‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 25 sur 38 · S II · texte numérisé non relu

S II

Voulez-vous connaître l’histoire authentique de la conversion de Paul? la voici telle qu’elle a été écrite par un témoin oculaire de ses actes, homme instruit et véridique , saint Luc :

« Cependant Saul , ne respirant que menaces et sang contre les disciples de Jésus, vint trouver le grand prêtre, et lui demanda «les lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait quelques personnes de cette secte, hommes ou femmes, il les amenât prisonniers à Jérusalem.

« II se mit en route. U approchait de Damas, lorsque tout à coup il fut environné et frappé d’une lumière descendue du ciel. Il tomba par terre, et entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit: Qui êtes-vous, Maître? Et le Seigneur lui dit : Je suis Jésus que tu persécutes. 11 est dur de regimber contre l’aiguillon.

« Alors, tremblant et hors de lui-même, Saul dit : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Le Seigneur lui répondit : Lève-toi , et entre dans la ville; on te dira ce que tu as à faire. Les hommes qui l’accompagnaient étaient tout étonnés; ilsen-

tendaient une voix, mais ne voyaient personne.

« Saul se lève; il ouvre les yeux, et il se trouve avoir perdu l’usage de la vue. On le conduisit par la main et on le mena à Damas, où il fut trois jours sans manger ni boire.

« Il y avait à Damas un disciple, nommé Ananie, à qui le Seigneur dit dans une vision : Ananie. Et \nanie répondit : Me voici, Seigneur. Le Seigneur ajouta : Lève-toi, et va dans la rue qu’on appelle Droite; cherche dans la maison de Judas un nommé Saul de Tarse; il y est en prière... Ananie répondit : Seigneur, j’ai entendu dire par plusieurs combien cet homme a fait de mal à vos saints dans Jérusalem. Il est même venu en cette ville muni de pouvoirs , de la part des princes des prêtres , pour emmener prisonniers tous ceux qui invoquent votre nom.

« Le Seigneur repartit : Va le trouver, parce que cet homme est un instrument que j’ai choisi pour porter mon nom devant les gentils, devant les rois, et devant les enfants d’Israël. Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom.

«Ananie s’en alla donc; et étant entré dans la maison où était Saul, il lui imposa les mains, et lui dit : O Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui vous est apparu dans le chemin par où vous veniez, m’a envoyé afin que vous recouvriez la vue et que vous soyez rempli du Saint-Esprit. Aussitôt il tomba des yeux de Saul comme des écailles, et il recouvra la vue. Il se leva, et il fut baptisé... Il se mit aussitôt à prêcher Jésus dans les synagogues, en assurant que c’était le Fils de Dieu.

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A L’ÉVANGILE

Tous ceux qui l’écoulaient étaient frappés d’étonnement, et disaient : N’est-ce pas celui-là qui persécutait avec tant d’ardeur dans Jérusalem les adorateurs de ce nom, et qui est venu ici pour les emmener prisonniers aux princes des prêtres ? » Cadi. Voilà ce qui est marqué au cachet de la vraisemblance, et porte l’accent de la conviction avec soi.

§ III

Secrétaire. Notre auteur cependant est une grande autorité; son nom seul, Edris, veut dire enseignement; et, de l’aveu des savants, il justifie son nom.

Prêtre. Edris nous donne cet enseignement ajouté à tant d’autres sur le même sujet, qu’il en est de vos historiens et de vos commentateurs comme des champignons : les meilleurs sont suspects.

Dziri. Pur ti'oppo , dirai-je, en employant une expression de mon jardinier, l’Italien. La cause de leurs erreurs, c’est la nécessité de recourir au pieux mensonge pour appuyer un système religieux erroné. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à lire sur le bout de l’oreille qu’Edris montre dans son récit. Pourquoi cet anachronisme de quatre ou cinq cents ans, si ce n’est pour justifier le reproche fait aux Chrétiens par les Musulmans d’avoir ajouté à l’Évangile les dogmes de la Trinité et de la divinité d’Aïça?

Pourquoi faire de Paul un chef de sabreurs, si

PASSAGE DU CORAS

ce n’est pour dépouiller l’Évangile d’une prérogative qui lui est propre, et forme à elle seule un si grand contraste avec le Coran : celle de s’être implanté sans violence? Mais peut-être me trompé-je; cette légion de sept cents Chrétiens armés a-t-elle existé, comme Edris le rapporte?

