SON FILS
CMikf en exhortant ee lllt à bien ftilr*! Il monstre de ^pieUe Aifeii deit ettre le bon ndYeeat*
Puis que Dieu m'a fait tant de bien que j'aye peu TOUS eslever de bas aage des escoles pour entrer maintenant en quelque bonneste profession, je vous veux escrire la présente, non par forme de lettre missive, ains comme une leçon que je désire estre empreinte en vostre cœur tout le temps de vostre vie. Dés-lors que je vous mis au collège , mon premier projert fut de vous destiner à Testât d'Advocat, qui est celuy auquel, grâces à Dieu, j'ai acquis quelque degré entre mes compagnons. Ne voulant en cecy ressembler plusieurs autres de noslre ville, lesquels, se voyans advancez en quelque estât, n'imaginent autre chose sinon de promouvoir leurs enfans à plus hauts estats : quant à moy , la loy me plaist infiniment que Ton dit avoir esté observée tant en Egypte que Sparte, esquels lieux il y avoit certaines vacations qui se transmettoient successivement de père à fils ; non toutesfois que je voulusse faire ceste reigle perpétuellement stable , sinon entant que je trouverois les enfans y estre enclins ; car sur tout il ne faut forcer
leur nalurcl, autrement ce seroit, comme les Geans mal appris, vouloir guerroyer le ciel.
Je vous ay destiné à cet estât, non seulement parce que j*y avois reçu quelque bénédiction de Dieu, mais aussi d'autant que dés votre enfance , vous faisant déclamer, je vous y trouvois aucunement disposé. £t aussi qu*il me semble entre tous les estats n*y en avoir que trois, qui doivent estre singulièrement solemnisez : celuy de Prescheur , de TAdvocat du Roy en un Parlement, et de TAdvocat des parties, comme ceux ausquels rhomme qui a du fonds peut faire démonstration publique des grâces que Dieu a infusé en luy plus qu'eu nuls autres. Vray que je mets au premier rang le Prescheur, non seulement pour le sujet qu'il traite , qui «st de la Religion, mais aussi qu'il n'y a celuy des escoutaus, de quelque estât et condition qu'il soit, qui ne vienne à son Sermon avec toute submission et pour y apporter créance : je mets l'Advocat du Roy au second, lequel, conjoignant avec son esprit la dignité de son office , rend ses opinions beaucoup plus persuasives; et en tiers lieu, l'Advocat simple, que je trouve beaucoup plus pénible que les deux autres, pour avoir, le plus du temps, nonseulement à combattre l'Advocat de sa partie , ains un Advocat du Roy , et encores un Président qui se peut donner permission de le rompre selon que les occasions l'admonnestent. Mais aussi quand il vient à chef de son entreprise , il se rend beaucoup plus méritoire et recommandable que les autres.
£t surtout, en ces trois espèces d'estats, on a de contenter et de satisfaire aux oreilles d'un grand théâtre ,
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qui n*est pas un petit aiguillon pour nous exciter à bien faire.
La première recommandation doncques qu*avez entrant au barreau , sera de vous armer de deux choses : d*une bonne volonté , et d'une continue ^ J'en ay veu venir au Palais avec une délibération d'y bien faire, mais la longueur de Testât se tournant en eux en langueur , leur faisoit changer de propos et mettre leur esprit en autre suject : quoy faisant, tout ce qu'ils avoient édifié ii'esvanouissoit enfumée. J'en ai veu d'autres fréquenter le Palais avec une longue assiduité, mais d'une volonté si froide, qu'ils sont du tout demeurez en friche. Je désire le mariage de l'un et de l'autre : asseuré que quiconque en usera de ceste façon, s'il n'arrive au premier rang, pour le moins ne sera-t'il des derniers : et par ce que Testât auquel je vous ay voué gist, part en la Jurisprudence, part en l'Oratoire.
