Leltre à son fils Nicolas Pasquier, t. II, p
VivamovibiiiU de la Magistrature, et à coujserver dans leurs places les membres du Parlemeot de b Ligue, confondus avec ceux qu'il avait ramenés de Tours, Pasquier eut bien le droit de louer cette mjesure et d'y donner, comme il le ût, son plein assentiment (J).
Trois de ses ûls ^rvaient dans l'armée d'Henri IV ; le plus jeune fut tué au siège de Melun. Les recommandations qu'il adresse à Pierre, qui venait d'être nommé capitaine, pour lui dire con[)ment il devait se comporter dans ses nouvelles fonctions, n^iteraient de servir d'instruction à tous ceux qui se vouent à la carrière des armes : « En cette charge , lui écrit-il , je crains toiit. Je ne parle point de votre vie;.. . car, combien qu'elle » me soit chère , toutefois c'est la m^^idre partie dont » je fais estât. Bien désiré-je que ne la mettiez au ha- » sard sans sujet;... ce n'est pas chose incompatible » que d'être sage et hardy ensemble... Pour le service » de Dieu et du Roy, votre vie et votre mort vous doi<- » vent être indifférentes; mais il faut ménager votre vie, » non pour fuir la mort, ains pom* la réserver à » une entreprise dont il puisse revenir fruit à votre » patrie. Surtout je crains en votre charge la foale et » oppression du peuple (en effet, il s'agissait de guerre » civile). Je vous prie et vous demande, en tant que » j'ay commandement sur vous, de penser que, si vous » voulez que Dieu bénisse vos actions, il faut sur tputes » choses espargner ce pauvi*e peuple , qui ne peut mais » de la querele, et néanmoins çn porte la principale » charge. Quand je vous recommande le peuple, je » vous recommande vous-même : les bénédictions qu'il
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» nous donne $oi^t autant de prières à Dieu. » (Livre xi des Lettres, page 287.)
Eu 1603, Pasquier, déjà vieux (âgé de soixantequjitorze ans) , se démit de sa charge d'avocat du Hoi ea faveur de Théodore Pasquier, son fils aîné (K). (]es SQrtes de substitutions étaient assez fréquentes autrefois; ici du moins le fils était homme de mérite et capable de remplsicer sou père.
Ainsi délivré des affaires le vieux jurisconsulte r«tpurna tout entier à ses livres et à ses études favorites, et il consacra le reste de sa vie aux lettres, jusqu'à sa mort, arrivée le 31 août 1615, à quatre-vingt-six ans. On a repiarqué, connue une singularité» qu'il se ferma lui- (Déme les yeux. Il fut enterré dans l'église Saint-Séyerin.
Pasquier était lié d'amitié avec tous les principaux p^^nages de son temps, et entretenait avec eux une docte correspondance (L). Il était particulièrement ami de Pierre Pithou et de Loisel, l'un et l'autre ses condisciples, comme lui avocats, attachés de cœur à 06ori IV, fonctionnaires publics après son avénenqeat, tQus trois euûn hommes de lettres autant que jurisconsuites, catboUquies sincères et défenseurs non moins zélés 4e^ libertés de l'Église nationale et des principes cqnservateurs de l'État (iM).
C'est sous le nom de Pasquier que Loysel a publié réprit dei^ieuré célèbre sous le titre de Dialogue des Jvocats. jL'occasion qui a donné lieu à ce dialogue a fut la division qui arriva daps le Palais au mois de » may de l'ap 1602, auquel temps la Cour ayant résolu 9 ea wm mesçwï^k ^e fair^ g^rd^r aux ^nqç;^\Si.V^>^-
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» de 161 de rordonnance de Blois , qui n'avoit jamais » été observé , et par lequel il est dit en ces termes : » Que tes advocats seront tenus signer les déiir' » aérations et autres escritures qu'ils feront » pour les parties^ et au-dessous de leur seing, » écrire et parapher de ieur main ce qu'ils aur » ront reçu pour leur salaire, et ce sous peine » de concussion ; les avocats s'offensèrent si fort de » l'arrêt qui fut rendu alors en conséquence de cet ar- » ticle de l'ordonnance, par lequel il fut enjoint à » c&ux qui n'y voudroient pas obéir de ie dé' » ciarer pour être rayés de ta matricule, et fait » défasse de plus exercer les fonctions d'advo" » cats; que s'estant assemblés jusqu'au nombre de » trois cent sept en la chambre des consultations , ils » résolurent tous d'une voix de renoncer publiquement » à leurs charges. Et pour cet effet s'en allèrent à l'ins- » tant, deux à deux, au greffe de la Cour , faire leur » déclaration qu'ils quittoient volontiers la profession » d'avocat plutôt que de souffrir un règlement qu'ils estimoient si préjudiciable à leur honneur. Car ils » disoient hautement qu'il estoit tout à fait indigne de » leur profession de ravaler à la condition d'un gain » mercenaire l'honoraire qu'ils n'exigeoient pas, mais » qu'on leur offroit volontairement en recognoissance » de taixt de vertus et d'éminentes qualitez nécessaires » à un bon avocat, et principalement de l'éloquence. »
Tel est le prologue de Loysel.
