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Corporation
88 l'ASSÈ ET PRÉSENT qui nous ont fait quitter le pays. Nous avons vainement lutté, il a fallu leur céder le terrain. »
Outre ces puissances rivales, ces êtres symboliques, il y à encore dans l’ancienne mythologie finlandaise une quantité d'esprits bons ou mauvais, bienveillaats 0 dangereux, répandus dans l’espace; les uns blanc, les autres noirs; les uns brillant comme des flocons de neige ou des étincelles, les autres voltigeant autour des cimetières.
Il y a dans les forêts un être redoutable qui égare le voyageur et fascine le bûcheron. Il apparaît tant sous la forme d’un corbeau, tantôt sous celle d'n chien ou de quelque animal inconnu. Il y en à d'autres qui habitent dans les trones d'arbres et que l’on invoque en allant à la chasse. Il y en a qui, comme les trilbxs d'Écosse, les koboldes d'Allemagne, les tomtegubbar de Suède, protègent le foyer de la famille et les troupeaux des paysans. On les appelle Moohinen. Quand s'installe dans une nouvelle demeure, il faut tächer de se les rendre favorables en leur offrant du pain et du sel, Si on les irrite, ils deviennent très dangereux. N l’on prend soin d'eux, ils rendront toutes sortes de services. Dans l'incendie quiéclata à Stockholm en 1799. on vit ces petits elfes éteindre eux-mêmes le feu d'une maison. Îl y a le long des lacs des musiciens magiques, des nakhi, qui apparaissent sur le rivage avec une harpe d'argent, et, comme les Stræmkarl de la Suède, mélent de douces chansons au murmure des eaux.
Les Finlandais’ croient aussi aux spectres qui garde! les caisses d’or enfouies dans la terre. On leur offre
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EN FINLANDE 89 trois têtes de brebis ou un coq pour les engager à découvrir l'endroit où ils renferment leurs trésors. On les voit parfois la nuit essuyant leurs écus ou leurs dueats et les faisant reluire aux veux des voyageurs. Les Finlandais croient à la monstrueuse Mara, qui se roule sur la poitrine de l’homme pendant qu'il dort et l'empêche de respirer. Ils offrent des sacrifices à Jabuniskka, mére de la Moit, pour qu'elle prolonge
Lleur existence ou qu'elle les fasse mourir au même
endroit que ceux qu'ils ont aimés, et ils ont quelques croyances d’un naïf et charmant spiritualisme. Quand un enfant vient au monde, ils invoquent Junsakha, la jeune vierge qui prend soin des doux petits bébés, ville sur eux pendant le sommeil de leur mère, guide leurs premiers pas et les empêche de tomber.
Quand ils sont blessés, ils invoquent Mchilæinen, l'esprit de la foi, l'oiseau céleste qui peut aller au delà des mers chercher le miel et l'huile dont ils ont besoin, ou prendre au milieu des étoiles le baume divin qui les soulagerait.
Quand ils toinbent malades, ils disent que leur âme est partie pour le pays des morts. Les âmes qui sont là cherchent à la retenir. Si elle cède à leurs sollicitations, selle ne revient pas habiter le corps qu’elle a délaissé, le pauvre corps languit et meurt.
Souvent aussi ils attribuent leurs maladies à un sort que l'on a jeté sur eux, et alors ils appellent à leur secours le trollkarl, le conseiller, le médecin, l’oracle de la famille finlandaise. C'est lui qui retrouve les choses perdues ou volées; c’est lui qui a des remèdes
90 l'ASSÉ ET PRÉSENT
certains pour une quantité d'accidents. Il porte ordi. nairement sur sa poitrine, en guise d'amulette, un « de mort, qui a, dit-on, un singulier pouvoir. La nuit, on le voit errer dans les cimetières, fouiller dans les tom. beaux, invoquer les esprits. Au moyen âge on l'ai brûlé pour tous ces méfaits; à présent on le traite on ami : ainsi va la civilisation. Le trollkarl n'apport auprès du malade ni pilules ni onguent. Le digne homme se soucie peu de la science des écoles, il à science à lui. Il murmure à voix basse des chants cab. listiques, en jetant autour de lui des regards eflares, comme s'il apercevait de mauvais génies. Ces chants dont personne ne connait l'origine, effrayent le démon qui tourmente le malade et le forcent à s'enfuir.
il y a d’autres trollkarls, pour lesquels on n'éprouv qu'un sentiment de crainte. Ceux-là, dit-on, se sont assujettis au diable. Chaque année, avec les. sorcières du pays, ils vont lui rendre hommage sur la Blaakulla, comme ceux d'Allemagne sur le Blocksberg.
