La tante du ministre de Charles X
Faibles moyens! Non point par lesprit ni par | maintien, car, dans tous ses désastres, Brummel con. serve encore la verve, l'élégance qui ont fait son suce dans les salons de Londres.
Mais l'argent, ce cher et terrible argent que l'on con. voile, que lon maudit: Pargent, cette idole, ce male. lice, cette force vitale, ce pouvoir dangereux: larger dont tant de riches font un st lamentable usage, et qui serait pour tant de pauvres un instrument béni! le ben Brummel en a besoin. En vertu de son engagement avec le banquier de Calais, 11 ne pourra plus recevoi que le quart de son traitement, environ 2000 francs Comment faire pour vivre avee un st chétif revenu dans une grande ville comme Caen, selon sa dignité de con. sul? Le voilà forcé de recourir à de nouveaux expedients.
[a une profonde répulsion pour tout ce qui n'es pas essentiellement aristocratique. Un homme pour le. quel il devait avoir des égards Finvite un jour à dine à trois heures :
€ Merci, répond le fier dandv, je ne dine pas à l'heure des bourgeois. »
Les difficultés de sa situation maitrisent ses dédains, I y avait à Caen un Anglais nommé Armstrong, qui joignait à un commerce d'épiceries diverses opérations financières. Brummel va le voir et en obtient un pril d'argent, puis un second, puis un troisième, cette foi en lui donnant en gage sa montre avec sa chaine.
Dans ses perpétuels embarras il conçoit lespoi d'obtenir un emploi plus lucratif que celui dont on li
‘esprit hi pal le
s. Brummel con.
nt fait SON Stcepx
ent que lon con ‘idole, ce male.
Lereux ; l'argent ble usage, et qui ent béni! le bear SON engagement ra plus recevoi mn 2000 francs, él revenu dans | dignité de Col NOUVEAUX EX pe.
put ee qui n'es homme pour le.
un Jour à din
ne pas à l'heure
ent ses dédains,
Armstrong,
qui 2rses opérations obtient un pri ième, cette fox sa chaine.
oncoit l'espoir lui dont on là
maufié. Pour v parvenir il emploie un malheureux
moyen: il adresse au ministre des Affaires étrangères an rapport dans lequel il démontre Fabsolue inutilité du consulat de Caen, Lord Palmerston le remereia de on honnête découverte, supprima la place en lui en promettant une autre et ne lui donna rien,
Par cette suppression de son consulat, Brummel était complètement ruiné. A ceux qui auraient pu lui prêter quelque argent, 1 n'offrait plus aucune garantie, et ceux dont il était déjà le débiteur devenaient impibvables. À Ta requête de son créancier de Calais, 11 fut wrèté, conduit en prison par des gendarmes et, pour onble d'humiliation, incarcéré dans la méme salle que les vagabonds et les malfaiteurs de toute sortes il \ passa trois jours, dont le souvenir, longtemps après, ke faisait trembler, Grace à Fintervention d'un magisrat, il fut délivré de cette horrible cohabitation et partagea lt chambre d'un journaliste détenu pour délit politique. De T1 adressait lettre sur lettre à toutes ls personnes de qui il pouvait espérer quelques se- “ours. Enfin, ses amis d'Angleterre se cotisérent pour laffranchir de sa dette et pour lui constituer une rente annuelle de 120 livres sterling (5000 franes). Par une sage précaution, la moitié seulement de cette somme ‘tait mise à sa disposition pour sa loilette et ses menues dépenses: l’autre moitié devait servir à payer régulièrement son logis et sa nourriture à l'hôtel d'Angleterre.
Des le lendemain de sa libération il retourna dans plusieurs des maisons qu'il fréquentait habituellement,
afleeta de S'y montrer gai et confiant.
Ux6 P'ASSÉ ET PRÉSENT
Mais il faisait un difficile effort, La prison avait pro. duit sur lui un effet terrible, Quand on lui en parlait, il portait la main à sa tête et disait :
@ J'ai recu là un coup dont je ne me reléverx junais, »
Rapidement il déelina, Na figure viedlit. Son intel wence el sat mémoire s'amoindrirent, en vint à ou: blier les choses auxquelles naguère encore attachait le plus grand prix. Lui qui avait toujours été st soigneux
ede sa personne, si coquettement paré, fui qui n'aurait pas supporté le moindre faux pli à sa cravate blanche, la plus petite tache à ses bottes vernies, on le vovait sortir avec du linge en désordre et des habits en loques, Les enfants le suivaient dans les rues en se moquan de Jui, Son tailleur, un magnanime tailleur, disait :
« J'ai honte de voir dans un état si malheureux un homme si distingué qui aura une belle place dans l'lustoire, Je ne puis lui donner de nouveaux véte-
ments, mais je voudrais qu'il me confit ceux qu'il | porte délabrés, et je les réparerais à mes frais. » De plus en plus les facultés physiques et morales d |
Brunnnel diminuèrent, I n'allait plus voir les funilles ff anglaises qui lui restaient attachées et, dans toutes ses peines, lui avaient donné des marques sérieuses & d'affection. Après diner, allait s'asseoir dans un pe: üit calé obscur, ou restait au logis inerte, abattu. Dans ce morbide état, un souvenir, une scène fictive lui donnait parfois une nouvelle animation. | A certains jours, dit son biographe, M. Jessie, 1l songe qu'il doit organiser chez lui une soirée pour les
enr er
MASON avait prolui en partait, e me relever Hit. Son intel:
Len vint à ou.
