ima pectore suspiriis dicere^ se à F'I decimanus ad macellum servari; nec tristi de se augurio eventus defuit^ etc. Et peu après il descrit sa mort. M. E. Pasquier, en la F', 2« et 3« du liv. xvii de ses Lettres, escrivant à M. de Saincte-Marthe, recite plus au long ce qui est cy-dessus, e( y>âi*iicu]ièrcment tout ce qui se passa à cette mort.

infatigable qu'il eust fait luy seul ^ plus que trois des plus suffisans hommes de son temps n'eussent peu faire dans les lettres, dans les procès et dans toute sorte d'affaires. O que M. de Mayenne et les conseillers qui l'ont assisté ont acquis d'honneur et de gloire quand ils ont fait une iustice si exemplaire de ses meurtriers et sacrilèges! Et la cour de parlement encores plus, quand, estant retournée de Tours, elle a receu la recherche qui s'en est faite,* et puni de mort tous ceux qui s'en sont trouvés coupables ^, nonobstant les pardons et remissions portées par les edicls de paix ! car cet acte estoit inexpiable , sinon par l'extinction de tous ceux qui y avoient participé ou preste consentement. Bon Dieu I ne permeltrez-vous pas que le reste de ces tigres , qui , s'estans bannis du royaume , se sont rendus vagabonds parmy les païs estrangers, soient appréhendez, afin d'en achever la vengeance ? le vous prie, messieurs, me pardonner si ie ne dis autre chose d'un si grand personnage que des malédictions et des imprécations contre ces barbares. Vous avez la plupart autant veu et connu sa

1. M. Scevolc de Sainçte-Marilie, en l'éloge qu'il a fait de cet homme illustre, remarque celte graude f:icililc qu'il avoit à t'.nre toutes chose!:, disant de luy, lorsqu'il parle de la commission que le roy Henry III luy donna pour rédiger en un, et faire le Code de nos loix de France : Unum maxime inter togalos, dit-il, idoneum iu" dicavit^ cui gravem istum Icdiorem commiUeret : quem tamen intrà paucos menscs admirabiU celen'tate perfecit,

2. Les arresis qni furent rendus par la cour de parlement contre les coupables des assassinats et meurtres de MM. Brisson, Larcfaer et Tardif, sout imprimez ensemble à la lin d'un petit discours faict sur la mort dudit sieur Hrisson, imprimé à Paris eu Vîitvwée Vb^^.4, chez Oande de Montrcil et lean Richer, qui c.onùcwX. ;aL\i^'&\ %ovk. wv-

ffwe, ses estades, et les principales actions de sa\\e.

sufiQsance et valeur qae moi , et qu'outre son naturel admirable il avoit une doctrine tres-exquise , une appréhension et iugement incomparable, avec une industrie non pareille. Sans en dire davantage, les livres qu'il a composez et qui sont imprimez S ses plaidoiers et les arrests généraux par luy prononcez ^ , et les éloges que

1. M. Cujas l'appelle quelque part prœ&idemformularium, à cause de son livre de Formulis, duquel en outre il dit quelque part : Duos infelicissimos partus edidit, Pormularum librum^ et filium primotje^ nitum,

2. M. du Puy a dans son cabinet un manuscrit in-4*, coté 18, intitulé Perrtmiana^ qui sont des Becucils ou Mémoires de la conversation domestique et familière de M. le cardinal du Perron avec diverses personnes, où il y a au feuillet 41, verso, ce qui suit : M. le président Brisson estait un assez mauvais harangueur. Il avait la parole fort laide, la présence et l'action tout de mesme. Un iour

faisant une harangue au roy, il dit que pour quelque affaire qiCil proposait, il esUiit besoin d! une grande indagation.... M. de..., luy demanrla ce que voulait dire indagation. Il dit que c estait à dire recherche. M, de.... luy dit sur cette response. Si bien donc, man-^ sieur, qu'au lieu de dire : Il faut chercher le ray et la reyne, il faut dire : Il faut indaguer le tvy et !a re^ne. El en effet, quoy que le tcsmoignage que donne M. du Vair de M. Brisson an commencement de son Traité de l'Eloquence françoise, luy soit un éloge glorieux (1^ sa haute suffisance, et Ires-conforme à ce que nostre aulUcur a icy allégué des qualités excellentes qui estoient en luy, si esi-ce qu'en ce qui est de son parler, il revient à ce qu'en disoit M. du Perron. Avres ceux-là uous estoit resté, dit-il, M. Brisson, qui depuis fut président, personnage certes incomparable, et qui a monstre à nostre siècle^ combien un seué esprit peut concevoir de toutes les sciences ensemble. Ce serait le trop louer, que de le louer par mon jugement; mais je puis après celuy de tous les plus grands hommes du stècle, soit de nostre France qui en a porté beaucoup, sait aussi des natians estranges, luy donner cette louange, qu'A ne s'est trouvé homme de son temps qui ait sceu plus de choses ensemble. Cestait un estrange travail, une incroyable mémoire, une merveilleuse vivacité, un grand iugement à ce qui estoit des lettres et du palais. Plust à Dieu qu'il eust veillé à rendre au reste sa for^ tune meilleure, et éviter la calamité qui nous Va osté. Qu'il n'eust beaucoup de parties d'iwmme éloquent, il ne se peut nier; car il auoit donné du temps et de l'estude. Cela se monstroit assez en ses actions plus elabowées; es communes mrsmes son langage estoit

les plus doctes de ce temps ont fait de hiy dans lears escrits, tesmoignent assez ce qn*il estoit ; et la douleur qai flie perce le cœur me contraint de m'en taire et me fait perdre la parole.

