‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 21 sur 38 · DIALOGUE XIV · texte numérisé non relu

DIALOGUE XIV

Sujet : Le témoignage des apôtres confirmé aussi par des miracles opérés au nom du Ressuscité. — Arrestation et constance des apôtres. — Passage remarquable de saint Augustin.

IVItipht 1 !. Dans la conférence que le babas eut, il y a quelque temps, avec le cadi et moi, il nous rapporta des choses fort intéressantes sur les faits (les apôtres (i). Ni le dziri ni le secrétaire ne faisaient partie de la réunion.

Phétre. Je comprends. Vous êtes vraiment d’une courtoisie remarquable, messieurs les A-tabes, et tout à fait dignes, sauf un petit défaut de goût dans le choix du sel de certaines provenances, dignes des traditions de Constantinople et de Bagdad. Avec vous la conversation ne tarirait jamais. Je vais faire de mon mieux pour ne pas rester en arrière, mais en évitant de tomber dans des redites.

Muphti. L’inconvénient des redites ne peut

(0 Voir Soirées de Carthage, dialogue XII.

PASSACE DU CORAN

avoir lieu. La conférence de jadis avait pour objet de prouver que le titre de périclyt ne s’applique pas à Mahomet, mais à l’Esprit-Saint. Maintenant, c’est une autre question.

Prêtre. Ce que je dis alors peut s’appliquer aux deux questions. Ainsi descente de langues de feu sur les apôtres; douze hommes jusque-là timides et ignorants changés soudain en docteurs et en héros; des gens appartenant à seize nations différentes écoutant parler un seul homme, et l’entendant chacun dans sa langue; huit mille hommes convertis par deux prédications d’un apôtre, ce sont là autant de témoignages de la résurrection de Jésus-Christ, qui était annoncée, en même temps que de la descente de l’Esprit-Saint, qui avait transformé les hommes pour la faire annoncer. Ce que je puis consentir à raconter, ce sont les guérisons opérées par les apôtres au nom du Ressuscité.

Miiphti. Eh bien 1 soit.

Prêtre. «Un jour Pierre et Jean montaient au temple pour assister à la prière de trois heures après midi. Ils rencontrèrent sur la porte un boiteux de naissance, qu’on portait tous les jours là, où il recevait l’aumône des entrants. Cet homme, en voyant Pierre et Jean, les prie de lui donner l’aumône. Pierre, arrêtant les yeux sur ce pauvre, lui dit : « Regarde-nous. » Il les regarde, espérant recevoir quelque chose. Alors Pierre lui dit : « Je n’ai ni or ni argent ; mais ce que j’ai, je te le donne

A L’ÉVANGILE

lève-toi au nom (le Jésus-Christ de Nazareth t marche. » Et, le prenant par la main , il le soulève. Aussitôt les plantes et les os de ses pieds s’affermissent. L’infirme se lève à l’heure même, se tient ferme debout, et commence à marcher. Il entre avec les apôtres dans le temple, marchant, sautant, et louant Dieu.

« Tout le monde fut témoin de sa marche et de ses louanges. Comme, on reconnut que c’était celui-là même qui avait coutume de se tenir assis à la Belle-Porte pour demander l’aumône, on fut rempli d’admiration et d’étonnement pour ce qui était arrivé. Le pauvre marchait entre Pierre et Jean, les tenant chacun d’une main. Le peuple, entraîné par leclat du prodige, se précipita vers eux à la galerie dite de Salomon. »

§ III

« Pierre, s’adressant à la multitude, dit : O enfants d’Israël, pourquoi vous étonnez-vous de ce qui vient d’avoir lieu? ou pourquoi nous regardezvous, comme si c’était par notre vertu ou notre puissance que nous eussions fait marcher ce boiteux ?

«Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son fils Jésus que vous avez livré et renoncé en présence de Pilate, qui avait décidé de le renvoyer absous. Vous avez renoncé le Saint et le Juste, vous avez demandé qu’on vous accordât la grâce d’un meurtrier, et vous avez fait mourir l’auteur de la vie. Mais Dieu

PASSAGE BU CORAN

l’a ressuscité d’entre les morts, et nous sommes témoins de sa résurrection.

« C’est par la foi en son nom que sa puissance a raffermi les pieds de cet homme que vous avez vu boiteux et que vous connaissez. La foi qui vient ri de lui a opéré devant vous tout le miracle d’une si parfaite guérison.

