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prairies, où nul oiseau ne gazouille, où nul arbre ne se balance au souffle du vent, où l'on ne voit à l'horizon vaporeux, à l'horizon lointain que le verdoyant espace, morne et muet comme le désert, infini comme l'Océan. L'émotion que J'ai eue dans une de ces excursions à travers les Pouszta de la Hongrie, je ne l'ai retrouvée qu'à trois mille lieues de distance, dans les immenses solitudes de la Plata!.
Hors de ces terrains qui donnent à la Hongrie de nombreux bestiaux et des chevaux à l'œil de feu, aux naseaux fumants, aux jarrets de fer, comme le cheval biblique de Job, nous rentrons dans la zone fécondée par le travail du laboureur, embellie par la fortune des magnats. Çà et là le long des rivières, dans l'enceinte leurie des vallées, sur la crête des collines, s'élèvent des châteaux seigneuriaux, les uns conservés avec soin d'âge en âge, ou construits récemment par un riche propriétaire, et resplendissant d'un luxe prineier, les autres dégradés par le temps ou dévastés par les guerres aviles, fiers encore et superbes dans leur décadence, comme ces chênes au tronc colossal qu'un coup de foudre a découronnés. À les voir de distance en distance dans leur sombre isolement, on dirait des bornes milliaires plantées sur la route orageuse de la nation
hongroise, ou des jalons historiques. A la structure de leurs tours, à la brèche de leurs remparts se rattachent des dates mémorables, et par leurs ruines ils racontent les luttes des jours désastreux. Quelques-uns sont illus-
1. Mme Adam a fait la plus intéressante description de la Pouszta dans son grave et charmant livre: /a Patrie hongroise, Paris, 1884.
110 l'ASSÉ ET PRÉSENT trés par de vaillants combats, d’autres par de tou. chantes légendes de religion ou d'amour. Pas un du gothiques manoirs des rives du Rhin n'a le pittoresque aspect de ces châteaux hongrois de Betzko, Thebet, Forchenstein, Stresano, Arva, Trennechin, posés comme des nids d’aigle à la pointe des rocs nuageux. Pas in n'éveille dans l'esprit plus de nobles souvenirs que celui de Hunyad, ce héros de la Hongrie, ou celui d Vissegrad, cette forteresse des Arpad, ce sanctuaire lit. téraire de Mathias Corvinus, le roi-savant, le poëte. Pour lethnographe et le philologue il y a de eu. rieuses questions à étudier dans cette diversité de races qui sont venues successivement s'établir en Hongrie «t y ont conservé leur type distinct, leur idiome national, leur culte particulier ; race slave de différentes tribus, ace valaque et grecque, race allemande industriens et laborieuse, race juive, livrée à toutes sortes de tra. fies, puis des Français et des Italiens, puis ces horde nomades de Bohémiens dont rien n’altère ni les mœurs ni la physionomie, dont les habitudes vagabondes, le caractère, se perpétuent à la porte des grandes villes comme une amère raillerie, et au sein des œuvres et des progrès de la civilisation comme une impassible négation. Au-dessus de ces différentes peuplades est la race dominante, la race des Magyars, autre problème que nul savant n’a pu encore résoudre. On sait qu'elle est venue de l'Asie, ce berceau de l'humanité, cette véritable vagina gentium. Mais on ignore son vrai pont de départ. Comme un torrent elle envahit au neuvième siècle le sol de la Hongrie, la subjugua et se l'appro-
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SOUVENIR DE LA HONGRIE 111 pria ; mais la source de ce torrent, comme la source réelle du Nil jusqu'à présent, nul explorateur n'a pu la découvrir. La langue des Magyars, loin d'aider à l'éclaireissement de cette question d'origine, en complique encore les difficultés; elle ne ressemble à aucune autre langue. Ainsi qu'un voyageur, dit M. Mailàth, qui va par delà l'océan dresser sa tente dans un autre hémisphère, loin de son foyer natal, loin de ses parents, seul de son nom et de sa nation, cette langue est seule en Europe, sans affinité aucune, ni avec les
Bidiomes slaves, ni avec les idiomes scandinaves, germa-
niques, grecs ou latins, seule dans cet immense océan philologique, et se rapprochant tout au plus par quel-
Lques vagues analogies des idiomes finnois.
