‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 10 sur 38 · DIALOGUE VII · texte numérisé non relu

DIALOGUE VII

Sujet : Réfutation des versets du Coran tendant à nier la divinité de Jésus-Christ.

Secrétaire. Les versets sont nombreux et puissants. Les Démons et le Bétail vont ouvrir la marche. Dans la première de ces sourates, il est dit :

« Jamais nous ne donnerons d’associés à Dieu ; cela ne convient pas à sa majesté. Il n’a jamais eu d’épouse, il n’a pas d’enfants. » Dans la seconde, nous lisons : «Comment le créateur du ciel et de la terre aurait-il un fils , puisqu’il n’a pas d’épouse? »

Prêtre. D’après ces versets, Dieu n’aurait pas de fils, parce qu’il n’a pas d’épouse. Est-il dit, dans le Coran, que Dieu ait besoin d’une femme pour engendrer son Verbe ?

Dziri. L e Verbe de Dieu est, d’après l’enseignement des docteurs, éternel, inhérent à l'essence divine. La femme n’a rien à voir là-dedans.

Prêtre. Eh bien! Jésus est fils de Dieu, parce qu’il est le Verbe de Dieu, et non parce qu’il a un corps. L’objection porte donc sur un faux supposé : elle suppose que le fils que nous attii buons à Dieu , c’est l’humanité conçue dans le

sein de Marie, tandis que c’est le Verbe engendré de toute éternité.

le Muphti et le Cadi. Nous déclinons la responsabilité du faux supposé; sans que nous ayons dit le dernier mot, depuis longtemps notre pensée sur ce point est suffisamment connue au babas. Les versets peuvent s’adresser aux Juifs de la Mecque, qui regardaient un certain Ozir comme fils de Dieu. Ils peuvent être aussi dirigés contre les Mecquois, qui attribuaient à Dieu trois filles, Allât, Oza et Menât. Qu’en pense le dziri, perle de la science, pivot de la logique?

Dziri. Nous pensons que ces versfets sont à l’adresse des Chrétiens. Telle est l’opinion commune. Mais nous reconnaissons aussi que tout la-propos en consiste dans les titres des sourates d’où ils sont pris : les Démons , le Bétail. Laissons donc aux fous et aux pâtres le soin d’en faire usage.

Prêtre. C’est votre affaire, Messieurs. Chez nous, les ministres de la religion n’ont point pour habitude de tourner en dérision les simples et les ignorants. 11 leur paraît plus charitable et plus digne de les instruire.

le Secrétaire, un peu de mauvaise humeur :

« Si Dieu eût voulu avoir un fils, il aurait certainement choisi parmi ses créatures celle qu’il lui aurait plu. Mais loin de lui une telle pensée ! Dieu est unique, supérieur à tout; il a créé le ciel et la terre. » (Sourate les Légions.)

Prêtre. Dans ce verset, il est question d’un fils qui serait une pure créature. Mais le Verbe de Dieu, revêtu de la nature humaine, n’est pas

A L’ÉVANGILE

une créature. Si l’objection est dirigée contre les Chrétiens, elle porte sur une fausse supposition.

Déplus, ce verset renferme une injure contre Dieu ; et, pour réparer cette injure, on tombe dans une contradiction.

Secrétaire. Comment cela?

Prêtre. On suppose que Dieu est capable de vouloir une créature pour fils : si Dieu voulait... N’est-ce pas une supposition injurieuse à Dieu ? On s’empresse de dire qu’un tel fils serait indigne de Dieu. Ce qu’on dit est vrai; mais c’est une contradiction qu’on le dise. D’un côté, Dieu est capable de vouloir ce fils; de l’autre, il est indigne de lui de le vouloir.

Le seul fils que Dieu ait voulu, le seul qui soit digne de lui, c’est son Verbe. Avec un tel fils, Dieu ne cesse d’être ni un , ni le créateur du ciel et de la terre. C'est ainsi que le verset objecté confirme le dogme chrétien.

Secrétaire. Je ne m’attendais pas à cet échec. C’est ma faute : j’avais mal choisi mes armes. Maintenant, je culbute l’adversaire.

Dziri. Oh! oh!

Secrétaire. « Infidèles sont ceux qui disent que Dieu est le Messie, fils de Marie; réponds-leur : Qui pourrait empêcher Dieu, s’il voulait faire mourir Aïça, fils de Marie, sa mère, et tous les habitants de la terre?... Aïça, fils de Marie, ne fut qu’un envoyé. Beaucoup d’autres l’ont précédé. Sa mère s'est maintenue dans les limites du vrai (en ne s’attribuant pas la divinité); le fils et la mère mangeaient ensemble.» (Sourate la Table.)

Prêtre. Ensuite?

Secrétaire. J’ai fini.

Prêtre. Oui? Et l’objection meurtrière que tu m’as annoncée comme un glaive suspendu sur ma tête ?

Secrétaire. Le babas n’a donc pas écouté les versets que je viens de citer? L’objection est là dans toute sa force.