« Cependant , mes Frères, je sais que vous avez agi en cela par ignorance, vous et vos sénateurs. Mais Dieu a de cette sorte accompli ce qu’il avait > prédit par la bouche de tous ses prophètes : que son Christ souffrirait la mort. Faites donc pénitence, et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés.

« Moïse a dit à nos pères : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d’entre vous un Prophète comme moi ; écoutez-le en tout ce qu’il vous dira... Tous les prophètes qui ont prophétisé de temps en temps depuis Samuel , ont prédit ce qui est arrivé en ces jours... Vous êtes les enfants des prophètes et de l’alliance que Dieu a établie avec nos pères, en disant à Abraham : Toutes les nations de la terre seront bénies en ta race. C’est pour vous premièrement que Dieu a suscité son Fils, et il vous l’a envoyé pour vous bénir, et afin que chacun se convertisse de sa mauvaise vie. » {Actes des Apôtres, ch. ni.)

Cadi. Quel fut le résultat de ce discours?

Prêtre. La conversion immédiate de cinq mille personnes.

A l’évahgili.

§ IV

Müphtj. Mais pourquoi tous les Juifs ne se convertirent-ils pas?

Pbéthe. Dieu, qui connaît les mystères des cœurs, et les tient entre ses mains, en sait plus que nous là-dessus ; mais voici ce qui se passa } 4 l’instant, par ordre des autorités, les apôtres furent mis en prison. Le lendemain, les chefs du peuple, les sénateurs et les scribes s’assemblèrent, sous la présidence du grand prêtre , entouré de tous les membres de la race sacerdotale, Ils firent venir les apôtres au milieu d’eux, et leur deman* dèrent : « Par quelle puissance ou au nom de qui avez-vous fait cette action ? » Alors Pierre , rempli du Saint-Esprit , leur dit ;

« Princes du peuple, et vous sénateurs, écoutez ; Puisque aujourd’hui l’on nous demande raison du bien que nous avons fait à un homme perclus, et de la manière qu’il a été guéri, nous vous déclarons à vous tous, et à tout Je peuple d’israë), que c'est par le nom de l\o(rerSeigfieur Jésifs-r Chrift de Dlaznreth, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité d’entre les morts; c’est par lui que cet homme est maintenant guéri comme vous le voyez devant vous.

a C’est lui cette pierre que vos architectes ont rejetée, et qui est cependant devenue la première de l’angle. Il n’y a de salut que par lui; car nul autre nom sous le ciel n’a été donné aux hommes comme sauveur. »

Lorsqu’ils virent la constance de Pierre et de Jean, qu’ils connaissaient comme des hommes sans lettres et du commun du peuple, ils furent remplis d’étonnement. Et comme ils voyaient présent avec eux cet homme qui avait été guéri, ils n’avaient rien à leur opposer. On fait sortir les apôtres de l’assemblée, et le conseil délibère en disant :

« Que ferons-nous à ces gens-là? car ils ont fait un miracle qui est connu de tous les habitants de Jérusalem. Cela est certain, et nous ne pouvons le nier. Afin que le bruit ne s’en répande pas davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces de parler à l’avenir en ce nom-là à qui que ce soit. »

Aussitôt les membres du conseil firent appeler les apôtres, et leur défendirent de parler en quelque manière que ce fût, ni d’enseigner au nom de Jésus. Mais Pierre et Jean leur répondirent : « Jugez vous-mêmes s’il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu. Pour nous, nous ne pouvons nous empêcher de parler des choses que nous avons vues et entendues. »

On les renvoya donc avec menaces, ne trouvant pas moyen de les punir à cause du peuple; car tout le monde rendait gloire à Dieu de ce qui était arrivé, L’homine qui avait été guéri d’une manière si miraculeuse, avait plus de quarante ans. {Ibid., ch. iv.)

A L’ÉVANGILE

Muphti. Que vous en semble-t-il, Messieurs?

Cadi. C’est fort. Témoignage remarquable!

Dzuu. Il y a quelque chose d’aussi remarquable que le témoignage des apôtres : c’est la conduite de l’assemblée. On se demande de quoi il faut le plus s’étonner, ou de la fidélité et de la constance de ceux-là, ou de l’obstination de celle-ci. Avouer le fait et persécuter les témoins, c’est inqualifiable.