Prêtre. Tout ce que l’histoire sacrée rapporte des Chrétiens, quelque temps après l’ascension de Jésus, c’est qu’au nombre, non de sept cents, mais de dix mille environ, ne formant à Jérusalem qu’un cœur et qu’une âme, ils furent, dans une persécution qui s’éleva contre eux, dispersés en divers endroits de la Judée et de la Samarie. De leur résistance, il n’en est parlé nulle part.

La seule chose dont il soit fait mention, c’est qu’à l'exemple des apôtres, les simples fidèles ne savaient faire que cette réponse : Nous ne pouvons pus. Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. Et, comme eux, ils mouraient en bénissant leurs bourreaux. Les Actes des martyrs, dans l’établissement du christianisme, ne forment pas les moins belles pages de nos annales. Par leur nombre et leur héroïsme, .ils ont même laissé leur nom à une époque : l’ère des martyrs.

§ IV

Secrétaire. Le Coran, auquel on ne rend pas assez justice* lui, aussi juste que fécond, renferme un passage tout à la louange des martyrs chrétiens.

A L’ÉVANGILE

« Par le ciel aux douze citadelles (i), par le jour promis, par le témoin et celui qui est l’objet du témoignage, ont été rnis à mort les habitants de la Fosse, proie d’un feu alimenté par des matières combustibles. Les infidèles étaient assis sur le bord, témoins des tourments qu’ils faisaient subir aux croyants. Ceux-ci n’ont été l’objet de telles cruautés que pour avoir cru au Dieu tout-puissant et digne de toute louange, maître de la terre et des cieux; il est témoin de toutes choses. Certes, ceux qui ont tourmenté les croyants et les croyantes, et n’en ont pas fait pénitence, n’ont à attendre que les tourments de la géhenne, tourments de feu. » (Sourate Famille de la Fosse.)

Prêtre. à quoi fait allusion ce beau passage?

Le Caui, parlant à demi-voix au Muphti : Ce serait bien d’avoir le Commentaire de Ben-lshak.

Prêtre. Comment? comment?

Dzuu. Continue, ô collègue de Tunis!

Cadi. J’ai bien lu les Commentaires dans le temps. Les noms propres ont déserté de ma mémoire.

Muphti. Pour ces détails secondaires, c’est l’affaire d’Abd-el-Rahaman.

Secrétaire. Si ma mémoire s’est quelque part trouvée en défaut, ma bonne volonté et ma franchise, jamais. Voici donc. Le passage fait allu-

(i) Signes du zodiaque où se tiennent les anges, pour repousser les démons qui tentent d’aller dérober les secrets de Dieu. Voir Clef du Coran, p. i3i.

sion aux habitants de pays chrétiens. Le juif Dunaan, petit tyran du pays, leur donna à choisir entre le judaïsme et la mort. Ils optèrent pour la mort. Le roi , après avoir fait creuser une fosse à l’instar d’une fournaise, y fit allumer le feu et précipiter les Chrétiens , au nombre de quatrevingts, moitié hommes et moitié femmes. Ou ajoute : Comme une mère montrait de l’hésitation , son enfant en bas âge laissa le sein, et lui dit : Va, et 11e sois pas du nombre des impies.

Prêtre. L’Arabie a fourni d’autres martyrs, parmi lesquels se trotivent deux noms célèbres : les deux frères Cosmos et Damianus, médecins, natifs de la ville d’Egée. Sur le refus d’adorer des dieux en dehors du Dieu unique , dont le Verbe et l’Esprit concourent à former l’essence, ils furent successivement jetés, pieds et mains liés, <lans la mer et dans les flammes. En étant successivement sortis sains et saufs par protection d’en haut, ils eurent la tète tranchée.

Secrétaire. Des médecins arabes mourir pour attester la divinité d’Aïça!...