Ce n'est pas assurément que j'approuve tout ce que rbistojre nous rapporte de ces démissions combinées, de
ces refus concertés de remplir ses fonctions , soit de la part des avocats , soit aussi quelquefois de la part du Parlement, qui se croyait en droit d'arrêter le cours de la justice, ou de l'Université, qui suspendait ses leçons.,. — Toutefois, il est vrai de dire que souvent il y a quelque chose de respectable dans ces émotions qui troublent et agitent toute une Compagnie , et qu'il importe bien en pareille occurrence de discerner si les esprits ne sont mus que par un mouvement de vanité ou d'intérêt qu'on peut impunément braver , ou s'ils ont pour mobile un sentiment de délicatesse et d'honneur qu'il faut sayoir respecter. L'esprit de parti est souvent injuste, ou même violent ; l'esprit de corps n'est pas toujours exempt de petitesses et de vaines susceptibilités; mais fréquemment aussi il est le principe de nobles mouvements que l'autorité supérieure n'a pas toujours cru au-dessous d'elle de ménager , et que la prudence des Cours a quelquefois appréhendé de froisser dans les Corps qui leur sont attachés comme auxiliaires. — C'est ce qui arriva en 1602 ; le Parlement revint sur son arrêt, et il ne fut plus question de l'article 161 de l'ordonnance de Biois, à qui, du reste, les avocats reprochaient, avec raison en la forme , « qu'il avoit été glissé dans » l'ordonnance sans avoir été délibéré par les Estats. »
Loysel prend texte de cet événement pour remonter aux origines de la profession d'avocat ; il se donne pour interlocuteurs Pithru, Pasquier, et les deux fils de celuici, jeunes avocats dont il se sert pour interroger curieusement les Anciens,
Loysel lui-même, après les avoir mis auiL ^t^s^^ ^''^'-
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dresse tout à coup à Estienne Pasquier , et lui dit : « . . . . Mais , puisque nous en sommes venus si avaut , » nous voudi iez-YOus faire ce bien, vous qui avez été si » long-temps et avec tant d'honneur au barreau , et si » soigneux de rechercker les antiquittz et sùiguiaritez de notre France, de prendre la peine de » nous dire ce que vous avez pu entendre et cognoistre » de rordre des Avocats du Parlement? J'enteqds de » leur première institution et progrès , de Thonneur et » dignité de leurs charges, et particulièrement dou$ » dire leurs noms , et remarquer ceux qui ont paru et » tenu quelque rang entre eux, et chacun d'eux en leur » temps ; non que je veuille vous prier de parler de » ceux qui sont vivants, ny pareillement de vous, esti- » mant Tun aucunement importun , et l'autre uq peu » trop curieux , et par adventure périlleux et sujet i » envie, en jugeant peut-être autrement d'eux qu'ils ne » voudroient ou que d'autres n'estimeroient... »
Ainsi pressé par Loysel , Pasquier demande terme et délai jusqu'au dimanche suivant pour se recueillir et rassembler ses matériaux, et il promet pour ce jourlà de satisfaire ^ la curiosité de ses amis.
De là, en effet, est sortie la plus intéressante bistpire que nous ayons de tous les hommes qui, depuis l'établissement du Parlement rendu sédentaire, ont illustré le Barreau et la Magistrature. Il n'était pas possible de les séparer en deux classes, car, dans les trois premiers siècles de leur existence simultanée, il n'arrivait guèrq qu'on se fît magistrat sans avoir long-temps et sérieusement exercé la profession d'avocat.
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Pasquier était un hominc d'un caraclère net et bien décidé : il avait un esprit ferme , une raison éclairée. Dans les troubles religieux on le trouve immuable dans sa foi , fortement attaché au Saint-Siège comme centre de l'unité catholique ; mais il n'aime pas les entreprises, les usurpations de Tultramontanisme ; il déteste et repousse le joug des moines, il abhorre leurs intrigues, il signale leurs empiétements ; en un mot, il tient avec une égafe force aux libertés de l'Église gallicane (N) et aui^ maximes qui garantissent l'indépendance de la Gourooue de France, la liberté des citoyens, la dignité du pays.