Fkétre. Il ne faut cependant pas confondre la nation avec les autorités; vous avez vu, Messieurs, que le peuple rendait hommage à la vérité, et montrait de la sympathie, de l’entraînement même pour les apôtres et leur doctrine.

Le peuple, Messieurs, c’est avec raison qu’un écrivain français, dont le nom est glorieusement célèbre, a dit de lui : « Son premier mouvement est toujours bon. » Le peuple, peut-on dire, tant qu’il n’est pas égaré par d’égoïstes exploitations, semble choisi par la justice pour veiller au Saint des saints dans son sanctuaire. Qui jamais a écouté ses appréciations sans admirer son tact? Jésus ne dédaigna pas d’honorer cette voix du peuple, en demandant : Que disent les hommes du Fils de l'Homme ? Le peuple, libre encore de l’influence, plutôt, de la pression de la synagogue, n’obéissant qu’à ses propres inspirations, reçut Jésus en triomphe, lui appliquant les paroles réservées par les prophètes au Messie : « Hosanna au Fils

de David; béni celui qui vient au nom du Seigneur; Hosanna au plus haut des cieux...»

Le peuple enfin, est-il écrit, comme les disciples de Jésus unis dans un même esprit, s’assemblaient dans la galerie de Salomon, n'osait se joindre à eux , mais leur donnait de grandes louanges. (Ibid., v.)

Oui , Messieurs , le peuple juif a de beaux états de service inscrits sur le livre de Jésus. Et la mémoire du cœur de Jésus est longue...

Muphti. D’où est donc venue cette opposition flagrante entre l’autorité et la manifestation populaires à l’égard du Messie ?

Prêtre. Mon Dieu, Messieurs, c’est que le peuple, comme peuple, ne connaît ni l’ambition ni l’égoïsme, deux voisins incommodes qui ne préparent pas toujours un bon matin à ce qui les entoure; tandis que les dépositaires de l’autorité respirant un autre air dans une atmosphère différente, trop souvent mettent plus la justice à leur service qu’ils ne se tiennent au service de la justice.

Cadi. Le babas touche à une fibre féconde en mystères d’iniquité ; je les connais pour les avoir vus de près. Il y a des imams qui, plutôt que de sacrifier la rente de quelques pieds d’oliviers, consentiraient au renversement de la mosquée ; il y a... il y a bien autre chose que cela..,

Je comprends que si les membres du divan de Jérusalem craignaient de se voir supplantés dans leurs attributions, ils aient d’abord trafiqué l’iniquité par le sang d’Aïça, et refusé de le reconnaître après sa résurrection.

A l'évangile.

§ VI

Prêtre. La première condition d’une bonne critique, c’est la justice, surtout quand elle a pour objet l’injustice. Eh bien ! pour l’honneur de la synagogue, je me hâte de dire que le principal motif de reniement de Jésus après sa résurrection, ç’a été moins un sentiment de cupidité qu’une idée, idée fausse sans doute, mais non ignoble comme un sentiment terrestre. La doctrine des Sadducéens, qui niaient la résurrection des corps, avait envahi le temple. On ne pouvait reconnaître la résurrection de Jésus, et en elle celle de tous les morts, sans avouer le renversement du système.

Remarquez l’idée qui a présidé aux arrestations des apôtres. A la première : « Comme Pierre et Jean parlaient au peuple, les prêtres, le capitaine des gardes du temple et les Sadducéens survinrent, et, ne pouvant souffrir qu’ils annonçassent la résurrection des morts en la personne de Jésus.... » (. Ibid ., iv.)

A la seconde : « Les apôtres faisaient beaucoup de miracles. Aussi apportait-on les malades, qu’on mettait sur des lits et des paillasses, afin qu’au passage de Pierre son ombre couvrît quelquesuns d’entre eux, et les délivrât de leurs maladies. Un grand nombre de personnes accouraient aussi des villes voisines à Jérusalem, où l'on amenait les malades et ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs; et ils étaient tous guéris.

PASSAGE DL' CORAN

« Alors le grand-prêtre et tous ceux qui étaient avec lui, c’est-à-dire les Sadducéens , étant remplis de colère, s’élevèrent, et, ayant fait prendre les apôtres, les mirent dans la prison publique. » [Ibid., v.)

Cadi. Comment les Sadducéens pouvaient-ils refuser de se rendre à l’évidence des faits? ceux surtout qui, en qualité de sectaires, étaient censés faire profession de philosophie.

