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Klle se rallia donc à ce qu'on appelait encore la philosophie; mais elle n'en adopta pas tous les principes, elle les combattit même quelquefois dans les choses de morale, celles auxquelles elle avait le plus pensé; car, dès cette époque , toutes ses compositions prouvent un penchant visible à tout ramener au point de vue moral, La critique littéraire même n'est pour elle qu'une occasion d'étudier la nature humaine, et elle puise ses jugements sur les ouvrages d'esprit dans la nature des sentiments qu'ils sont destinés, soit à exciter, soit à peindre. Cette méthode avait alors un grand mérite de nouveauté. Dans la ferveur générale à revenir aux bons principes, la littérature n'avait pas été oubliée , et l'on ne parlait plus que de la nécessité d'imiter en tout les grands modèles , sorte de critique qui consiste à puiser dans les livres la règle des livres, et à donner à l'art pour type les exemples que lui-même a produits. Les femmes se contentent difficilement de cette critique de rhéteurs; on les entend presque toujours juger les compositions de l'ait d'après la réalité ou d'après leur âme, qui est aussi la réalité. C'est peut-être parce qu'elles sont moins instruites ; elles y gagnent d'être plus vraies. Lorsqu'elles s'occupent sérieusement de littérature, et qu'elles ont reçu par privilège la force d'esprit, la \ erve du talent, si elles gardent leur manière naturelle de juger, elles peuvent porter dans la critique une supériorité véritable , et donner à leurs vues littéraires quelque chose du prix et fie l'intérêt qui s'attachent aux ouvrages originaux.
C'est ce qu'on peut remarquer dans la plupart des articles de mademoiselle de Aleulan. La valeur en est souvent indépendante de Toux rage (pii les a suggérés: lors
même qu'ils ne se peuveïit rattacher à des idées générales sur la nature humaine, ils se lient du moins à la peinture des mœurs et du temps. Un choix de ces articles formerait un piquant recueil; quelques-uns pourraient ser\ir à l'histoire de la société en France depuis la révolution * .
La réputation de mademoiselle de ^leulan la faisait chaque jour rechercher davantage dans le monde. Elle s'y montrait autant que le lui permettait son travail ; son esprit s'y plaisait; elle s'y amusait de ses succès de conversation; elle aimait à y chercher, soit une occasion d'observer, soit cette provocation imprévue qui force l'esprit à réfléchir vite et à se développer clairement. Cependant elle sentait partout qu'il manquait beaucoup à sa vie et à son àme. Elle ne sympathisait avec personne. Toujours indépendante et comme étrangère, parfois sauvage, elle avait en elle la conscience d'une force supérieure à tout ce qu'elle faisait , et la vie lui semblait insuffisante. Autour d'elle, sou influence était active et salutaire. Les affaires de sa famille étaient dirigées par ses soins et simplifiées par son travaiL En 1803, elle put marier sa sœur à M. Dillon, en lui abandonnant sa portion d'uu héritage qui leur était commun. Persuadée qu'elle vivrait toujours seule , sûre des ressources de son talent, et portant à l'avenir une confiance qui ne l'abandonna jamais, les actions qu'on appelle ordinairement des sacrifices lui étaient si faciles ([u'il eût été presque injuste de l'en louer. Le dévouement était chez elle la conséquence même de son indépendance ; elle s'étai'- fait
' Uuelques-uns ont été roimprimés en 1802, sous le titre à'Esaais ('e lilléralure ei de morale. Ce petit volume n'a point été vendu.
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uue vie a part; elle pensait avoir comme une mission de tout régler, de tout améliorer autour d'elle, et de ne se compter pour rien , car rien de tout ce qui est ordinaire n'aurait pu lui suffire. Il était juste qu'elle fit tout pour le bonheur des autres; les autres pouvaient si peu de chose pour le sien ! Elle le sentait placé hors des chances communes , et voyait qu'il ne dépendait de personne autour d'elle, pas même d'elle, de le lui donner. Elle le regrettait , ce bonheur qu'elle était née pour sentir , mais elle n'y comptait plus.
Elle se trompait : ce n'était pas une destinée à jamais isolée et sévère qui l'attendait ; par une dispensation rare en ce monde, c'était le bonheur, et tel qu'il le fallait à sa nature. Elle devait obtenir la situation pour laquelle elle était faite. Elle est du petit nombre de ceux que la vie n'a point trompés.
