‹ Passé, présent et avenir du Canada [microforme]Chapitre 2 sur 3 · CANADA · texte numérisé non relu

CANADA

Le nom du Canada a été depuis longtemps un sujet de dispute pour les étymologistes. Les uns ont supposé qu’il venait d’une exclamation des premiers navigateurs portugais, qui, en observant la désolation du pays, s’écrièrent : Aca Nada ! D’autres ont supposé que ce pays avait tiré son nom du mot espagnol Canada ( canal ), en raison de la conformation du pays, qui s’étend parallèlement sur les bords du fleuve St.-Laurent ; mais l’explication la plus généralement reçue, est l’étymologie indienne, dérivée du mot Canata,qui veut dire, un amas de huttes.

Le premier établissement, sur ce sol, fut fait par la France, sous le règne de François Ier, en 1535, quand Jacques Cartier remonta le St-Laurent et ancra vis-à-vis Québec, alors Stadacona, le 10 août de la même année. Il se rendit ensuite à Hochelaga qu’il appela Mont-Royal, maintenant Montréal. Québec fut permanemment établi en 1608. En 1663, le souverain français, de l’avis de Colbert, son ministre, érigea les Canadas en gouvernement royal, avec M. DeMery pour gouverneur-général ; il encouragea les soldats licenciés à s’établir et donna des domaines à leurs officiers pour établir

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le régime féodal, système qui a subsisté jusqu’à l'abolition de la tenure seigneuriale, en 1854, En 1759, le Canada fut envahi sur trois différents points par les Anglais. 8,000 hommes, commandés par le général Wolfe, attaquèrent Québec, et la célèbre victoire des plaines d'Abraham, plaça la forteresse du pays dans les mains des envahisseurs. Le traité de paix de 1763, signé entre la France et l’Angleterre, létruisit les prétentions de la France sur le Canada et la Nouvelle-Ecosse,

La conquête anglaise fut incontestablement d’une impor- ‘ance infinie pour ce pays. Le commerce, l’agriculture, la justice et l’ordre furent ses résultats immédiats. La France “est toujours montrée inepte à gouverner une colonie avec modération, de sorte que l'événement de 1763 peut être considéré aujourd’hui comme la fondation de la prospérité dont ous Jouissons maintenant.

En 1775, la guerre américaine fut déclarée et les Canadas s’y trouvèrent soudainement engagés par la marche d’Arnorld, sur Québec, et de Montgomery, sur Montréal. Les senéraux américains ayant subséquemment réuni leurs armees, assiégèrent Québec. Montgomery étant tombé sur le champ de bataille, les troupes américaines se retirèrent dans le mois de mai de la même année. La constitution originaire lu Canada fut comme celle de la France — despotique. Le gouverneur et son conseil étaient de toutes choses les suprémes dispensateurs. En 1774, peu après la conquête, une constitution fut octroyée, fixant les limites du pays et appointant un gouverneur avec un conseil de pas moins de 17 membres, ayant le pouvoir de faire les lois, mais non pas de prélever de taxes. La loi criminelle anglaise fut introduite ; mais il fut pourvu, néanmoins, que, dans toutes :es matières contestées, il pourrait être recouru à l’ancienne loi française, et tous les priviléges de la religion catholique romaine, dans cette province, lui furent assurés.

En 1791, l'acte de lord Grenville divisa les Canadas en deux provinces, le Haut et le Bas-Canada. Le Bas-Canada fut soumis à un gouverneur et à un conseil exécutif de 11

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membres, nommés par la couronne, semblable au conseil privé de la Grande-Bi .tagne ; un conseil législatif nommé par la couronne, formant le second Etat, et une assemblée représentative où tiers-état, composé des représentants des villes de Québec, de Montréal et des comtés. Les représentants de ces comtés furent élus pour quatre ans par les électeurs possédant des propriétés ayant une valeur de £ 5, ou payant £ 10 de loyer par année. Le gouverneur, au nom du souverain, avait le droit de convoquer, proroger et dissoudre les deux chambres, qui devaient être convoquées au moins une fois par année, La chambre d’assemblée avait le pouvoir de faire les lois pour l’ordre et la paix de la province, sujettes à la sanction du conseil législatif, Le gouverneur donnait la sanction royale aux i//5 passés dans les deux chambres ou les suspendait afin de recevoir l'expression du plaisir du souverain., La forme du gouvernement ci-haut décrite existait encore en 1834, sauf quelques modifications.