Pour l'historien quel vaste champ à parcourir que celui des annales de Hongrie, où tour à tour apparassent les Grecs, les Celtes, les Marcomans, les Daces, où s'élève l'édifice régulier de la domination romaine, où tout à coup flamboie l'éclair sinistre du glaive d’Atlila, où successivement on voit défiler dans le tourhillon de leur marche impétueuse les Huns, les Goths, ks Slaves, les Gépides, les Avares, où plus tard telatent tant d'actes de courage, tant de guerres civiles, hélas! mais aussi tant de nobles combats contre les ennemis de la chrétienté.
Quand on parle à présent de la Hongrie, on ne se rappelle pas assez les immenses services que cette valureuse nation a rendus dans des temps périlleux à l'Europe occidentale. Au quatorzième et au treiuème siècle, elle arrêtait l'invasion des Mongols et des
Tartares, puis elle se jetait vaillamment dans sa lutte |, plus terrible, dans sa lutte contre les Tures. Pendun plus de trois siècles elle a été la digue contre laquelle venait se briser le débordement des légions muni. manes, le rempart qui protégeait l'Allemagne, peut. être la France et Pitalie. Fidèle à sa mission, elle continua avec ardeur, souvent sans appui. Terrasse et mutilée, elle la continuait encore, Le premier roi de la dynastie des Arpad était un saint, le dernier de eut dynastie périt dans la fatale plaine de Mohäcs ave vingt-huit magnats, un archevêque, sept évêques qu l’aidaient à défendre l’étendard chrétien.
La Hongrie a été en partie occupée par les musul. mans, ainsi que l'Espagne par les Maures. Ainsi qu l'Espagne, elle a refoulé hors de ses domaines les fa. rouches ennemis de sa foi. Mais les Maures répandiren en Espagne le goût des lettres, des arts, et y bâtirent de nombreux édifices, Les Turcs au contraire n'ont lai que ravager la Hongrie et n'y ont rien construit. ln stallés pendant un siècle et demi dans la forteresse & Bude, à leur départ ils n’y laissaient que des ruines un tombeau et des bains. Ainsi que l'Espagne dans si diverses phases de victoires et de calamités, la Hongri a eu ses héros. Son Hunyad, qui tant de fois épouvanti le pacha, qui à l'âge de quatre-vingts ans repremi encore les armes pour courir au siège de Belyrade, n'est-l pas digne d’être chanté comme le Cid? Mais à l’époque où il se signalait sans cesse par sa bravoure inflexible et ses nobles vertus, le temps des cheval.
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hrisé dans le monde entier le nom de Rodrigue de Pivar, et les Hongrois gardent seuls le souvenir de leur lampeador.
In'est pas difficile de connaitre l'histoire de Hongrie, crâce aux livres excellents qui la relatent. Il n’est pas difficile de visiter les principales villes de ce pays : les sont reliées lune à l'autre par un chemin de fer ou par de grandes routes, et l'on y trouve des hôtels de premier ordre. I n'est pas difficile non plus d’observer la haute société hongroise : elle unit à toutes les qualités de la civilisation moderne des pratiques traditonnelles d'hospitalité qu'on ne retrouve à présent en Europe qu'au cœur de la race slave, à Pétersbourg et à Moscou. Ce qui est plus difficile, c'est de pénétrer dans l'intérieur de la Hongrie, d'étudier l'état de ses campagnes et le caractère de son peuple; car, pour se rendre d'un village à l'autre, il faut se résigner à se laisser longtemps cahoter dans une rude voiture sur des chemins raboteux, erevassés, dont nulle main laborieuse N'a jusqu'à présent aplani les aspérités, comblé les onières, Dans la plupart de ces villages il faut porter tee soi son lit et ses vivres, car, à moins qu'il n’y ait lune main seigneuriale ouverte cordialement à tout ‘ranger, on ne trouvera dans le cabaret du lieu qu'une cuisine misérable et une couche de foin.
