‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 2 sur 38 · DIALOGUE I · texte numérisé non relu

DIALOGUE I

Sujet : Le Coran regardé par les musulmans comme le plus grand des miracles. — Réfutation."

Le dziri passe la nuit à consulter les livres de sa bibliothèque , en prenant des notes qu’il accompagne de propositions très-hardies. Le secrétaire , après plusieurs heures d’un travail en opposition avec ses principes, s’arrête tout à coup, et jette la plume en disant : O mon maître , rendez-moi votre courroux.

Dziri. D’où vient ce transport? Que veux-tu dire ?

Secrétaire. Ma conscience se refuse à écrire de telles choses , et m’impose de vous faire des observations. Je sais que ce ne sera pas impunément.

Dziri. Parle sans crainte, ô mon fils!

Secrétaire. Dans la conférence d’hier, comme dans ce travail qui en est la suite, on ne pourrait s’empêcher d’admirer le savoir et l’éloquence de mon maître; mais on ne reconnaît plus sa sagesse.

Dziri. Une leçon de sagesse est toujours bonne à prendre. Explique-toi.

Secrétaire. Mon maître a pris le monstre par la queue. Trop brave pour lâcher prise , sa sei-

gneurie a été entraînée dans l’abîme. Cela ne serait pas arrivé, s’il l’eut pris par la tète.

Dziri. Pas d’énigme. Explique clairement ta pensée.

Secrétaire. Dans l’examen des miracles , la question a pris une tournure fatale à la gloire du prophète, que la bénédiction soit sur lui! Fautil s’en étonner? Vous avez omis le premier miracle, celui qui tient lieu de tous les autres, le Coran. Notre livre, Votre Seigneurie me l’a souvent dit, porte sa preuve avec soi; plutôt il est lui-même sa preuve. Ce livre est un composé de miracles; ses versets sont appelés signes (aiat). Le Coran, selon l’expression de Djélal-Eddin, n’est pas un miracle passager comme la chamelle de Salèh (i) et la verge de Moïse, mais un miracle permanent.

(i) Fait ainsi rapporté dans le Coran, sourate el-Araf : « Nous envoyâmes aux Thénuidéens Salèh , un de leurs concitoyens. Il leur dit : * O mon peuple , adorez Dieu ; n’ado- « rez d’autres divinités que lui. Un signe évident de ma mis- « sion, c’est cette chamelle. Laissez-la paître librement dans « le champ du Seigneur; ne lui faites aucun mal, de peur » qu’un châtiment ne tombe sur vous. . . >. Us lui coupèrent les jarrets. » — Pour faire ressortir le miracle, il faut ajouter les paroles de la chronique arabe: x Salèh prêcha longtemps l’unité de Dieu aux Thémudéens sans avoir pu en convertir qu’un petit nombre dans le bas peuple. Les infidèles promirent ensuite àSalèh d'embrasser sa doctrine, s’il faisait sortir une chamelle d’une pierre qu’ils désignèrent. Salèh adressa une prière à Dieu, et fit sortir de la pierre désignée une chamelle avec son petit déjà sevré. Cette chamelle allait pacager durant le jour, et rentrait à l'approche de la nuit. Elle parcourait la ville en criant devant la porte de chaque maison : « Si

A l’évangile.

Dziri. C’est trop tard.

Secrétaire. C’est trop tard.... C’est trop tard....

Dzinr. Ton langage, jeune homme, est étrange. Nous avons vu, il y a peu d’heures, que le Coran ne peut supporter l’examen des hommes sensés ; c’est ce qui m’a plongé dans le désespoir. Et tu viens me. dire que ce livre est le plus grand des miracles! Ton observation, conviens-en, n’a pas le mérite de l’à-propos.