Prêtre. Ce ne sont là que des cas isolés. Que ne puis-je, Messieurs, dans des limites de temps moins circonscrites, exposer à vos yeux le tableau des martyrs des autres contrées du monde! Dès le temps des apôtres vous verriez parmi leurs disciples un héros et une héroïne, tous les deux à la fleur de l’âge, devenir, chacun dans son sexe,

A I. EVANGILE

prémices du martyre parmi les fidèles: Etienne, accablé sous une grêle de pierres, expire à Jérusalem, en disant, à l’exemple de Jésus : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché ! Thécla , à Antioche de Psidie, dénoncée et condamnée comme chrétienne pour avoir refusé la main d’un noble et riche prétendant , est successivement exposée aux lions, qui la respectent, et mise sur un bûcher, où elle reçoit la double couronne du martyre et de la virginité.

A Rome, ce serait un empereur en cherche de quelque émotion nouvelle pour son cœur blasé, se promenant la nuit en voiture dans les allées de ses jardins, éclairées par des torches à la forme humaine, d’où s’échappaient des cris déchirants, étouffés par les flammes : c’étaient des Chrétiens trempés dans la poix et la résine, placés de distance en distance, fixés à des pieux qui les transperçaient de bas en haut, leur sortant par la bouche.

Dans l’amphithéâtre de la même ville, beaucoup plus vaste que celui d’Eldjem (i), que vous connaissez, vous verriez de jeunes filles, des adolescents , avertis de leur fin prochaine par les rugissements des lions, des tigres et des léopards affamés , sourire à ce signal de départ , comme à des accents angéliques les appelant au paradis.

Souvent vous verriez ces animaux , oubliant leur férocité, au lieu de se précipiter sur les jeunes

(■ j Ancien Thysdrus, bâti par les Gordiens, partie Est de la régence de Tunis.

victimes, attrayante proie, venir respectueusement leur lécher les pieds et les mains, comme si les rois des animaux voulaient enseigner aux souverains des hommes à reconnaître l’inviolabilité des parlementaires ou témoins du Souverain de la terre et des cieux.

Plus souvent encore vous verriez les bourreaux ou les bestiaires, soudainement convertis par le spectacle de tant de constance et de prodiges, réclamer pour eux-mêmes les supplices dont ils viennent d’être les instruments.

Je vous compterais des milliers de Chrétiens de tout rang, de toute condition , pauvres, riches, philosophes (i), princes (a), magistrats (3), condamnés à la mort ou à l’exil, se soumettre patiemment à la sentence, sans jamais faire le moindre appel à la révolte contre leurs persécuteurs.

En Égypte, dans toute l’Afrique romaine, dans les deux Asies, dans les diverses contrées d’Europe, partout mêmes persécutions, même héroïsme de vertus, mêmes prodiges. Ici, Messieurs, ici, sur ces ruines de Carthage, nous sommes assis sur la terre des martyrs. Il nous serait difficile de prendre une poignée de poussière sans qu’elle renfermât de leurs cendres.

Tournez vos regards vers la colline de Saint- Louis : sur l’emplacement qu’occupe la chapelle de France, se trouvait le prétoire, où les Chré-

(i) I.e savant Apollouius , sous Commode.

'i) Flavia Domitilla, sous Trajan.

(3) Les tribuns Gétulius et Amantius , sous Adrien.

A l’évangile. 175

tiens entendaient leurs arrêts de mort. Sur le versant de la colline, étaient les cachots , dont les noirs vestiges semblent nous redire de mystérieuses horreurs.

An couchant du monticule, près du village de la Malkha ,* voyez-vous ces blocs de pierre dispersés? Là était l’amphithéâtre, rendez-vous ordinaire des martyrs et des bêtes féroces , dignes exécutrices, à -moins d’intervention divine, des sentences de leurs juges.

Ces détails ne peuvent offrir, je le conçois, Messieurs , un grand intérêt à des étrangers ; mais vous serez assez indulgents pour supporter l’ingénu langage de mon cœur attendri : il me semble voir descendre le long de cette colline des processions de nos pèlerins, quittant avec joie cette dernière étape de la vie pour entrer, à travers un flot de sang, dans la barque de l’éternité.

Hier c’étaient douze habitants d’une même ville, huit hommes et quatre femmes; aujourd’hui ce sont cinq autres, parmi lesquels Viva Perpétua, jeune femme de haute distinction, native de Toubourba. Une belle église lui fut dédiée par les Chrétiens : en voilà les ruines sur la plage, entre la chapelle Saint-Louis et la mer, un peu au nord du port Cothon. C’était un ancien temple de Baal.