Au mois de mars 1S07, elle était tristement préoccupée; sa sœur venait de perdre son mari; la situation intérieure de sa famille était toute bouleversée, mille soins douloureux l'obsédaient, et sa santé affaiblie la forçait d'interrompre son travail. Tout à coup elle reçoit une lettre sans signature et d'une main inconnue. On a entendu parler de sa position , on ne veut point se nommer , mais on lui propose de se charger, tout le temps qu'elle voudra, du travail qu'elle avait promis au Pithluistr. Elle refuse d'abord, touchée cependant, mais surprise de la proposition; on la renouvelle avec plus d'instance. Séduite par un ton de simplicité et de franchise, elle accepte enfin, et reçoit par une voie secrète des articles qu'elle ne pouvait regretter de publier à la place des siens. Cependant le mystère se prolonge : vainement, ai-
dée de M. Suard, elle s'efforce de le percer. Enfin elle s'adresse à son discret correspondant, le conjure de se nommer, et refuse de continuer cette singulière relation s'il ne lui dit son secret. Il cède alors, il se nomme, et c'est ainsi qu'elle connut M. Guizot.
Tout jeune encore, il était depuis deux ans à Paris. Il y vivait comme enseveli dans l'étude, et se préparait à se faire quelque jour un nom dans les lettres, seule ambition qu'il put alors concevoir. C'était par hasard qu'il avait entendu parler à M. Suard de mademoiselle de Meulan. Touché de l'intérêt le plus légitime, il avait imaginé le projet qu'il vejiait d'accomplir. C'était à la fois un mouvement de générosité et un caprice d'imagination. L'un et l'autre cependant devaient décider de sa vie.
Dès qu'ils se connurent, ils ne tardèrent pas à se lier d'une amitié intime et sérieuse, que resserra d'abord la confiance plutôt que la sympathie. Us différaient en beaucoup de choses , et pour ne parler que de leurs opinions, elles étaient loin d'être les mêmes. L'une, ainsi que nous l'avons vu , s'était attachée en général aux opinions du dernier siècle sans les adopter toutes, et en conservant la curiosité inquiète d'un esprit qui eût voulu chercher ailleurs la vérité. L'autre contenait en lui le germe de toutes les idées qui se sont développées depuis, et qui sont celles de notre époque; mais absolues comme l'inexpérience, hors du vrai comme l'imagination, les cro3 ances qu'il professait à vingt ans, avec un sévère enthousiasme , ne pouvaient captiver du premier coup un esprit clairvoyant, difficile, exigeant comme celui de mademoiselle de Meulan. Pendant longtemps M. Guizot ne
sut que lui plaire sans la persuader, pendant longtemps elle l'aima sans le comprendre. Cependant elle portait dans cette affection un dévouement et une simplicité admirables, et se gardait de supposer que ce sentiment dût jamais devenir le prix et le charme de sa vie entière. Des travaux communs, des services mutuels, des conversations infinies où ces deux esprits apprenaient à se connaître, et se modifiaient en se pénétrant, telle fut longtemps , telle semblait devoir être toujours la relation qui les unissait. 11 devait toutefois venir un jour où une sympathie complète résulterait d'une longue et mutuelle intelligence , et de ce jour leur commune destinée devait être fixée. Ce jour vint en effet, et, cessant de se méprendre à l'affection qui les unissait, ils lui donnèrent son nom véritable. Leur mariage eut lieu le 9 avril 1812.
11 est une sorte de bonlieur dont on ne sait qu'écrire; les expressions manquent, il ne se publie pas. .le trouve dans une lettre de madame Guizot ces paroles : « Je suis » heureuse , la plus heureuse des créatures qu'il y ait sur » la terre (l82l). » Elle disait vrai; du moins elle le sentait ainsi , et le bonheur n'a pas d'autre mesure que le sentiment; il n'existe que par l'impression qu'il produit; toute sa réalité est dans le cœur.