re 1 attachait le été si SOIUTIOUX lui qui n'aurait ravate blanche, es, on le Vovail abits en loques, en se moquanl leur, disait :
malheureux un Île place dans DOUVOAUX veledial ceux qu'il S frais. »
s el morales de oir les familles , dans toutes ‘ques sérieuses Mr dans un pe.
», abattu.
ie scène fictive on.
, M. Jessie, il
SOirce pour les
{personnes distinguées qu'il a connues autrefois. Ior-
donne alors à son domestique de ranger son appartement, d'y placer une table de jeu, d'allumer des boues. I cherche dans son armoire la cravate la plus propre, le gilet le mieux conservé et s'habille avec un soin minutieux, comme en son beau temps. Tous les préparatifs étant achevés, le domestique, debout près de la porte, annonce à haute voix d'un ton solennel :
« Madame la duchesse de Devonshire! »
Aussitôt Brummel se précipite vers la grande dame, ct, lui faisant Le plus gracieux salut :
«€ Ah! chère duchesse, dit-il, quel honneur pour moi et que je suis heureux de vous voir! Asseyez-vous, je vous prie, dans ce fauteuil, C'est un présent de la duchesse d'York, si bonne, si généreuse, Et vous savez qu'elle est morte, »
En prononçant ces mots, la les larmes aux veux.
Le domestique annonce a princesse Bagration, bord Worcester, lord Alvanley et plusieurs autres, Noueux saluts, nouveaux compliments du maitre de Maison, puis les questions courtoises et les aristocraliques entreliens.
A dix heures, le valet, qui a bien appris sa leçon, dit que les voitures sont avancées, La soirée est finie, les visions disparaissent et Brummel retombe dans sa lorpeur,
Bientôt son cerveau est plus gravement atteint, D'un commun accord, les personnes qui s'intéressent à Jui décident qu'il faut le transporter à lhospice du Bbon- Nauveur, un admirable établissement fondé en 1750
par Anne Le Roy, la fille d’un marchand de Caen, « administré par des religieuses. On ne parvient pas sans peine à opérer cette translation. Le pauvre malade s’imagine qu'on veut le conduire en prison et proteste violemment.
« Je ne dois plus rien! s’écrie-t1l, mes amis ont payé toutes mes dettes. »
On le met de force en voiture; mais à peine a-ti franchi le seuil de la religieuse maison, à peine at-il vu la bienveillante physionomie de la supérieure, qu'il remercie ceux qui l'ont amené là et leur demande pardon de sa colère.
On l'installe dans une jolie chambre, que Bourienne, l'ancien condisciple, l'ancien secrétaire de Napoléon, avait habitée après les diverses vicissitudes de son exislence, et où 11 était mort, Brummel y à vécu plusieurs mois, bénissant chaque jour les soins assidus, les attenions délicates, linaltérable mansuétude des sœurs auxquelles il était confié.
Le 29 mars 1840, 1l s’éteignit doucement, Il avait soixante-deux ans, et depuis vingt-quatre ans il vivait de la charité de ses amis,
Ainsi finit l'existence d’un homme qui, sans avoir fut une œuvre d'art ou de littérature, ni accompli un acte de dévouement, ni remporté une victoire ou donné un exemple de vertu, avait été admiré, célébré et, qui plus est, aimé. Pourquoi? Parce qu'il avait une figure agréable, des formes élégantes, une hardiesse qui allait
parfois jusqu'à l'impertinence et une façon particulière
de s'habiller,
id de Caen, et vient pas sans auvre malade on et proteste
mes amis on
à peine à-lpeine at-1l vu eure, qu'il remande pardon
que Bourienne, de Napoléon.
»s de son exisvéeu plusieurs idus, les attendes sœurs aux-
ment, El avait ans il vivait
ui, Sans avoir i accompli un oire ou donne élébré et, qui ait une figure esse qui allait ph particulière
O gloire humaine!