Prêtre. Hélas! vous ne savez donc pas que personne ne raisonne moins qu’une certaine classe de philosophes et de sectaires? Quand le système est adopté, tout est fait. Il devient Va priori obligé de tous les raisonnements. Les faits les plus évidents peuvent venir à l’encontre, qu’ils seront rejetés comme impossibles. C’est la cabane du castor; détruisez-là, elle ne sera pas remplacée par une qui soit différente.

Dzirj. Je trouve là une bonne définition du Coran et de ses disciples; la plupart des Musulmans ont pour principe de rejeter tout ce qui n’est pas contenu dans leur livre.

Prêtre. Mahomet a été du moins conséquent; il a défendu aux siens de raisonner. Si ses sectateurs ont assez de souplesse d’esprit pour refuser de voir le jour en plein midi, ils peuvent mériter une autre qualification, mais non celle d’inconséquents.

Secrétaire. Est-ce que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue!) n’a pas dans presque toutes les sourates proclamé la résurrection des morts?

Prêtre. Oui, oui. C’est pour celte raison que

A L’ÉVANGILE

les Musulmans ont une difficulté de moins que les Sadducéens pour admettre celle de Jésus. A lui salut !

§ vu.

Muphti. Le babas a laissé les apôtres dans la prison publique. Quel a été leur sort?

PrAtre. « Un ange du Seigneur ouvrit dans la nuit les portes de la prison ; et, les ayant fait sortir, il leur dit : Allez dans le temple, et prèchez-y hardiment au peuple toutes les paroles de cette doctrine de vie. Ils entrèrent donc au temple dès le point du jour, et se mirent à prêcher.

«Cependant le grand prêtre, ceux qui étaient avec lui et tous les sénateurs du peuple d’Israël s’étant assemblés en conseil , envoyèrent à la prison prendre les apôtres. Les officiers s’y étant rendus, ouvrirent les portes; et, ne les ayant pas trouvés, ils s’en retournèrent pour faire leur rapport. Nous avons, dirent-ils, trouvé la prison bien fermée, et les gardes devant les portes. Nous avons ouvert, et n’avons trouvé personne dedans.

« Le capitaine des gardes du temple et les princes des prêtres ayant entendu ces paroles, se trouvèrent fort en peine au sujet de ces hommes, ne sachant ce que deviendrait l’affaire. Quelqu’un survint, et leur dit : Voilà ces hommes que vous aviez mis en prison, qui sont dans le temple et enseignent le peuple. Alors le capitaine des gardes du temple partit avec ses officiers, et les amena sans violence, car on craignait d’être

lapidé par le peuple. Les apôtres furent présentés au conseil.

« Le grand prêtre parla en ces termes : Ne vous avions-nous pas expressément défendu d’enseigner en ce nom-là ? Cependant vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez nous charger du sang de cet homme.

a Pierre et les apôtres répondirent : Il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez fait mourir en le pendant sur le bois. C’est lui que Dieu a élevé par sa droite comme étant le Prince et le Sauveur, pour donner à Israël la grâce de la pénitence et la rémission des péchés. Nous sommes nous-mêmes les témoins de ce que nous vous disons ; et le Saint-Esprit , que Dieu a donné à tous ceux qui lui obéissent, l’est aussi avec nous.

«Après avoir entendu ces choses, les Juifs, transportés de rage, délibéraient de les faire mourir. Mais un docteur de la loi, nommé Gamaliel, qui était honoré de tout le peuple, se levant devant le conseil, commanda qu’on fit retirer les apôtres pour un peu de temps, et dit : O Israélites, prenez garde à ce que vous allez faire à l’égard de ces personnes... Voici le conseil que je vous donne : Ne vous mêlez point de ce qui regarde ces gens-là ; laissez-les faire. Si cette œuvre vient des hommes, elle se détruira; si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire, et vous seriez en danger de combattre contre Dieu même.

« On se rendit à son avis. Ayant fait venir les apôtres, on se contenta de les faire fouetter; on

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leur défendit de parler à l’avenir au nom de Jésus, et on les laissa aller. Alors les apôtres sortirent du conseil, tout remplis de joie de ce qu’ils avaient été jugés dignes de souffrir cet outrage pour le nom de Jésus. Et ils ne cessaient tous les joürs d’enseigner et d’aunoncer Jésus-Christ, dans le temple et dans les maisons. » {Ibid,., v.)

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