Au regard du premier poinct, encoresque les anciens ayent sur tout désiré la mémoire au jurisconsulte, si est-ce que je ne puis condescendre à leur opinion : quant à moy je combats pour le jugement. La mémoire sans le jugement n'est rien en l'Advocat : le jugemisnt sans mémoire est beaucoup.
Nous appelons nostre estude, jurisprudence : pour monstrer qu'elle consiste plus en la prudence , et par
1. Pasquier a raison; car ce qa! manque le plus aux jeunes gens , ce n'est pas le premier élan, mais la constance , la persévérance à bien faire : comme en la justicci il faut aussi Constant et perpétua itolunias f etc.
conséquent au jugement : vrai que qui peut avoir Tun et l'autre ensemble, a un bien grand avantage sur ses compagnons. Geste prudence ne s'acquiert que par long usage : partant il vous faut rendre , sur vostre arrivée , assiduel auditeur au barreau (où Ton digère vrayment les lois) , bastir vostre estude sur Testude de ceux qui plaident, ne vous donner aisément loy de les controller, ains tout ainsi que ce grand Pline , en tout livre , aussi trouver toujours quelque chose dont faciez votr^ profit, voire en ceux qui sont de moindre mérite. L'admiration qui se loge en un jeune homme, luy est un grand progrez pour l'avenir. C'est la mère des sciences. Et je ne vis jamais homme sur lequel il n'y eust beaucoup à redire, qui trouve beaucoup à redire aux autres.
Je sçay bien qu'après avoir quelque temps preste l'aureiUe, vous aurez part, avec l'aide de Dieu, comme les autres, aux plaidoiries. Et d'autant que ce noble exercice a plus de participation avec l'ancien Orateur de Rome que jurisconsulte , je vous diray deux mots de ce qu'il m'en semble. N'attendez point icy que je vous enseigne tous ces masques d'oraison qui nous furent représentez en ce suject par les anciens Grecs et Romains, en combien de façons il faut diversifier son bien dire, la manière de remuer les passions de ceux qui escoutent, la closture aggreable d'une dausule, et une infinité de belles fleurettes dont leurs livres et enseignemens sont farcis. Tout l'artifice que j'entends icy vous donner, est de n'user point d'artifice; je veux que vous soyez preud'bomme : quand je dis ce mot, je dis touU Et ce que Demosthéne disoit que U ^t^^^x^n
seconde et troisième partie de TOrateur gisoit m une belle ordonnance de son corps et de son parler, je l'approprie à la preud*hommie. Le but où vise i'Advocat par ses plaidoiries est de persuader ses juges; et on se laisse aisément mener par la bouche de celuy que l'on estime homme de bien : au contraire , soyez en réputation de meschant, apportez tant d'elegances et hypocrisies de Rhétorique qu'il vous plaira, vous délecterez davantage les aureilles de ceux qui vous escoutent, mais les persuaderez beaucoup moins, parce que chacun se tiendra sur ses gardes pour l'opinion qu'il aura de vous.
Ne vous chargez point de cause que vous ne la pensiez bonne : car en vain penserez-vous persuader vos juges, si vous n'estes le premier persuadé de vostre caiise. Combattez pour la vérité et non point pour la victoire.
Mais ces deux derniers préceptes sont inutiles, par ce que la preud'hommie les apporte tout d'une suite quant et soy.
Au demeurant , je ne désire pas que vous soyez seulement preud'homme, je souhaite que cette preud'hommie soit armée d'une vifve force, pour terrasser le vice, soustenir vertueusement le pauvre affligé, faire pavois de vostre conscience contre les efforts des plus puîssans, qui veulent abuser de leur authorité et grandeur à la ruine des plus fbibles. Ostez de vostre teste ccste courtisance que je voy estre pratiquée par quelquesuns, qui ne se veulent charger de causes contre les grands, pour ne leur desplaire : oncores que sur le champ vous leur desplaisiez, si est-ce qu'à une autre
occasion , revenans à leur mieux penser, ils vous prendront pour leur Advocat, voyans qu'aurez bien et fidellement servy vos parties encontre eux.
