PASSAGE DU GOBAIS
dans le zubour (Psautier) (i), ou que nous contemplons de nos yeux le soleil à l’horizon , s’ (‘lançant comme un géant pour parcourir sa carrière , nous voyons l’emblème du Restaurateur de l’humanité sortant triomphant du tombeau, couche nuptiale où le divin époux (a) a consommé la fécondation de son épouse, l’Église, après l’affranchissement de sa bien-aimée, accompli sur le Calvaire.
D’après le commentaire, si le firmament annonce ü œuvre, des mains du Créateur , les apôtres publient sa gloire ; ils sont figurés par les astres lumineux suspendus à la voûte céleste (3). De l’une à l’autre extrémité de la terre, de la profondeur des enfers (4) à la hauteur des cieux, rien n’échappera à cette lumière de vie, débordant de son foyer, se communiquant par tant de rayons (5).
Vous avez vu, Messieurs , les ténèbres du paganisme disparaître devant ce soleil levant, comme les ombres de la nuit aux approches des rayons de l’aurore. Vous avez vu renouveler la face de la terre. Ce que vous ne pouvez et je ne puis voir, mais ce qu’un jour il vous sera donné, s’il
(i) Ps. XVIII.
(a) Et ipse tanquam sponsus procédons de thalaino suu. [Ibid.)
(3) Cœli apostoli, sol Christus, tabernaculum Dei Ecclesia.
(4) lu noniine Jesu omue genu flcctatur cœlestium, terrestrium, infernorum.
(5) Et quidem iu omnein terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terræ verba eorum, [Ad Rom., x, 18 .)
A L’ÉVANGILE
plaît à Dieu, de sentir comme je le sens, ou mieux que je ne le sens moi-même, c’est la douce, l’ineffable influence, dans l’intime de vos âmes, de cette lumière qui n’est ni de L’orient ni de l’occident. C’est là vraiment le règne de Dieu.... Laissez-moi , Messieurs, Dieu m’y presse, laissezmoi fléchir le genou et adorer!....
Dziri. Qu’elle vienne, qu’elle vienne, cette hôte royale ! Les tentes sont dressées pour la recevoir.
Le Muphti et le C aui. En challah ! En challnh ! (Dieu le veuille! Dieu le veuille!)
§ IV
Secrétaire. Parmi toutes ces prophéties, je n’en ai vu aucune relative à la divinité du Messie.
Prêtre. En voici une : « Un petit enfant naîtra parmi nous; un fils nous sera donné. Il portera sur son épaule la marque de sa principauté; il sera appeléadmirable, conseiller, Dieu (El). » (Isaïe, ix, 6 .) Est-ce clair, Messieurs?
Secrétaire. Cette prophétie se trouve-t-elle répétée comme les autres ?
Prêtre. Bien mieux que cela : comme elle résume toutes les autres, elle est devenue le nom propre du Messie : Et son nom sera Emmanuel , c’est-à-dire Dieu avec nous. ( Ibid ., vii, 14.)
Secrétaire. Si j’ai bonne mémoire, le babas nous a dit que le nom propre du Messie, c’est Jésus ou Sauveur (Jeçoua). A ce compte, il aurait
deux noms propres différents : un dans l’Ancien Testament, l’autre dans le Nouveau.
Prêtre. C’est que ces noms sont synonymes; oü, si vous l’ainlez mieux, ils s’expliquent l’ufl l’autre : appeler le Messie Homme-Dieu, c’est dire qu’il réunissait les conditions requises pour racheter les hommes ; l’appeler Sauveur, c’est reconnaître qu’il était homme, pour être en mesure de souffrir; et Dieu, pour donner une valeur condigne à ses souffrances.
Aussi l’Évangéliste, après avoir rapporté les paroles de l’ange : « Elle (Marie) enfantera un fils, à qui vous donnerez le nom de Jésus, » a-t-il ajouté : « Tout cela se fit pour accomplir ce que le Seigneur avait dit par le prophète, en ces termes : Une vierge concevra et enfantera un fils, à qui l’on donnera le nom <X Emmanuel. » (Matth., 1,21, 22, 23 .)
Secrétaire. Les chrétiens, j’en fais l’aveu, ne manquent pas de titres à l’appui de leur doctrine. D’un autre côté, le refus des Juifs à reconnaître ces titres est un fait puissant qui proteste contre. 11 est à regretter qu’il ne se soit pas trouvé qu elque personnage indépendant par position, compétent par doctrine et par sagesse , éminent en vertu , qui eût été constitué pour constater la vérité de rapport entre les prophéties et l’événement, en d’autres termes, l’identité entre le Messie des prophètes et celui de l’Évangile : en bonne règle, le
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passe-pôrt doit être contrôlé, et le signalement confronté, au passage.
Prêtre. Il me semble qiie les pretnièrS chfê-* tiens, apôtres et fidèles, étant juifs, offrent uhe garantie passablement satisfaisante; et que le monde chrétien, donnant pour un des principaux fondements à sa foi la relation entre les prophéties et les faits accomplis, relation dont il contrôle tous les jours l’exactitude, est bien un personnage dont la compétence ne peut laisser de doute sur la validité du passe-port.
Mais j’aime, moi aussi, à voir une autorité placée comme trait d’union entre les deux Testaments, pour saluer le Messie à son passage après avoir vérifié ses titres. Louange à Dieu ! cette autorité avait été désignée longtemps à l’avance, et s’est trouvée à son poste.
D’après le Coran, comme d’après le livre des Juifs et d’après l’Évangile, le personnage choisi pour cette mission réunissait au suprême degré les conditions requises; je veux parler d’Iahia (Jean), fils de Zacharie.