Fidèle serviteur de Henri III , partisan déclaré de Henri lY , il assista à la réconciliation de ces princes , et, suivant une de ces expressions pittoresques doqt son style est fréquemment parsemé, son cœur tout français se sentit ému d'un heureux aufjure. Il seconda de tout sou pouvoir les mesures qui devaient amener le rétadblissement de l'ordre et la paix dans l'État. Il a mérité un éloge qui honore aussi le caractère public dont il était revêtu ; on a dit de lui : « Il aimait le Roi, mais » c'était d'un amour de magistrat, et non pas d'ua » amour de courtisan. » Pour justifier cet éloge, il suffit de rapporter le trait suivant : « Un jour qu'il avoit » l'honneur de faire à Henri IV des remontrances sur 1 quelques fâciieux édits envoyés en Ja Chambre des n Comptes pour y être vérifiés , il lui advint dç di^e « que , depuis *la réduction de la ville de Paris , ceux » qui étoient près du feu iloi vouloienl rétablir son » Estât par tes mêmes voies que ce Roi avoit » perdu le sien (O). »
Quant aux ouvrages que nous a laissés Pasquier (P), les plus dignes de fixer l'attention des honomes sérieux sont ses Recherches et son Pourpai*ter du Prince, dont j*ai déjà donné un aperçu.
On a reproché aux Recherches de Pasquier de manquer de plan et de critique. — Quant au plan, il faut considérer qu'il n'a point prétendu écrire un corps d'histoire, mais seulement une suite de chapitres détachés sur divers sujets. — Son érudition manque quelquefois de critique, il est vrai; c'est-à-dire qu'avec une critique meilleure on a pu relever quelques erreurs où il était tombé ; et encore on peut voir dans Bayle que ces remarques se réduisent à des points peu importants.
Pour le fond même de l'ouvrage , son mérite ne saurait être contesté. L'origine et l'histoire de tous les établissements civils et religieux et des grands corps de l'État y est curieusement tracée, surtout à dater de la troisième race. Les recherches touchant notre langage et nos mœurs ont aussi de l'attrait. Tout cela est devenu vulgaire à force d'avoir été copié dans tous les livres qu'on a faits depuis ^ et répété dans la conversation habituelle; mais il n'en a pas moins le mérite d'avoir, le premier, rassemblé ces documents, et, tout incomplets qu'ils sont, il faut lui en savoir gré.
Pasquier, d'ailleurs, se recommande dans cet ouvrage par des qualités qui font honneur au livre et à l'auteur. Ce qui se fait remarquer en lui, dit un'de ses biogra-
1. Pasquier s'en plaignait déjà de son vivant dans une lettre à l'un de ses amis, cela fut nii^aie cause du retard qu'il apporta à la publication des derniers livres de ses Reclierclies.
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phes, « c'est un amour filial pour la France, un attache- » ment sincère pour toutes les institutions qui avaient » contribué à mettre Tordre dans le pays ; un penchant » marqué pour Tautorité royale , qui, pour parler son » langage, fut le prenlier auteur de nos grandes poli- 9 ces et de nos libertés. » Il était de cette école vénérable de jurisconsultes et de magistrats qui tous auraient pu s'appliquer en commun cette noble pensée que Ton trouve écrite dans le Testament de Pierre Pithou : « Pour fermer la bouche aux plus audacieux, pour lier » les mains aux plus scélérats, je n'ai rien vu, rien connu 9 de plus fort, de plus puissant, de plus efiBcace que la
• sainte majesté des lois, de la justice et de Téquité! » Lé style de Pasquier a souvent ce charme de naïveté
qa'on trouve dans ses contemporains, Amyot et Montaigne. Peut-être même se croyait-il supérieur à celui-ci, auquel il reproche ses locutions gasconnes , rendant du reste grande justice à son esprit, « et n'ayant, dit-il,
• nul livre entre ses niains tant caressé que les Essais, » Toujours est-il que , jusqu'à Pascal , qui écrivait un demi-siècle après eux, on ne trouve dans aucun de nos prosateurs un style plus piquant, plus animé, plus richement semé de traits naïfs , d'expressions saillantes , de tournures tour à tour pleines d'abandon ou d'énergie , et de ces phrases qu'on aime à citer en texte, parce qu'on ne pourrait les traduire en d'autres termes sans en altérer ou en affaiblir le sens (Q).
Après le siècle où vivait Pasquier , sont venus d'autres tnagistrats , nourris d'études plus parfaites, dont les manières moins rudes s'adoucirent avec l'urbanité des rè-
ÉLOGE DM
Quant aux ouvrages les plus dignes de fix< sont ses Recherches ■• dont j'ai déjà donné : >
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