‹ Pasquino et MarforioChapitre 59 sur 103 · SIXTE-- Q,U1NT · texte numérisé non relu

SIXTE-- Q,U1NT

Cardinal Perretti, de la Marche d'Ancône, élu en i585

MARFOPIO.

Che si ha da fare, Pasquino, di quel tuo tondo cosi pieno ?

PASQUIN

Porto questi curadenti alli signori Alessandrino , Medici e Rusticucci perché n'hanno bisogno.

Que veux-tu^faire, Pasquin, de cette assiette si bien pleine?

— iqb

PASQUIN

Je porte ces curedents aux monsignori Alessandrino, Medici et Rusticucci, car ils en ont besoin (i).

MAtîFORIO , à Pasquin, couvert d'une chemise sale.

Comme tu te négliges, Pasquin; quelle chemise sale! tu es noir comme un charbonnier!

PASQUIN

C'est depuis que ma blanchisseuse est devenue princesse (2).

(i) C'étaient trois chefs de parti qui avaient fait son élection, croyant que Vâne de la Marche ne porterait que leur fortune. Sixte les invita le soir même à souper, mais pour leur déclarer formellement qu'il entendait garder tout le pouvoir. « Que les jugements de Dieu sont profonds, leur dit-il en se mettant à table : Jésus-Christ n'a laissé sur la terre qu'un seul vicaire et un seul chef; à lui seul il a confié le soin de son troupeau, et tous ceux qui l'entourent ne sont que ses inférieurs ou ses ministres. » -Les cardinaux se retirèrent cruellement désappointés, et le lendemain, le railleur par excellence les consolait avec cette épigram -.e. (Voir notre Histoire de Rome moderne, p. 337.)

(2) a Or, pour finir ces derniers propos contre ces violateurs de foy, je m'en vay rapporter une action admirable au pape Sixte, le plus redouté Pape pour la justice en toute l'Italie; duquel et de sa sœur ayant esté fait un pasquin, sur ce que ledit Pasquin, vêtu d'une chemine fort sale, se plaignoit qu'elle n'estoit point blanche et que sa lavandicre l'avoit quitté pour se faire duchesse.

PASQUIN, tenant une rave brisée.

Che si spacchi il capo mio siccome râpa Se in tempo frate diviene Papa.

Qu'on me coupe la tête comme à cette rave si jamais moine devient pape.

Il disoit cela parce qu'il n'y avoit pas longtemps que la sœur du Pape avait esté lavandière, comme de vrai il avoit raison de l'anoblir. Le Pape en fut si en colère, qu'il fit faire un ban que quiconque sauroit l'auteur de ce pasquin ou l'auroit fait lui-même, en le lui révélant, qu'il lui donneroit la vie sauve et dix mille écus. L'auteur fut si impudent et si désireux du gain, que luymesme se vint accuser à Sa Sainteté et luy alla dire franchement qu'il l'avoit fait et demander son salaire promis par le ban. Le Pape le regardant, luy dit :

« C'est raison. Ce que je t'ai promis je te le tiendray;et pour « ma vie je ne voudrais pas te fausser ma foy. Par quoy je te « donne la vie;etyiste, qu'on luy donne dix mille escus :mais aussi « ce que je ne t'ay pas promis, je te le tiendray, qui est qu'on te « coupe le poing et la main qui a si mal escrit, afin qu'il te res- « souvienne de n'escrire jamais plus de paroles si scandaleuses. -

« Plusieurs grands personnages, ajoute Brantôme (t. Vl, Hommes illustres étrangers), n'eussent pas si estroitement, en un tel fait si scandaleux et injurieux, gardé leur parole, et pour ce il faut louer ce grand Pape. »

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