IX
Secrétaire. Suivant nos traditions, c’est lors de son second avènement qu’Aïça en personne doit engager la lutte avec l’Antéchrist et le terrasser.
Prêtre. L’un n’empêche pas l’autre.
Secrétaire, baissant la voix et prenant un ton confidentiel. Est-il vrai, ô babas, qu’Aïça doive alors passer quarante ans sur la terre, se marier et se faire musulman, comme l’annoncent nos traditions?
Prêtre. La dignité de l’Homme-Dieu , le res-
pect même que je professe pour la personne de mon interlocuteur, m’empêchent de répondre aux stupidités dont il se fait l’organe; ce n’est certes pas dans le Coran qu’elles ont été puisées.
Dziri. Le Coran, loin de dire qu’Aïça doive se faire musulman, affirme au contraire que tout Musulman doit croire en lui, sous peine d’être du nombre de ceux dont les visages pâliront au jour dernier.
Muphti. Par le Coran , il est prouvé jusqu’à l’évidence qu’Aïça, parole de Dieu , est Dieu. Dans le même livre il est dit que Dieu n’a ni femmes ni enfants.
Prêtre. Oui> Jésus, à la fin des temps, descendra sur la terre , mais pour y jouer un rôle digne de lui.
Secrétaire. Mais quel est ce rôle ?
Prêtre. Celui de juge. Écoutez comme il s’annonce lui-même dans son Évangile : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, tous les anges formant son cortège, il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui; alors il séparera les uns des ■autres, comme un berger sépare ses brebis d’avec les boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
« Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, vous, les bénis de mon Père; entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde : car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu
A l’ÉVANGILK.
soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais à la rue, et vous m’avez donné l’hospitalité; j’étais nu, et vous m’avez revêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison , et vous êtes venus me voir.
« Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger; avoir soif, et que nous vous avons donné à boire?
Quand est-ce que nous vous avons vu sans gîte, et que nous vous avons retiré dans nos foyers; ou sans habits, et que nous vous avons donné de quoi vous couvrir? Quand est-ce que nous vous avons vu malade, ou en prison, et que nous vous avons apporté des soins et des consolations?
« Le Roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous l’avez fait à l’égard de ces petits, mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.
« Il dira ensuite à ceux qui sont à sa gauche : Éloignez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel , qui a été préparé pour Satan et pour ses satellites; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’ai été sans abri, et vous m’avez refusé l’hospitalité; sans habits, et vous ne m’avez pas revêtu; j’ai été malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.
« Alors ils répondront eux aussi : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, ou avoir soif, ou manquer de logement ou d’ha-
bits, ou malade, ou en prison, sans que nous vous ayons assisté ?
a Alors il leur répondra en disant : Je vous le dis en vérité, autant de fois que vous avez omis de le faire à l’égard de l’un de ces petits, vous avez manqué de le faire à moi-même.
« Alors ceux-ci entreront dans le supplice éternel, et les justes, dans la vie éternelle (i). »
§XÏ.
Dziri. Nous savions déjà qu’au Messie est réservé le jugement du dernier jour. Mais comment pourra-t-il juger sur l’Evangile la conduite des hommes qui ne l’auront pas connu?
Prêtre. Jésus a dit que ce jugement n’aura lieu qu’après la complète promulgation de sa loi. Voici ses paroles : « Cet Évangile du royaume sera prêché par toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations ; et après, la fin arrivera (2). »
Dziri. C’est bien pour ceux qui ont le bonheur d’entendre l’IIeureuse Nouvelle; mais ceux qui sont déjà morts, ou le seront avant que cette prédication parvienne jusqu’à eux?
Prêtre. Ceux qui n’auront connu ni pu connaître l’Évangile, seront jugés d’après leur loi; à défaut de loi, d’après leur conscience, loi obs-
( 1 ) Mattli., xxv, 3i-46.
(a) Ibid., xx, 1 4 .
ctircie par l’homme, mais premier programme de toutes les lois(i).
Secrétaire. Comment expliques-tu, ô babas, ce passage du Coran : « Ceux-là feront partie de la famille des Ecritures, qui auront cru en Aiça avant leur mort, et auxquels il rendra témoignage au jour de la résurrection? » (Sourate les Femmes.)
Prêtre. Je ne suis chargé que de l’explication de mon livre. Le secrétaire, qui est docteur, fils de docteur, élevé parmi les docteurs, doit être compétent pour expliquer un verset du sien. Aussi le prié-je de me dire : puisque tous les Musulmans croient en Aïça comme prophète, le verset aurait-il un sens, si l’objet de cette croyance ultérieure, ce n’était sa divinité? Il est vraiment digne de quelqu’un qui fait le tour du monde de donner la solution.
Secrétaire. O ministre du Patient, soyez assez généreux pour ne pas rouler sur l’arène votre adversaire vaincu! Ceci est le point où, comme votre paternité l’a dit, nous devions nous rencontrer.
Dziri. Valait-il bien la peine de faire tant de bruit? C’est inutile de faire parler la poudre quand on manque d ’arsas (balles).