Dans le Haut-Canadu, le gouvernement, dès 1791, avait aussi été administré par un lieutenant-gouverneur, un conseil exécutif, un conseil législatif et une chambre de représentants ; le conseil exécutif consistait en six membres choisis par la couronne.

La rapide esquisse qui précède servira à montrer la position politique des Canadas en 1834. Pendant bien des années la population canadienne-française de la province inférieure avait combattu, par le moyen de ses représentants, dans la Chambre d'Assemblée , la politique oppressive du bureau colonial en Angleterre, et l’injustifiable acharnement, dans cette colonie, d’une oligarchie composée d’hommes en place ou d’intrigants, dont le désir capital semblait être l’extinction de l’élément français dans la population du pays. La majorité de la population canadienne-française luttait pour l'obtention de droits égaux, de la liberté, et réclamait une juste part des émoluments d’office «et l’occasion de servir son pays. La minorité, composée comme nous venons de le voir, tenait ferme pour le despotisme et le règne de l'injustice, dont elle avait la profitable jouissance. ‘Le parti anglais consistait

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alors presqu’exclusivement de tories du plus vigoureux calibre ; il se recrutait parmi les marchands, les armateurs et les fonctionnaires ; les marchands et les armateurs rançonnant le peuple anglais sous la forme du monopole du commerce de bois, et les fonctionnaires tonsurant le peuple du Canada au moyen des places et des sinécures. Les Canadiens-français étaient alors représentés comme pauvres, ignorants et simples. Si on les compare avec la masse du peuple des Etats-Unis à cette époque, on peut leur enlever la prétention de se dire riches, sages et bien instruits ; mais, si on les compare avec la généralité de la population anglaise, dans le même temps, nous devons accorder aux Canadiens au moins légalité. Les rapports d’un homme politique, néanmoins, dans un pareil cas, ne sont pas autant avec le peuple qu’avec ceux qui ont le pouvoir de donner l’impulsion au peuple et de le conduire.

Les chefs des Canadiens-français, en 1834, tous l’admettront immédiatement à l’heure qu’il est, ont fuit preuve d’une intelligence distinguée, d’un courage et d’une perspicacité qui les laissent à peine en arrière des vieux colons amécricains eux-mêmes. En saine raison et bon anglais, ces descendants de Français réussirent à vaincre le rhétoricieu en chef du bureau colonial, ses subalternes, ses commissaires et ses gouverneurs. Le parti tory maintenait, à cette époque, que les Canadiens n’avaient pas de griefs qui valussent la peine d’être mentionnés, qu’ils étaient même heureux, satisfaits et légèrement taxés. Nous dirons que le vote du parlement impérial soutenant la spoliation de l’argent de l’échiquier canadien était suffisant pour soulever l’indignation des victimes. Où est la différence, en principe, entre cela et la cause immédiate de la révolution américaine ? Dans un cas, la mère-patrie a le trouble et les dépenses de percevoir ; dans l’autre, elle fait tomber la dépense de la perception sur les colons, et s’empare, sans cérémonie, à même le coffrefort, du revenu net. Dans les deux cas l'argent fut pris sans le consentement du peuple ; mais, dans le cas relatif au Canada, la chose fut faite de la manière la plus commode, la

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plus expédiente et la plus économique pour les spoliateurs. L'autre grie. ‘’'‘ipal était l’existence d’un conseil législatif, le patron de cout 70b, et l’opposant déterminé de toute mesure bonne et populaire. Ce conseil rejeta, même durant le séjour des commisseires du Roi, tous les bi/7Zs passés par la chambre d’assemblée pour l’amélioration interne du pays, à l'exception d’un bill de chemin de fer. Parmi ceux-là était le bill annuel des écoles, dont le rejet priva 400,000 enfunts des moyens d'instruction. Le peuple sentît qu’aussi longtemps qu’un pareil conseil existerait, la constitution ne serait que moquerie et déception, et, en 1834, il demanda, au moyen des célèbres 92 résolutions, entr’autres réformes proéminentes, l'introduction du principe électif dans le conseil législatif. Ces réclamations furent faites en termes énergiques, mais modérés. Des propositions tellement monstrueuses, aux yeux des esprits aristocratiques du pacte de famille du jour, furent reçues, comme de raison, avec l'opposition la plus déterminée.