Demain, ce sera un célèbre pontife, lumière et sel de son troupeau, Cyprianus. Arrivé sur le théâtre de son supplice, près de ces oliviers, au couchant des citernes, il fit compter vingt-cinq

pièces d’or à l’exécuteur qui lui allnit trancher la tête.

Secrétaire. L’ouvrier ne perdit pas sa journée.

Prêtre. Et le saint évêque fit une bonne affaire : quel plus noble usage pouvait-il faire du reste de provision de son pèlerinage , au moment d’entrer en possession de trésors inaccessibles à la rouille et à la main des voleurs? Ce petit rouleau, dont l’enveloppe était un tissu de charité et de miséricorde, dut avoir un autre effet sur le cœur du donataire que de servir à lui procurer du pain.

Muphti. J’applaudis. Aussi le nom d 'étrangers que le babas nous a donné, il n’y a qu’un instant, ne peut-il désormais nous convenir : quand nos livres se rapprochent, nos cœurs peuvent-ils demeurer séparés? Vos martyrs sont les nôtres, puisque le Verbe, pour lequel ils ont témoigné, appartient au Coran comme à l’Evangile.

Prêtre. Vous me donnez une leçon qui vous honore. Je serai fidèle à en tenir compte.

§ VI

Secrétaire. Pourvu que le babas ne compte pas sans cafétiste. Ce qu’il vient de nous dire sur les martyrs, porte un caractère d’invraisemblance : si, dès le principe, on s’est mis de toute part à faire périr les Chrétiens, comment se faitil que le nombre en soit allé toujours croissant ? La race de ces gens aurait dû s’éteindre à sa naissance.

a l’évangile. 177

Prêtre. Un de nos auteurs i'a dit : Le vrai n’est pas toujours vraisemblable. Et deux faits incontestables , la conversion d’une immense portion du globe et l’histoire des martyrs, ne permettent pas de s’incliner devant la tente que l’invraisemblance a dressée au bout du nez du secrétaire : c’est l’horizon ordinaire de quiconque veut absolument juger de tout a priori.

Secrétaire. Les Chrétiens sont donc comme l’hydre de Lerne peinte sur les murs de nos salles de bains : au fur et à mesure qu’on lui coupait les têtes, elles repoussaient plus vivaces.

Prêtre. Ce n’est pas assez. Sous ce rapport, comme sous tant d’autres, l’histoire de la religion de Jésus va plus loin que les fictions des poètes: au lieu d'un vivant pour un mort, le sang des martyrs était une semence de Chre'tiens, selon l’énergique et sublime pensée d’un prêtre de Carthage, que le saint évêque dont nous venons de parler appelait son maître.

Le terme explicatif de tout ceci , c’est que Dieu à voulu, dans le système de la rédemption, renchérir sur celui de la création : dans le premier, il a tout fait de rien; dans le second, du sein de la mort il fait sortir la vie.

Les choses marchant sur ce pied , qu’est-il arrivé? Il ne s’était pas écoulé soixante-dix ans depuis la résurrection de Jésus, qu’en certaines contrées de l’empire romain les temples païens étaient déserts , les villes et les campagnes se trouvant envahies par le christianisme ( i ).

( il Lettre de Pline à Tr.ijan.

Nous ne sommes que d'hier, écrivait plus tard le susdit éloquent prêtre de Carthage aux pontifes romains, nous ne sommes que d’hier, et nous occupons tout : villes, lies , pluces fortes , camps , palais , sénat, forum. Nous ne vous laissons que les temples vides ( I ).

Enfin, Messieurs, la religion chrétienne, contre laquelle les Césars avaient lancé tant de sanglants édits, finit par monter sur le trône des Césars , éclipsant parla splendeur de ses cicatrices l’éclat de la pourpre impériale.

Les dieux de l’empire, en faveur desquels les Chrétiens avaient été immolés par hécatombes, se virent expulsés du premier temple du monde païen, pour faire place au culte des martyrs.

Sur la colline où les pythonisses avaient dressé leurs trépieds, fut placée la chaire de l’autorité doctrinale. Les oracles se turent. L’Esprit-Saint parla par la bouche de Pierre et de ses successeurs.

