‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 23 sur 38 · IX · texte numérisé non relu

IX

Prêtre. Paix et dignité, je vous prie, Messieurs, et écoutez. Un grand ouléma, célèbre parmi nous, ouléma dont les écrits, plus nombreux que ceux de Sciouti (i), font l’admiration des savants; dont la voix éloquente a plus d’une fois retenti sur ces collines dans les églises de l’ancienne Carthage ; dont le nom est en vénération parmi vos frères du pays où les chameaux broutent les jujubiers (2), Augustinus, se rencontre sur notre passage dans notre pérégrination doctrinale sur le terrain de la résurrection. Arrêtons-nous un moment, Messieurs, devant cette figure antique, antérieure de deux cents ans à Mahomet; inclinons nos tètes, et écoutons le saint et docte vieillard. Le secrétaire va trouver son homme.

« Trois choses incroyables se sont réalisées. Il est incroyable que Jésus-Christ soit ressuscité dans la chair et soit monté au ciel; il est incroyable que le monde ait cru une chose aussi incroyable; il est incroyable que quelques hommes sans naissance, sans nom, entièrement étrangers aux lettres et aux sciences, aient persuadé d’une manière aussi efficace au monde, aux savants même, une chose aussi incroyable.

(1) Les Arabes disent que, du jour de sa naissance au jour de sa mort, il a écrit en moyenne soixante pages par jour. Mais les ouvrages qui existent de ce savant sont loin de comporter ce travail.

fa) Arbres qui couvrent la campagne de Bûne.

« De ces trois choses, ceux à qui nous avons affaire refusent de croire ia première; ils sont forcés de voir la deuxième. Celle-ci est inexplicable s’ils n’admettent pas la troisième... Si l’on ne croit pas que les apôtres aient accompagné leur prédication de miracles en témoignage de la résurrection et de l’ascension de Jésus-Christ, ce seul grand miracle nous suffit, que l’univers ait cru ces vérités sans avoir été témoin d’aucun miracle. » ( Cité de Dieu, liv. xxu, ch. 5.)

Cadi. Voilà quelque chose de cdncis et de clair. Ces quelques lignes valent, à elles seules, tout un traité; elles justifient pleinement ce que le babas nous a dit du mérite d’Augustinus.

Prêtre. Ce grand homme était né et avait grandi sous le même soleil que vous; avait bu de la même eati, mangé du même beurre et du même miel que vos pères; mais, plus privilégié que vous, il avait enrichi sa grande âme dans les profondes méditations du livre de la lumière. Son raisonnement, que vous venez d’entendre, était fondé au commencement du cinquième siècle; à plus forte raison au commencement du septième, époque de l’hégire; à plus forte raison encore l’est-il aujourd’hui.

Secrétaire. Le raisonnement d’Augustinus me plaît ; il me sera d’un grand secours pour la défense du Coran. Si Mahomet, dirai-je, a fait des miracles en faveur de sa religion , sans aucun doute elle est divine; s’il n’en a point fait, le plus grand miracle en faveur de l’islam , c’est qu’il se soit établi sans miracles.

A I.’ÉVANGItE.

Prêtre. 11 n’y a qu’un petit inconvénient que le secrétaire va rencontrer à son point de départ: c’est que les armes , et d’autres moyens humains dont Mahomet et les siens ont fait usage, suffisent pour expliquer l’établissement de l’islam. Au premier mot qui sortira de sa bouche, Halte-là! lui dira son adversaire; le mode d’établissement de ta religion ne peut entrer en parallèle avec celui de la mienne.

Page 1