Ces propositions estant imprimées dans vous , il me semble qu'il y a deux choses que devez soigneusement observer : l'une de contenter au moins mal qu'il vous sera possible ceux qui vous choisiront pour leur advocat; l'autre de ne mescontenler trop rudement vos parties adverses. Vous devez entretenir vos cliens d'une douce chère, ne les rudoyer, supporter de leurs importunitez ; faisant ce perpétuel jugement en vous , qu'il n'y a maladie d'esprit plus poignante , que de ceux qui plaident en leurs noms. Non toulesfois que je veuille que liez voz opinions à leurs passions ; si vous pensez pouvoir apporter honnestes remèdes à leurs causes, il ne les faut oublier; sinon, c'est pécher contre le saint Esprit, de les repaistre de vaines espérances en leur administrant je ne sçay quels moyens, plus familiers au Palais que je ne voudrois, pour tenir les choses en longueur : ce sont autant d'artifices de la ruync des pauvres gens. En usant de la façon que je vous dy, vous abonderez moins en pratique , mais elle sera plus solide et honorable.
En tant que touche vos parties adverses , donnez ordre, s'il est possible, d'attremper vos plaidoyers de modestie : jamais la modestie ne fut malséante à nul, et par especial au jeune homme. Non toutesfois que je veuille qu'elle se tourne en prévarication ; cela dépend de la prudence de l' Advocat de peser ce qui est nécessaire de taire ou de dire en sa cause. L'on dit que Wiilippes, roi de Macédoine , ayant \x sai m\.^ xxa m'^'SQx
qui avoit traby son pays en sa faveur , et le gratifiant de pensions pour le bien qu*il avoit receu de luy, ce seigneur se plaignit à luy de ce que quelques gentilsbomoQes macédoniens Tavoient appelle tradstre, dont il esperoit avoir bien grande réparation; ce sage roy, sans s'en aigrir autrement, luy respondit : que les Macédoniens estoient de leur nature gens rustiques , qui ne pouvoient représenter les cboses qu'avec la naîfveté de leurs paroles.
S'il y a de la malefaçon exemplaire, je ne pense point qu'il la faille dissimuler : es autres cboses , je seray bien d'advis que l'on pardonne à la pudeur des personnes.
Vous ne devez vous présenter au public qiiebienpi;eparé de vos causes : le seul object de ce grand tribunal vous doit en cecy servir de leçon. Vos plaidoyers ne seront ni trop briefs, ni trop longs ; la briefveté cause souvent l'obscurité, et la longueur atledie ordinairement les Juges. Mais on ne peut dire rien estre trop long quand l'on dit ce qui sert nécessairement à la cause.
Encores vous diray-je ce mot : Je sçay que nous choisissons diverses vacations pour passer avec quelque commodité nostre vie. Je veux que soyez avaricieux, mais d'une noble avarice , de l'avarice de rostre honneur et non de l'argent. Les anciens coUoquèrent le temple d'Honneur joignant celui de Vertu, pour nous enseigner que l'honneur nous est un taisible acheminement à la vertu. Exerçant vostre estât de ceste façon , je remets le demeurant de vostre fortune entre les mains de Dieu, Jequel vous devçz implorer ep toutes vos aç*
tions , avec une ferme asseurance qu'il ne laisse jamais ceux qui de cœur dévot le réclament. De ma part je n'oublieray rien de ce que je penseray faire à voslre promotion et advancement, comme bon père : mais au conseil que je vous donne, je ne seray jamais marry que vous oubliez d'esire mon ûls ; je veux dire que vous pensiez d'estre fils d* un père qui n'a mo^en de vous poulser; et que vous conduisiez vostre fortune comme si elle commençoit de prendre ses racines en vous , sans mon aide et ministère. Il n'y a rien qui perde tant le Parisien, que l'opinion qu'il a (Vestre fils d'un père qui a quelque hiens et moyens.