Secrétaire. Pourrai-je oublier, ô mon maître, ces versets que je vous ai si souvent entendu répéter : « Ne suffit-il pas, fut-il répondu aux Mecquois qui demandaient des miracles, ne snffitil pas que nous leur ayons envoyé un livre dont ils peuvent faire et entendre la lecture? » (Sourate f Araignée). « Si nous eussions fait descendre le Coran sur une montagne, certainement vous l’eussiez vue s’abaisser par respect et se fendre de frayeur. » (Sourate C Assemblée). Pourrai-je oublier , ô mon maître, ces paroles des commentateurs, que vous connaissez mieux que moi : Le Coran est un miracle par l’ordre qui y règne , par

« quelqu’un a besoin de lait, il u’u qu’à sortir; » et les habitants venaient teter au gré de leurs désirs. Parmi eux se trouva une femme très-riche nommée Aniza, qui avait quatre tilles. Un jour elle les habilla avec la plus riche parure, et les présenta à un homme appelé Cédar, en lui proposant de choisir celle qu'il voudrait, à condition qu’il tuerait la chamelle de Salèh. Cédar accepta lu proposition. Il prit huit hommes avec lui : ils tuèrent la chamelle et son petit. Trois jours après partit un cri du ciel , accompagné de toutes les foudres réunies. Les coupables tombèrent , le cœur fendu , sur leurs genoux entrechoqués. »

T éloquence qui il respire, et par F élégance du style? A tel point que les plus savants contemporains du prophète n’ont pu en imiter une sourate, malgré le défi (i) qui leur en était fait par lui-même. Le Coran nous a néanmoins été transmis par un homme illettré, miracle qui prouve à la fois la divinité du livre et la mission du prophète.

Dziri. C’est trop tard, encore une fois. Tu eusses mérité des éloges, si tu avais cité ces passages hier au commencement ou dans le cours de la discussion; tu n’es pas excusable de le faire aujourd’hui. Les erreurs, les contradictions, les plagiats, le décousu du Coran, c’est ce qui a frappé mon âme attentive. Et tu oses me répéter que ce livre est un miracle par l’ordre qui y règne! Le gentilhomme (chérif) qui a les habits percés, doit s’abstenir de paraître en public; et. si, après qu’on lui a repris sur les épaules le manteau qu’il avait volé, il a la manie de se pavaner dans sa nudité se croyant toujours chamarré d’or, ses amis l’avertissent de cacher sa honte.

Styi.e du Coran : Injuste, celui qui n’admirerait pas la richesse et l’élégance de quelques sourates. Mais insensé, qui prétendrait voir là ombre de miracle : un édifice sur le sable , serait-il construit en pierres précieuses, loin de passer pour

(i) S’ils disent, « Il a inventé le Coran, » répondez-leur : « Apportez dix sourates de votre composition comparables à celles du livre, et appelez pour vous aider qui vous plaira, à l’exception de Dieu. Si vous ne pouvez y parvenir, avouez que le Coran est descendu avec la science de Dieu. (Sourate Houd.)

une merveille , ne prendrait jamais rang parmi les monuments.

D’ailleurs est-il vrai, ù secrétaire, que le style du Coran soit inimitable? Aïça-el-Mezdar parmi les mothésilites , en-Nad’am parmi les orthodoxes, ont prétendu le contraire; et des faits sont venus confirmer leur assertion. Témoin l’ouvrage sous le titre de Divan de l’Égyptien Aumar-ben-el-Farad. Cet auteur est vénéré comme saint par tous les musulmans. Son livre, tous les savants en conviennent, ne le cède nullement, pour l’élégance, au Coran.

Qui peut, après tout, affirmer que des hommes contemporains n’ont pas répondu au défi du prophète par des ouvrages devenus, comme ceux de Mosseilema , la proie des flammes? S’ils n’ont point écrit, qui peut assurer qu’ils ne s’en sont pas abstenus par crainte? Les mauvais traitements que le prophète faisait subir à ses contradicteurs n’étaient point faits pour stimuler, surtout les faibles.

