‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 11 sur 38 · HI · texte numérisé non relu

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Prêtre. Oui, Messieurs, ce serait inutile. Sachez-le donc bien : des versets du Coran établissent le dogme de la divinité d’Aïça, et il n’y en a pas un seul qui le combatte. Toutes les objections contre, puisées dans ce livre, porteront sur

PASSAGE PU COitAft

l’un de ces deux faux supposés : ou elles supposeront qu’Aïça n’est qu’une simple créature, tandis que c’est le Verbe de Dieu revêtu de l’humanité dans le sein de Marie ; ou elles supposeront qu’Aïça ne peut être uni à Dieu sans détruire l’unité, tandis que le Verbe de Dieu est inhérent à l’essence divine.

Celui qui veut défendre le dogme de la divinité d’Aïça, n’a qu’à se tenir en garde contre ces deux faux supposés : retranché au milieu d’une citadelle inexpugnable, il sera inaccessible à tous les traits ; il en verra tomber dix mille à sa droite , dix mille à sa gauche, lui restant debout, le front serein, prêt à bénir et à instruire ses adversaires désarmés.

Dzuu. [Il n’est pas donné à tout le monde de manier ainsi les armes défensives. Je suis bien persuadé que beaucoup de Chrétiens se laisseraient percer par les flèches du Coran.

Pkêtre. La plupart des Chrétiens , comme la plupart des Musulmans , ne s’occupent ni d’enseigner la religion ni de la défendre; ils ne l’apprennent que pour la pratiquer. Nonobstant cela, l’attitude défensive dont je parle ne laisse pas que d’être à la portée de toute personne de bonne volonté. C’est au point, Messieurs, que je vous crois assez initiés à la religion chrétienne pour être capables de défendre la divinité d’Aïça contre les versets du Coran. J’oserais même me reposer sur vous de ce soin, tant vous me paraissez francs et sincères.

Dzini. J^a confiance du babas ne serait pas mal

A L’ÉVANGILE

placée, si notre instruction égalait notre franchise.

Prêtre. Rien de tel que l’œuvre pour faire juger de l’ouvrier : faisons donc un essai, Messieurs, si vous voulez bien. Je me rappelle, moi aussi, un verset que j’ai entendu objecter contre la divinité d’Aïça. C’est celui-ci : « S’il y avait d’autres dieux que le Dieu unique, la terre et les cieux seraient bouleversés. » Sourate les Prophètes, si je ne me trompe. Pourriez-vous trouver la réponse?

Muphti. Elle est facile.

Cadi. Très-facile.

Dzirj. Pour mieux dire, il n’en faut pas. Je dirai tout simplement : J’accorde tout. Il ne s’ensuit rien contre la divinité d’Aïça, qui n’est pas Dieu en dehors de Dieu.

Prêtre. C’est bien la réponse d’un logicien.

Mais tout le monde ne saisit pas un langage aussi concis. Mettez la réponse à la portée de l’intelligence du vulgaire.

Dziri. Celui qui fait l’objection, doit être capable de comprendre la réponse.

Prêtre. Malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi; l’ignorance, comme le demi-savoir, est souvent présomptueuse et téméraire.

Dziri. Je répondrai donc : Si ces dieux en dehors du Dieu unique sont des créatures, l’objection contre Aïça porte sur un faux supposé : Aïça n’est pas Dieu comme créature, mais comme Verbe de Dieu. Si l’on suppose qu’Aïça ne peut être fils de Dieu sans rompre l’unité, c’est encore un faux supposé : Aïça, Verbe de Dieu, n’est pas

Dieu en dehors de Dieu, puisque le Verbe est inhérent à l’essence divine.

§IV

Prêtre. C’est cela, Monsieur, c’est cela. Voyez comme la logique simplifie les choses, quand elle n’est pas entravée par les préjugés!

11 convient maintenant, Messieurs, de résumer notre entretien sur la divinité du Messie. C’est le moyen de conserver une idée claire de la question, de voir la connexité entre les principes cl les conséquences.

D/.iri. Cette tâche me revient. Alger, la bien gardée, pourrait dire si j’excellais à résumer la procédure avant la sentence. Appliquant mon expérience , et, puisqu’il faut le dire, un peu de talent, à la matière de notre conférence, je dis :

Vu que, d’après le Coran, Dieu déposa son Verbe dans le sein de Marie, où il prit chair; vu que c’est un article de foi chez les Musulmans, que le Verbe est éternel, incréé, inhérent à l’essence de Dieu; vu que le Verbe ne peut être inhérent à l’essence divine sans être Dieu, il est prouvé, par le Coran , qu’Aïça est Dieu;

Vu qu’Aïça , de l’aveu de tous les hommes, était incapable de mentir; vu que, dans plusieurs passages de l’Évangile, il s’est déclaré Dieu ou Fils de Dieu; vu que ces passages sont authentiques , il reste prouvé, par l’Évangile comme par le Coran, qu’Aïça est Dieu ;

Vu que certains versets du Coran qu’on a cou-

A L’ÉVANGILE

tume d’objecter contre la divinité d’Aïça, portent sur des faux supposés, à savoir : ou qu’Aïça est une pure créature, tandis que c’est le Verbe de Dieu, incréé; ou qu’admettre sa divinité, c’est détruire l’unité de Dieu , tandis que le Verbe de Dieu est inhérent à l’essence divine, il résulte que les Musulmans ne peuvent objecter de tels versets sans faire preuve d’ignorance ou de mauvaise foi.

Il résulte aussi, j’oubliais de le dire, que ces versets ne viennent pas de Dieu.

Prêtre. Les versets, Les anges annoncèrent à Marie le Verbe de Dieu , et Le Verbe fut déposé dans Marie, viennent de Dieu, mais en passant par l’Évangile.

Dziri. Pourquoi Mahomet a-t-il emprunté ces versets, sans reconnaître la divinité d’Aïca? S’il avait pour parti pris de 11e pas la reconnaître, à quoi bon les adopter?

Prêtre. Dieu en sait plus que nous là-dessus; mais toujours est-il vrai, que ces versets sont du petit nombre des passages féconds qui se trouvent dans le Coran, et que, sur ce point, le Coran est complété par l’Évangile.

Dziri. Le babas a dit un mot de la mort d’Aïça. Je ne prétends pas formellement nier le fait, quoique le Coran le repousse comme incompatible avec la dignité du Messie; mais je ne me sens pas suffisamment édifié sur ce point. Serait-il possible de bien expliquer la cause rationnelle qui l’a porté à mourir ?

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