‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 67 sur 92 · Laissez-nous faire · texte numérisé non relu

Laissez-nous faire

226 ÉLOGE DÉTIRNNE PASQUIkR.

Sutnus taies quaies, nous sommes ce que nous sommes, les gens tenant le collège de Clermont ^

Dès lors rUniversité refusa de les admettre, et déduisit par écrit ses motifs d'opposition ^ dont le Parlement allait devenir juge.

L'Université avait ses avocats ordinaires. Mais les Jésuites s'en étaient emparés en leur soumettant à l'avance un Mémoire à consulter, adroitement conçu, sur lequel ces jurisconsultes avaient imprudemment engagé leur avis.

Cependant Dumoulin restait libre, et il rédigea pour l'Université une consultation vigoureuse fondée sur neuf motifs, desquels il conclut que rien ne serait plus funeste que l'admission de cette nouvelle Société , qui , dit-il, traîne à sa suite d'irréparables dangers : Quare nihii perniciosius esset, et pericuium irrepara--

1. Aussi M. Roycr-(^oIlard disait-il en jiarlant des Jësaites mo« ilerues : « Ne demandez jias à celle société qui elle csl, ni d*où elle » vienl; car, en vous répondant, elle mentirait. »

2. L'Université ne refusait pas les requérants comme ecclésias» tiques , car plus de la moitié de ses professeurs étaient dans la cléricalurc ; mais elle les repoussait comme moines. Voilà pourquoi le recteur leur avait demandé : « Êles-vous réguliers ou séculiers? » Comme patticuliersy l'Université n'eilt pas refusé de les admettre, car, dit-elle dans ses motifs : « l'Université reçoit tous particuliers^ » et les dispose et leur donne place parmi ses membres* à chascuD N seloiig son estât et qualité.... Mais c'est un collège qui se présente! » or, rUoiversilé n'admet pas en collège un principal qui ne soit M maître è& arU. Ergo^ nul moine nest principal dans un collège, a — « Au reste, ajoutait l'Université, s'ils sont réguliers, c'est-i^-dire M coustitués eu corps de société et congrégation, l'Université ne M peut les recevoir que premièrement ils ne soient reçus en France; » ce qu'ils ue soot. » — C'est sur le même principe que sont fondes les ordres du jour prononcés par les deux chambres, dans les séances de» 15 et 27 mai 1843, sur les pétitions tendantes à confier l'éducatiou à de$ coriH>tyitions non autorisées.

titô secum trahit. Cet avis de Dumoulin fut partagé par six autres avocats des plus fameux du Parlement de Paris, de ceux que Pasquier appelle les arcshoutants des consultations.

Il ne s'agissait plus que de choisir Tavocat qui devrait plaider pour l'Université. Les deux amis de Pasquier (Béguin et Levasseur) s'empressèrent de le proposer, et quoiqu'il parût encore bien jeune (à 35 ans), au milieu d'un barreau si riche en avocats célèbres, ils firent décider en assemblée générale que Pasquier serait chargé de la cause.

Versoris devait plaider pour les Jésuites.

Les plaidoiries allaient présenter un des plus grands spectacles qu'eussent encore offerts les audiences du Parlement. Pasquier comprit toute l'importance de la mission qui lui était confiée. Il ne fit pas de la question une lutte mesquine de la part d'un Corps en possession de quelques prérogatives, qui aurait seulement voulu s'en assurer ic monopole ! Mais , sans se préoccuper des intérêts de l'Université , sa cliente , ni de celui des professeurs qui lui étaient attachés , quoiqu'il leur rcndft toute sorte d'honneur, il transporta la discussion tout entière dans la région la plus élevée du droit public. — Placé au cœur même du débat , il rechercha guels étaient ceux qui se présentaient pour enseigner la jeunesse française? Ce qu'on devait craindre ou attendre de leur organisation?... de leur but?... de leurs moyens d'action?... En un mot, il attaqua par sa base (^institut même des soi-disant Jésuites, et démontra leur profonde incompatibilité avec l'ordre politique,

religieux- et civil de la France. Il s'attacha sortoat à produire dans Tesprit de ses juges la conviction que cette Société couvait dans son sein le germe de graves dangers pour le gouvernement et pour la tranqoiiUté publique , par les divisions qu-ils ne manqueraient pas d*ex€iter entre les divers ordres de l'État, kxir prétention étant de tout saper , pour se soperposer à tout.

Tel est le sommaire de ses moyens K

Les Jésuites , voyant Qu'ils ne pourraient remporter de haute lutte, parvinrent à faire appointer le procès; il ne fut repris et ils ne furent eùRpuisés que quelques années plus tard, après l'attentat de Jean Chatel snr la personne de Henri IV, en 1594. — Mais le plaidoyer de Pasquier n'en eut pas moins un retentissement prodigieux en France et chez l'étranger ^ Il fut traduit dans toutes les langues de l'Europe. L'avocat avait, en réalité , défendu une cause publique. L'examen auquel il s'était livré avait le mérite d'être , à l'origine même de la qnestion, aussi hardi que tous ceux qu'on a entrepris depuis. Et , en effet , chaque fois que la question s'est reproduite, on est revenu, comme point de départ, à ce plaidoyer et aux raisons sur lesquelles il est fondé.

L'Université eut ainsi l'honneur de se présenter dans cette lutte, non comme poursuivant un intérêt restreint aux privilèges étroits d'une Corporation , mais conmie

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