‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 14 sur 38 · DIALOGUE IX · texte numérisé non relu

DIALOGUE IX

Sujet : Objection tirée des histoires arabes contre le dogme de la mort de Jésus-Christ.

Secrétaire. Messieurs, si vous voulez bien permettre, j’ai une observation importante à faire.

Dzint. Le voilà toujours avec ses observations. Fais donc vite!

Secrétaire. C’est à la condition que leurs seigneuries ne se mettront pas en colère.

Dziri. Qu’il est donc fatigant! C’est vouloir nous scier l’épine dorsale jusqu’au dernier nœud.

Secrétaire. Ne vous fâchez pas, bien qu’il y ait presque de quoi : vos seigneuries ont longtemps parlé pour ne rien dire.

Dziri. C’est un peu trop fort. La bêtise de mon secrétaire dégénère en insolence.

Prêtre. N’intimidez pas ce jeune homme, je vous prie.

Secrétaire. L’amour de la vérité et l’honneur du roseau me soutiennent. Je dirai donc : A quoi bon établir les motifs de la mort d’Aïça, si le fait

est controuvé? J’ai (les raisons pour le nier. Ne trouvez pas mauvais que je les expose.

Prêtre. Si le secrétaire s’en souvient, il est déjà tombé d’accord avec nous sur l’existence du fait.

Secrétaire. Oui, mais en faisant mes réserves. Le Coran dit formellement que les Juifs n’ont pas crucifié Aïça, mais une personne qui lui ressemblait.

Prêtre. Mon ami , n’en parlons plus. Si vous avez des objections, libre à vous de les exposer; mais pour la réponse, je ne la répète pas.

Cadi. Le babas a dit qu’Aïça n’est pas mort comme Verbe de Dieu ; qu’en ce sens les Juifs ont tort de se vanter de sa mort, les Musulmans, raison de la nier : mais qu’il est mort comme homme; qu’en ce sens les Musulmans ont tort de nier sa mort, les Juifs, raison de l'affirmer.

§ II-

Secrétaire. C’est là le commentaire du babas. Je préfère, ne lui en déplaise, celui de nos docteurs, confirmé par l’histoire.

Voici ce que dit Damri : « D’après ce que les commentateurs du Coran et les historiens musulmans rapportent, Aïça, fils de Marie, sur les deux salut! rencontra une troupe de Juifs. Quand ils l’aperçurent, ils dirent: Voilà le fils de la sorcière ; et ils insultèrent le fils et la mère. Après avoir entendu ces paroles, Aïça pria Dieu de les punir, et les maudit. Le Très-Haut changea ces Juifs en pourceaux. A cette vue, Judas, émir des Juifs, fut

saisi de frayeur, et redouta la prière d’Aïça. 11 réunit le peuple, et le consulta au sujet d’Aïça, sur lui salut! Les Juifs furent d’avis de le tuer. Dans la nuit, ils se présentèrent à Aïça, et dressèrent un morceau de bois pour le cruciGer dessus. La terre se couvrit de ténèbres , et le Très- Haut envoya les anges pour protéger l’innocent contre les coupables.

«Aïça, sur lui salut ! réunit lesapôtrescette même nuit, leur donna ses instructions, et ajouta : Un d’entre vous me trahira avant que le coq chante, et me vendra pour une somme modique. Les apôtres sortirent de chez leur maître et se séparèrent.

«Ënattendant, les Juifs cherchaientle moyen de se défaire d’Aiça ; un des apôtres se présenta à eux, et leur dit: Que me donnerez-vous, si je vous montre où est Aïça ? Ils lui donnèrent trente pièces d’argent. Le traître les prit, et le leur montra. Au moment où il entrait dans la maison de son maître, Dieu lui donna la ressemblance d’Aïça, sur lui salut! et enleva au ciel Aïça, sur lui salut! Les Juifs entrèrent, rencontrèrent le traître, et l’arrêtèrent. Il leur dit : Je suis celui qui vous a montré Aïça. Les Juifs ne prêtèrent aucune attention à ses paroles; ils le cruciüèrent, en pensant que c’était Aïça, sur lui salut! On dit aussi que le métamorphosé était un Juif nommé Tatianus; et DieuTrès- Haut éleva à lui Aïça, le revêtit de plumes de lumière, lui enleva le goût du manger et du boire. Aïça volait avec les anges autour du trône de Dieu (i). » (Damri, Histoire naturelle.)

