‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 90 sur 92 · NOTICE SUR LOISEL · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LOISEL

Auteur du Dialogue des Avocais.

LoiSEL (Antoine), né à Beauvais le 16 février 1536, après avoir commencé ses études au collège de cette ville, fut envoyé à Paris en 1 5/i9 au collège de Presle, où il eut pour maître le célèbre Ramus, qui le prit en affection et le nomma son exécuteur testamentaire. Faisant son droit à Toulo ise , il se lia avec Gujas et Pithou; accompagna le pre.nier à Gahors, à Bourges, à Paris, à Valence, et fut e/isuite reçu avocat au Parlement de Paris. Puis il fr t successivement substitut du Procureur-Général, C nseiller du Trésor, avocat de Monsieur frère du roi , de la reine Gatherine de Médicis, dii duc d'Anjou; Avoc<it du roi en la Gbambre de Justice de Guienne, désigné comme Procureur du roi en la Chambre de Justice de Limoges, charge qu'il n'accepta pas, et il mourut à Paris en 1617, à 81 ans, laissant plusieurs ouvrages entre lesquels les plus remarquables sont : Institutes Coutumières^ — Pasquier, ou Diatogice des avocats du Parlement de Paris. Antoine Loisel est un des hommes dont l'Ordre des Avocats doit le i)lus honorer la mémoire. On trouve au commencement de ses Opuscules sa Yie écrite ^as Claude Joly. Paris, 1652, in-tv''.

3Î2 AJiTOlNE LOISEL.

Voilà le sommaire de la vie de Loisel, tel que je Tavais tracé dans la Biographie abrégée des Jurisconsultes et des magistrats insérée dans le Manuel des Étudiants; mais je veux y ajouter des développements qui feront mieux connaître la personne, le caractère et la valeur de ce célèbre avocat.

Loisel avait lui-même, ainsi que nous l'atteste Claude Joly, « laissé parmi ses papiers un petit Mémoire chronologique, oh le bon honmie avoit remarqué » de sa main , successivea cnt et par années , ses prîn- » cipales actions. »

En cela il avait eu en vi c ses enfants : « Voulant , » disait-il, leur laisser pan scrit et comme par testa- » ment une partie de l'histoi> c de sa vie , pour leu)^ » servir comme d'un miroir a ^quel ils pussent remar- » quer le mal qui venoit de lùy, pour l'eschevér » (l'éviter) et fuir; et le bien et' ?s grâces qu'il avait » plu à Dieu de luy faire, pour l'en remercier et essayer » non-seulement d'y atteindre et parvenir, mais aussi » le surpasser, selon le rang où ils estoient, beaucoup » plus grand que celuy oii il estoit né. »

Et véritablement il est à regretter que Claude Joly, au lieu de morceler cette pièce originale et de la publier telle qu'elle était, ait mieux aimé la dépecer et la donner par lambeaux enlacés de sa propre rédaction. Cela ne Teût pas empêché d'ajouter à cette Vie de Loisel « ce qu'il aurait cru pouvoir servir, comme il le dit , h » le représenter au vif. »

Pour moi , j*en citerai quelques passages autaht que je le pourrai

On destinait le jeune Loiscl à i*état de médecin, dans lequel un de ses grands-oncles s'était distingué sous le nom d*Jvis (traduction latine du nom de Loisel). « Mais^ dit naïvement Loisel, mon père ne le voulut » pas , disant qu'outre le danger auquel les médecins » sont contraints de s*exposer de jour et de nuit , un » médecin ne pouvoit être que médecin, au lien qu'un » advocat pouvoit devenir Président et Chancelier. .. »

Le père de Loisel avait ainsi pour son fils une ambition que celui-ci ne ressentit guère. Toutefois il se conforma au désir de sa famille et se rendit à Toulouse, où il suivit les leçons de Cujas, «lequel, dit-il, fut « cause que je ne quittai point la science du droit, dont » les autres docteurs me dégoustoient à cause de leurs » éarùaries *. »

Loisel accompagna Cujas à Bourges , et c'est là sur les bancs qu'il connut Pierre Pithou et se lia avec lui « en telle union, amitié et fraternité, que depuis » lors ils s'appeloient d'ordinaire l'un l'autre du nom » de frère. » Le Président de Thou, dans les Mémoires de sa vie, au livre II, célèbre l'union de ces deux hommes non-seulement dans leurs goûts, mais dans leurs opinions et dans leurs consciences , et se vante lui-même d'avoir eu part à leur commune amitié. Par nobile, non amicorum ac vtluti fratrum tantûm^sedin consUiis pro repuMicâ capiendis

l. CVsi là <ius8i ce qui avait (lc;;ôûlé l'Ariostc de l'étude du droit, tel qu'on Tensei^uait de sou tem^^s enltulie. Vo^ez Mawxjc^it d*i% ^vwdiants, )». 63.

consentientium coliegarum higa insignis * ,• qui^ ius amicis famiiiarissimè utehaiur Thuanus.

Loisel s'annonça au Barreau d'une manière si brillante, qu'à peine eut-il plaidé trois causes, M. rAvocat- Général Dumesnil lui fit offrir sa nièce en mariage. Ce magistrat le fit ensuite nommer Tun des substituts du Procureur-Général, mais en « Tadmonestant surtout » de ne se point amuser à c^tte charge, en disant que » le Parquet tronipoit son maistrCy et qu'un escu gagné en Testât d'advocat valoit mieux que dix au » Parquet. » Et en cela M. Dumesnil avait raison; car les avocats qui se font magistrats trop jeunes se prennent souvent d'amour-propre , s'imaginant trop aisément que l'honneur qu'on rend ^ leur robe est accordé à ce qu'ils croient avoir de mérite, tandis que l'avocat qui a ses égaux pour contradicteurs est obligé d'être constamment sur ses gardes , et de faire tous ses efforts pour gagner l'estime du public , dont il attend son avancement

Aussi Loisel ne négligeait pas ses études et ses travaux de cabinet. Il fournit à Gujas plusieurs lois romaines et quelques fragments jusque-là inconnus, que le savant professeur publia parmi ses écrits.

En 1567, Loisel alla en septembre aux Grands-Jours de Poitiers; mais il revint dès le mois suivant à Paris» à cause des troubles qui survinrent.

Il y resta jusqu'en 1572, année fatale où s'accomplit l'affreux massacre de la Saint-Barihélemy. Ce jour-là ,

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