Nous trouvons dans une adresse au Roi qui fut faite l’année suivante, cette juste, mais forte remontrance :

‘ Nous répétons solennellement que l’objet principal des ‘ réformes politiques, pour l’obtention desquelles cette cham- “ bre ct le peuple de cette province ont fait tous leurs “ efforts depuis un grand nombre d’années, et qui ont été ‘ fréquemment énumérées à Votre Majesté, est d'étendre le “ principe électif. au conseil législatif, une des branches de 4 la législature provinciale qui, par son opposition au peuple “et en raison de sa constitution imparfaite et vicieuse, “ s’est montrée insuffisante à remplir les fonctions pour les- “ quelles elle fut originairement instituée : de rendre le con- ‘ seil exécutif directement responsable aux représentants du ‘ peuple du Canada, conformément aux principes et à la pra- “ tique de la constitution anglaise telle qu’établie dans le ‘ Royaume-Uni, de mettre sous le contrôle bienfaisant et “ constitutionnel de la chambre le revenu public en entier, ‘ prélevé dans cette province, provenant de n’importe quelle “ source, d'obtenir le rappel de certains actes passés par le ‘ parlement du Royaume-Uni, dans lesquels il n’est pas tenu ‘ compte du peuple de cette province, à l'égard de ses affai- ‘“ res intérieures, rendant son territoire et ses meilleures res-

« sources l’objet d’une spéculation et d’un monopole indus, “ ce que nous maintenons être une violation des droits de la “ législature et du peuple de cette province.”

La chambre d’assemblée s’adressa aussi à lord Gosford, au sujet de la compagnie canadienne et d’autres monopoles du même genre, de la manière suivante:

“ Chaque jour nous convainct de plus en plus que la prin- “ cipale tendance de cette compagnie est de maintenir cet “ antagonisme de peuple contre peuple parmi les différentes ‘ classes des sujets de Sa Majasté, antagonisme qui a été “ alimenté jusqu’à présent, ainsi que tous les maux qui en “ résultent, avec trop de succès, par des administrations ‘ corrompues.”

Ces réclamations, malgré qu’elles fussent faites de bonne foi, par les Canadiens, ne semblaient être nullement considérées par les génies qui présidaient à Downing-street. Le nom d’un Canadien-français, apposé à un document, était suffisant pour lui assigner sa place dans les sombres cachettes du bureau d’un ministre, ou, au moins, pour exciter les plus forts préjugés et une ardente animosité de la part du lecteur anglais, qui s’imaginait voir en tout Jean-Baptiste un Guy Fawkes, dont l’unique intention était le renversement du roi d'Angleterre, de ses lords, de ses communes et de sa domination. Ces préjugés, ces animosités étaient malheureusement très fortes, et, à l'existence de cet état de choses, nous sommes obligé d'attribuer l’incapacité des législateurs anglais de cette époque à pourvoir au moyen d’alléger le fardeau des maux qui existaient alors. Une politique conciliante aurait pu assurer alors, commme aujourd’hui, paix et soumission ; une politique tyrannique ne pouvait avoir que des résultats désagréables. Le sang qui coulait dans les veines de ces hommes prévenait la possibilité d’une docile résignation, et les poussait à demander leurs droits. Alors que l'Angleterre vantait sa liberté, sa libéralité, ses lumières, sa prospérité, était-il prudent, était-il juste d’infliger l’opprobe et l’injustice à un peuple conquis? Nous ne disons pas seulement que c’était injuste, nous ajoutons que c’était impolitique. Il y avait des légions de loyaux canadiens-français en 1837 ; il y en a encore beaucoup ; mais la chair et le sang ne pouvaient sup-.