Me permettez-vous donc , dis-ie, de la reprendre, et pour closture de celte ionrnée , de tous faire ouvertore d*one obserration que i'ay faite sur ce grand nombre d'advocats que tons nous avez r'apportez? M'ayant fait signe qu'i} le desirolt et la cofiapegnie pareillement , le leur dis qoe i'ayds remarqué par ces discours , que les plus eicettens adrocats de k Cour atoiedt tonsiours esté Paniavens : et encores que MM. Riant, Terrieres, Aubery, Mangot le père, Marillac, de Sainct-Me^oir , do Fmt, Becbét, Lai Rue, Brisson, Chandon, Bamrn et astres, fussent des premiers de leur temps ;f toutesfôis ie Toyois que MM. Seguier , de Tbou , Bonguier , du Mon^n, àm Mesnil, Rourdin, Ganaye, Yersoris, de Montelon , Robert , Le Maistre , Farye , Mangot advocat an roy, Escorchevel, Hotman, du Val et jE^ieurs autres Parlaîeiis, estans mis en contrepoids, feroient pencher la bahnlce de levr costé , tant pour leur grand et emlnent savdr, que principalement pour tettr éon sens

orné,, ei sj v9yoU un ordre, et une suite d'un homme qui parle avec art. Mais aussi y avoit-il plusieurs choses qui le reculoient bien loin, à mon ad vis, de la perfection. L'une, qu'il aymoit mieux paroi»tre sçavant qu'éloquent : et pour ce ne se doit-il pas plaindre f s'il a rencontré ce qnlt cherchait. Ses discours estaient si remplis de passages, daHegations et ctautharitez, qu'à peine pouvoit'on bien prendre le fit dfi son oraison. Car vous s^nvez combien cela [interrompt. Davantage il affèctoit de dire tout ce qui se pouvait sur un sufet, de sorte que t abondance Vcmpcschoit, et la multitude ostoit à ce qu'il avait de beau sa grâce et venusté. Beaucoup desiroit de luy en cela plus de iugvment.

et ingénient naturel, et pureté de tangage fran* çois; au lieu qu'en la plus part des autres on reconnoissoit du picard , de i'auvergnac , du lyonnois , et de leur jargon naturel et estranger.

l'eusse peut estre eu raison de vous adiouster au nombre de ces Parisiens , d'autant qu'ayant survescu non seulement tous vos compaiguons , mais aussi par manière de dire vous mesme , lorsque vous avez cessé de venir au Palais, et quitté les affaires plustost qu'elles ne vous eussent quitté, on vous pourroit quasi compter parmy ceux qui sont décédez. Mais puisque vous vous estes donné ce commandement de ne parler d'aucun Vivant, ie suivray vostre loy et me deporteray d'en dire davantage. Un iour pourra venir auquel quelques-uns reprenant nos devis , les commençans par vous comme par nostre doyen , et continuans iusques à leur temps , nommeront ceux qui vivent à présent, qui à mon advis ne cèdent en rien à leurs devanciers, soit en sçavoir ou doctrine profonde de droict et des bonnes lettres, connoissance et intelligence des langues et de l'antiquité, soit en mémoire, en fermeté de iugement et resolution, en inventions, pureté de langage, éloquence, action ou en quelque autre partie qu'on puisse requérir en l'advocat ; ie prie Dieu aussi que ce soit en preud'hommie et fidélité.

Cependant vous devez tous prendre courage de travailler, et estimer que, de quelque païs ou nation que l'on soit, ii y a place pour tous au i;arreau, du moins pour avoir part à ce beau et fertile champ du Palais ; et espérer de vous rendre capables d'estre un iour appeliez

aux plus hautes charges du royaume , y acquérir des commoditez et des biens de ce monde, pour en faire part à ceux qui en ont besoin , et principalement de l'honneur et du contentement , n*y ayant prince , seigneur , ny personnage de si grande estoffe ou fortune , qui n'aist affaire du conseil et de l'assistance de Fadvocat en ses plus importantes affaires, et non seulement pour la conservation de ses biens temporels , mais aussi de son honneur et quelquefois de sa propre personne; vous exhortant sur tout à servir de deffense aux innocents, aux veufves et aux orphelins, contre l'oppression des plus puissans, selon le commandement de Dieu. Enfin vous devez vous efforcer de conserver a NOSTRE Ordre le rang et l'honneur que nos an-

CESTRES LUY ont acquis par leurs MERITES ET PAR LEURS TRAVAUX POUR LE RENDRE A VOS SUCCESSEURS.

Sur ce , nous estans tous levez , nous remerciasmcs M. Pasquier çt nous prismes congé les uns des autres, et chacun s'en retourna assez tard dans sa maison.

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