Il y a longtemps que la sorcellerie des Finlandais el renommée comme celle des Lapons. Autrefois ils vendaient le vent et la tempête. Un respectable voyageur allemand, qui explorait le Nord vers la fin du dix-seylième siècle, raconte qu'il acheta d'un Finlandais mouchoir où il y avait trois nœuds qui renfermaient le vent. Quand il fut en pleine mer, le premier nœud lu donna un délicieux petit vent de nord-est, qui était précisément celui dont il avait besoin. Un peu plus lon comme il changeait de direction, il ouvrit le secont nœud et en eut un autre vent non moins favorable. Mais
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le troisième nœud produisit une horrible tempète, « et c'était, sans doute, dit le naïf conteur, une punition de Dieu pour les crimes que nous avions commis en faisant Run pacte avec des sorciers! »,
Le mème écrivain raconte que, lorsqu'il visita la Laponie, il trouva là des gens qui avaient une singulière façon de voyager. Quand ils partaient dans leurs petits traïneaux, ils se penchaient vers leur renne et lui disaient tout bas à l'oreille l'endroit où ils voulaient aller. Le renne aussitôt se mettait en route et l’on pouait lui laisser la bride sur le col : il allait droit à son but.
L'esprit erédule et superstitieux des paysans de la Finlande apparait dans plusieurs de leurs coutumes et de leurs traditions. Quand ils tuent un ours, ils l'ap-
bicrtent en grande pompe dans leurs demeures, l'éten-
dent sur une table, lui mettent sur le corps des rameaux d'arbres, des rubans et des fleurs; puis le poète du vilhge prend la parole et lui adresse une harangue en NerS «
€ Cher ours, lui dit-il, ours puissant et superbe, nous te remercions de ne pas avoir brisé nos lances, désarmé nos bras, déchiré nos membres. Tu es venu à nous paisiblement et tu vois avec quelle solennité nous ke recevons. Raconte aux autres ours les honneurs que nous l'avons rendus, afin qu'ils viennent à nous comme
Eli et qu'ils se laissent prendre. »
Après cette allocution, la famille se partage l'ours, et
l. Reise nach Norden, Leipzig. 1706.
92 l'ASSÉ ET PRÉSENT celui qui l'a tué porte une médaille à sa boutonnitre, ou met un clou de cuivre à la crosse de son fusil.
Les Finlandais ont aussi, comme les habitants de k Suède et de la Norvège, des histoires de géants qu bâtissent en quelques jours des cathédrales: comme les Allemands, des histoires de nains qui, dans leur grottes souterraines, forgent les métaux précieux; «, comme les Bretons, les Lorrains, les Francs-Comtoi, des histoires religieuses qui représentent la puissance du remords, la loi de l'expiation. En voici une qui m: été racontée par un prêtre du pays :
Il y avait autrefois dans une paroisse de Finlande mn jeune homme livré à la débauche et à l’impiété. Ni le prières de ses parents, ni les exhortations du pasteur n'avaient pu le détourner de ses funestes penchants. Son oreille était fermée à tout conseil salutaire et son cœur à tout sentiment de vertu. Calomnier les ministres de Dieu, mentir aux hommes, séduire les femmes, tout cela n’était pour lui qu’une distraction. Un jour il « fiança avec trois jeunes filles, les fit venir le soir cha lui, et, après avoir abusé de leur innocence, les en ferma dans un hangar et les brüûla toutes trois.
Personne ne les avait vues entrer chez lui; personne ne savait ce qu'elles étaient devenues, et personne nt lui attribua leur disparition. Mais, quelques jours aprè ce crime, on le trouva étendu sur le seuil de sa porte. le visage livide et le corps couvert de taches bleues. On pensa qu’il avait été, la nuit, en lutte avec ses maitres les démons. Sa mère était une-brave et digne femme. Par pitié pour elle, le prêtre consentit à lui faire ouvrir
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sevelit avec les prières et les cérémonies d'usage, et plus E d'une femme trompée par lui vint jeter, par un senti-
ment évangélique, de l’eau bénite sur sa tombe.
