L'IMMACULEE
AU T. R. P. MOTHON
. . . Tota Ptdchra es Cant. IV. 7.
. . . Voici une merveille divine, et comme le dernier essai, l'effort suprême qu'ait tenté l'Artiste Infini, avant de réaliser le radieux chef-d'œuvre qui devait épuiser sa toute-puissance.
Au livre de la Genèse, il est parlé, en des termes qui respirent le printemps, de la formation du premier couple humain. Kt vraiment, devant ce tableau aux lignes si fines, d'un coloris si souple et si léger, on ne peut douter que le Créateur n'ait voulu faire grand et beau. I^es figures se détachent en clair, dans une atmosphère de rêve, toute parsemée d'aurore. Kt les brises naissantes, et les verdures fraîches écloses, et les lueurs matutinales s'harmonisent avec la vie intense et supérieure dont elle semblent animées.
Ah ! du fond de notre déchéance physique et morale, il nous arrive parfois de ressentir comme une nostalgie d'ailleurs, de soupirer après le Paradis perdu, et de songer avec regret, avec envie aussi, aux privilèges d'innocence, de justice et d'immortalité, qui ornaient nos premiers pères, et qui ne nous sont plus transmis, à nous, qu'à titre de souvenir.
Pourtant, la merveille que l'Eglise célèbre en cette année jubilaire, et que la liturgie chante en un lyrisme
inspiré, surpasse de beaucoup les beautés de la première création, et tout ce que Dieu avait mis, dans le premier homme, de dons surnaturels. Elle surpasse, même, l'art exquis avec lequel les essences angéliques, les esprits purs, furent ciselés, à même la lumière éternelle et inaccessible, dans l'or incandescent de la divinité.
Car, et le premier homme, et les anges, portaient, sous leur vêtement de splendeur, un attribut funeste, celui de pouvoir pécher, déroger à l'ordre éternel. Tandis que la Créature, absolument idéale, vers laquelle, en ce moment, se portent nos regards, vers laquelle nos pensées et nos cœurs montent dans un élan incoercible d'admiration, brillait, dès sa sortie du souffle tout-puissant, non pas seulement de tous les dons, resplendissait, non pas seulement de toutes les gloires, dont Dieu avait comblé les premiers-nés de son amour, mais encore joignait, à toutes ces richesses infinies, le privilège rare, unique, de l'impeccabilité.
De sorte que, pour trouver à qui comparer cet être de surnaturelle transparence, cette essence diaphane, la Vierge, la Vierge Immaculée, — ah ! il faut remonter bien au delà des origines de notre humanité, plus haut même que toutes ces myriades de formes spirituelles qui peuplent les cieux, — il faut regarder Dieu. De la Vierge seule, en effet, comme de Dieu, l'on peut dire, avec le chantre du Cantique : " Tu es toute belle, ô mon amie, et il n'y a point en toi de défaut." Seule parmi tous les êtres, ô Marie, tu as été créée, non pas seulement sans tache, mais encore exempte de pouvoir ternir jamais, fut-ce légèrement, la pureté divine de ton essence ! . . .