Une situation à la fois heureuse et animée avait toujours manqué à madame Guizot; forcée de choisir, je crois qu'elle aurait préféré l'activité au bonheur; sa raison et cette verve d'action que la nature axait mise en elle lui en faisaient une loi ; cependant nul ne sentait plus vivement, plus profondément les vrais biens de la vie. « Mon parti est pris, dit-elle (luelque part, dès (ju'une » barrière est élevée entre le bonheur et moi ; et je sais
.MADAME CiUlZOT. TiJ
» très -bien maintenant, je ne l'cublieiai plus, qu'on » peut vivre sans bonheur; seulement, (juand il ett là, je » ne supporte qu'avte impatienee tout ee qui !e trouble. » Vous le savez, je vous l'ai dit cent fois, il m'affaiblit , » ou plutôt il est si conforme à ma nature, j'étais telle- » ment faite pour le sentir, que je m'y livre de toute ma » faiblesse. » De telles citations attestent mieux que je ne le pourrais faire cette profonde et entraînante sensibilité qui s'alliait chez madame (juizot à l'austérité de la raison. Elles expliquent aussi quelle influence dut exercer sur elle le bonheur pur des quinze dernières années de sa vie.
Les femmes sont rarement actives sans être agitées, et la forée n'est presque jamais chez elles exempte de roideur. La vérité, et la vérité seule peut suffire, je le crois du moins, à la raison d'un homme; elle peut s'en emparer si complètement qu'elle ne s'en distingue plus, sans emprunter d'autre pouvoir, d'autre charme que le sien. Il n'en est pas ainsi des femmes, il faut que la vérité prenne une forme qui les touche, arrive à leur intelligence par leur cœur, emprunte la voix qui leur est chère, ou se présente sous le nom qu'elles aiment. J)e queU(ue ressort, de quelque énergie que l'esprit de madame Clui/ot fût doué, je doute, si elle eût vécu isolée, qu'il se fût élevé au point où nous l'avons vu ; il \ aurait eu toujovus une sorte de trouble dans sa nature comme dans sa destinée, et quelque inégalité entre ses facultés et ses opinions. La raison ferme et calme de son mari lui fournit le point d'appui qui lui manquait , et porta l'harmonie dans son âme par la double influence du bonheuret de la vérité. Elle n'eut jamais d'autre maître, Jiiais il fut le
sien; et aucun exemple n'a mieux prouve qu'une femme n'est jamais par elle-même tout ce qu'elle peut être ; il importe à sa perfection qu'elle soit aimée et qu'elle soit heureuse.
i\ous avons vu madame Cmizot attachée à la cause de la philosophie du dernier siècle moins par choix que par opposition à des préjugés renaissants. Elle avait d'ellemême , et par le seul instinct de droiture , de pureté , de désintéressement qui la dominait, réformé sur un meilleur modèle ses idées morales; mais en religion, en politique, même sur les questions littéraires, elle flottait encore, n'ayant que des vues et cherchant des convictions, éprouvant un besoin de vérité et de liberté qu'elle ne savait comment satisfaire entre le scepticisme et le préjugé. Ce qui manquait enlin à son esprit, ce n'étaient point les idées , mais les principes. Sa situation nouvelle fut une école; elle y apprit à refaire toutes ses opinions. Elle pénétra dans cet ordre d'idées vers lequel tendent aujourd'hui tous les esprits, où s'apaisent tous les vrais besoins d'une Intelligence raisonnable , où se consomme , sur toutes les questions, l'alliance de la liberté et de la règle , de l'examen et de la foi , de la raison et de la vérité. Elle s'éleva par degrés à ces croyances tutélaires qui éclairent et fortifient, qui font goûter à l'àme le noble plaisir de se sentir tout ensemble affrancbie et fixée, fière de son obéissance et libre dans ses fers.
