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ont toujours l'air de nous prendre en pitié, et nous appellent des hérétiques. Ce landsrichter, te souvienstu de ses dédains un jour qu'il est venu loger chez nous? On eût dit que notre maison n'était pas digne de le recevoir, Et cet officier, n'ai-je pas vu comme il s'admirait au dernier bal de la ville, en nous disant de fades valantertes à ma cousine et moi? Quant à monsieur, ajouta-t-elle en se retournant gracieusement de mon côté, il est évident qu'il est venu iei pour étudier; lorsqu'il à ouvert sa malle, le domestique à vu qu'elle était pleine de livres allemands, et hier soir il lisait Schiller.
— Ma fille a raison, s'écria le digne aubergiste, ce landsrichter est un vilain homme, Je ne sais comment j'avais fait pour l'oublier, et vous, monsieur, vous ne pouvez être un voyageur dangereux puisque vous lisez Sehiller. Envoyez votre passeport à Munich, restez ici jusqu'à ce que vous le receviez, et, soyez tranquille, la police de Cobourg ne vous dira rien, car je la connais. »
A ces mots il vint me prendre la main, et la jeune fille sortit sans me donner le temps de la remercier. Le lendemain elle partait pour allef passer un mois à la campagne. Je ne devais plus la revoir. J’appris seulement qu'elle était chérie de tous ceux qui la connaissaient, et qu'elle s'appelait Marguerite. Depuis ce temps j'ai toujours aimé le nom de Marguerite.
Quand je fus seul dans ma chambre, livré à moimème, et récapitulant tous les événements de cette journée, je sentis Ss'éveiller en moi je ne sais quel vague désir de scandale et de vengeance, et ma pre-
14 PASSÉ ET PRÉSEN mière pensée fut d'écrire une lettre dans les journaux, Je me disais qu'une offense faite au passeport français ne devait pas rester impunie: je me disais, d'un autre coté, que la petite persécution que je venais d'éprouver pourrait bien me donner une très jolie réputation de martyr, Je me rappelais Péelat produit, quelques années auparavant, par emprisonnement de M. Cousin : je me croyais tout aussi malheureux que M. Cousin, et peut-être l'étaisje beaucoup plus. Déjà je voyais les journaux disserter sur mon arrestation et le publie s’émouvoir au récit de mon infortune, Le ministre des Affaires étrangères adressait à notre ministre à Munich des instructions spéciales à mon égards a Bavière faisait des excuses; le gardien des frontières et le Tands: richter se frappaient le front el se repentaient de m'avoir méconnu, ét du haut de ma grandeur future j'envoyais un témoignage de reconnaissance à lt jeune fille qui était venue à mon secours, Bref, je bâtissais sur ma mésaventure de quelques heures des rêves de vanité et de fortune, comme Perrette sur son pot au lait, et je mr'endormis dans la contemplation de mon avenir. Le lendemain, je m'éveillai aux rayons du soleil qui brillaient à travers les rideaux, Le ciel était pur, Pair frais et embaumé, Des tiges de liseron, grimpant le long de la muraille, semblaient monter jusqu'à moi pour me montrer leurs calices bleus avec leurs perles de rosée; à l'angle de ma fenêtre, une hirondelle bâtissait son nid ; au pied de la maison, je voyais passer les paysans des environs, avec leur longue redingote et leur honnête physionomie, et devant moi’ ’apercevais