Alfred de Musset, qui fut aussi un beau, mais un beau de génie, à dit :
« Ce que j'ai de meilleur au monde, c'est d'avoir quelquefois pleuré. »
Ce que très probablement Brummel a eu de meilleur dans les péripéties de sa destinée, c’est le repos qu'il a trouvé dans la religieuse communauté de Caen, sous le loit de l'hospice du Bon-Sauveur.
Dans les hautes régions de la société anglaise, l'his- Loire du beau dandy Brummel apparait comme une lueur fantastique, comme une étoile filante ou plutôt comme un de ces feux follets des contes populaires qui fascinent les regards du passant, puis s'éloignent, pàlissent et s'éteignent dans l'obseur vallon.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable,
Je me rappelle ee vers proverbial en lisant l'hisloire de lady Hamilton, qui, de même que Brummel, alla, dans sa détresse, chercher un refuge à Calais. Etrange histoire, entachée de tristes incidents. Si rigoureux qu'on soit pourtant, on ne peut la lire sans un sentiment de commisération pour la frèle créature dont elle nous retrace la rapide existence, pour cette pauvre lille sans guide et sans appui, soumise dès son enfance à tant de rudes épreuves, exposée à tant de séductions.
Emma Lyon était née dans une cabane de paysans. Son père mourut lorsqu'elle était encore en bas àge, Sa mère n'avait pour vivre que son travail. Elle ne pouvait l'envoyer à l'école; elle ne pouvait pas même lui faire
apprendre un métier. La pauvre petite devait gagner son pain par la servitude. Elle fut bonne d'enfants dans un village, et à Londres servante dans une boutique et dans une auberge, puis exhibée comme un phénomène par un rhéteur qui faisait en public des dissertations sur la plastique et l'esthétique.
C'était en effet un phénomène, cette fille de paysans longtemps ignorée dans son état de domesticité, un phénomène de beauté, de grâce et d'intelligence naturéelles. Elle avait une aptitude particulière pour les beaux-arts.
Sous le patronage de deux artistes distingués, qui avaient fait son buste et son portrait, elle en vint à dessiner avec un vrai talent.
Elle était avide d'instruction. Grâce aux libéralites d'un riche gentilhomme, elle eut des maitres tant qu'elle en voulait. Elle apprit à bien parler et à bien écrire, Elle apprit la musique, et elle avait une voix ravissante, Elle apprit à monter à cheval, et, quand elle suivait une chasse à courre, on ne pouvait la voir sans l'admirer.
Lord Hamilton La vit, laima et lépousa. I avait soixante ans, elle en avait vingt-sept. IF était ambassadeur à Naples. Elle allait l'accompagner dans sa mission; elle allait entrer dans les demeures des souverains et recevoir dans la sienne les personnages les plus éminents.
Dans sa haute existence elle n'oublia point son humble mère. Elle voulut l'associer à sa nouvelle exts-
tence et l'emmener en Italie.
evait gagner ‘enfants dans e boutique et n phénomène dissertations
le de paysans mesticité, un liwence natuère pour Îles
istingues, qui en vint à des-
ux hbéralites maitres tant ler et à bien vait une voix et, quand elle it la voir sans
usa. I avait tait ambassadans sa misdes souve-
rsonnages les
li point son nouvelle exis-
À la cour de Naples elle eut un succès complet, Elle devint Ja favorite du roi, la confidente, l’amie de la reine, et, en plus d'une importante occasion, les mihistres reconnurent son influence.
Lord Hamilton ne regrettait pas de lui avoir donné son nom. Un an après son mariage, il lui écrivait d’un village d'Italie où il chassait avec le rot :
« Vous êtes une excellente femme d'intérieur ; mais, jeune el belle, vous devez naturellement éprouver quelque satisfaction à vous montrer dans le monde. Avec votre sagacité, vous avez très bien vu la ligne que vous deviez suivre, ct vous ne vous en êtes pas un in- ‘tant écartée, Je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous être agréable, et Je suis sûr que vous agirez de même à mon égard. »
Dans une autre lettre 11 lui écrit :
€ Pour rien au monde je ne voudrais avoir épousé une autre femme que vous", »
Deux ans après son mariage, un jour il lui dit :
« Vous verrez ce soir un petit homme de chétive apparence, qui, si je ne me trompe, fera du bruit dans le monde, Je n'ai jamais recu d'officiers chez mor. Pour celui-ci, je fais une exception. [laura sous notre toit son appartement, »
Ce petit homme, c'était Nelson, le terrible Nelson. I commandait alors lAgamemnon dans la flotte de l'amiral Hood qui s'empara de Toulon.
L'amiral Pavait envoyé à Naples pour réclamer les