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LA VERGE ET LE CEDRE

...Quasi cedrus...

A U livre sacré de l'Ecclésiastique, la Sagesse éternelle, *** célébrant le mystère de ses origines, sa propre beauté, son éclat, et les merveilles de ses opérations extérieures, s'écrie, entr'autres : Je me suis élevée comme le cèdre sur le Liban. Quasi cedrus exaltata sum in Libano. (i)

Or, l'Eglise, dans sa liturgie, met sur les lèvres de la

(1) Eccli. XXIV, 17

Vierge ces paroles inspirées. Marie, Mère de Dieu, que nous appelons trône de la Sagesse, sedes sapientiœ, (i) se compare aussi à l'arbre majestueux dont le feuillage couronne les cimes du L,iban.

Tâchons de justifier l'application que i' Eglise fait de ce texte divin, en montrant les analogies qui existent entre le cèdre et Marie.

L,e cèdre du Liban est célèbre, d'abord, par sa taille gigantesque. C'est, de tous les arbres de l'Orient, le plus élevé. Il atteint à une hauteur prodigieuse. Quand les prophètes voulaient donner l'idée de la puissance d'une nation ou de la grandeur d'un roi, ils les comparaient au cèdre. Sans doute, aujourd'hui, le Liban n'a plus ces forêts qui faisaient sa gloire. Ce qui en reste pourtant nous dit ce que furent ses cèdres tant vantés.

Or, comme le cèdre surpasse tous les arbres des bois, Marie tient le premier rang entre toutes les créatures. Il n'y a, sur terre ou dans les cieux, aucun être qui soit audessus d'elle, ni même qui l'égale en dignité. Après le Christ, elle occupe, non par sa nature, mais par l'effet d'une grâce infinie, le sommet de la création. Dieu ne pouvait la mettre plus près de Lui, il ne pouvait l'appeler à une plus haute gloire. Voyez : Il lui fait la part très large dans sa pensée, dans ses desseins éternels. Des siècles à l'avance, il l'annonce au monde par la bouche de ses prophètes. Il unit son nom à celui du Christ à venir. Lorsque les temps sont accomplis, il la garde immaculée dans sa conception, — privilège unique dans l'histoire de l'huma-

(1) Lit. lauret.

nité ! Enfin, l' Esprit-Saint la couvre de son ombre et opère en elle le grand miracle d'amour. L,e Verbe, fils unique de Dieu, naît de sa chair et de son sang. Puis, après avoir, sur terre, coopéré, de toute façon, à l'œuvre sublime de la rédemption du monde, et réalisé, avec le Christ son Fils, le plan providentiel pour notre salut, elle est portée, par la main des anges, jusqu'auprès du trône de Dieu, pour régner à jamais, avec L,ui, sur tous les esprits célestes et sur tous les élus.

I^e bois de cèdre est un bois ferme, poli, presqu'incorruptible. Quand il est déjà assez vieux, il a la fibre plus serrée, le grain plus fin, et se conserve admirablement. Aussi l' employait-on de préférence dans la construction des temples et des palais. Pline parle du cèdre de Syrie, estimé comme impérissable. Et les anciens comparaient au cèdre du Eiban les œuvres dignes d'être immortelles.

De même, la Vierge Marie fut toujours exempte de la corruption du péché. Elle ne commit jamais l'ombre d'une imperfection. Si d'autres ont été sanctifiés dès le sein de leur mère, seule elle fut.préservée de la tache d'origine, par l'intuition des mérites du Sauveur; et, pas un instant, le démon n'a eu le moindre empire sur elle. Des autres créatures, il peut dire qu'elles furent, avant leur sanctification ou leur régénération, sa propriété. Marie a toujours échappé à sa puissance, elle lui a écrasé la tête. Aussi bien que le Christ, elle fut toujours la chose de Dieu. A peine sortie de la pensée éternelle, la vertu divine la protège miraculeusement contre toute atteinte ; — et cette faveur initiale est le prélude des grâces insignes dont elle sera comblée toute sa vie.

En devenant Mère du Verbe, elle n'a rien perdu de ses prérogatives virginales — neque sidus radio, neque mater Filio fit corrufita(i). Pure dans son âme et dans son corps, elle a été, par une juste conséquence, préservée aussi de la corruption du sépulcre. On peut dire d'elle, comme du Sauveur : nec dabis sanctum tuum vider e corruptionem{2) . Sa chair, de laquelle avait été divinement formée celle du Christ, demeura intacte dans le tombeau, jusqu'à ce que, de nouveau et éternellement unie à son âme, les anges vinssent l'enlever triomphalement au séjour des bienheureux.

Le cèdre est très odoriférant. — Le parfum des rieurs enivre parfois, et produit, sur les natures un peu sensibles, des impressions contre lesquelles la prudence commande de réagir. Mais l'odeur résineuse des cèdres n'a rien que de sain, de favorable au corps et à l'âme. Bile purifie l'atmosphère et crée, dans les forêts, un air chargé des arômes les plus suaves et les plus vivifiants.

Les vertus excellentes que Marie a pratiquées sont un doux parfum qui embaume l' Eglise du Christ et qui fortifie les cœurs. Combien le spectacle, le souvenir de sa vie, si simple mais si grande, de sa vie toute entière dévouée aux intérêts supérieurs de l'âme, a eu et aura toujours d'influence salutaire. Marie est fascinatrice des âmes. D'elle, comme autrefois du divin Maître, émane une vertu mystérieuse qui fléchit les cœurs les plus endurcis, qui ramène les enfants prodigues dans la maison de leur Père, qui dissipe les illusions fatales. Personne ne l'approche,

(1) Prose de Noël.

(2) Psalm. XV, 10.

personne ne la regarde, personne ne la prie sans devenir meilleur. Et, s'il n'est pas de maladie morale que son attouchement, son seul voisinage ne puisse guérir, il semble qu'elle se plaise surtout à porter remède à ces pauvres âmes, à qui leur sensibilité, leur tendresse même, a été funeste, et qui, pour n'avoir pas suffisamment veillé sur les mouvements de leur cœur, en sont devenues les victimes. Oh ! à celles-là, de quel secours est Marie ! Pour peu qu'elles l'implorent, elle épand autour d'elles un parfum virginal qui chasse à jamais le démon de la chair.

C'est justement que l' Eglise lui applique ces paroles du Cantique: ''Viens avec moi du Liban, ma fiancée, viens avec moi du Liban ! Combien tes parfums sont plus suaves que tous les aromates ! Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée ; et l'odeur de tes vêtements est comme l'odeur du Liban. "(i)

Demandons à la Vierge Marie, — Cèdre que Dieu luimême a planté sur le sommet du Liban, et qui plonge ses racines dans les eaux fécondes de la grâce, — demandonslui d'étendre sur nous l'ombre de son feuillage, et de nous attirer éternellement à l'odeur de ses parfums. Post te curremus in odorem unguentorum tuorum.{2)

(1) Cant. — Passim.

(2) Cant. I. 3.

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