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porter l’ignominieux traitement qu’ils avaient reçu jusqu'alors, La conséquence fut une révolte, malheureuse dans sa cause, mais inappréciable dans ses résultats définitifs. Des existences furent sacrifiées, des villages brûlés, des villes désolées ; mais un grand résultat fut obtenu. Du mal vint le bien ; les yeux du peuple d'Angleterre furent ouverts au fait que les colons d’origine française en Canada, rialg-é qu’ils eussent été méprisés, dédaignés et insultés, avaient assez de courage pour déclarer qu’ils ne pouvaient pas supporter au milieu d’eux l’existence d’un family compact, qui les regardait et les traitait comme une race inférieure. Nous apprécions aujourd’hui les résultats définitifs de cette explosion. Tout ce que demandait ces prétendu: rebels français, en 1834, a été octroyé, et un grand nombre des chcts du mouvement de 1837 ont été élevés aux plus hautes positions, de la responsabilité a plus élévée, en 1857. Il a donc été ainsi admis que ces hommes agirent patriotiquement, et non criminellement ; à ieur énergie et leur perspicacité nous sommes aujourd’hui redevables de notre avantageuse condition politique. Permettez-nous d'examiner plus minutieusement la force relative des arguments allégués à cette époque par les parties contestantes.

Le parti anglais prétendait qu’un conseil législatif électif affaiblirait et détruirait définitivement la connexion existante entre la mère-patrie et la colonie. En réponse, on main: tenait que la continuation du système existant détruirait;, non seulement en définitive, mais promptement, cette con: nexion, et cela pour ces raisons: Le conseil était une cause de mécontentement. Le grief principal des Canadiens, contre le gouvernement impérial, consistait non pas en ce que ce gouvernement était en lui-même directement et immédiatement oppressif, mais parce qu’il maintenait et supportait le conseil législatif. Et cette institution était, sans aucun doute, préjudiciable à cette colonie. Il peut exister des différences d'opinion sur la question de savoir quelle devait être la part de la colonie dans son propre gouvernement et celle qui devait échoir à la mère-patrie. Lu colonie exer-:

çait son pouvoir au moyen d’un corps représentatif. La mèrepatrie exerçait le sien par le gouverneur et au moyen du parlement impérial ; le bureau colonial pouvait tenir le gouvorneur responsable de tous les actes qu’il accomplissait dans l'exercice de ses fonctions. Mais il existait encore un autre pouvoir, l’égal des deux autres, qui ne représentait ni la mèrepatrie ni la colonie, mais seulement une bande de yobbeurs officiels, étouffant non seulement les désirs de la colonie, mais remplaçant l’autorité de la mère-patrie, puisque les lois qui comportent les demandes du peuple ne viennent jamais devant le gouverneur ou le ministre colonial, lorsqu'elles ont été rejetées par la chambre haute. Cela fut une des principales causes du mécontentement en 1837 et 1838, et nous devons être indulgent à l’égard des malheureux événements qui caractérisent cette époque. Les chefs de ce parti factieux vivent encore au milieu de nous; chacun d’eux a subi la pénalité de l’exil, volontaire ou forcé ; un grand nombre d’entre eux se sont retiré de la vie politique active ; mais ils ont emporté dans leur retraite le respect de tout Canadien qui considère avec les yeux du jugement et de l’impartialité les événements de ces jours, et qui peut apprécier pleinement la tyrannie outrageante dont le parti qu’ils guflaient fut la victime, écrasé qu’il était dans cette colorie sous le genou d’une oligarchie sans scrupules, et livré, en Angleterre, à l’oppression de l’impitoyable bureau coloniil de Downing street. La révolte fut écrasée, la paix rétablie, raais l’esprit des réformes ne s’était pas enfui avec la fumée ces batailles de St.-Denis et de St.-Charles. Plusieurs patriotes évitèrent la griffe de l’oligarchie vengeresse, et trouvèrent un gîte au sein ds la république voisine, Des annéss s’écoulèrent ainsi, mais loncommença bientôt d’apercevoir la forte de l’epinion publique assumant graduellement son pouvoir.

En 1838, lord Durham fut envoyé comme gouverneurgénéral, et il produisit son fameux rapport sur l’état de la province. Ayant donné sa démission, en raison de certaines animadversions qui prirent naissance dans les Communes au sujet de sa conduite, Sir Poulett Thompson fut expédié

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comme $on successeur, et, en 1839, un bill fut passé par le parlement impérial, réunissant les provinces du Haut et du Bas-Canada, avec un conseil législatif et une chambre d’assemblée, d’après la recommandation de lord Durham. Beaucoup d’opposition fut manifestée contre cette mesure par le Bas-Canada, mais l’Union fut acceptée ou plutôt imposée par le parti alors dominant.

