M. ThéYenin, bâtonnier en
Nous confondrons dans les mêmes regrets Mérilhou (Xavier), dont réroulation active marchait sur les traces d'un frère que les libertés publiques comptent au rang de leurs plus fermes défenseurs.
Je voudrais enGn vous retracer la vie si pure, si pleine dé bonnes œuvres et de belles actions de M. Billecocq, mort après avoir fourni une noble carrière, laissant parmi nous un parfum de vertu qui rend TOrdre entier veuf de sa perte et père adoptif du plus jeune de ses fils. Ce parfait avocat nous a donné de beaux exemples et de bons écrits; il a été parmi nous le meilleur des confrères et le modèle des bâtonniers ! On peut inscrire sur sa tombe : Vir honus! — Ah! qu'il eut raison de choisir pour sujet d'un des discours qu'il vous adressait to confiance que V avocat doit avoir dans ses anciens. Comme ses paroles sont empreintes d'un caractère de bienveillance, de justice, je dirai presque d'onction propre à inspirer le sentiment qu'il veut recommander ! Relisez ce discours, Messieurs, abandonnezvous aux paternelles inspirations qu'il contient ; aimez vos anciens ; sachez vous confier à eux : c'est un heureux moyen d'instruction pour ceux qui manquent d'expérience et qui sentent tout le prix d'une bonne direction, d'un sage conseil, d'un généreux appui
Je l'ai éprouvé à l'entrée de ma carrière , en m'attachant , dès que je l'ai pu , aux chefs de mon Ordre, à ceux dont la supériorité, objet de mon i^spect et de ma timide émulation, m'admit aux avantages d'une collaboration où j'ai trouvé instruction solide, avis sincères, heureux encouragemenis. Férey, Poirier, Delacroix-
Fraintille , qui tour à tour fûtes mes guides , et que j'aurais voulu prendre pour modèles, recevez ici l'hommage de ma reconnaissance ! £lle vous serait acquise sans partage, si je ne devais la reporter d*âbord sur un père qui fut mon premier et pendant long-temps mon seul maître *.
J*en dois aussi l'expression vivement sentie à cet autre jurisconsulte qui m'honorait de sa bienveillante amitié, dont j'ose à peine me vanter d'avoir été pendant huit ans le collègue (tant ce titre laissa toujours de distanée entre nous), dans un Conseil ^ où son premier mouvement était toujours de plaider contre son illustre client, pour ne se rendre qu'après avoir épuisé toutes les objections. A ces traits vous reconnaissez M. Henrion de Pansey , ce vieillard . vénérable dès long-temps appelé le Nestor de la magistrature française ; le seul dans ces temps modernes qui n'ait redouté la comparaison avec aucun ancien ; ami de nos institutions, et qui savait les défendre; digne organe de nos lois, leur plus sage et leur plus fidèle interprète ; jadis avocat en exercice, n'ayant toutefois plaidé qu'une seule cause, mais ce fut une cause de liberté M Admirateur de Dumoulin, docte abrériateur de son Traité des Fiefs ^ et son panégy-
1. Charles-André Dapin, reçu avocat au parlement de Paris en I77d.
% ht Coateil d'apana(];e de S. A. B. Mgr. )e duc d'Orléans, dont M. Henrion de Pansey était prcsidenl.
3. Celle d'un pauvre nègre esclave, que son maître avait amené en France en négligeant d'accomplir les formalités commandées alors p?ir les lois pour le maintien de l'esclavage en terre franche» L'arrêt prononça la mkc en Hbcrié. Annales du ^^tTe^v3L,\.N\.
riste dans un discours prononcé devant une assemblée pareille à celle que nous tenons aujourd'hui ^ C'est dans réloge de ce grand jurisconsulte qu'on trouve ce magnifique portrait de l'avocat , tracé dans une seule phrase que l'auteur m'a souvent récitée comme celle qu'il était le plus fier d'avoir écrite : « Libre » des entraves qui captivent les autres hommes; trop » fier pour avoir des protecteurs, trop obscur pour avoir » des protégés ; sans esclaves et sans maîtres , ce serait 9 l'homme dans sa dignité originelle , si un tel homme » existait encore sur la terre. »
Cette haute estime que M. Henrion de Pansey accordait aux avocats, l'amitié qu'il avait conservée pour plusieurs d'entre eux ; ce puissant encouragement qu'il accordait aux plus jeunes , versant pour eux tous les trésors de son immense érudition avec une sûreté de mémoire et une précision dans les dates qu'il a conservées jusqu'au dernier moment; tant d'avantages que les plus habiles trouvaient dans le commerce aimable de cet homme supérieur , nous ramènent , à titre de réciprocité, à vous rappeler tout le respect que nous devons à nos magistrats.
Un de nos plus vieux auteurs français, Jean Desmares, qui écrivait en 1372, et qui nous a laissé, sous le titre de Décisions y une suite d'adages et d'aphorismes du Palais, a mis au nombre de ses maximes que ii advocats doivent acquérir et garder l'amour du
1. ATouverture de» Conférences, après la rentrée de 1772. Ces assemlilées se tenaient alors les samedis. Voyez cet éloge en tête du Traité des fiefs, analysé pjir M. Henrion, 1773, in-4».
judge. En effet, tous gagnent dans cet heoreux retour d'égards , de bienveillance mutuelle et de^ sentiments affectueux ; les hommes s'en trouvent bien , et les affaires aussi. Celte intimité réciproque existait surtout autrefois entre les avocats et messieurs les gens du roi. Ceux-ci s'honoraient d'être portés en tête de notre tableau , et le barreau conservera long-temps le souvenir de cet avocat général ^ qui prétendait obligeamment ne s'appeler ainsi que parce qu'il était, disait-il, ie général des avocats.
Cet accord si désirable , que nous nous efforcerons toujours de soigneusement entretenir entre la magistrature et le barreau ; ce respect profond dont nous faisons si hautement profession pour elle, n'ont jamais empêché les avocats de faire valoir leurs prérogatives et de soutenir leurs droits avec vigueur quand ils les ont crus violés ou méconnus. Témoin l'émotion qui saisit Tordre tout entier à l'apparition d'un article de l'ordonnance de Blois qui blessait leur délicatesse, et qui donna lien au Diatogvs des avocats, de Loysel; témoin encore la juste plainte que le bâtonnier , assisté d'une députation des anciens, alla porter au président de Thou pour une insulte que ce magistrat s'était permise à l'audience contre M"" Charles Dumoulin , et dont ce grand magistrat n'hésita point à leur faire réparation ^. £nfm,