Le lendemain, lorsque le sacristain allait sonner l’Angélus, la première chose qu'il aperçoit c’est le corps de cet homme couvert de son linceul, et debout dans une niche sur le portail de l’église. Il accourt avec effroi raconter cette apparition au prêtre, qui s’imagine que quelques mauvais garnements auront fait cette profanation, et donne l’ordre de remettre le mort dans son cercueil, Mais le jour suivant il est revenu là où il était la veille, et le jour suivant encore; et la porte du cimetire a été constamment fermée. Alors le prêtre comprit que cela se faisait par la volonté de Dieu et laissa le mort dans sa niche. Peu à peu son linceul tomba en hmbeaux, ses membres se desséchèrent, ses yeux fondirent dans leur orbite, et il ne resta qu’un squelette hideux devant lequel personne n’osait passer sans faire le signe de la croix
De longues années s'écoulent. Un soir, dans une joveuse réunion, par hasard on en vint à parler du malheureux jeune homme étranglé sans doute par le diable, et privé du repos de la tombe. Il y avait là un sivant de village, sceptique et moqueur, qui se mit à rire de cette sinistre histoire et paria de faire descendre en un instant le cadavre de son emplacement.
A ces mots, tous les auditeurs se taisent, tous sont aisis d’un sentiment d’effroi, car on était alors dans h nuit de Noël, la nuit miraculeuse, la nuit pleine de
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mystères, où les morts se réveillent dans les cimetion, et sortent de leurs fosses. Mais l'intrépide railleur, jus. sistant dans son idée, appela une servante, une in. cente jeune fille, et lui dit :
« Vois-tu ces trois beaux riksdalers d'argent : je les donne si tu veux aller chercher le corps qui « accolé à l’église et l'apporter ici. »
La jeune fille frémit en entendant cette proposition, L'idée de toucher à ce corps qu'elle n'ose pas mèm regarder en passant l'épouvante. Mais elle est pauvre. Trois riksdalers pour elle, c'est une si grosse sommi! L'éclat, le tintement de cet argent la fascinent. El part, et bientôt revient apportant le squelette. Elle | jette sur le plancher, et le craquement de ses os pr. duit des sons lugubres. On s'approche, on le regardr, on le palpe, puis on ordonne à Catherine de le repor: ter à la place où elle l’a pris. Elle obéit; mais, au mr ment où elle le dresse contre la muraille de l'église, tout à coup il s'anime, la saisit dans ses bras dun comme des barres de fer et lui dit :
« Tu es venue me prendre pour me livrer à la rit et au mépris, il faut que tu expies l’outrage que tu m'a fait : il faut que tu meures. »
La malheureuse Catherine se lamente et appelle à son secours la Vierge et les saints. En l’écoutant ainsi prier. le mort s'attendrit.
« Écoute, lui dit-il, tu peux encore te sauver. Ent dans cette église, tu verras trois jeunes filles à genon devant l'autel : ce sont mes trois fiancées que j'ai hi mourir. Depuis ce jour, je n'ai plus ni sommeil 1
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ce qu'elles m'aient pardonné, Voilà cinquante ans que j'attends en vain l'heure de ma délivrance: va donc les trouver, et demande-leur grâce pour moi, »
Catherine ouvre en tremblant la porte de l'église; la nef est éclairée comme aux grands jours de fête, et sous la voûte résonnent les modulations d’un chant doux et plaintif. Elle aperçoit au pied de l'autel trois jeunes filles couvertes d'un long voile blane, à genoux, les mains jointes, et chantant des-psaumes. Elle s'approche et demande grâce pour le mort qui est à la porte,
« Non, non, s'écrient à la fois les trois victimes, point de grâce pour lui!
— Retourne près d'elles encore une fois », dit le squelette à Catherine, qui est venue avec effroi lui apporter la fatale réponse.
Catherine revient et s'écrie :
€ Faites-lui grâce, si ce n'est par pitié pour lui, au moins par pitié pour moi.
— Non, non! point de grâce! » répondent les jeunes filles.