Le Coran dit : « Nous avons donné à Iahia la sagesse quand il n’était encore qu’un enfant. Nous l’avons revêtu de tendresse et de candeur. Il était pieux et bon envers ses parents; il n’était ni violent ni rebelle.» (Sourate Marie.) « Tandis que Zacharie priait dans le sanctuaire, l’ange l’appela, et lui dit : Dieu t’annonce la naissance d’Iahia, qui confirmera la vérité du Verbe de Dieu. Il sera grand, chaste, et un des plus vertueux prophètes. » (Sourate la famille d’Imran.)
Malachie, le dernier de la liste des prophètes juifs, annonça de la part de Dieu la mission de Jean en ces termes : « Yoilà que je vous enverrai mon ange , qui préparera ma voie devant ma face. Aussitôt le Dominateur (Messie), l’Ange d’alliance tant désiré de vous, viendra dans son temple. Le voici qui vient , dit le Seigneur des armées. « (Mal., iii, i.)
Dans l’Évangile, Jésus dit à ses disciples:
u Qu’êtes-vous allés voir dans le désert?... Un prophète? oui, et plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il a été écrit : Voilà que j’enverrai mon ange devant ta face, pour préparer ma voie devant toi. En vérité, je vous le dis, parmi les fils de la femme, il n’en est pas de plus grand que Jean- Baptiste.» (Matth., xi.)
«En lui (le Verbe) était la vie, et la vie était la lumière des hommes... 11 y eut un homme envoyé de Dieu , qui s’appelait Jean. 11 vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière; mais il vint pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. » (Jean, i.)
Secrétaire. Les trois livres sont en effet unanimes sur la dignité du personnage : C’est un îles plus vertueux prophètes, paroles du Coran; C’est plus qu’un prophète, c’est un ange, paroles de l’Evangile et du livre des Juifs. Ils sont unanimes sur l’objet de sa mission : Pour confirmer lu vérité du Verbe de Dieu , expressions du Coran ; Pour rendre témoignage à la lumière du Verbe de Dieu , expressions de l’Evangile; Pour préparer tes voies
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ii l'ange d alliance ou Messie , expressions de Malachie, prophète.
De quelle manière lahia vérifia-t-il les titres d’Aïça ?
Prêtre. « Jésus prêchait dans les villes d’alentour. Jean, ayant appris les merveilles qu’il opérait, envoya deux de ses disciples pour lui demander : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devonsnous en attendre un autre ? »
Jésus leur répondit : Allez, et racontez à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : Les aveugles voient, les boiteux marchent , les lépreux sont guéris, les sourds entendent , les morts ressuscitent , les pauvres sont évangélisés. » (Matth., xi.)
Ces paroles, Messieurs, ne sont que la reproduction de celles du prophète Isaïe décrivant les principaux traits du signalement du Messie. (Is., xxxv, 5.) Chacun de ces mots, placés par gradation ascendante, révèle sans doute une vertu divine; mais celui qui termine la période, dut surtout produire un merveilleux effet sur l’esprit de Jean : Évangéliser les pauvres , Messieurs, dit plus, dans un sens, que ressusciter les morts. Ceci peut n’être que l’effet de la puissance; cela ne peut être que l’effet de l’amour.
Jusque-là, l’Orient avait eu ses écoles; mais les leçons données avec parcimonie, et comme à regret, n’étaient accessibles qu’à un petit nombre de disciples capables de flatter l’orgueil du maître. Les quelques vérités qui avaient cours, patrimoine exclusif des sommités, ne descendaient jamais jus-
PASSAGE DG GOIt AN
qu’à la multitude. Les grands, jusque dans leurs erreurs , faisaient corps à part; le paüvre avec les siennes était tenu à distance.
Réjouis-toi, ô pauvre, à l’heureuse nouvelle! Ouvre la porte de ta cabane, et prosterne-toi sur le seuil i le docteur qui vient à toi pouf t’apporter une parole de vie et inscrire ton nom en tête des noms de ses disciples, ne peut être qu’un Dieu descendu du ciel.
Secrétaire. J’attends le témoignage qu’Iahia rendit d’Aiça.
Prêtre. Le fils de Zacharie prêchait. Les populations, entraînées par la force de son éloquenoe et l’ascendant de ses vertus, le prenaient pour le Messie. J’appelle , Messieurs , votre attention sur cette particularité) elle fait ressortir l’autorité du témoignage en en montrant le désintéressement. Or Jean, en parlant de Jésus, fit cet aveu, si peu naturel à l’homme : Cesl à lui de grandir dans l'opinion , à moi de déchoir. (Jean, lu, 3o.) Je ne suis pas digne de délier les cordons de ses sandales. (. lbid. f i.) Pourquoi?
Celui qui vient à moi , existe avant moi. ( Ibid .) Par ces paroles, Jean rend témoignage à la divinité de celui dont il n’est que le précurseur.
« Le lendemain , Jean , voyant Jésus venir à lui , «lit : Voila , voilà C agneau dont le sang ôte les péchés du monde . « ( Ibid .) — Jean reconnaît Jésus comme victime et rédempteur des hommes.
Il a le van en main; il nettoiera son aire. (Matth., iii.) Jésus reconnu pour juge de l’univers. Il amassera son grain dans te grenier; pour la paille.
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il ht brûlera dans un feu qui ne s'éteindra jamais. {Ibid.) Témoignage rendu à Jésus comme rémunérateur de la vertu et vengeur du crime.
Enfin, Messieurs, les disciples de Jean deviennent les disciples de Jésus, tandis que leur premier maître, dirigeant les derniers accents de cette voix qui avait retenti dans le désert, les dirigeant vers le trône, couronne l’enseignement de la vertu par le martyre, avant-coureur du supplice de celui dont il venait de rendre témoignagei