Les premiers progrès de l'esprit de madame (juizot dans cette nouvelle voie se reconnaissent dans les Anluilv.s (le tcdiication, recueil périodique que son mari avait entrepris et qu'elle a enridii de nombreux articles qui contiennent le germe de son dernier ouvrage. Son
-MADAME GUIZOT. 8i
premier recueil de contes, intitulé les Enfunis, qui parut vers le même temps, est composé dans le même esprit. Cette sorte d'ouvrage est plus difficile que brillante ; il faut être naïf sans puérilité, fin sans recherche; il faut un récit intéressant et cependant simple , une morale élevée et cependant familière. Madame Guizot sut tout réunir , et ses contes sont devenus le modèle du genre. La restauration ouvrit à son mari la carrière des affaires publiques. Madame Guizot put espérer une vie [)lus tranquille, telle qu elle l'avait toujours souhaitée. L'activité lui était nécessaire, mais le travail lui était pénible; elle ambitionnait le repos comme quelque chose d'inconnu. Jamais elle ne l'avait goûté, jamais elle n'avait pu respirer à l'aise, maîtresse de son esprit et de son temps. Penser pour s'éclairer, chercher la vérité pour elle-même , jouir avec attendrissement des affections de famille sans songer au monde ni à la renommée , telle était la destinée qui lui souriait et qui peut-être ne l'eût pas satisfaite ; car, si quelquefois elle trouva sa vie trop laborieuse, jamais elle ne la trouva trop remplie.
Mais le spectacle des affaires, vu de près, préoccupe trop ceux mêmes qui n'y jouent point de rôle, pour leur laisser le sentiment de leur oisiveté. Placée dans une situation toute nouvelle, madame Guizot n'échappa point à un intérêt si puissant. Débarrassée de mille ennuis, de mille soins matériels qui pressaient son esprit et absorbaient son temps, elle fut maîtresse d'observer et de méditer plus librement; de plus grands objets s'offrirent à ses regards. 11 arrive trop souvent que la vie publique rabaisse l'essor de l'esprit , altère la pureté des opinions ; mais on peut douter cependant que celui qui en serait
demeuré toujours éloigné pût bien comprendre , même dans un sens abstrait et général, la vraie nature de l'bomme et de la société , et pénétrer tout le secret de leur destinée sur la terre. La politique réelle modifie, dans l'intérêt de la vérité, la liberté de la spéculation, sans ébranler cbez un esprit élevé la solidité des principes. Bien étudiée, elle atteste à la fois, et elle limite l'empire de la raison sur les choses de ce monde; elle enseigne à quelles conditions s'accomplit cette lente et sûre victoire du bien sur le mal que les modernes nomment perfectibilité.
Pendant environ six ans que dura ce premier essai de la vie des affaires , la politique fut pour madame Guizot l'objet d'une préoccupation que justifiait son dévouement aux intérêts de son mari et à ceux de toute juste cause. Libre pour la première fois de travailler à son gré et de choisir son sujet, elle écrivit un Essai sur les idées de droit et de devoir eonsidcrces comme fomlement de la société, qui n'a pas encore été publié. Il va paraître enfin, et l'on trouvera sans doute qu'il jette une grande lumière sur une question difficile, que la passion et le préjugé ont à plaisir obscurcie*.
Il en est de même d'un essai sur Y Anarchie et le pouvoir qui , bien qu'écrit à une époque beaucoup plus récente, se rattache naturellement au précédent qu'il complète et qu'il éclaircit. On ne peut manquer d'être frappé de ces deux compositions et de la vigueur d'esprit dont elles offrent le preuve. La première , pleine de vues originales
' C'e?t aussi dans ce temps qu'elle coopéra ii la réduction d'un recueil périodi((ue intitulé : Arcliices jwliliques , j^liilosophiques et littéraires, 5 vol. in-8o. Paris, 1817 et 1818.
:madame guizot. s.s
et fécondes, est peut-être quelquefois un peu plus subtile qu'il ne faudrait; mais la seconde se distingue par une netteté, une justesse d'expres^'on et de pensée qui emporte la persuasion. Toutes deux appartiennent à un fond d'idées assez nouvelles, au moins dans leur application à la politique. Elles montrent que madame Guizot éprouvait le besoin, jusqu'ici plus senti que satisfait, d'appuyer réellement celle-ci sur les mêmes principes que la morale. Aussi ne se préserve-t-elle pas toujours d'une sorte de rigorisme, assez justifié d'ailleurs par le relâchement de principes que les publicistes monarchiques ou démocratiques ont tour à tour porté dans ces matières. Ce qu'elle s'interdit avant tout, c'est la complaisance pour ses propres opinions : on sent qu'elle est comme en défiance de ce qni la flatte , et qu'elle ne choisit pas ses principes pour un but, mais pour eux-mêmes. Au reste le bien n'est jamais contradictoire avec le bien, et la liberté n'a rien à perdre à la vérité.
