‹ Passé et présentChapitre 5 sur 17 · WTRTHER, RENE, JACOPO ORTIS · texte numérisé non relu

WTRTHER, RENE, JACOPO ORTIS

retrace. La poésie, ainsi que tous les arts d'imitation, ne reproduit ou ne doit reproduire que les effets ; le roman explique les causes. Cependant comme il contient toujours une action plus ou moins développée, et qu'en cela il se rapproche du poème épique ou dramatique, on peut le regarder comme un genre mixte entre les ouvrages qui représentent et ceux qui expliquent; c'est à la fois un livre d'imagination et de critique.

Aussi est-ce la branche de la littérature qui a le plus fructifié depuis quelques années : les romans sont peutêtre les livres les plus vrais de l'époque; ce sont assurément les moins comparables. On ne pourrait, je crois, attribuer à aucun autre siècle les romans du nôtre ; et si l'on veut y faire attention , l'on ^ erra que le caractère qui y domine, et l'une des causes qui contribueraient le plus à les rendre presque inintelligibles pour d'autres que nous, est précisément cette exaltation de l'âme audessus de laquelle plane une puissance qui la juge sans la calmer, et la raconte sans la combattre.

Cependant tous les romans ne la reproduisent pas au même degré; elle règne surtout dans ceux qui sont destinés à faire connaître non pas tel ou tel caractère , non pas telle ou telle passion , mais ce désordre d'une âme inquiète et rêveuse, qui relègue AVerther dans un village obscur de l'Allemagne , ou conduit René dans les forêts des \atchez. Cet état de l'âme est souvent incomplet ou peu durable ; mais il n'est guère d'être sensible et pensant à qui il soit entièrement inconnu. Il y a presque toujours dans la jeunesse de l'homme un moment où , pour emprunter l'expression d'un illustre écrivain, un graml ennni saisit /f cmir. Cet ennui provient du dégoût ou du I. ' n

besoin des passions ; il en éloigne et il y ramène. C'est rineertitude d'une àme qui ne sait ce qu'elle doit sentir, ce qu'elle doit choisir de la religion ou de la gloire, de l'amour ou de la mort.

Cette situation morale dure plus ou moins long-temps; il est rare que la légèreté humaine lui laisse prendre un grand développement, un caractère de permanence. Son premier effet est de nous séparer des autres : or, dans le temps où nous sommes, au sein d'un état social qui sait si bien exciter et satisfaire l'égoisme , la délicatesse de nos habitudes, le besoin d'une vie facile ne nous permettent pas long-temps d'abandonner le monde, et nous y rappellent sans cesse, quelque esprit d'insurrection qui nous anime contre son autorité. Celui qui d'abord a ressenti trop douloureusement l'oppression de la société pour ne pas la fuir, aime bientôt mieux recommencer à souffrir que rompre sans retour : il se résigne peu à peu, et bientôt la résignation même finit par lui devenir inutile ; un jour vient où les sujétions sociales ne lui coûtent plus ; soit raison, soit mobilité, il rentre dans les rangs qu'il avait désertés, et s'oubliant lui-même, cesse d'être de ceux qui se révoltent , pour se joindre à ceux qui oppriment. C'est le sort le plus commun : quelques-uns plus forts et moins sensés , chez qui le malaise se tourne en activité, se vengent des hommes et d'eux-mêmes, en tourmentant de toutes leurs forces leur existence et celle de tout ce qui les entoure; d'autres enfin, non moins constants, mais plus faibles, ne pouvant ni se soumettre ni se venger, passent du dégoût au désespoir, et se tuent par désœuvrement.

Parmi les romans destinés à faire connaître des si-

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