Prêtre. Je ne m’en doutais pas. En vérité, le secrétaire, par sa manière de raisonner, me rappelle cet artiste qui, pour représenter le passage de la mer Rouge, s’était contenté de tracer un bras de mer sur la toile. Quand on lui demandait, Où sont les enfants d’Israël? Ils ont passé, répondait-il. — Et l’armée de Pharaon? — Elle va arriver. De même, sur la parole du secrétaire, je cherche dans ses versets ; mais j’ai beau chercher, je ne trouve que de l’eau claire. L’objection, nulle part.

Secrétaire. Le babas compte donc pour rien ces mots : Infidèles sont cerne qui disent (jue Dieu

est le Messie Qui pourrait empêcher Dieu de

faire mourir le fils et la mère?... Le fils et la mère mangeaient ensemble?

Prêtre. Eu vérité , il n’y a pas là ombre d’objection sérieuse. Aussi ne me donnerai-je pas la peine d’y répondre. Si le secrétaire est de bonne foi , comme j’aime à le supposer, il peut donner la réponse lui-même. Qu’ai-je répondu à l’objection ? que, Puisque le Messie priait , il n était pas Dieu !

a l’évangile. 75

Secrétaire. Qu’il priait comme homme, non comme Dieu. Qu’il

Prêtre. Continue.

Secrétaire. Qu’il est mort comme homme, non comme Dieu.

Prêtre. Tu le vois donc bien , ô père du roseau, ce n’est rien objecter que de dire : Iæ M essie n’était pas Dieu, parce qu’il mangeait, parce que Dieu pouvait le faire mourir. Les Chrétiens vont bien plus loin : ils affirment qu’il est mort.

Secrétaire. Je puis céder quelque chose sur ce point. J’ai assez d’objections en réserve.

Prêtre. Merci pour tant de générosité,

§ II-

Secrétaire. Je passe à un autre ordre de versets : «Certainement Dieu est unique ; il ne peut avoir de fils. Tout ce que renferment la terre et les cieux , lui appartient. » (Sourate les Femmes .)

Prêtre. D’après ce verset, Dieu ne peut avoir de fils pour deux raisons : la première, parce qu’il est unique ; la seconde, parce que tout lui appartient.

Secrétaire. C’est bien là le raisonnement contenu dans le verset.

Prêtre. L’objection est réfutée d’avance par votre propre enseignement : le Verbe est éternel, inhérent à l’essence divine. Le Verbe, comme fils de Dieu , n’empêche donc pas que Dieu ne soit un. Cette conséquence de l’enseignement de vos docteurs est confirmée par les paroles de Jésus

PASSAGE DG COR AS

que j’ai rapportées il n’v a que peu d’instants : Mon père et moi nous ne sommes qu'un. Voilà pour la réponse au premier membre de l’objection.

Dziri. La réponse est concluante.

Prêtre. De cette réponse découle celle du second membre. Si le Verbe ne rompt pas l’unité. Dieu, pour avoir un tel fils, ne cesse pas d’être le maître du ciel et de la terre. Cet enseignement implicite de vos docteurs, Jésus le confirme d’une manière explicite: Mon père , tout ce qui vous a/tparlient, ni appartient; et tout ce qui m appartient, vous appartient. Reconnaissez-vous ce passage?

Dziri. Nous ne l’avons pas oublié?

Prêtre. L’objection contenue dans le verset porte donc sur le faux supposé, que le Verbe de Dieu n’est pas inhérent à l’essence divine?

Secrétaire. J’en fais l’aveu. Le verset suppose bien d’autres choses...

Prêtre. Continuez, Messieurs, toujours avec calme et dignité.

Secrétaire. Nous lisons dans la sourate les Croyants :« Dieu n’a engendré aucun fils, et n’eut jamais d’autre Dieu avec lui. Autrement, chacun aurait enlevé pour soi le domaine de l’associé, et ils se seraient élevés l’un contre l’autre. Loin de Dieu ce qu’on lui attribue! »

Prêtre. Même faux supposé, même réponse.

Loin de Dieu, dirai-je aussi, ce que de tels versets attribuent à notre croyance! Non, Dieu n’engendre d’autre fils que son Verbe, inhérent à son essence.

A l’évangile.

Secrétaire. J’accorde sans inquiétude. J’ai devant moi un verset décisif.

Prêtre. Pourvu qu’il ne passe pas derrière avec les autres.

Secrétaire. Le voici : « O fils de Marie, as-tu dit aux hommes : Reconnaissez, moi et ma mère, pour dieux en dehors de Dieu? Le fils de Marie a répondu : Louange à Dieu! Il ne m’appartient pas de dire ce qui ne convient pas. Si je l’avais dit, tu le saurais. » (Sourate la Table.'')

Prêtre. Si, par impossible, Dieu avait fait une telle question, c’est une telle réponse que le fils de Marie aurait dû faire : Parole de Dieu, il n’est pas dieu en dehors de Dieu , mais inhérent à son essence. Quanta Marie, jamais son fils n’a dit quelle fût Dieu. Jamais les Chrétiens, sauf une secte qui a disparu depuis longtemps, ne l’ont regardée comme telle.

Secrétaire. Inutile de continuer. Je n’ai pas le kif. (Je ne suis pas en veine.) Dieu ne le veut pas.

Prêtre. Cherchez, cherchez encore. Ayez-en la conscience nette.

Secrétaire. C’est inutile. J’ai dit tout ce que le Coran comporte. Je fais cependant mes réserves.

Page 1