« Retourne encore une fois, dit le squelette, et si ta prière n'est pas exaucée, c'en est fait de toi pour la vie; cen est fait de moi pour l'éternité, »
Catherine revient, se Jette à genoux, pleure et s'éerie :
€ Faites-lui grâce, je vous en conjure au nom de notre Sauveur! »
Les jeunes filles s’attendrissent, et tout bas murmu-
96 l'ASSÉ ET PRÉSENT rent le mot de pardon. Les chants cessent, les cicrge. s'éteignent, et le squelette se couche dans sa tomb,
Un savant finlandais, M. le docteur Lœnnroth, a vw. trepris de rassembler et de coordonner les trésors pi. tiques de son pays. Pendant plusieurs années il à pur. couru tous les districts de la vieille Suomi: il à ct dans tous les villages, les hameaux, les cabanes isolée, interrogeant le batelier et le bûcheron, le laboureur « la fileuse, et transerivant ponctuellement vers par ver toutes les poésies qui lui étaient récitées, les ancienne et les nouvelles.
Par ses patientes et intelligentes recherches il ei parvenu à publier deux précieux recueils, le Æalewala et le Xanteletar. Le premier est l'épopée nationale, l'épor pée mythologique des Finlandais". Le second est leur an. thologie, une collection de poésies lyriques composées en grande partie par les gens du peuple et chants par le peuple. Le dieu de l'harmonie a vraiment légue aux Finlandais sa harpe mélodieuse, sa kantelete, et il la font vibrer avec amour. Si le long des côtes, dans l'enceinte des villes, le sentiment de l’ancienne poésie s’altère ou s’efface par le contact des étrangers, par l’œuvre du commerce et de l’industrie, dans l’intérieur du pays, dans les provinces de Carélie et de Savola, ce sentiment subsiste encore avec toute sa vigueur et à naïveté primitives. Là, dit M. Lœnnroth, il n’y a peut: être pas une paroisse qui ne compte plusieurs poètes
Ces poètes sont de simples paysans, plus pauvres qui
1. M. Léouzon-Ledue a traduit ce poème en français et y a joint une intéressante introduction. Paris, 1845.
le pauvre dans une atôt, Que modulent vail, le sc réunissen quelque e
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le pauvre Burns. Quelquelois ils improvisent leurs vers dans une fête, dans une cérémonie, et les chantent aussitôt. Quelquefois ils les élaborent lentement. Ils les modulent dans leur pensée, le matin en allant au traail, le soir en se reposant à leur foyer. Souvent ils se réunissent pour composer une même pièce. Si dans quelque canton ils sont plusieurs d'une force à peu près
L iyale, ils s'adressent, comme les bergers de Virgile, ou
les minnesingers de la Wartbourg, des défis poétiques. Is s'assemblent à certains jours sous les lambris enfumés du pærte; leurs amis se rangent de côté et d'autre comme les témoins d’un tournoi, et la lutte commence, Chacun des concurrents doit tour à tour et sans hésiter prendre la parole. La facilité avec laquelle il répond à son adversaire est surtout ce que l’on ad-
Lmire. Les suffrages des auditeurs ne sont pas pour celui
qui chante le mieux, mais le plus longtemps. Quelquelis le combat dure toute la soirée et se continue encore pendant la nuit. IS célèbrent ainsi leurs joies et leurs regrets, leurs rèves d'amour et de tristesse, Ils disent leurs travaux et leurs chasses, et s’il est arrivé près d'eux quelque événement, ils le racontent dans ous ses détails. Ils sont les chroniqueurs du district, ils font, comme Loret, la gazette en vers sans aucune prétention littéraire, sans la moindre apparence de blue sockings. Les femmes aussi expriment en strophes musicales leurs diverses émotions.
La plupart de ces poésies sont tristes. Elles sont nées sous un ciel sombre, au bord d’une mer tourmentée. Paintives et timides, si parfois elles résonnent avec
On PASSE ET PRÉSENT
force, c'est Ja douleur même qui les fait vibrer ainsi: c'est le cri aigu de la souffrance qui leur donne 1 accent énergique.
Le premier chant du Kantelelar est comme le pr. logue de ces hymnes mélancoliques.
