‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 37 sur 38 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Le Chrétien, au contraire, qui se sent tenir, nonseulement par son âme, mais par sa dépouille mortelle, à l’IIomme-Dieu, dont il est frère et cohéritier; qui sent pour ainsi dire couler dans ses veines le sang versé pour lui sur le Calvaire, ne peut sans rougir perdre de vue sa dignité, ni méconnaître sans outrage celle de ses semblables.

Par le même sentiment qu’il s’estime , s’aime et se respecte, il estime, aime et respecte les autres. De là, Messieurs, les efforts incessants du Christianisme pour abolir parmi vous et partout ailleurs le trafic de l’homme par l’homme, envahissement par la créature du domaine du Créateur ; de là l’ennoblissement d’un sexe dont l’état d’apparente infériorité naturelle est chez vous un décret d’avilissement, chez nous, au contraire, un titre de plus à être entouré d’égards et de respect.

Ce que l’homme prodigue d’égards à la femme, il le retrouve au centuple en prévenances, en affection , en amour ; la famille en paix , en joie ,

en vertu, en honneur ; la société, en charmes, en bonnes mœurs, en progrès, en stabilité; le ciel, en bienheureux. Paix aux hommes de bonne volonté sur la terre, gloire à Dieu dans le ciel , c’est le règne de Dieu !

Parmi les Chrétiens , personne ne peut aspirer au titre de grand qu’à la condition de faire du bien à ses semblables. Un de nos plus grands hommes est un pauvre prêtre qui a mangé chez vous le pain de l’esclavage, a manœuvré dans la barque d’un pêcheur sur les eaux de ce golfe, a arrosé de ses sueurs les versants de ces collines en exploitant, la pioche à la main, la ferme de son dernier maître.

Pourquoi Vincent (c’est son nom) a-t-il mérité d’être rangé, non-seulement parmi les saints, mais parmi les grands hommes ? C’est pour avoir, sur une très-vaste échelle , donné à manger a ceux qui avaient Jairn, à boire à ceux qui avaient soif , et revêtu ceux qui étaient nus.

Chez nous , la femme vertueuse , ce n’est pas précisément celle qui demeure enfermée pour fuir les regards des hommes, ni celle qui ne fait point parler d’elle; mais celle que la calomnie est forcée de respecter, sous peine de se couvrir d’infamie. Voilà l’ornement de la couche nuptiale, sous la cabane du pauvre comme sous le palais du sultan. Cette vertu, vous la trouverez partout, elle court les rues.

Vous parlerai-je de ces autres héroïnes chrétiennes que vous admirez sans les comprendre, les toubibas (femmes- médecins)? Quand vous

A l/ÉVANGlLE.

voyez leurs doigts de lis étancher le sang et le pus de plaies étrangères , leurs lèvres de rose collées, pour ainsi dire, sur des bouches livides, comme pour retenir un reste de vie dont le râle lugubre annonce la fin prochaine; quand vous voyez ces anges de paix descendre et faire descendre avec elles comme un rayon céleste dans les noirs cachots ; quand vous les voyez entrer, faisant naître, par leur présence, le sourire et la joie sur toutes les figures dans les sombres demeures de la souffrance et de la mort; quand vous voyez , en un mot , ces nobles cœurs insatiables de sacrifices, tandis que les vôtres se fatiguent parfois de plaisirs, vous ne pouvez leur refuser votre admiration ; mais sans cesser de les plaindre comme des femmes stériles!

Féconde stérilité ! elle complète la société, qui , sans elles, serait impuissante pour soulager ses misères.

Messieurs, du fond de vos harems ou de vos maqsouras, au haut de cet empirée de la femme chrétienne, mesurez les distances et comblez le vide; vous le pouvez : ennoblissez vos femmes, en commençant par vous ennoblir vous- mêmes.

À mes yeux, comme aux yeux de Dieu, ce n’est pas le turban vert roulé autour de vos têtes qui vous méritera jamais le nom de chérif ; mais, dans vous-mêmes, la noblesse de l’âme; à vos côtés, une femme ennoblie.

Dziri. Que faut-il faire pour obtenir cette noblesse ?

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PASSAGE DU CORAR

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