Amoine-L. Sëguicr, père de M. le premier président
2. Dumoulin plaidait d'une manière peu agréable, au point que le premier président de Thou, fatigué de l'entendre, lui dit un jour : Taiseu'vous, M* Dumoulin, vous êtes un ignorant. L'ordre des avocats ressentit vivement cette injure, et il lut arrêté que le bàtouniQc^
jusque dans ces derniers temps, nous trouvons la preuve que rOrdre des avocats a toujours su réclamer contre ce qui lui faisait grief sans s'écarter en rien de la vénération dont il demeure inviolablement pénétré pour les magistrats. C'est ainsi que le parlement savait qudquefois résister au trône même , sans cesser de demeurer dans les bornes du respect et de la fidélité.
Mes chers confrères, aimons notre état, c'est le moyen le plus assuré d'y réussir et de s'y trouver heureux. Efforçons-nous d'honorer notre profession, et pour cela ne craignons pas de nous en former une trop haute idée. Jamais nous ne dirons rien d'elle qui puisse égaler ce qu'en ont dit avant nous les plus illustres magistrats, ' d'Aguesseau surtout. Ce sentiment ne peut pas nous être imputé à vanité ; car il n'engendre pour nous que des obligations. Exalter cette noble profession, c'est dire que nous ne pouvonsque bien difficilement atteindre à tout ce qu'elle impose de devoirs et de sacrifices, à tout ce qu'elle exige de capacité, d'application et de dévouement Du reste, si le barreau moderne reste inférieur à l'ancien , ce sera notre faute ; car les grandes occasions de bien faire et de bien dire ne nous auront pas manqué... De nos jours, en effet, Tétat d'avocat a acquis plus d'importance encore par le développement de nos institutions , par l'établissement du gouvernement représen*
avec une députation des anciens, irait s'en plaindre à M. le premier président. Admis à son audience, le bâtonnier lui dit avec toute la gravité du temps : Lœsisti hominem doctiorem quàm wnquàm eris, - — n Cela est vrni, dit avec autant de franchise que de » modestie M. de Thou, j'ai eu tort; je ne connaissais pas tout le » mérite de M* Charles Dumoulin. »
tatif, la publicité des débats judiciaires soutenue de la liberté de la presse , et cette tribune nationale dont le labeur, en variant seulenient les formes de la discussion et du langage, n*est pour nous qu'une continuation de la profession d*aYOcat, puisqu'elle nous offre seulement une cause de plus à défendre, et la plus belle de toutes, celle du Pays !
Un goiivemement constitutionnel est éminemment le gouvernement du droit. Le mot légitimité dans toute sa puissance n'a pas d'autre sens. L'ordre iégal peut être raillé par les factieux; il sera toujours ce qu'il y a de plus saint et de plus respectable à nos yeux. Interprètes de la législation , nous saurons en garder le langage en invoquant son appui ; amis de la règle , et par là même ennemis irreconciliables.de l'arbitraire, tout droit blessé trouvera parmi nous des défenseurs. Fidèles à notre serment envers le prince , envers le pays; organes indéfectibles de la justice et des lois, et surtout de cette loi fondamentale, gage suprême de notre avenir, et à laquelle nous avons, comme au roi lui-même et avec lui, juré d'obéir ; le droit public comme le droit privé nous trouvera prêts à faire , en toute rencontre, le devoir de notre profession.
C'est au sein de notre Ordre que doit se trouver le type de ce courage civiî qui, dans les grandes épreuves de la vie sociale , rend l^homme capable des plus généreux efforts et des sacrifices les plus rigoureux pour obéir à sa conscience et rester fidèle à sa conviction. Ce genre de courage n'exige point la vigueur du corps, mais uniquement celle de l'âme : il s'appuie sur des doctrines
arrêtées et dont on s*est bien rendu compte ; il lui faut une vue nette du droit à exercer ou du devoir à remplir ; il exige la fermeté de la vertu , la constance du sage, qu*aucun revers ne peut ébranler.
La profession d*avocat peut ainsi conduire à la gloire : elle offre de quoi suffire à la plus noble ambition ; mais elle veut du dévouemeni, du travail, de la persévérance; elle suppose, dans ceux qui l'embrassent, une active émulation.
Puisse, Messieurs, celte émulation se développer de plus en plus au milieu de vous, mais sans jamais altérer le sentiment de la confraternité ! C'est assez vous dire qu*il faut se garder de Tenvie : elle rend plus malheureux encore ceux qui réprouvent que ceux qui en sont l'objet. L'envie dégrade l'envieux; car il ne fonde son élévation que sur ral)aissement ou l'humiliation d'autrui ; tandis que l'émulation, en laissant aux autres tout leur mérite , nous inspire seulement le louable désir de faire encore mieux.
£h ! pourquoi se décourager ? Il n'y a parmi nous ni premier ni dernier. Aucun orateur ne réunit toutes les perfections ; la qualité qui manque à l'un se retrouve chez son confrère : tel est habile à plaider un ordre de questions qui réussit moins bien dans un genre différent Enfin le choix des causes sert encore, sous un autre point de vue, à rétablir l'équilibre des forces entre avocats d'ailleurs d'un mérite inégal ; car je ne connais pas de if on avocat dans une mauvaise cause; et si l'on a su choisir la meilleure, il est bien difficile qu'on ne reste pas le plus fort.
PROFKSSÎON D'AVOCAT. 203
Demeurez donc tous bien convaincus de la vérité de cette exhortation que Pasquiei adresse aux fils de Loyscl à la fin du Diatogu^e des avocats ^ et par laquelle je veux terminer aussi cette allocution :
Vous devez tous prendre courage de travailler, et » estimer que, de quelque province que vous soyez, il »y a place pour tous au harreau; — n*y ayant » prince, seigneur, ni personne de si grande étoffe et » fortune qui n'ait affaire du conseil et de Tassistance » de l'avocat à ses plus importantes affaires; — et non- » seulement pour la conservation de ses biens tempo- » rels , mais aussi de son honneur et quelquefois de sa » propre personne. — Vous exhortant surtout à servir » de défense aux innocents , aux veuves et aux orphe- 9 lins contre Foppressîon des puissans, selon le commann dément de Dieu.
» Enfin, vous devez vous efforcer de conserver » à notr^ Ordre le rang et l'honneur que nos an- » cêtres lui ont acquis par leur mérite et par » leurs travaux, pour le rendre à vos succès^ » seurs. »