« La harpe, dit l’auteur de ce chant, a été commen. cée avec le souci et finie avec le chagrin. Ses touches ont été façonnées dans les jours de douleurs, ses flanrs dans les jours d'orage, ses cordes filées avec angoisse, ses vis échelonnées dans l’affliction. Voilà pourquoi mn harpe n'exhale point de sons joyeux; voilà pourquoi elle ne répand pas la gaieté autour d'elle. »
À cet exorde succèdent de nombreuses élégies : l'él. gie de la jeune fille en deuil.
« Pourquoi mes yeux sont-ils fatigués? Pourquo mon âme est-elle sombre? Mes veux sont fatigués, mon âme est sombre, parce que j'ai tant pleuré sur ceux qu sont morts, parce que j'ai porté le deuil de ceux qu sont partis.
« D'abord mourut mon vieux père. Je le pleurai per. dant, un an. Puis ma mère mourut. Je la pleurai per dant deux ans. Puis mon jeune fiancé, Je le pleurer tous les jours de ma vie.»
Plus loin, les regrets de la femme qui a quitté so pays natal.
« Qu'a-t-on pensé de moi, qu'a-t-on dit quand a m'a vuc prendre un époux hors de mon pays, tourne le dos à ma demeure? Sans doute on s’est demandé s je vivais trop bien au foyer de mes parents, si mon repos était trop long et mon sommeil trop doux.
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«A présent, me voilà sur une autre terre, dans des D lieux inconnus.
«Mieux vaudrait trouver un peu d'eau dans mon pays, que de boire sur le sol étranger la meilleure bière dans une eruche d'argent.
€ Si je pouvais avoir, comme tant d'autres, un cheval à atteler à un traineau, si je pouvais avoir un harnais ‘4 des rênes, je prendrais les rênes d’une main légère, je voyagerais en toute hâte, et je ne nr'arrêterais pas
B avant de voir les champs de Savolax et la fumée du toit de mon père. »
Plus loin, la touchante effusion d'une mère qui herce avec joie son enfant, et tout à coup se sent le cœur serré par une douloureuse appréhension,
LE « J'aime à chanter pour mon enfant. Je cherche waiement de douces paroles pour mon petit trésor. Faut-il lui dire un chant de nourrice, où un chant de bergère que ma mère m'a appris quand elle m'asseyait devant sa quenouille? Je n'étais pas plus haute que son rouet, je n'atteignais pas au genou de mon père.
€ Mais pourquoi répéterais-je les chansons de ma rand'mère, ou celles de ma mère? J'en ai moi-même ait plusieurs. Sur chaque sentier j'ai trouvé un mot : ur chaque bruyère j'ai pensé à un sujet; j'ai pris mes es sur chaque branche de la forêt; je les ai recueillis ur chaque buisson.
«La gelinotte est belle à voir sur la neige, l'écume tblanche sur le rivage. Plus beau est mon petit garbn: plus blane est mon petit Amour.
«Le sommeil est à la porte et demande : N'y at-il
pas ici un doux enfant au maillot, un joli garçon dans son lit?
« Viens, heureux sommeil, près de son berceau: en. lace l'enfant. Mets-toi sous sa couverture.
« Balançons, balançons le petit fruit des champs, berçons la légère feuille des bois. C’est un enfant que j: berce, c’est un berceau que je balance. »
Mais, hélas! celle qui lui a donné le jour, comm elle sait peu si l'enfant qu'elle berce ainsi sera sa joie dans l'avenir, son soutien dans la vieillesse !
Non, jamais, malheureuse mère, tu ne dois attendre ton soutien de l'enfant que tu élèves.
« Bientôt il Le quittera. Il ira loin avec ton espi.
rance. Peut-être sera-t-il soldat, exposé au tranchant des armes, au feu du canon! Peut-être deviendrat: l’eselave des riches! »
Dans ce duché de Finlande, où l’on ne compte guir que dix-huit cent mille habitants, il n’y a pas moin de trois langues, très différentes l’une de l’autre. Mi leur divergence ne produit point une confusion comm} dans la tour de Babel. Toutes trois restent en bn accord sur le même sol.
Le peuple garde son idiome finlandais, agréable à en tendre, riche en voyelles et en diphtongues, si souph et si flexisle que d'une seule racine on compose ut centaine de dérivés.
