SOIR DANS LA PLAINE
Tandis que, très belle et très douce, La lune aux cieux Se lève, sur la mousse
Nous allons tous deux !
Et tout sourit. Le vent, de sa plus fraîche haleine,
Frise les nids dormants, et les flots, et les fleurs ;
Mai dégrafle son sein odorant sur la plaine ;
Le printemps, jeune encor, nous tend sa coupe pleine,
Et tout n'est que parfums, et chansons et couleurs :
Luciole et jasmin, cigale et rose-reine,
Tout fait fleurir en nous des rêves enjôleurs !
Et, bien plus belle, et bien plus douce, La lune aux cieux Se lève ; sur la mousse
Nous voilà tous deux !
Lise, encor frisonnante, et retenant haleine, Tresse, d'un doigt distrait, des guirlandes de fleurs, Et dit des mots troublés à l'écho de la plaine ; Moi, calme en mon émoi, l'âme d'amour bien pleine, Esquissant l'avenir sous de riches couleurs, Je l'offre tout entier à ma petite reine; Lise, de rire alors ses rires enjôleurs.
Et toujours belle, et toujours douce ; La lune aux cieux S'élève ; sur la mousse
Nous causons tous deux !
Et c'est enfin la nuit ! Sous sa plus froide haleine La brise emporte loin l'âme exquise des fleurs ; Nous sommes là, muets, seuls dans l'immense plaine ; Déjà la coupe est vide, hélas !... et l'âme est pleine De l'ennui des*p ar * um s, des chansons, des couleurs ; Le roi lit dans les yeux fatigués de la reine Le mensonge éternel des rêves enjôleurs.
Tandis que, très belle et très douce, La lune aux cieux Décline, sur la mousse
Nous dormons tous deux.