‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 88 sur 92 · Grosley dans ses Èphémérides · texte numérisé non relu

Grosley dans ses Èphémérides

moriale , n'avaient point encore été mis dans le jour qu'ils méritaient. On ne pouvait le leur donner qu'en les réunissant dans un corps, qu'en fixant les principes sur lesquels ils sont établis et dans lesquels ils se réunissent*

», C'est ce qu'osa tenter M. Pilhou. Simple particulier, dénué de toute autorité , il entreprit de relever entre le sacerdoce et l'empire les anciennes homes dont les derniers malheurs de l'État avaient à peine laissé quelques vestiges.

» L'abondance de ces recueils aurait pu , en d'autres mains , augmenter la confusion qu'il voulait dissiper ; mais il n'y avait rien de semblable à craindre d'un coup d'oeil aussi juste , aussi ferme , aussi sûr que celui de M. Pithou. Toute cette immense matière vient se partager, se distribuer, se ranger sous quatre-vingt-trois articles, tous relatifs à deux propositions capitales , dont ils sont eu même temps et la conséquence et la preuve ; tous liés de manière que chaque article paraît être là suite de celui qui précède ; qui , considérés séparément , renferment chacun la matière et le germe d'un traité complet, dans une maxime énoncée avec cette rare précision qui dit tout sans rien laisser à désirer ni à retrancher. »

La première édition de cet ouvrage (en 27 pages in-8°) fut dédiée à Henri lY. On sera bien aise de lire ici en quels termes l'^pi^tre est rédigée. Dégagée de formules et de vaines protestations , elle respire le patriotisme le plus pur ; elle est également digne du citoyen qui l'a écrite et ivL prince à qui elle fut adressée.

330 PIERKK PlïHUU.

Au Roy trèS'Chrestien,

SiHE, voyant qu'entre les désordres et confusions survenues en ce royaume , aucuns par malice et ambition calomnient, autres par ignorance ou laschelé, méprirent indiscrètement comme fantosmes ou chimères, ces beaux droits et ce précieux paUadium que nos plus sages et plus dévotieux ancestres nous ont avec tant de soin et de vertu religieusement conservé jùsques à présent , sous le titre de Libériez de V Église Gallicane; J'ay pensé eslre de mon devoir pour en rafraîchir aucunement la mémoire à nostre âge , et en tout événement la transmettre à la postérité , de comprendre en bref, le plus naïvement et simplement que le sujet peut porter, ce que à Tinstante prière de plusieurs gens de bien et d^honneur de tous estats, j*en avois rassemblé et recueilly, réservant la preuve où elle seroit jugée nécessaire (ce que toutesfois je ne pense pas , mesmement entre vrays François) , à autre plus ample traité. — Tel qu'est ce sommaire , Sire , j'ay pris la hardiesse de le vous présenter en toute humilité , comme à celuy qui portant le titre de Roy Très-Chreslien , premier (ils et prolecteur de l'Église , et particulièrement étant patron de celle de vostre royaume , y avez le premier et principal interest; le sousmettant néantmoins au jugement de ceux qui en peuvent et doivent juger, et prolestant devant Dieu n'avoir eu de ma part autre but et intention que de satisfaire aucunement au devoir naturel et lég> lime que j'ay à son service cl à celui de V. M. , ensemble au bien commun de mon pays.

l»ILRHE PITHOU. 331

» Sire , je supplie de tout mon cœur le Roy des roys qu'il luy plaise vous assister toujours de son sainct esprit, et vous faire la grâce de rétablir en vostre royaume la pieté et la justice à son honneur et à sa gloire , au repos de vos sujets, et à la confusion de vos ennemis.

Plusieurs autres éditions ont eu lieu depuis , et celle qui fut imprimée sous le rogne de Louis XIV, en 1651, avec les preuves *, porte en tête un privilège dans lequel on remarque les expressions suivantes : « Voulant favoriser un ouvrage de si grande importance pour les droits de noire Couronne, pour le bien de notre État et pour l'intérêt de l'Église de noire royaume, de laquelle nous sommes premier et universel patron et protecteur. »

On ne saurait faire un plus bel éloge de cet ouvrage , et il le mérite ; car il est la fidèle expression des maximes les plus certaines sur les Libertés de l'Église Gallicane.

Aussi a-t-il obtenu le plus rare des triomphes. Écoutons le chancelier d'Aguesseau , parlant du livre des Libertés : « Quoique ces maximes ne soient que l'ouvrage d'un simple particulier, cet ouvrage , dit-il , est si estimé , et en effet si estimable , qu'on l'a regardé comme le palladium de la France , el qu'il y a obtenu une sorte

1. Bëunies f»nr Dupuy cnSvot. in-folio, depuis porte» jusqu'à 3 (en 1639 vl ll'M). La clernièie <':d«lion donnée par Durand de Maiilane, Paris, 1771, en 5 vol. in-4°, est la plus complèic et la plu» commode (irosley prétend et rend asgçr probable c|ae Dupuy avait trouvé res pnuves toutes réunies dans la Bibliotbèc|uc de Pierre Pithou. Voyez ci-après, p. 340.

d*autorité plus flatteuse pour son auteur que celle des lois mêmes , puis qu^elIe n'est fondée que sur le mérite et la perfection de son ouvrage *. »

Le président Hénault ^ atteste que « les maximes de Pithou ont , en quelque sorte , force de lois , quoiqu'elles n'en aient pas l'authenticité. »

Dans le préambule d'un édit du mois de noYembre 1719, concernant la possession de bénéfices par les religieux des congrégations réformées , les articles des Libertés sont cités comme règles qui doivent être suivies ; et le Parlement du Dauphiné , dans un arrêt de règlement du 21 avril 1768 , a enjoint l'exécution d'un de ces articles. — ( Voyez d'Héricourt ).

Les quatre propositions que renferme la célèbre déclaration de 1682 , ne sont qu'un extrait des articles de Pithou.

Pithou mourut en 1596, à Nogent-sur-Sdne , âgé de 57 ans, le 1" novembre, jour de sa naissance ^ La dernière parole qu'il proféra , touchant les affaires de ce monde, fut celle-ci : « O roi, que tu es mai servy ! pauvre royaume, que tu es déchiré * ! » Il connaissait intimement le cœur et la disposition des gens qui environnaient Henri IV, et dont H était obligé de se servir ^.

Page 1