L'idiome des conquérants, le russe, est enseigné dan les écoles. Mais la langue dominante, la langue adni: uistrative, littéraire, c’est le suédois, implanté là de puis des siècles, résistant à la propagation comme «
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livres et suédois. ] kanteletc logie fin suédois Länstrom, de Topeli deux vrai:
Heureu:
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te gite SOIR tre. Mar n comn}i t en bon
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igné dans ue adm té là de omime tl
EN FINLANDE 101 notre cher Canada le français à la pression de l'anglais.
«Cette belle langue suédoise, sonore comme l'airain, a dit Tegner, noble et virile, langue de l'honneur et des héros, érans och hielternare sprok. » La plupart des livres et des journaux qui paraissent en Finlande sont
| suédois. En suédois ont été traduits le Kalewala et le
Kanteletar. En suédois Ganander :
logie finlandaise, et Castren ses curieux voyages. En
écrit la mytho-
suédois sont publiées les dissertations littéraires de Länstrom, de Cyynaeus, de Tengstræm, les nouvelles de Topelius, les œuvres de Franzen et de Runeberg, deux vrais poètes.
Heureuse Finlande, où nul vent révolutionnaire ne
L dévaste les foyers, où nulle fatale innovation ne détruit
ls bonnes coutumes des aïeux, où il n'v a pas d'autres combats que les innocents combats des poètes modulant
l'un en face de l'autre leurs vers idylliques.
În'y a pas plus de trente ans qu'un écrivain hongron, publiant un livre sur le caractère et les institutions tk sa terre natale, lui donnait le nom de terra incognila. Elle a été longtemps en effet, sinon inconnue, au moin peu connue, cette poétique contrée de Hongrie, cette royauté des Arpad consacrée par un saint à qui le paye décerna le titre de souverain apostolique, cette monrchie constitutionnelle qui dès le commencement di douzième siècle à eu sa magna charta, cette arène illustrée par tant d'héroïques combats. Elle à été pa connue de la France même, cette région à laquelle « lie étroitement plus d’une page de l'histoire de France. cette région où Charlemagne subjugua les hordes satvages des Avares et répandit les premiers germes du christianisme, où Godefroi de Bouillon conduisit st fervents chevaliers à la conquête de Jérusalem, où l descendant de Charles d'Anjou, le petit-neveu de notr saint Louis, s’assit sur le trône de saint Étienne, où 1805 Napoléon [‘, l'empereur des Français, signait un traité de paix avec l'empereur d'Autriche,
Les annales de l'humanité sont comme ces voleur
qu'en r'aisc
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qui atürer de leur fo sont éteint
l'une sur lente actic surface; q les profon
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É linéaments
Vienne, du Les stat
qui attirent tous les regards quand la flamme s’élance de leur foyer, et dont on cesse de s'occuper lorsqu'ils ont éteints, où comme les couches de terrain entassées l'une sur l’autre, soit par des cataclysmes, soit par la lente action des siècles. Le passant n’en voit que la surface; quelques intrépides géologues en sondent seuls
ls profondeurs.
Dépossédée comme l'Irlande de son antique indépendance, unie à l'empire autrichien comme la verte DNYTUIS, Érin à la couronne britannique, la Hongrie en perdant ions de AR «on sceptre à par là mème perdu son importance, du ognita, M moins aux yeux de ceux qui ne considèrent un pays au moins MR qu'en raison de la place qu’il occupe dans la mappemonde ie. cette MR de la politique et de la diplomatie. Ainsi que la Bohème, | Le pape LR pendant des siècles la mâle et vivace Hongrie a eu son © monur. M diadème. Elle a traité de puissance à puissance avec les ent du BR souverains étrangers. Elle a fait la paix et la guerre. e arène Æ Ainsi que la Bohême, elle est englobée aujourd'hui été pe dans le large assemblage des possessions de l'Autriche. quelle s En 1527 elle remettait sa couronne à Ferdinand I. France, BR Pendant plus de deux siècles elle attira encore l’attenles saue BR ton de l'Europe par ses luttes contre les Tures, puis mes du AR l'Europe l’a délaissée. Maintenant elle n’occupe qu’une sit ss place secondaire dans le programme habituel de nos n, où k Æ cudes. Plus d’un géographe de Londres où de Paris le notre BR ua sur ce beau pays que de très incomplètes notions.