Il est difficile, au temps où nous sommes, d'approuver ou de désapprouver la politique de l'Union. Les uns pensent que la marche qui fut alors suivie était la plus prudente. D’autres, qui jugent des choses par les difficultés qui ont continué d’exister entre les deux sections de la province, désapprouvent énergiquement cette mesure. Nous sommes obligé de conclure qu’elle n’a pas produit les résultats avantageux que ses promoteurs anticipaient.

L'Union accorñplie, les :eprésentants des deux sections s’assemblèrent pour remplir leurs fonctions législatives dans les mêmes chambres du parlement. Le Haut-Canada avait aussi été mal gouverné sous la tutelle de Sir F. Bond Head, et une prudence plus qu’ordinaire fut requise pour reconcilier les éléments incongrus dont la chambre d’assemblée se trouva composée. La constitution du conseil législatif resta telle qu’elle était ; mais il sembla que l’on manifestait la disposition d’octroyer cette partie des quatre-vingtdouze résolutions qui réclamait le privilége de rendre le conseil exécutif responsable aux représentants élus du peuple, conformément aux principes et à la pratique de la constitution anglaise, telle qu’en force dans le Royaume-Uni. Cette concession tant désirée fut enfin accordée, et les premiers fruits de la position énergique et déterminée prise par les libéraux du Canada, en 1834, furent ainsi recueillis. Depuis cette époque, jusqu’à ce jour, aucun évènement considérable n’a eu lieu qui doive être mentionné spécialement dans cet opuscule.

Ayant ainsi passé rapidement en revue les évènements politiques qui ont eu lieu en Canada, antérieurement aux évènements de 1837 et 1838, et immédiatement après, ayant eté un coup d’œil en passant sur les effets qu’eurent ces

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évènements, tant à l’égard du gouvernement impérial que des habitants de cette colonie, permettez-nous d’arriver à l’ère importante des affaires politiques canadiennes, qui sera connue dans l’avenir comme “ 1858,” et de considérer froidement et sans passion la position que nous occupons aujourd’hui. Avec une population considérable, et qui augmente rapidement, avec d’importants moyens d’éducation à notre disposition, avec notre commerce étendu, nos moyens de com: munication, nos manufactures et nos avantages agricoles, nous avons justement raison d’être orgueilleux de notre enviable position. C’est notre devoir, comme c’est le devoir de n'importe quel peuple, de voir à ce que notre forme de gouvernement soit en accord avec les désirs de la majorité, les droits inhérents à la minorité devant, néanmoins, être religieusement respectés. L’on trouve chez toutes les nations des individus qui entretiennent des opinions extrêmes en matières politiques, et qui aspirent consciencieusement à l’expansion de leurs vues particulières. Mais, de nos jours, le temps et les circonstances ont passé leur patte de velours sur l’esprit des politiques les plus ultras. Les violentes irruptions politiques auxquelles nous avons fait allusion au commencement de cet article, et qui ont mis en fermentation et déchiré la société, semblent ne pas convenir à notre tempérament actuel. La tyrannie oligarchique dont les Canadiens se plaignirent si justement et si amèrement en 1837 et 1838, a presque complètement disparu, et, à sa place, grâce au progrès des idées libérales en Angleterre, une politique plus étendue et plus conciliante dans sa nature, mieux adaptée aux aspirations et aux exigences d’un peuple éclairé et libre, a été substituée. La sanction royale a été donnée à une loi introduisant le principe électif dan: le conseil législatif, et le peuple du Canada jouit des bierfaits du gouvernement responsable, en d’autres mots, le se/f-goverrment, à un degré satisfaisant. Ce système, obtenu après de longues luttes et qui a coûté tant d’eflorts et de sacrifices, mérite pleine et entièré considération de notre part, et nous nous proposons de traiter de son application au gouvernement de ce pays. Anciennement, en Angleterre, si un conseiller donnait un