Ajouter en faveur de la divinité du Coran que Mahomet était illettré, c’est avancer une proposition difficile à admettre. Dans un temps où la poésie était déjà en honneur parmi les Arabes, est-il vraisemblable que la noble famille des Beni-Hachem (i), famille qui avait le service du temple,

(i) Hachera, bisaïeul de Mahomet, avait mérité, par sa générosité, de donner son nom à sa descendance. Les pauvres trouvaient toujours chez lui table ouverte ; il leur servait du pain coupé en petits morceaux et trempé dans l’eau. C'est même de là que lui vint le nom de Hachent , qui veut dire :

PASSAGE DU C01UK

où les écrits des poètes étaient conservés avec soin suspendus à la voûte comme des trophées (i), est-il vraisemblable qu’elle fût entièrement étrangère aux lettres? Mais en aurait-il été ainsi , ou Mahomet, pour des circonstances particulières, n’aurait-il pu participer au domaine littéraire de la famille, que cela ne prouverait rien. Aumar-benel-Farad, dont nous venons de parler, ne savait ni lire ni écrire. En tous temps, en tous lieux, ne vit-on pas des hommes, bien qu’illettrés, dominer leurs contemporains par leurs talents et leurs œuvres? A. de tels hommes il ne faut que de bons secrétaires (a).

couper en petits morceaux. La générosité , l’éloquence et la bravoure sont, chez les Arabes, les premiers titres de noblesse.

(i) Avant Mahomet, les troubadours et les trouvères de l’Arabie tenaient leurs jeux floraux sur un marché. Il nous reste sept pièces, sous le titre de Moa’llakat ( suspendues au temple), qui ont été couronnées. Les noms des sept auteurs respectifs sont : Amari-’lkéis-ben-H’eudjcr, T’arfa-ben-el- ’Abd-el-Bakri , Zouhaïr-ben-Abi-Salma, Labîd-ben-Rabîa’ael-Aumarî, ’Amar-ben-Kaltoum, ’Antara-ben-Chadàd-el-’Abci, Elh‘ârat-ben-Dja!oua-el-Yachkori.

(a) Le Coran nous fait connaître ce que les Mecquois pensaient à ce sujet : « Je sais qu'ils disent qu’un homme lui enseigne le Coran ; mais la langue de ceux auxquels on fait allusion est barbare, tandis que la langue du Coran est de l’arabe pur. » (Sourate l’Abeille.'] « Les infidèles disent : Ce livre n’est qu’un mensonge de son invention ; il est aussi aidé par d’autres dans cette entreprise. Ils disent : Ce sont des traditions des anciens qu’il a mises par écrit ; elles lui sont racontées matin et soir. » (Sourate la Distinction.)

Les commentateurs ont confirmé la justesse de ces repro

Secrétaire. A ce compte, ô mon maître, le Coran ne serait pas éternel en Dieu. Vous voilà en plein motliésilisme.

Dziri. Le mothésilisme n’a rien à voir ici : le Coran n’est ni éternel, comme le croient les sonnites, ni créé, comme les mothésilites le prétendent.

Secrétaire. Qu’est-il donc?

Dziri. L’œuvre de l’homme.

ches, tout en cherchant à en atténuer la force. — Zamasehcri dit : « On fait allusion à un jeune homme, libraire, nommé Aïch, qui avait embrassé l’islamisme. Selon d’autres, on fait allusion à H’abar, jeune Grec quiétait au service d’Omar-ben- Elkadcrmii. Selon d’autres, enfin, les Mecquois faisaient allusion à deux frères , H’abar et Djasar, fourbisseurs d’armes à la Mecque , lesquels lisaient le Pentateuque et l’Evangile. Quand l’apôtre passait devant leur boutique, il s’arrêtait, et écoutait ce qu’ils lisaient. Les Mecquois prenaient occasion de là pour dire : « Ce sont eux qui l’instruisent. » Mais l’un d’entre eux, interrogé à ce sujet, répondit : « Bien loin de là, « c’est lui qui m’instruit. » Sciouti dit : « Les Mecquois faisaient allusion à un chrétien nommé Caïn, dont le Prophète fréquentait la maison. »

Selon toute probabilité , le moine nestorien connu sous les noms de Sergius et de Bahira , a une large part dans la composition du Coran. Mais les traditions des chrétiens orientaux en disent tant à ce sujet, qu’elles finissent par rendre le vrai invraisemblable.

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