e, où «il Elu fond de nos latitudes il nous apparaît en vagues
rit on MR linéamients, dans une sorte de pénombre au delà de Vienne, du côté de l'Orient.
vole Les statistiques de Schwartner et de Fényes nous
U nl
ont cependant révélé les variétés de productions, l« richesses matérielles de la Hongrie ; plusieurs voyageur allemands, français, anglais, en tête desquels il faut placer M. Paget et miss Pardoe, nous ont décrit se beautés pittoresques et quelques-uns des traits lu plus saillants de sa physionomie nationale. Mailàth « Mednyansky nous ont raconté ses anciennes légendes,
et nous avons entendu vibrer la Iyre de ses poètes de.
puis le galant Kisfaludy jusqu’au mélancolique Kol:. man Toth, jusqu'à l’ardent Petæf. Le chemin de fer qui relie aujourd’hui Szegedin, Pesth et Presbourg à Vienne, les bateaux à vapeur qui sillonnent le Danul et la Theiss, les nouvelles voies de communication qui s'ouvrent de tous côtés dans les diverses provinces de la Hongrie, serviront plus promptement encore que ces publications à raviver au loin le nom et la gloire de h terre des Magyars. Dans le mouvement de locomotion imprimé au monde entier, des légions de curieux « laisseront aisément entrainer vers cette attrayante contrée. Ils voudront la voir, ils s’y arrêteront et l'anwront.
Les Hongrois, qui ont aspiré à la reconstitution de leur pays en royaume indépendant, avaient pour eu une raison de statistique assez imposante. Dans les vastes contours de cette ancienne monarchie on tal lerait plusieurs duchés et plusieurs royautés d’Allinagne. Le territoire hongrois est plus étendu que cehi de deux grandes puissances européennes : de la Grande: Bretagne et de la Prusse, plus étendu que celui du Ir novre, dé la Saxe, du Wurtemberg, du Portugal, de
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SOUVENIR DE LA HONGRIE 10 Sardaigne, de la Bavière, de la Toscane réunis en un mème cadastre. On y compte 10 millions d'habitants, mais il est de nature à en contenir et à en alimenter vingt millions.
Au nord et à l’est, la chaine des Carpathes arrondie en demi-cerele lui fait une ceinture de granit ; au sud, il est séparé des États soumis à la domination musulmane, par le Danube et par la Save; à l’ouest, il touche à la Stvrie et à l’Illyrie; au sud-ouest, il est borné du
| coté de l'Adriatique par un rameau des Alpes qui des
hauteurs du Saint-Gothard se prolonge à travers le Tyrol, la Carinthie, la Carniole et la Croatie.
A travers l’espace renfermé entre cette ramification des Alpes et les sommités gigantesques des Carpathes se déroule sur un vaste espace le sol de la Hongrie, çà ct là surmonté encore de quelques collines, çà et là si plan qu'on dirait un bassin aquatique, surgissant au soleil après une longue inondation.
Le Danube, ce roi des fleuves de l'Europe, la traverse du nord au sud. La Theiss, navigable comme le Danube, \ serpente en de longs détours. Plusieurs autres rivières
E l'arrosent sur divers points, c'est la Drave au cours im-
pétueux qui prend sa source dans l'Illvyrie, la Save qui après de nombreux circuits va s'épancher sous les murs de Semlin, la March, la Kulpa, la Temes, la Maros et hi Waag, dont le nom latin (vagus) indique les capriceux mouvements. Sur une partie au moins de leurs marcours, ces rivières portent des bateaux. Quelques travaux hydrographiques suffiraient pour en arrêter les
lbordements et pour en faire, à l'aide de la vapeur,
106 PASSE ET PRÉSENT d'importantes voies de communication. Une quantité de ruisseaux jaillissant des grottes rocailleuses des mon. tagnes, se déroulant comme des tresses d'argent sur ki pente des collines, vont de côté et d'autre vivifier Lx champs du laboureur, égayer les jardins du magat, jusqu’à ce qu'ils se rejoignent comme des veines épars à l'artère vitale de leur sol, au puissant Danube. Pour celui qui d’une main étroite ne renferme pont la science géographique dans l’aride alignement d'un sèche nomenclature, pour célui qui veut scruter le mouvement et l’action du pays qu'il observe, qui veut k voir palpiter à tous ses degrés dans les sombres enceintes
de ses montagnes, dans le fécond mouvement de se à
cours d’eau, dans la culture de ses sillons, dans le producti:as spontanées de la nature et les œuvres de l’industrie, quelle variété d’études à travers ce panorann de la Hongrie!
