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Cfi couple de parfaits amis, » dit Claude Joly

ANfOINE LOISEL. 345

2^ août, au nombre des victimes fut le célèbre Ramus, jadis le maître et toujours demeuré Tami de Loisel , qu*il avait désigné pour son exécuteur testamentaire. Malgré la fureur de la proscription, Loisel ne déclina pas cette charge périlleuse et il en remplit religieusement tous les devoirs.

L'année d'après (1573), B. Brisson étant devenu avocat du roi au Parlement par la résignation de Pibrac, Loisel succéda à Brisson dans le titre d'avocat de Monsieur, frère du roi, en l'échiquier d'Alençon.

Il fut aussi conseil de Catherine de Médicis et du duc d'Anjou.

Ce fut en cette qualité qu'il fut consulté en 1579 sur le projet de marier ce prince avec la reine Elisabeth. d'Angleterre. On le chargea de voir les articles du projet « pour y donner son advis, et pourvoir aucune- » ment aux sûretés des accords et conventions d'ice- » luy. » — « Mais, dit Loisel dans ses Mémoires, je » n'en voulus pas seulement parler en la façon des ad- » vocats ordinaires du Palais; » et comme il voyait plus d'inconvénients que d'avantages au mariage en luimême, il en fit le sujet d'une longue lettre adressée au chancelier du duc d'Anjou, où il démontre que ce mariage ne pouvait convenir « ni au bien général de la » chrétienté , ny à l'advantage du royaume de France , » ny à l'honneur et dignité du futur époux , » puisque ce prince ne devant pas avoir le titre de roi , il ne serait que le premier sujet de sa femme , vassal de ses caprices, et destiné seulement à la propagation de la race royale.

3i6 ANTOIiNE LOISEL.

C'est en 1581 que Loisel se décida à accepter la mission d'aller en Guienne comme Avocat-Général avec son ami P. Pithou, qai devait exercer les fonctions de Procureur-Général près de la Chambre de Justice établie en ce pays.

Ils ne devaient y rester qu'un an, ils y furent retenus deux ans et demi. Pendant ce temps , Loisel porta la parole dans plus de deiix mille affaires et fit plusieurs harangues d'apparat Celle qu*il prononça à Bordeaux à l'ouverture des audiences eut l'approbation de Montaigne, alors maire de cette ville, qui lui témoigna le plaisir avec lequel il l'avait entendu.

A l'expiration de cette mission temporaire , Loisel revint à Paris; mais toute sa clientèle était dispersée, « de sorte, dit-il, que le Palais ne me connoissoit quasi » plus *. »

Et cependant ils aimèrent mieux rester avocats et recommencer leur carrière que de courir celle des emplois publics aux conditions qu'il fallait y mettre désormais. C'est ce qu'explique Claude Joly en si bons termes que je veux le laisser parler : « Loisel, dit-il, » avait desjà quitté tout à fait la fonction de substitut » au Parquet , comme avoit aussi fait M. Pithou , » son perpétuel collègue : car ces emplois ayans » esté érigez en litres d'oflSces et rendus vénaux » par édict du mois de may de la même année , ils » n'y voulurent plus rentrer, quoyque les partisans » eussent offert à chacun d'eux une charge gratuite-

1 . Pareille iiicsaveniiire rtaii arrivt'C à Pasqiiier lorsqu'il s'abseotu du Palais pour cause de maladie, Voyc% ci dessus p. 2X1.

ANTOINK LOISEL. 347

» ment pour esiatlir plus aisément leur cdict, » attirant à eu^ deux hommes d'un tel mérite, » Mais ils aymèrent mieux renoncer courageusement à » cet advantage et profit qu'ils pouvoient faire prenant » ces charges, quand ce n'eust esté que pour les vendre, » que de servir d'instruments à Testablissement d*un » édict bursal et qui faisait préjudice au Corps des Ad- » vocats, auxquels ces emplois estoient particulièrement » affectez. »

Loisel se remit donc à faire des consultations. Il eut la clientèle de l'Ordre de Malte , alors très-riche et trèspuissant, et celle de la maison de Longueville, qui le choisit pour chef de son conseil,

« Au mois de may 1588 survinrent le» Barricades^ » qui troublèrent non-seulement la ville , mais tout le » royaume. Ce qu'ayant préveu , dit-il , je m'en allai à » Beauvais pendant les vacations, pour essayer si j'y » pourrois faire ma retraite. Mais je la trouvai autant » infectée de la Ligue que Paris, où je fus contraint de » me tenir, puisque j'y estois et que l'on ne me chassa » point. Pendant lequel temps j'eus tout le loisir d'ap- » prendre les maux qu'apporte avec soy une anarchie M et la révolte d'un peuple contre son roy ; y ayant veu » toutes les afflictions que Paris endura pendant cinq » ans, dont il ne faut point parler icy davantage, eq » ayant escrit un gros cayer par forme de journal depuis A le 9 may 1588 jusqaes au 9 décembre 1593. ù

Loisel employa tout ce temps à lire, à étudier, à composer la plupart des ouvrages dont plusieurs ont été publiés parmi ses Opuscules.

Enfoncé dans son cabinet, il rêvait le bonheur qu'on goûle aux champs, quand les champs sont tranquilles S et il composa sur ce sujet un ouvrage en trois livres qu'il intitula : De f origine^ noblesse, profit et plaisir de V agriculture, se promettant bien de s'y livrer « quand Dieu lui en donneroit les moyens par » une bonne et salutaire pacification des pialheureuses » guerres qui estoient alors. »

Qu'on ne croie pas cependant que Loisel se bornât à de stériles tœux pour le bien public, car dans ce même temps il composa divers Traités sur les droits du roy et de la couronne; et dès que le moment faTorable lui parut arrivé, il traTailla de son côté comme Pithou travaillait du sien à favoriser la reddition de Paris et l'entrée de Henri lY. En effet, « voyant que les esprits estoient las de la guerre et commençoient » volontiers à entendre à des propositions de paix, il en » insinua lui-même doucement quelques propos à » M. LuUier, prevost des marchands, son voysin et amy, » pour le porter à consentir à la reddition de la ville ; et » finalement luy fit si bien comprendre les advantages » qui lui en dévoient arriver, et au public, qu'il le per- » suada non-seulement d'y donner les mains, mais aussi » de se joindre à la négociation qui se faisoit pour ce » grand coup d'Estat, et qui fut le salut de la France. »

Aussi Henri IV se plut à lui marquer, ainsi qu'à Pithou, combien il les estimait l'un et l'autre par les mis*

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