La politique est une des meilleures écoles pour l'esprit. Elle force à chercher la raison de toutes choses , et ne permet pas cependant de la chercher hors des faits. Ce n'est pas, il s'en faut, l'étude la plus diflicilc, mais c'est celle qui, bien conduite, donne à l'esprit le plus de fermeté et de prudence; et celui même qui ne se serait occupé sérieusement que de la politique , en reportant son attention sur d'autres sujets, ne pourrait m.anquer de s'y montrer original et supérieur. Madame Guizot a pu en faire l'expérience.
Au milieu de 1820, son mari sortit des affau-es où ses opinions ne trouvaient plus de place. Ce changement de position les touchait peu : il se perdait dans les revers
l)ien autrement graves qui frappaient la cause à laquelle ils avaient consacré les efforts de leur talent. Il les faisait rentrer dans cette condition laborieuse dont madame Guizot avait paru heureuse d'être affranchie. Mais elle accomplissait si facilement , si simplement ce sacrifice que ses plus intimes amis oubliaient de l'en admirer; on se sentait porté à n'y pas plus songer qu'elle.
Cependant le travail redevenait pour elle une honorable nécessité. Ce qui jadis l'avait aidée à secourir sa mère devait maintenant lui servir à élever son enfant. En 1821, elle publia V Écolier, roman d'éducation, où chaque page atteste l'élévation et la sévérité de sa raison, au milieu des fictions d'un récit animé, naturel et varié'. Ce genre présente d'assez grandes difficultés. Il est à peu près convenu aujourd'hui que la beauté d'un ouvrage d'imagination est indépendante du but moral, et la critique littéraire n'en fait point une des lois de la composition ; mais lorsque le but moral est la raison même du livre, l'esprit est moins libre dans ses créations , le problème se complique d'une donnée de plus. Rien n'est alors plus difficile que d'inventer une fable qui concilie l'intérêt, la variété, la vérité avec la pureté et la clarté de l'idée morale qui doit être toujours présente et toujours visible. Il faut que rien n'en distraie, que tout y ramène , sans que cependant le récit cesse de captiver la curiosité, l'imagination ou la sympathie. Madame Guizot, qui a constamment réussi à résoudre cette difficulté dans la composition de ses contes, est loin d'avoir échoué dans tl-Uol'ur. Cependant c'est la pensée morale
' L'Écolier, on Raoul et Victor, 4 vol. in-12. Oiivmgc couronné en 1822 pnr rAcmit'-mii* fninçniso. comnio \o pliH iililc ;uix mn-iirs.
MADAMK GUlZdT. sr,
plutôt que la partie romanesque qui nous paraît le grand mérite de cet excellent livre. Deux idées générales l'ont inspiré; aussi peut-on remarquer que le récit est double. L'histoire de Raoul a pour objet d'établir l'inviolabilité des devoirs qui résultent des situations naturelles et la légitimité de la dépendance où sont placés les enfants à l'égard de leurs parents ou de ceux qui les représentent. L'histoire de Victor est le développement d'une idée que l'on trouvera exposée dans les Essais sur Ndiication, publiés avec cette notice ' . Pille tend à montrer comment une généreuse nature se rachète d'une première faute et parvient, par des efforts soutenus , à trouver dans le sentiment de sa chute un principe de régénération ; leçon vraie et grande, et qui se rattache à l'idée dont madame Guizot fit la règle de sa conduite et la base de ses ouvrages d'éducation ; c'est qu'aucun mal moral n'est sans remède, et que la nature humaine, même sous le poids d'un tort grave, doit se relever et le peut toujours par ses propres forces.
In épisode de ce même roman, l'histoire de Manc qui, dans le temps, fut très -remarquée par celle des sectes chrétiennes qui applique avec le plus de rigueur à la morale l'interprétation absolue du dogme de la rédemption, me parait rentrer dans la même doctrine, .l'en dirai autant de Nadir, conte charmant qui fait partie du recueil qu'elle publia deux ans après, et dans lequel, mieux peut-être que dans aucun autre ouvrage, elle a su prêter aux leçons de la raison le ^oile et l'attrait d'une fiction agréable et naturelle -.
' Tome 11, p. 69 des Conseils de 7)wrale. - Nouveaucr rnniex , 2 vol. in-13, IS2I?.