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désastreux et mauvais avis au souverain, il agissait sur sa responsabilité individuelle, et pouvait être mis en accusation par le parlement. L'idée de mettre les ministres en accusation, comme individus, a été abandonnée depuis, et, maintenant, la seulefgarantie qu’un cabinet possède, consiste dans l’habileté qu’il doit déployer pour inspirer le sentiment de la confiance à la majorité de la chambre qui représente directement le peuple. Si ce sentiment s'éteint, le cabinet tombe, et un vote de non-confiance dispose immédiatement des hommes et de leurs mesures. Le même système est actuellement appliqué au Canada. Un gouvernement constitutionnel est nécessairement un gouvernement artifieiel. Il est formé de poids et de contre-poids, et la meilleure garantie de son succès c’est existence de la liberté constitutionnelle. Et qu’exprime la liberté constitutionnelle ? Que la constitution rend le peuple libre ? Non ; c’est la liberté du peuple qui rend la constitution possible. Le Canada est libre non pas parce que tel parti est au pouvoir et tel autre n’y est pas ; mais parce que l'esprit du peuple est imbu de l’amour de Ia liberté et de l’ordre. Tant que nous conserverons la liberté individuelle, tant que nous serons jugés par des lois établies, tant que nous aurons le pouvoir d’écrire et de dire ce qui n’est pas libel, et aussi longtemps que nous serons libres de f1 {;ranuie ecclésiastique, nous occuperons une position jolitique nullement inférieure à celle de n’importe quel pays du monde.

Dans l'application du gouvernement responsable, il y « deux grands inconvénients contre lesquels il doit être pourvu, et il est du devoir du peuple d'employer tous ses efforts pour élire des législateurs qui s’engageront à l’abolition et à l’extinction totales de la corruption et du patronage. La corruption est une souillure imprimée aux évènements qui ont eu lieu en ce pays dans ces derniers temps—que des années d’honnêteté dans la vie publique peuvent seules effacer. Quand nous séparons les termes de corruption et de patronage, nous considérons le patronage simplement comme un mode différent de corruption. Nous avons été témoins, durant ces dernières années, du spectacle le plus dégoñtant qui

ait jamais été offert. Non seulement on a vu un grand nombre d’électeurs vendant leur honneur et leur indépendance pour argent comptant, mais encore des élus, des représentants d’un peuple civilisé, à leur disgrâce éternelle qu’on enregistre, trafiquant leur position, l'intérêt de leurs constituants, le bien-être de leur pays, pour une mesquine considération relativement, afin de satisfaire leur sordide avarice. Des hommes de nom et de bonne famille ont amassé des milliers de louis par un honteux trafic avec le ministère du jour, livrant leurs votes en échange de l'argent et du patronuage, de gros jobs pour leurs amis, de riches morceaux de choix et d’émoluments considérables pour eux-mêmes. Dans bien des comtés, maintenant, la plus forte recommandation d’un candidat n’est pas qu’il soit libéral ou conservateur, qu’il soit pour ou contre lu représentation basée sur la population ou les écoles séparées, la protection ou le commerce libre, l'octroi du Grand-Tronc ou la confédération des provinces et le siége permanent du gonvernement ; mais tout suuplement qwil soit capable de dépenser £2,000 à £ 3,000 pour acheter son passe-port à la chambre d’assemblée, de sorte qu’il peut, avec toute la froide impudence imaginable, s'adresser à ses constituants et les informer que, vû qu’il a acheté leurs votes, ils ne peuvent avoir aucune prétention sur lui, que sa conduite parlementaire convienne à leurs vues politiques ou non. Dans d’autres comtés le ton de moralité qui règne au sein de la population, fait rejeter le politicien trafiqueur, et là un candidat doit dépendre sur son caractère, son passé et son habileté à impressionner le peuple et à le persuader qu’il est capable de discerner les maux que souffre le pays et d'appliquer le remède requis. Nous avons eu un grrnd exemple de l’existence de ce sentiment dans une division électorale voisine où, durant une dernière élection, malgré que l’un des candidats fût supporté par toute l'influence d’un procureur-général et d’un ex-secrétaireprovincial, dans leurs comtés respectifs, et malgré que ce candidat dépensât des milliers de louis pour l’achat de votes à découvert, le candidat opposé fut élu par une forte majorité

d’électeurs incorruptibles. Un sentiment de honte et d’indi.…

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