En regardant la situation de la Hongrie entre le 4f et Le 50° degré de latitude, on pourrait croire que « royaume des Magyars jouit dans toute son étendue des privilèges des climats tempérés. Mais chacun sait que li température d’un pays se modifie considérablement selon certains accidents de terrain. Au delà du 45° degré de latitude, à une élévation de cinq cent trente-trois pieds, le thermomètre Réaumur baisse d’un degré. A un élévation de mille pieds, la végétation est en retard de dix ou douze jours sur celle de la zone inférieure. Par l'effet de ces différentes lois physiques, la terre de ki Hongrie étonne l'étranger par ses contrastes. À la ein du Tatra, le Chimboraçco de cette contrée, étincell
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Leur ne recueille que difficilement une maigre récolte
d'avoine et de pommes de terre. Souvent ses semailles sont glacées par un froid subit, et souvent, comme le
pauvre cultivateur au foyer duquel nous nous somines
assis, bien loin de l'Europe centrale, à Muonioniska, au delà du cercle polaire, le paysan d'Arva à qui une neige fatale enlève tout espoir de moisson fauche les ipis de ses sillons avant qu'ils aient jauni.
Mais à quelques lieues de là, déjà le sol est plus propice et le climat plus doux. Quelques lieues encore, t les regards se reposent sur une terre fertile. En un trajet rapide on peut toucher ainsi aux deux zones les plus dissemblables : là-bas, la zone boréale, froide et pauvre, comme les provinces septentrionales de la \orvège, hérissée comme ces provinces de forêts de «pins, assombrie par de longs hivers; ici, les riches campagnes où le blé ondoie comme en pleine Beauce, où les tiges de maïs étalent comme en Lombardie, sous les rameaux chargés de fruits, leurs grains d’or et leurs panaches d'argent; ici, les joyeux coteaux, où se gonflent ces grappes savoureuses dont on distillera le noble vin de Tokay, jaune et pur comme un rayon de soleil.
Pour le peintre et le poète, quelle quantité de tabeaux imposants et de scènes curieuses, au sein de “es montagnes escarpées et sauvages comme celles des Hautes-Alpes, dans ces bois où l’homme ne péuètre que de loin en loin, où les arbres vieillissent et
meurent comme au milieu des forêts vierges, dans ln cavités de ces mines, où toute une population humain descend, comme dans les Cordillères, comme dans ln entrailles de FOural et de la Suède, à plusieurs cer. laines de mètres au fond des grottes ténébreuses, Pour y chercher le filon d'or, la veine de cuivre, de plomb, de fer, qui sont une des richesses de la Hongrie. Ni de ces régions qui étreignent et quelquefois terrifient h pensée, nous voulons retourner à d’autres points de vue : voici les frais vallons de la Waag, les détours on. dulants de la Theiss, les rives majestueuses du Danube: voici les champs paisibles où s'allongent les villages hongrois avec leurs maisons blanches, construites comme les isbas des villages russes sur un modèle unifornx, dominées par trois ou quatre édifices vers lesquels « dirige la pensée des paysans attirés tour à tour pur l'élégante habitation de leur seigneur, par la demeure du notaire qui règle leurs affaires matérielles, par l'école où ils ont appris à lire, par l'église où ils ont dévotement prié, puis aussi par le modeste cabaret où de Joyeux danseurs se réunissent aux Jours de fête. Près de là voici les Poustta, ces longues plaines silencieuses comme les steppes du Don, où des bergers pas sent des mois entiers, seuls avec leurs bestiaux, comm les pâtres des antiques tentes patriarcales, où dès son enfance le fils du paysan hongrois apprend à saisir le cheval indompté, et s’élance sur sa croupe à travers les pâturages, comme le gaucho des pampas. Quiconque n'a point passé là quelques jours ne peut se faire unt idée de l'impression qu'on éprouve au milieu de ces
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