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COBOURG I les coteaux bordés d'arbres à fruits et chargés de vignes, J'oubliai au même instant mes vaines idées d'ambition fondées sur un ridicule espoir de scandale. J'envovai tout simplement, comme mon hôte me Favait conseillé, mon passeport à Munich, puis je sortis pour voir ce que je n'avais pas encore vu, les élégantes maisons de campagne et les riants jardins qui entourent Cobourg, etje ne sentis plus que impression d'une nature bienfaisante qui console et vivilie,
Cobourg (1835) est une ville de huit mille âmes, sans université, sans établissements scientifiques, par conséquent dépourvue de lintérèt qui s'attache même à quelques-unes des plus petites cités de PAllemagne, à léna par exemple, à Giessen, à Erlangen. De plus, elle est située hors des grandes routes du Nord et du Sud. On ne passe point par là en allant à Berlin ou à Vienne, à Cologne ou à Dresde. Ce n'est ni une ville d'industrie, ni une ville de bains, ce qui est encore la meilleure des industries. La population se compose de rentiers, de fonctionnaires attachés à la cour où à Padminisration, et d’un assez petit nombre de marchands et d'ouvriers, Aussi n'y trouve-t-on point ces construclions élégantes qui s'élèvent à la suite d'une spéculation heureuse et d'une fortune rapide, La rue du Château seulement à un air de nouveauté séduisant et coquet: les autres sont ce qu’elles étaient il y à quelque cent ans; mais il y a dans l'isolement de cette ville, dans son repos habituel, dans son silence, un charme indéfinissable, et les sites qui lenvironnent sont si pittoresques et si beaux qu'on ne se lasse pas d'y revenir
et de les contempler, La ville est bâtie en partie dans la plaine, en partie sur la pente inclinée d'une colline, au pied de deux montagnes parsemées d'arbres, de pâturages, de champs féconds., Au sommet d'une de ces montagnes on aperçoit un vieux château qui tombe en ruines; au sommet de Pautre, un jardin, un pare, un palais gothique, bâti récemment, léger et gracieux comme un édifice du moyen âge. Du haut d'un de ses balcons dentelés on découvre à la fois la chaine du Thuringerwald, les plaines de la Saxe, les champs de la Bavière. J'allais souvent errer le long des verts senliers qui côtoient cette montagne, au milieu des larges allées de chênes qui l'ombragent, autour des murailles de son château, dont les fenêtres à ogives, les tourelles et les colonnettes étaient pour moi comme le symbole rajeuni d'un autre temps au milieu d’une nature loujours jeune et toujours belle,
Entre les deux montagnes s'étend une large vallée arrosée par une rivière limpide, verte et féconde comme un enclos de la Touraine, calme et riante comni l'asile idéal d'un poète, C'est là que s'élève le château de Rosenau, la demeure favorite du grand-duc, C'est là qu'un jour, dans une de mes promenades vagabondes, J'aperçus deux enfants revètus d'un pantalon de toile, d’une veste bleue, et travaillant à bâtir sur un tertre de quelques pieds de hauteur une forteresse de gazon. Je ne me doutais guère que ces enfants oceuperaient bientôt toute la diplomatie européenne; qu'un d'eux deviendrait le mari de la reine de Portugal et l'autre le mari de la reine d'Angleterre.
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Une partie de ma Journée se passait ainsi à m'en aller sur la montagne où dans la plaine, abandonnant ma course au hasard, et me détournant à chaque pas comme un écolier pour voir un rumeau d'arbre chargé de fruits, un champ de blé ou un insecte,
De retour à Pauberge, après ces excursions aventureuses dans cette charmante contrée de l'Allemagne, je retrouvais avec joie mes livres de prédilection qui n'avaient suivi dans tout mon voyage, qui nr'entretenaient encore de FAllemagne et n'en faisaient aimer fa crâce mélancolique et le génie. Quelquefois mon hôte venait tout doucement frapper à ma porte et me de mandait la permission de s'asseoir auprès de moi, H avait fini par perdre toute défiance à mon égard, el par me prendre décidément sous sa sauvegarde, IE venait done d'ordinaire, dès qu'il avait lu sa Gaiette d’Augsbourg. pour me raconter, dans toute l'expansion de son premier élonnement, les grandes nouvelles de France et d'Allemagne, Puis, quand il'avait épuisé son arsenal politique, il me parlait de sa fille, comme S'il cüt compris que plus d'une fois au fond du cœur je songeais à elle, et que plus d'une fois déjà j'avais resretté de ne plus la voir.
Une semaine s'écoula ainsi, et ma vie était st bien remplie que je ne songeais nt à chercher une nouvelle distraction, ni à fure la moindre connaissance. Le dixième jour, je reçus avec une très aimable lettre de M. le comte de Vaudreuil, notre ministre à Munich, mon passeport, augmenté d'une nouvelle bande de papier revètue de trois nouveaux visas. [me parut qu'il arrivait
bien vite, J'avais presque oublié que je devais partir, J'allai dire adieu aux sites que javais le plus souvent contemplés, comme à des amis avec qui Fon à eu de longs et doux entretiens, et dont on s'éloigne en sonscant que vraisemblablement on ne les reverra jamais. Je fis ma malle à regret, et je nr'approchai avec une véritable tristesse de mon hôte, pour lui serrer encore une fois la main :
« Attendez, me dit-il, j'ai quelque chose à vous remettre, »
[ouvrit une armoire et en tira un livre soigneusement enveloppé :
@ Tenez, ajouta-t-il, voilà ee que ma fille m'a chargé de vous donner quand vous partiriez, »
C'était un exemplaire d'Hermann et Dorothée, Sur la premiére page, Marguerite avait écrit : «€ Nouvenezvous de PAllemagne, où les femmes défendent l'étranoer quand les hommes Foppriment ». Je serrai ce livre contre mon cœur, et sentis une larme rouler dans lies Yeux.
J'avais vingl ans.