(t) Les naturalistes arabes, après avoir décrit un animal

A L’ÉVANGILE

§ III

Autre récit. Nous lisons dans Sid-Mouça-Ben- Fethian, Cadi-Elkoudat (chef des cadis, en Égypte, au neuvième siècle de l’hégire) : « Dieu prévint le Messie qu’il devait bientôt quitter la terre. A cette annonce, le Messie frémit, et invita les apôtres à un repas, en leur disant : Réunissez-vous chez moi cette nuit, j’ai quelque chose à vous communiquer. Les apôtres furent fidèles à se rendre à l’invitation. Après le repas, Aïça se mit à leur laver les pieds, et les essuya avec son linge. Les apôtres furent étonnés de cette conduite. Aïça leur dit : Celui qui trouverait à redire dans ce que je fais ne serait pas des miens. Les apôtres le laissèrent achever. Ensuite Aïça leur dit : J’ai fait ceci pour vous donner l’exemple de ce que vous devez faire les uns envers les autres. Quant au service que j’ai à vous demander, c’est que vous priiez Dieu de me prolônger la vie.

« Lorsque les apôtres voulurent se mettre en prière, Dieu leur envoya le sommeil. Aïça chercha à les réveiller; il ne put y parvenir complètement. Les apôtres lui répondirent qu’ils étaient accablés. Aïça dit : Soit loué celui qui enlève le pasteur et disperse le troupeau! 11 ajouta : Je vous le dis en vérité, un d’entre vous me trahira avant

ou une plante, rapportent les faits ou les fables qui s’y rattachent à l’avantage de leur religion. C’est à l'article Cochon que Damri fait le présent récit.

que le coq chante; il me vendra pour peu d’argent, et mangera mon prix.

« Les Juifs étaient à la recherche d’Aïça. Un des apôtres se présenta à leur assemblée, et dit à Bocradus, leur chef : Combien me donnerez-vous, si je vous dis où est le Messie? Ils lui constituèrent trente pièces d’argent. Il les accepta, et indiqua où était Aïça.

«Dieu éleva à lui le Messie, et donna sa ressemblance à celui qui l’avait décélé. Quand les Juifs firent l’arrestation , la terre se couvrit de ténèbres ; c’était comme la nuit: le soleil était obscurci; paraissaient les étoiles. Les rochers se fendirent. Partout régnaient le désordre et l’alarme. A cause de cette confusion et de l’épaisseur des ténèbres , les Juifs ne s’aperçurent pas de la métamorphose, et arrêtèrent l’apôtre. Ils le lièrent et le menèrent par une corde, en lui disant : Tu ressuscites les morts ; pourquoi ne te délivres-tu pas de cptte corde? Us jetèrent sur lui des épines, et le crucifièrent sur un morceau de bois.

«II y resta six heures. Les Juifs le remirent ensuite à Joseph le menuisier, sur la décision de celui qui commandait aux Juifs, lequel s’appelait Pilate, surnommé Ilérode. Joseph ensevelit le supplicié dans un tombeau préparé pour luimême.

« Dieu envoya Aïça descieux à Marie. Elle pleura sur son fils, qui lui dit : Mon Seigneur m’a élevé à lui. Il ne m’est arrivé que du bien. Aïça commanda à Marie de réunir les apôtres. Il les envoya de la part de Dieu dans les divers pays de

A. L’ÉVANGILE

la terre, eu leur recommandant d’exécuter les ordres du Seigneur. Et Dieu éleva de nouveau Aïça à lui.

«Les apôtres se dispersèrent en prenant chacun la direction qui lui avait été marquée. C’était Matthieu , et trois avec lui. Chacun écrivit l’Évangile. Celui de Matthieu rapporte que le Messie dit : « Je vous envoie aux nations, comme mon Père m’a envoyé à vous. Allez , instruisez les peuples , au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit. » (Traduit de l’arahe.)

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