C’est ainsi, Messieurs, que le Capitole, Kasbah triomphale des empereurs; le Panthéon, sanctuaire commun de tous les dieux; le Vatican, séjour des augures, sont devenus autant de télégraphes des siècles, en permanente correspondance avec le Calvaire.

En nous rendant compte des métamorphoses qu’ils ont subies, ces monuments nous transmettent au travers des temps, écrit sur un arc-en-ciel de sang innocent et de pure lumière, le témoignage

(i) Tertullien, Apologétique , cliap. 37.

a l’évangile. 179

de la mort, de la résurrection et de la divinité du Messie.

Nier un de ces faits ou de ces dogmes, c’est lancer un grain de poussière contre le soleil pour en obscurcir les rayons.

§ VII

Voilà, Messieurs, comme notre religion est toute fondée sur des faits et des témoignages. Jamais il n’y eut un plus grand fait à attester, jamais un plus imposant témoignage.

Au Chrétien il appartient de dire en toute vérité un mot familier à votre bouche : Je confesse ou témoigne (achehet). Etes-vous autorisés à en dire autant? Remontez la chaîne. Quel fait fondamental trouvez-vous au bout? Une fuite (hégire), qui est devenue votre ère. C’est là le fait d’un homme prudent, mais nullement le témoignage de la mission d’un prophète. Ah ! Napoléon I er , dont le nom est demeuré grand parmi vous comme chez toutes les nations du monde, comprenait mieux cette matière. Comme on lui conseillait de se constituer chef de la religion de l’État, il répondit : «Commencez donc par me dire de me faire crucifier. »

Au lieu de la patience et du martyre, quels ont été les témoignages secondaires et les moyens de propagation de l’Islam? Les armes : armes entre les mains du Prophète, armes entre les mains des kalifes; toujours des armes, si la ruse et les menaces restaient inefficaces.

Ruse et menaces ; consultez les ambassades du Prophète auprès des souverains circonvoisins : Héraclius, empereur des Grecs; Kosroès, roi de Perse; Nedjacha , roi d’Abyssinie; Mok’oukY, gouverneur d’Alexandrie ; Mondar, souverain de la Mésopotamie; H’eifar et Abd-Ebni-el-Djeloundi, chefs du pays d’Aoutnon ; H’ouda, roi de l’Yémen; H’areth, chef du district de Damas, etc. Les protocoles de toutes se réduisent à ces mots : Sois musulman , et tu conse/veras saufs ta personne et ton rang. Si tu refuses, l'infidélité de tes sujets retombera sur toi. Les cavaliers arabes ne. tarderont pas à venir te visiter ; ils passeront sur ton ventre , et te moudront les os. Auprès des faibles, l’effet sui* vit de près les menaces (i).

Entre Jésus mourant et ressuscitant pour remplir sa mission, et Mahomet prenant la fuite pour sauvegarder la sienne, ou imposant sa doctrine par l’épée; entre les apôtres donnant leur sang pour attester les fait3 dont ils avaient été té" moins , et les kalifes versant celui des autres comme moyeu de propagande; entre le Christianisme, qui s’est établi parce qui devait naturellement le tuer à sa naissance, et l’Islatn, qui s’est implanté par ce qui aurait naturellement dû l’étendre davantage : la force et les accommodements avec les faiblesses des hommes, il y a tonte la distance du fait de l’homme à l’œuvre divine: du fils d’Abd-Allah au Fils de Dieu.

(i) Voir le Mémoire publié par l'autour sur les Correspondances et les Ambassades de Mahomet.

Dzihi. Bravo (sahah)! En vérité, la famille des obstinés se trouve prise par la tète et par les flancs.

Secrétaire. La famille des fidèles n’a rien à craindre tant qu’elle aura pour retranchement le Coran.

Dziri. Depuis longtemps, miné par la sape, ce retranchement a sauté dans les airs.

Prêtre. Oui, mais les feuillets, mère du livre, sont tombés dans le champ de l’Evangile. Transplantés comme des plantes exotiques, ils étaient demeurés stériles; en rentrant dans leur terrain primitif, ils y trouveront leur complet développement.

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