Mais il y a un livre superbe, le livre de M. le baron L, de Pronay, qui, par un texte excellent, par des peinlues d'une exactitude parfaite, nous révèle précisé- Ment lune des faces les moins connues et les plus cuuses de la Hongrie, la physionomie, les mœurs du
peuple, de ce peuple fidèle au passé, qui depuis un temps immémorial garde autour de ses dieux pénates les traditions, les habitudes, le langage et jusqu'au vi. tement de ses pères. C’est là qu'est la véritable Hongrie des anciens temps, e’est là qu'il faut la chercher, L'ou. vrage de M. de Pronay nous la montre telle qu'elk existe encore dans son rustique appareil, dans son lon. nète simplicité, dans ses jours de labeur et ses nav réjouissances; là les fêtes de la moisson et des ven. danges, iet aire agreste où Fon bat le blé, et le pätr solitaire des Pouszta, et des scènes de pêche et d chasse avec leurs divers incidents, puis les marchantk et les ouvriers de li campagne, puis les Bohémiens qu par leurs figures bronzées, leurs cheveux noirs et plat, nous ont plus d’une fois rappelé les visages indiens de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud, pui les marchés de Pest, où, »rès des habitations les pli élégantes, des magasins les plus splendides, on est s surpris de voir un assemblage d'hommes et de femme d'un aspect si primitif,
Si cet ouvrage détermine quelques oisifs touristes oi quelques studieux observateurs à s'en aller voir eur mêmes sur les lieux ces images singulières que le des sinateur leur a représentées, que M. de Pronay leur i décrites, nul d’entre eux, j'en suis sûr, ne regrettera di voir consacré quelques mois de sa vie à ce voyage. Pl d'un, après avoir véeu quelque temps dans la demeure du riche où dans la demeure du pauvre en Hongrie, tr
la quittera qu'à regret, en répétant avec une pen affectueuse cette strophe de l'hymne du poëte Koleser:
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« Que Dieu bénisse le peuple hongrois, qu'il le soulienne dans ses travaux, qu’il le protège de son glaive dans les combats! Puisse ce peuple avoir enfin d'heureux jours! 1 a tant souffert! Il à tant expié les fautes du passé 1»
« Que Dieu soit avec toi, à ma patrie, dit un autre poète hongrois, terre de braves, que Dieu soit avec toi!
« Douce vallée, vaste ceinture de montagnes, berceau de mon enfance, sanctuaire de mes rêves de Jeunesse, je m'en vais bien loin, bien loin. Puissé-je, si jamais
je reviens, te retrouver calme et florissante!
«€ Tes montagnes ne s'élèvent point si haut que les
| Aipes de Suisse couronnées de leur diadème de neige,
cles prairies ne sont point riantes et fleuries comme celles qui s’épanouissent sous le ciel de la Provence. \ais que m'importe la grandeur gigantesque ou la richesse d'une autre contrée! C’est ma patrie que j'aime!
cest pour elle que palpite mon cœur!
ÇA chaque peuple un don de Dieu. À chaque foyer un souvenir. À la Grèce les éclatantes commémorations de l'art et de Ta poésie; à Rome la couronne de lunivers; à la France les fanfares de ses victoires: à toi, ù ma patrie, le souvenir de tes glorieuses infortunes !
€ Champs de bataille à jamais célèbres! rives du Dahube où les Hongrois se signalèrent par tant de mervalleux exploits! Le fleuve du Danube qui,'de la forlresse de Bude, descend vers la plaine immortelle de Nohaez, n'est-il point, à ma chère patrie, le fleuve de les larmes? »
Souvent, par les veux de la mémoire, je la revois cette chère Alsace, telle que je l'ai vue quand elle était mn des remparts, une des guirlandes, un des trésors de h France, quand personne ne pouvait imaginer qu'elle nous serait enlevée. Dès le jour où j'appris à la con naitre, je l’aimai. En la quittant, je désirais y revenir, et que de fois j'ai repris le chemin de cette attravante région! Que de rèves juvéniles j'ai promenés sur le rives du Rhin et de VIII, la jolie rivière qui a donné son nom à l'Alsace‘! Que d’heureuses excursions j'ai faites dans la vallée qui s'étend de Strasbourg à Bâle! Y a-til une autre plus belle, plus fructueuse, plus int: ressante ?
D'un côté, les cimes ondulantes des Vosges; de l’autre, les teintes bleuâtres de la Forèt-Noire. Entre ces deux chaînes de montagnes, un jardin de fleurs «! de fruits ; les plantes employées par l'industrie du tisserand et du teinturier; les plantes alimentaires; les
1. Au septième siècle, Alsatia; au huitième, Elsasse, El, l'ancii nom de l’Ill, et Sazse, ancien mot allemand qui signifie habitant (br quole, l'Alsace, p. 1.
plantes « vigne, le et les pl Pas une M. Grad, le labour A trav dominent eà et là d les tours de toute longues t tabac, le varnies d le verger Trois dicton; tr une plain Ces mo légendes
du paysar cœur, le t
Plusieur ls vertus phénomèn